28/05/2010

La France, l’Algérie et les passions aveugles

Le Festival de Cannes 2010 a été marqué par les tensions, jamais dépassées, entre la France et l’Algérie. Le film de Rachid Bouchareb, «Hors-la-loi» a ouvert le débat sur le massacre de Sétif du 8 mai 1945. Et le Grand Prix du jury a été attribué à «des Hommes et des Dieux» de Xavier Beauvois qui évoque l’assassinat en 1996 par le Groupe islamiste armé (GIA), des moines du monastère de Tibhirine, près de Médéa.
Près d’un demi-siècle après l’indépendance algérienne, arrachée à la suite d’une guerre qui a duré huit ans, les plaies restent vives. Pour qu’elles se cicatrisent, il faudrait que les passions aveugles qui caractérisent l’Histoire croisée de l’Algérie et de la France s’éteignent. Ce qui n’est pas demain la veille, comme l'llustre cette bande-annonce de "Hors-la-loi".

 

 


Certes, Paris a caché sous le tapis bien des actes inacceptables contre les Algériens. Ainsi, la manifestation d’indépendantistes, réprimée violemment le 17 octobre 1961 sur ordre du préfet de la police parisienne Maurice Papon, a été occultée jusqu’au procès de ce dernier en 1998. Encore maintenant, on ignore le nombre exact de morts dont certains avaient été trouvés noyés dans la Seine. Il en va de même pour le massacre de Sétif, les estimations variant de moins d’un millier à... 45 000 morts algériens!

 


Cela dit, si la France doit mettre de l’ordre dans sa mémoire, il en va de même pour l’Algérie actuelle. Or le gouvernement de ce pays reste attaché à une vision mythique et sélective de la guerre d’indépendance. Il faut dire que son président, Abdelaziz Bouteflika, a joué un rôle important durant ce conflit, dans les rangs du Front de libération nationale (FNL), ce qui ne facilite pas la tâche de tous ceux qui souhaitent éclairer les zones — plutôt les continents! — d’ombre.

 


Il faudra bien, tôt ou tard, que l’Algérie évoque la sanglante lutte interne qui a opposé le FLN à l’autre composante indépendantiste, le Mouvement national algérien (MNA) créé par Messali Hadj, qui fut la première figure politique à défendre la séparation d’avec la France, alors que cette idée était encore ultraminoritaire au sein même des musulmans

 


Les deux mouvements se sont livrés à des règlements de compte fratricides. Cette «guerre civile» poursuivie à l’intérieur de la guerre d’indépendance aurait provoqué la mort de 4 000 personnes. Mais là aussi, les données exactes restent dans l’ombre.
De même, l’Algérie devra s’expliquer sur le rejet des Juifs, installés pourtant dans ce pays depuis des temps immémoriaux. Ainsi que sur les attentats commis par le FLN contre des civils, femmes et enfants.

 


Le combat pour l’indépendance algérienne était une cause juste. La présence française sur cette terre marquée par le colonialisme devait prendre fin. Des militants du FLN ont fait souvent preuve d’un courage impressionnant sous la torture de la soldatesque.
Mais ces actes de bravoure ne sauraient servir de paravent. Après avoir réclamé de la France qu’elle fasse œuvre de mémoire, l’Algérie sera conduite à son tour devant sa face ténébreuse. Libérées enfin de leurs fantômes, ces deux nations pourront alors partir sur un autre pied. Ces sœurs ennemies sont condamnées à s’entendre.

Commentaires

Juste une remarque sur cette "facilité" qui en dit long sur la doxa actuelle: "... cette idée était encore ultraminoritaire au sein même des MUSULMANS (c'est moi qui souligne)"

Il ne me souvient pas que la guerre d'indépendance algérienne se soit fondée sur l'appartenance à une religion!

Écrit par : Azrael | 28/05/2010

Chez les gens comme le Bobo, le travestissement historique est une vertu. Admirons le courage des tueurs d'institutrices face à la soldatesque française tortureuse...
Vivement qu'advienne cette Grande Tornade dont rêvent certains, qu'on puisse régler nos comptes face à tant d'injures. Garzon veut rouvrir la guerre civile en Espagne, les Arabes mener la suite de la guerre d'Algérie dans le 9-3, alors allons-y gaiement. Après tout, si l'on admire ceux qui clouent les institutrices aux portes des écoles après leur avoir coupé les seins, il faudrait un jour assumer la réalité des faits en 1:1...et pas sur les autres.

