31/05/2010

L’assaut israélien au large de Gaza: on ne sait rien mais on condamne

 

Elles ne sont pas encore connues, les circonstances qui ont présidé à l’assaut par l’armée israélienne de la flottille humanitaire au large de Gaza. Mais cela n’empêche ni les médias, ni les dirigeants politiques de prendre position, de dire le droit, de distinguer entre les tenants du Bien et du Mal, de condamner les uns et d’absoudre les autres.

 


 Voilà qui est bien dans l’air du temps. Michel Onfray pond-il un bouquin sur Freud, qu’il est descendu en flamme avant de sortir des presses. Le cinéaste Rachid Bouchareb réalise-t-il un film sur le massacre de Sétif, que des nationalistes énervés défilent contre cette œuvre qu’ils n’ont pas pu voir.

 


Attendre que les événements se décantent, se renseigner sur ce qui s’est vraiment passé, prendre du recul, cela relève désormais de la haute trahison. Vous êtes sommé de choisir votre camp, alors que la fumée des événements empêche de voir où vous mettez les pieds. La réflexion n’est plus une vertu, elle s’est muée en vice dans la société médiamercantile.

 


Le temps est aboli, remplacé par une sorte de présent compulsif qui change d’indignation à chaque soubresaut et de disque à chaque hoquet.
Aujourd’hui, Israël est condamné. Peut-être à raison. Peut-être à tort. Personne n’en sait rien. Et demain qu’apprendra-t-on ? On s’en fout. Ne gâchons pas par l’effort de comprendre, le plaisir de vilipender.

Jean-Noël Cuénod               

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28/05/2010

La France, l’Algérie et les passions aveugles

Le Festival de Cannes 2010 a été marqué par les tensions, jamais dépassées, entre la France et l’Algérie. Le film de Rachid Bouchareb, «Hors-la-loi» a ouvert le débat sur le massacre de Sétif du 8 mai 1945. Et le Grand Prix du jury a été attribué à «des Hommes et des Dieux» de Xavier Beauvois qui évoque l’assassinat en 1996 par le Groupe islamiste armé (GIA), des moines du monastère de Tibhirine, près de Médéa.
Près d’un demi-siècle après l’indépendance algérienne, arrachée à la suite d’une guerre qui a duré huit ans, les plaies restent vives. Pour qu’elles se cicatrisent, il faudrait que les passions aveugles qui caractérisent l’Histoire croisée de l’Algérie et de la France s’éteignent. Ce qui n’est pas demain la veille, comme l'llustre cette bande-annonce de "Hors-la-loi".

 

 


Certes, Paris a caché sous le tapis bien des actes inacceptables contre les Algériens. Ainsi, la manifestation d’indépendantistes, réprimée violemment le 17 octobre 1961 sur ordre du préfet de la police parisienne Maurice Papon, a été occultée jusqu’au procès de ce dernier en 1998. Encore maintenant, on ignore le nombre exact de morts dont certains avaient été trouvés noyés dans la Seine. Il en va de même pour le massacre de Sétif, les estimations variant de moins d’un millier à... 45 000 morts algériens!

 


Cela dit, si la France doit mettre de l’ordre dans sa mémoire, il en va de même pour l’Algérie actuelle. Or le gouvernement de ce pays reste attaché à une vision mythique et sélective de la guerre d’indépendance. Il faut dire que son président, Abdelaziz Bouteflika, a joué un rôle important durant ce conflit, dans les rangs du Front de libération nationale (FNL), ce qui ne facilite pas la tâche de tous ceux qui souhaitent éclairer les zones — plutôt les continents! — d’ombre.

 


Il faudra bien, tôt ou tard, que l’Algérie évoque la sanglante lutte interne qui a opposé le FLN à l’autre composante indépendantiste, le Mouvement national algérien (MNA) créé par Messali Hadj, qui fut la première figure politique à défendre la séparation d’avec la France, alors que cette idée était encore ultraminoritaire au sein même des musulmans

 


Les deux mouvements se sont livrés à des règlements de compte fratricides. Cette «guerre civile» poursuivie à l’intérieur de la guerre d’indépendance aurait provoqué la mort de 4 000 personnes. Mais là aussi, les données exactes restent dans l’ombre.
De même, l’Algérie devra s’expliquer sur le rejet des Juifs, installés pourtant dans ce pays depuis des temps immémoriaux. Ainsi que sur les attentats commis par le FLN contre des civils, femmes et enfants.

