18/06/2010

Pétain et de Gaulle, le sage et le fou

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Septante ans après l’Appel du 18 juin 1940, l’affrontement entre le général de Gaulle et le maréchal Pétain illustre encore à quel point l’apparente sagesse peut tourner en réelle folie et l’apparente folie, en réelle sagesse.

Parmi les nombreux ouvrages qui sortent aujourd’hui des presses pour commémorer cet anniversaire, un livre éclaire les relations entre le général et le maréchal, celui de Frédéric Salat-Baroux, ancien secrétaire général à la présidence de Jacques Chirac. Il a pour titre De Gaulle-Pétain, le destin, la blessure, la leçon (Editions Robert Laffont).

A la croisée des destins

Le destin croisé de ces deux hommes a marqué le XXème siècle qui a réservé à la France les pires moments de sa prestigieuse Histoire. Victoire de 1918 arrachée dans le sang, défaite soudaine et humiliante en 1940, perte de l’Empire après deux longues guerres inutiles en Indochine et en Algérie, cette nation n’a terminé son cycle de belligérance qu’en 1962. Et si elle demeure une puissance, moyenne certes, mais qui continue à tenir un rôle sur la scène mondiale, elle le doit à la folle sagesse du général de Gaulle.

«Fou», c’est bien le qualificatif qui a fleuri sur les lèvres de maints Français et Européens, lorsqu’un général de 49 ans, nommé à ce grade à titre temporaire et parfait inconnu du grand public, a incarné la France libre dans sa solitude londonienne.
Pour l’écrasante majorité des Français, le «sage», c’était ce vénérable maréchal qui venait de faire don à la France de ses 84 ans. Il possédait la légitimité des armes. N’était-il pas le vainqueur de la bataille de Verdun en 1916? Il détenait aussi la légitimité politique. Le parlement français, régulièrement élu, ne lui avait-il pas confié les pleins pouvoirs par 569 voix contre 80?

Pour ce peuple, foudroyé par la défaite après une bataille qui n’a duré que quarante-deux jours et dispersé sur les routes à la recherche d’un improbable asile, la sagesse n’habitait pas Londres. Elle logeait sous le rassurant képi du maréchal, salvateur grand-père qui allait sauver les meubles de la maison France.

La sagesse de la folie

C’est pourtant la folie du jeune général qui deviendra sagesse. La lecture de l’Appel du 18-Juin démontre le bon sens du «fou»: les Etats-Unis entreront un jour ou l’autre en guerre et dans cet affrontement où prime la force mécanique, l’Allemagne ne pourra pas rivaliser avec un tel géant économique.

D’emblée, le «fou» a vu juste. Alors que pour Pétain, ce conflit n’est que la suite des guerres franco-prussiennes du XIXème siècle et de 14-18, de Gaulle en a mesuré ce qui forme sa spécificité, à savoir le contenu idéologique et la puissance industrielle. Il fallait donc continuer le combat pour se trouver dans le camp des vainqueurs. Le «sage» maréchal, dans l’espoir de préserver l’essentiel, n’a fait que faciliter la tâche de l’occupant, en prenant ainsi le risque — fou ! — de précipiter la France dans l’inéluctable défaite allemande.

Au moment où le monde traverse des bouleversements profonds, où, selon la formule du poète Aragon, tout change de pôle et d’épaule, cette dialectique du fou et du sage reste une leçon à méditer.

(Ce texte a paru jeudi 17 juin 2010 en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et en rubrique "Réflexion" de 24 Heures.

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Commentaires

"Au moment où le monde traverse des bouleversements profonds, où, selon la formule du poète Aragon, tout change de pôle et d’épaule, cette dialectique du fou et du sage reste une leçon à méditer."

Malheureusement, c'est l'avenir, l'une des seules choses qu'il soit impossible de prévoir, qui attribue les titres. A posteriori ! Alors, la leçon et la méditation...

Écrit par : Scipion | 18/06/2010

EVITONS DE NOUS INTERESSER A SCIPION, CE FACHISTE ITALIEN EST COMPLETEMENT BETÂ!

Écrit par : Claude Guex | 19/06/2010

J'ai été professeur d'histoire, spécialisée en Hist contemporaine, que des problèmes graves de santé ont précipité en retraite antifcipée. J'ai apprécié votre critique du livre sur De gaulle/Pétain et vais me précipiter ( ou du moins précipiter quelqu'un pour me l'acheter.
Merci pour vos chroniques toujours éclairées!
M C vanhees

Écrit par : van hees marie claude | 21/06/2010

J'ai été professeur d'histoire, spécialisée en Hist contemporaine, que des problèmes graves de santé ont précipité en retraite antifcipée. J'ai apprécié votre critique du livre sur De gaulle/Pétain et vais me précipiter ( ou du moins précipiter quelqu'un pour me l'acheter.
Merci pour vos chroniques toujours éclairées!
M C vanhees

Écrit par : van hees marie claude | 21/06/2010

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Écrit par : corporate video production london | 16/07/2011

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