Écrit par : Géo | 28/05/2010

Il me semble que depuis l'indépendance de l'Algérie tous les présidents successifs soient issus du FLN.

Comme Azrael, je n'ai pas souvenirs d'avoir lu ou entendu quelque part que cette guerre soit d'origine religieuse.

À lire les propos de Géo, il semblerait bien qu'il a été légionnaire dans l'armée française et aurait toujours quelque peu de nostalgie !

Écrit par : Benoît Marquis | 28/05/2010

En réponse à MM. Marquis et Azraël: le statut officiel donné par la France aux Algériens avait pour nom: FMA, Français Musulmans d'Algérie.

Écrit par : Jean-Noël Cuénod | 28/05/2010

Très bon article. Vous auriez pu préciser que les rapatriés et autres - dont certains historiens sérieux - qui s'offusquent du film de Bouchareb lui reprochent surtout de glisser discrètement sur le fait que les massacres d'algériens (il semble que le chiffre d'environ 8 à 10 000 soit réaliste) aient été commis en représailles du massacre d'une centaine de civils français, le 8 mai 45, par les indépendantistes. Ce qui n'excuse certainement pas la répression aveugle mais aurait pu être précisé tout de même...
Si à l'époque des nationalismes arabes, la religion n'était pas mise en avant, elle était tout de même bien présente. Non sans quelques contradictions qui paraissent plus étonnantes aujourd'hui qu'à l'époque. Ainsi les juifs sépharades, présents dans la civilisation musulmane depuis toujours, et souvent bien éduqués, avaient été isolés du reste de la population par le colonialisme français, qui les avaient assimilés aux colons européens plutôt qu'aux "FMA". Ajoutés à une forte immigration juive venue d'Italie et aussi à plus longue échéance d'Espagne, ils ont formé le gros des pieds noirs, très hostiles à la décolonisation.
Dans le même temps, les jeunes juifs ashkenazes français, à l'époque souvent athées, marqués par l'anti-colonialisme et l'esprit de la Résistance formaient le gros des bataillons de l'UNEF parmi lesquels se recrutaient les porteurs de valise du FLN en métropole... Plusieurs d'entre eux - pas tous - ont depuis révisé leur position et soutiennent mordicus le colonialisme d'Israël.
Ce qui nous amène à la problématique très ressemblante que l'on connait aujourd'hui à l'autre bout de la Méditerranée. La domination d'une minorité exogène sur une majorité locale peut-elle se résoudre autrement que dans le sang ou l'exil, s'il y a volonté manifeste de par et d'autre de ne pas s'intégrer et de ne pas accepter les lois de la démocratie, donc du nombre ?
Le Royaume Franc d'Antioche a tenu deux siècles dans ces conditions. Il est vrai qu'il n'avait pas la bombe atomique. Mais tôt ou tard, les Arabes l'auront aussi, alors ?

Écrit par : Manouchian | 28/05/2010

"Vous auriez pu préciser que les rapatriés et autres - dont certains historiens sérieux - qui s'offusquent du film de Bouchareb lui reprochent surtout de glisser discrètement sur le fait que les massacres d'algériens (il semble que le chiffre d'environ 8 à 10 000 soit réaliste) aient été commis en représailles du massacre d'une centaine de civils français, le 8 mai 45, par les indépendantistes."

Exemple type d'une désinformation.

Les Algériens défilaient pacifiquement, et leur premier "crime" aura été de brandir un drapeau algérien et des pancartes appelant à l'indépendance. C'est lorsque les policiers ont voulu s'emparer du drapeau en tuant un de ses porteurs que la violence a éclaté. Le seul fait que le nombre des victimes algériennes soit inconnu malgré toutes les études a posteriori montre comment ces personnes étaient considérée: pire que du bétail.

Vous mentez donc en parlant de représailles suite à un premier "massacre" d'européens, car bien des européens ont été tués - eux-mêmes - en représailles, et surtout les premiers tués ont été algériens.

Écrit par : Johann | 28/05/2010

Manouchian

Très intéressants ce que vous avez dit!