 


Le combat pour l’indépendance algérienne était une cause juste. La présence française sur cette terre marquée par le colonialisme devait prendre fin. Des militants du FLN ont fait souvent preuve d’un courage impressionnant sous la torture de la soldatesque.
Mais ces actes de bravoure ne sauraient servir de paravent. Après avoir réclamé de la France qu’elle fasse œuvre de mémoire, l’Algérie sera conduite à son tour devant sa face ténébreuse. Libérées enfin de leurs fantômes, ces deux nations pourront alors partir sur un autre pied. Ces sœurs ennemies sont condamnées à s’entendre.

24/05/2010

Fête rue Doudeauville

montmartre0510.jpgC’est la fête, dimanche de Pentecôte, rue Doudeauville, dans le quartier de la Goutte d’Or, au pied de Montmartre. Paloma et Didier Royant inaugurent leur « Gamin de Paris », un bistrot qui réveille la tradition du genre. L’assiette est auvergnate, donc copieuse et goûteuse, avec la cochonnaille du Père Miton qui est au boudin noir ce que le maillot jaune est au cyclisme. Les produits chimico-dopants en moins. Et le parrain de l’établissement est le célébrissime cabaretier Michou au brushing de neige bleutée.

 


Le décor évoque le folklore montmartrois, sans pour autant faire dans le faux vieux, grâce aux remarquables peintures murales et sur vitre de Gabriel Szeles qui est un peu le Diego Riviera des restaus parisiens qu’il décore en s’inspirant de l’âme des lieux. Szeles est aussi un remarquable peintre « de tableaux » mais qui, en loup libertaire, préfère le secret de son atelier aux pia-pias des vernissages et le piano de sa compagne Caroline Cuny à la grosse caisse médiatique. Un homme libre, quoi. Un spécimen dont la rareté serait à préserver s’il y avait un WWF pour les bipèdes.

Photo: "C'est la fête à tout le monde, ici!" 


Ce bistrot détonne dans ce quartier aux allures africaines où l’on slalome sur les trottoirs entre les superbes fessiers des mamas en boubous multicolores, qui marchandent âprement le régime de bananes plantains,  et les étals branlants des vendeurs, qui opposent la patience commerciale à l’impétuosité économe de leurs clientes. Mais ce « Gamin de Paris » trouve parfaitement sa place dans ce Sud transplanté au Nord de la Ville-Lumière.

 


D’ailleurs, en ce dimanche festif, tout le monde se mélange Maghrébins, Africains noirs, Parisiens couleur navet, lorsque les « Petits Poulbots » en costumes (photo) font battre tambours en l’honneur du nouveau bistrot. Les gamins de toutes couleurs sont ravis, pendant que leurs parents tchatchent et photographient dans la bousculade et la chaleur d’un mois de mai jusqu’alors frileux.
Dans l’épicerie africaine d’à côté, c’est aussi la fête, celle de la patronne, qui danse avec ses copines. Hop, une petite photo ! Mais voilà qu’un grand escogriffe s’avance, menaçant, vers Le Plouc et son modeste portable : « Pas de film. Compris ? ». Mais l’épicière le renvoie aussitôt dans l’arrière-boutique : « Le magasin, il est à moi. Et la patronne, c’est moi, personne d’autre ! Alors, si vous voulez photographier, allez-y. Pas de problème. C’est la fête à tout le monde, ici ! »

 


Le soir tombe sur un personnage étonnant aux baskets d’un jaune doré pétant, le poète Rabah Medhaoui. Devant « Au Gamin de Paris », il récite, comme personne, le poème en prose de Baudelaire « L’Etranger ».


Jean-Noël Cuénod

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22/05/2010

La Suisse reste un modèle. Mais lequel?

guillaumetell.jpgL’Etat-nation a la peau dure. A la sortie de la Seconde Guerre mondiale, on le croyait désintégré par le cauchemar hitlérien. Avec l’avènement de la globalisation de l’économie, on prophétise sa dissolution dans de plus grands ensembles. Or, en 1914, on comptait cinquante nations disposant d’un Etat, alors que ce nombre frise les deux cents actuellement.

 


Tel est l’un des constats que dresse un remarquable ouvrage du politologue français Gil Delannoi, intituléLa nation, dans la collection Idées reçues des Editions Le Cavalier Bleu. Ce chercheur brise l’une après l’autre ces «idées reçues» qui encombrent le concept de nation. Il en distingue trois dimensions: politique, culturelle, ethnique.

 


Pour la Suisse, c’est bien entendu la dimension politique qui prime. En ce sens, on doit parler de «nation suisse», alors même qu’il y a pluralité de cultures. En tant que Romands, nous participons pleinement à la culture française, ou plutôt à la «culture en français». Et, de Rousseau à Chessex – en passant par Benjamin Constant, Germaine de Staël, Blaise Cendrars, Jean Piaget, Denis de Rougemont, Jean Starobinski, Georges Haldas –, notre apport à la pensée «en français» est tout sauf mince.

 


Pourtant, si le FC Bâle rencontre l’Olympique lyonnais, ce n’est pas ce dernier qui recueil-lera nos encouragements.
L’appartenance à une même culture est, dans notre cas, un sentiment moins puissant que la sensation de vivre au sein d’une même communauté de destin. Les passerelles entre les Romands et la France sont multiples. Mais nous savons bien qu’avec nos compatriotes alémaniques, italophones et romanches, nous sommes embarqués sur le même bateau.  Cela dit, l’édifice helvétique reste fragile, comme toute construction humaine. Chaque génération doit se poser cette question: qu’est-ce qui nous relie, nous autres Suisses, si différents les uns des autres?

 


«La prospérité», diront certains. Mais, pour paraphraser Jules Romain, la prospérité est un état précaire qui ne présage rien de bon. Si la prospérité est un ciment rapide, il ne résiste pas au temps.

 


Ce qui nous relie est ce qui fonde notre originalité, à savoir des institutions politiques basées sur la démocratie semi-directe et l’équilibre des pouvoirs. Cette importance de l’organisation politique est telle qu’elle en devient un fait culturel, commun à tous les Suisses.

 


Mais pour que l’essence de ces institutions soit préservée, leurs formes doivent évoluer. Or notre mode de gouvernement n’a guère changé depuis la fin du XIXe   siècle. L’équipe gouvernementale de jadis s’est muée en attelage composite de sept individus tirant à hue et à dia. Quant à la démocratie référendaire, elle peut être détruite par ses propres excès en l’absence d’une Cour constitutionnelle, gardienne de la cohérence de nos principes fondamentaux.

 


Comparant la construction des Etats-Unis avec celle de l’Union européenne, Gil Delannoi remarque: «Compte tenu de la puissance de ses nations initiales, une évolution europé-enne de type suisse est plus crédible que le modèle américain. »
Pour l’Europe, la Suisse reste donc un modèle. Le pire danger serait de s’en satisfaire et d’entonner notre véritable hymne national: «Y en a point comme nous!»

 

Jean-Noël Cuénod

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19/05/2010

Vive les apéros géants !

bottelon.jpg

 

En France et en Suisse, tous les sondages l’affirment : la vox populi veut interdire les apéros géants. A l’occasion d’une de ces fêtes spontanées, un jeune homme de 21 ans est mort récemment à Nantes en tombant d’une passerelle. C’est ce coup du sort qui sert de prétexte aux partisans de l’interdiction.

 

Si l’on suit cette logique, dès qu’un accident mortel se produit à la sortie d’une fête trop arrosée, il faudrait aussitôt fermer discothèques, night-clubs, boîtes de nuit. Et - pourquoi pas ? - prohiber les ventes de voiture.

 

De même, lorsque des supporteurs du PSG s’étripent et tabassent à mort l’un d’entre eux, personne n’a proposé de dissoudre le plus antipathique club de foot de l’Hexagone.

 

Et puisque l’on aborde le football, restons-y. En un siècle, 1319 spectateurs sont morts à la suite de mouvements de foule, de bagarres générales ou d’effondrements de tribunes. Le premier accident recensé s’est déroulé le 5 avril 1902 à l’Ibrox Park de Glasgow (26 morts), le plus célèbre reste l’affrontement du Heysel à Bruxelles – 39 morts – le 29 mai 1985 et le plus sanglant – 340 morts   a eu lieu le 20 octobre 1982 au stade Loujniki de Moscou à la suite d'une panique.


A-t-on interdit la pratique du football ? Non. A-t-on prohibé le sport-spectacle de masse ? Pas d’avantage.

Alors pourquoi proscrire les apéros géants ? En raison des troubles à l’ordre public ? A ce compte-là toutes les manifs doivent être bannies. Y compris les défilés militaires, un coup est si vite parti ! A cause de l’absorption d’alcool ? Alors supprimons les bistrots et décrétons la prohibition qui a fait la fortune d’Al Capone aux Etats-Unis dans les années 1930.