Écrit par : hommersimson | 28/05/2010

Dans l'ordre. établi et reconnu y compris par les historiens algériens, il y a eu un mort algérien, puis une centaine de morts français, puis près de 10 000 morts algériens. Les proportions de bêtise criminelle dans l'escalade sont assez bien respectées de part et d'autre...
A noter que le drapeau brandi n'était pas le drapeau algérien, qui n'existait pas encore et que les banderoles, comme tout drapeau non allié, avaient été interdits par avance. Ce qui ne justifie certes pas l'assassinat du porte-drapeau, mais les quelques policiers présents étaient en nette infériorité numérique (les troupes étaient mobilisées par la guerre en France) et ont surréagi par crainte d'être débordées... Ce qui s'est immédiatement produit après le coup de feu...
Il semble aussi que la manifestation et les provocations "algériennes" étaient le fait d'une minorité radicale au sein du mouvement indépendantiste, qui avait précédemment soutenu la victoire nazie et avait été exclue pour cela de ce qui allait devenir plus tard le FLN.

Écrit par : Manouchian | 29/05/2010

"A noter que le drapeau brandi n'était pas le drapeau algérien, qui n'existait pas encore et que les banderoles, comme tout drapeau non allié, avaient été interdits par avance." @ Manouchian


La forme officielle du drapeau Algérien s’est décidée en 1934, avec les trois couleurs qui y figurent : le vert, le blanc et le rouge symbolisant l’unité des trois pays de l’Afrique du Nord. Madame Messali El Hadj a, quant à elle, conçu la forme actuelle et définitive du drapeau algérien en juillet 1937.
C’est pendant les manifestations à Alger, à Belcourt, le 14 juillet 1937, que le drapeau a été vu pour la première fois tel qu’il est actuellement. D’ailleurs, Madame Messali El Hadj l’a conçu à cet effet. Cependant, et s’appuyant sur des thèses d’autres chercheurs, d'autres chercheurs n’écartent pas l’hypothèse selon laquelle l’emblème a été érigé pour la première fois en 1933 à l’intérieur du siège de l’Etoile nord-africaine (ENA), à Paris, pour être porté par des Algériens en 1934 à Alger et Tlemcen. Citant l’historien Mohamed Ghnanèche, M. Yahia chercheur en histoire rapporte qu’en 1940 le drapeau algérien, avec l’étoile de couleur rouge et le croissant de couleur blanche, situés en haut du rectangle, a été adopté. Il a été par la
suite transformé à sa forme actuelle en 1943 par le Parti du peuple algérien (PPA) et ne précise pas qui l’a transformé. L’étude de M. Yahia précise également que l’Emir Abdelkader utilisait un étendard de couleur blanche et
verte. Il a été retrouvé après sa mort à la Maison des vestiges au Caire. Une autre source informe cependant que l’étendard de l’Emir Abdelkader existe toujours à Alger. Nous l’avons, après vérification, admiré au Musée de l’armée de Riadh El Feth, exposé dans une vitrine. Il est de couleur bleue foncée, d’environ deux mètres de long sur un mètre de large, bordé de carrés de tissu de couleurs ocre et orange. Cet étendard aurait été retrouvé en 1914
dans une mosquée à Taza, au Maroc. Un capitaine de l’armée française l’aurait récupéré et, à sa mort, sa famille l’aurait remis au Musée de l’armée française situé aux Invalides. En 1970, Jacques Chevalier, maire d’Alger pendant la colonisation, l’aurait remis aux autorités algériennes lors d’une visite officielle à Alger.

Écrit par : Jamal | 29/05/2010

J'ignorais que le drapeau algérien existait déjà plus de 25 ans avant l'Indépendance. Ce qui souligne le poids affectif que représentait la colonisation pour tout une partie de l'opinion algérienne d'alors. Dont acte et merci de ces utiles précisions historiques, Djamal. Qui, ne les infirmant pas, confirment je le suppose le reste de mes propos.

Écrit par : Manouchian | 29/05/2010

"Qui, ne les infirmant pas, confirment je le suppose le reste de mes propos."

Non, vous mentez toujours. Après l'assassinat du porte-drapeau, la police a tiré sur la foule désarmée "aidée" par les européens, faisant une centaine de morts.

Mensonge aussi sur le nombre de victimes algériennes, puisque ce nombre est inconnu. Et pour cause!

http://www.liberation.fr/medias/0101143027-les-mercredis-de-l-histoire-setif-l-autre-8-mai-1945

Écrit par : Johann | 29/05/2010

La version donnée par Millet dans Libération est celle des autorités algériennes du FLN, qui sont davantage partie que juge dans l'affaire. Les historiens algériens eux-mêmes la remettent en cause et les historiens français ayant participé à l'époque au reportage annoncé dans Libé ont dénoncé publiquement son unilatéralisme et sa sélectivité orientée après l'avoir visionné.

Alors comme rien ne vaut une source neutre, en voici une suisse, celle du consul d'Alger, qui transmet une note au DFAE, contenant ce récit d'un genevois de Setif, (enfin plutôt neuchâtelois d'après son nom).

A titre documentaire, je reproduis ci-après quelques passages d’une lettre que j’ai reçue récemment de M. Gustave de Pourtalès, s/directeur de la Compagnie genevoise des colonies suisses de Sétif, stationné au village d’El-Ouricia, près de cette dernière ville :

..."Si je suis encore de ce monde, je puis vous dire que c’est par une véritable protection divine qui a retenu tous les fusils qui ont été braqués sur moi. Nous nous sommes vus, ma femme, ma fille et moi, dans la situation où seule une grâce divine peut nous sauver et où l’on ne peut plus rien attendre ni de soi-même ni d’un calcul humain. Le village a été cerné, envahi, nous avons été tenus en joue pendant près de deux heures, sans savoir pourquoi l’ordre de faire feu n’a pas été donné. L’Abbé Navarro, aumônier de la garnison de Sétif, blessé à coup de feu, achevé à coups de sabre et de batons, a été tué à peu de distance de nous, et nous avons bien cru que le coup de feu qui l’a blessé était le signal de massacre général. Il s’est produit au contraire un repli momentané, mais de courte durée. Les indigènes reprirent leurs positions d’attaque, jusqu’au moment où, avertis de l’approche d’autos-mitrailleuses, ils s’enfuirent dans les montagnes. Depuis lors, nous sommes encore sur un volcan mal éteint, et ce n’est que depuis deux ou trois jours que les travaux de campagne ont pu être repris. Mais la résistance persiste encore dans certains secteurs montagneux. Ces événements ont complètement désorganisé notre vie et j’ai dans mon bureau le poste de commandement de la garnison locale, nous logeons les chefs, et je suis appelé à tout bout de champ à donner des renseignements, faire le secrétaire, etc. etc."

A noter aussi l'excellent dossier de Wikipedia sur la question, qui donne les différentes versions,
http://fr.wikipedia.org/wiki/Massacres_de_Sétif_et_Guelma

Écrit par : Manouchian | 29/05/2010

Vous continuez à mentir en faisant croire que vous connaissez le nombre de victimes algériennes. Le témoignage du Suisse ne signifie rien puisqu'il ne se passe pas à Sétif aux premières heures du premier massacre qui a été un massacre d'algériens manifestant pacifiquement et sur lesquelles la police et des européens ont ouvert le feu faisant "officiellement" une vingtaine de victimes algériennes, une centaine officieusement. Vous continuez donc à mentir sur l'enchaînement des événements.

L'estimation "neutre" est américaine et parle de 30 à 35 mille tués.


"Les historiens algériens eux-mêmes la remettent en cause"

Prouvez-le. Prouvez que vous ne mentez pas aussi sur ce point.

Écrit par : Johann | 29/05/2010

J'ignorais que le drapeau algérien existait déjà plus de 25 ans avant l'Indépendance. Ce qui souligne le poids affectif que représentait la colonisation pour tout une partie de l'opinion algérienne d'alors. Dont acte et merci de ces utiles précisions historiques, Djamal. Qui, ne les infirmant pas, confirment je le suppose le reste de mes propos.

Écrit par : مسجات | 23/02/2011

Mensonge aussi sur le nombre de victimes algériennes, puisque ce nombre est inconnu. Et pour cause!

Écrit par : wooden educational toys | 16/03/2011

Excellent article, merci de l’avoir écrit.

Écrit par : perdre du poids | 24/03/2011

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