 

Ces réunions sauvages organisées par des réseaux sociaux sur internet traduisent le besoin des jeunes de se rencontrer et d’exister collectivement hors des cadres tracés par leurs aînés. A leur âge nous en faisions autant. Et même pire. Alors, lâchons-leur un peu les baskets ! 

12:25 | Lien permanent | Commentaires (39) | Tags : apéro géant, jeunesse, internet, réseaux sociaux, football | |  Facebook | | |

13/05/2010

Ascension et descension

 

En ce jour d'Ascension, il faut parfois descendre dans la terre et la chair pour y découvrir le ciel. Le Plouc vous offre ce poème en vous souhaitant de transformer vos descentes en montées.

 

 

SEL

 

Regarde là

Lumière Lumière vive

Qui vais-je attendre ?

Un destin passe

               repasse

               trépasse

 

Le matin délicieux s'écoule

Miel vertueux

Mêlé au vin des ténèbres

 

Viens-tu à mon secours, âme qui vive ?

 

Descends dans ta chair

Qu'elle palpite enfin, cette chienne

Qu'elle me crève

            me rêve

            me sève

 

De part en part ses griffes

Fouaillent mon ventre

Puanteur de roses séchées dans le sang

La terre ne reconnaît plus ce cadavre

Voué à l'eau à l'oubli à la lune

 

Viens-tu à mon secours, âme qui vive ?

 

Fais pleuvoir ton sang

Sur la rigole des mes rides

Sur le tapis de mes cris

Sang ou vinaigre, qu'importe

Je suis tellement sel.

 

Jean-Noël Cuénod

17:09 | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : poésie, ascension, spiritualité, descente | |  Facebook | | |

06/05/2010

Allons-nous vers la Grèce générale?

grèce.jpgAprès la crise de la «finance casino», l’économie joue maintenant à la roulette russe. Ou plutôt la roulette grecque. Après Athènes, à qui le tour? Lisbonne? Madrid? Dublin? Rome? Même Paris se met à trembler. Allons-nous vers la «Grèce générale»?

Aujourd’hui, l’Etat grec est obligé d’emprunter sur les marchés financiers à près de 9%, alors que la France, pourtant lourdement endettée, n’emprunte qu’à 3,28% sur dix ans et à moins de 1% sur deux ans. La situation de la Grèce est donc intenable. Impossible d’assurer les finances courantes d’une nation avec un taux d’intérêt aussi élevé. D’où le plan de sauvetage adopté par les pays de la zone euro et le Fonds Monétaire International (FMI) qui prêteront 110 milliards d’euros sur trois ans à Athènes à un taux de 5%. Le but est d’éviter la contagion.

Charité bien ordonnée…

Ajoutons en passant que ce coup de main ne saurait  être considéré comme un don. C’est bien d’un prêt qu’il s’agit, au taux, à peine aimable, de 5%. Les trois principaux contributeurs européens, l’Allemagne (22,32 milliards d’euros), la France (16, 80 milliards) et l’Italie (14,72 milliards) empocheront donc quelques centaines de millions d’euros dans cette opération. Charité bien ordonnée...

Bien entendu, ce plan a un corollaire: l’assainissement drastique et rapide des finances publiques grecques. Sinon autant verser des milliards d’euros dans le tonneau des Danaïdes. L’effort demandé aux Grecs sera donc massif et brutal. Ils devront s’acquitter d’une TVA à 23% contre 21% actuellement. A titre de comparaison, le taux de TVA en Suisse sera fixé à 8% dès l’an prochain. Les retraités verront leurs rentes amputées jusqu’à 35%. Les fonctionnaires perdront autant. Bref, d’ici fin 2014, la Grèce devra faire des économies à hauteur de 30 milliards d’euros, soit 43 milliards de francs.

A quand la « génération 300 euros » ?

Or, si les médias étrangers se sont moqués des treizième et quatorzième mois versés aux fonctionnaires grecs, il faut savoir que les salaires versés dans ce pays ne sont pas comparables aux nôtres. En 2008, la jeunesse grecque avait multiplié les manifs violentes en se proclamant «génération 600 euros», allusion à la paie mensuelle moyenne d’un jeune salarié. Devra-t-elle s’appeler «génération 300 euros»?

L’effort réclamé aux Grecs risque de paraître d’autant plus insupportable qu’il a été imposé par des instances extérieures (l’Union européenne, le FMI) et à cause d’une classe politique nationale, traversée par les scandales et la corruption. L’idée de demander son avis au peuple qui va subir ces restrictions n’a effleuré personne.

Certes, avant la Grèce, d’autres pays comme la Suède, le Canada et la Nouvelle-Zélande ont fourni des efforts semblables pour dégonfler leurs dettes publiques. Mais l’économie de ces Etats reposait sur des bases solides et leur classe politique n’était pas minée par le clientélisme corrupteur. Les dirigeants pouvaient donc entamer un discours pédagogique pour expliquer les raisons des restrictions sans que leurs citoyens ne leur rient au nez. Rien de tel, hélas, en Grèce, comme le démontre l’ampleur de la grève générale de mercredi 5 mai et des violences de rue.
Dans cette crise, tous les paramètres ont été pris en considération. Mais on a oublié le peuple. Cette tendance n’est pas propre qu’à la Grèce. Et chaque fois que les gestionnaires politico-économiques le prennent pour quantité négligeable, le peuple se rappelle à leur mauvais souvenir. En usant de la violence comme à Athènes ou en votant pour des démagogues, comme en Suisse, en Italie et en France.

 La leçon grecque n’est pas seulement financière. Elle est avant tout politique.

 

Jean-Noël Cuénod

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01/05/2010

Présenté au Festival de Cannes, "Hors-la-Loi" fait déjà polémique

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                              Photo: Cette co-production franco-algérienne réunit quatre des cinq acteurs d’  «Indigènes » qui avaient décroché collectivement le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes 2006 : Sami Bouajila, Jamel Debbouze, Roschdy Zem et Bernard Blancan

La France éprouve encore de la peine à pacifier sa mémoire algérienne. Une nouvelle polémique le prouve. Le député des Alpes-Maritimes Lionnel Luca — qui appartient à l’aile droite du parti présidentiel UMP — part en guerre contre le film du cinéaste franco-algérien Rachid Bouchareb (1), «Hors-la-loi», et sa sélection officielle au Festival de Cannes qui se déroulera du 12 au 23 mai.

L’œuvre du créateur des «Indigènes» évoque le massacre de Sétif qui a éclaté au Nord-Est de l’Algérie alors française, le 8 mai 1945 et qui a provoqué la mort de milliers d’Algériens musulmans et d’Européens. Le nombre exact des victimes oscille entre 1 165 (version officielle des autorités françaises), 17 000 (estimation des services secrets américains) et 45 000 (version officielle des autorités algériennes actuelles).

De son propre aveu, le député Luca n’a pas visionné le film. Il se fonde sur les interviews de Bouchareb pour attaquer le réalisateur, le traitant «d’irresponsable qui met le feu aux poudres de manière insupportable» et l’accuse de «falsification» de l’Histoire.

Pour alimenter sa colère, l’élu utilise également un rapport du général Gilles Robert, chef du Service historique de la Défense, qui a étudié le scénario de Rachid Bouchareb et le juge truffé «d’erreurs et d’anachronismes». Le général précise: «Le réalisateur veut faire croire au spectateur que le 8 mai 1945 à Sétif, les musulmans ont été massacrés aveuglément par des Européens. Or, ce jour-là, c’est le contraire qui s’est produit.»

Le massacre oublié


Le massacre de Sétif a longtemps été occulté. Si l’on résume le travail des historiens, voilà ce qui se serait passé ce 8 mai 1945, au moment où l’Allemagne nazie signe l’armistice avec les alliés. Emmenés par des militants du PPA clandestin (Parti du peuple algérien), une dizaine de milliers de musulmans défilent pour célébrer la victoire mais aussi, réclamer l’indépendance. Saal Bouzid (26 ans) brandit le drapeau algérien vert et blanc. La police tente d’arracher l’emblème, en vain. Un policier tire. Bouzid est mortellement atteint. Les manifestants sortent des couteaux. Les forces de l’ordre tire encore. D’autres musulmans tombent. C’est alors que, pour se venger, des protestataires poignardent et tuent des Européens.


Sétif est déclaré en état de siège. Durant trois jours, des policiers et les milices de colons vont se livrer à de sanglantes «ratonnades» dans toute la région. Le calme n’est rétabli que le 22 mai après d’humiliantes cérémonies publiques de reddition des musulmans. La première étape vers l’indépendance a été franchie ce jour-là.

C’est dire l’importance de cet événement, tant pour la France que pour l’Algérie. «Hors-la-Loi» et la polémique qu’il suscite offrent donc l’occasion d’éclairer cette zone d’ombre historique.