06/05/2010

Allons-nous vers la Grèce générale?

grèce.jpgAprès la crise de la «finance casino», l’économie joue maintenant à la roulette russe. Ou plutôt la roulette grecque. Après Athènes, à qui le tour? Lisbonne? Madrid? Dublin? Rome? Même Paris se met à trembler. Allons-nous vers la «Grèce générale»?

Aujourd’hui, l’Etat grec est obligé d’emprunter sur les marchés financiers à près de 9%, alors que la France, pourtant lourdement endettée, n’emprunte qu’à 3,28% sur dix ans et à moins de 1% sur deux ans. La situation de la Grèce est donc intenable. Impossible d’assurer les finances courantes d’une nation avec un taux d’intérêt aussi élevé. D’où le plan de sauvetage adopté par les pays de la zone euro et le Fonds Monétaire International (FMI) qui prêteront 110 milliards d’euros sur trois ans à Athènes à un taux de 5%. Le but est d’éviter la contagion.

Charité bien ordonnée…

Ajoutons en passant que ce coup de main ne saurait  être considéré comme un don. C’est bien d’un prêt qu’il s’agit, au taux, à peine aimable, de 5%. Les trois principaux contributeurs européens, l’Allemagne (22,32 milliards d’euros), la France (16, 80 milliards) et l’Italie (14,72 milliards) empocheront donc quelques centaines de millions d’euros dans cette opération. Charité bien ordonnée...

Bien entendu, ce plan a un corollaire: l’assainissement drastique et rapide des finances publiques grecques. Sinon autant verser des milliards d’euros dans le tonneau des Danaïdes. L’effort demandé aux Grecs sera donc massif et brutal. Ils devront s’acquitter d’une TVA à 23% contre 21% actuellement. A titre de comparaison, le taux de TVA en Suisse sera fixé à 8% dès l’an prochain. Les retraités verront leurs rentes amputées jusqu’à 35%. Les fonctionnaires perdront autant. Bref, d’ici fin 2014, la Grèce devra faire des économies à hauteur de 30 milliards d’euros, soit 43 milliards de francs.

A quand la « génération 300 euros » ?

Or, si les médias étrangers se sont moqués des treizième et quatorzième mois versés aux fonctionnaires grecs, il faut savoir que les salaires versés dans ce pays ne sont pas comparables aux nôtres. En 2008, la jeunesse grecque avait multiplié les manifs violentes en se proclamant «génération 600 euros», allusion à la paie mensuelle moyenne d’un jeune salarié. Devra-t-elle s’appeler «génération 300 euros»?

L’effort réclamé aux Grecs risque de paraître d’autant plus insupportable qu’il a été imposé par des instances extérieures (l’Union européenne, le FMI) et à cause d’une classe politique nationale, traversée par les scandales et la corruption. L’idée de demander son avis au peuple qui va subir ces restrictions n’a effleuré personne.

Certes, avant la Grèce, d’autres pays comme la Suède, le Canada et la Nouvelle-Zélande ont fourni des efforts semblables pour dégonfler leurs dettes publiques. Mais l’économie de ces Etats reposait sur des bases solides et leur classe politique n’était pas minée par le clientélisme corrupteur. Les dirigeants pouvaient donc entamer un discours pédagogique pour expliquer les raisons des restrictions sans que leurs citoyens ne leur rient au nez. Rien de tel, hélas, en Grèce, comme le démontre l’ampleur de la grève générale de mercredi 5 mai et des violences de rue.
Dans cette crise, tous les paramètres ont été pris en considération. Mais on a oublié le peuple. Cette tendance n’est pas propre qu’à la Grèce. Et chaque fois que les gestionnaires politico-économiques le prennent pour quantité négligeable, le peuple se rappelle à leur mauvais souvenir. En usant de la violence comme à Athènes ou en votant pour des démagogues, comme en Suisse, en Italie et en France.

 La leçon grecque n’est pas seulement financière. Elle est avant tout politique.

 

Jean-Noël Cuénod

09:43 | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : grèce, crise, grève, manifs, peuple, union européenne, fmi | |  Facebook | | |

Commentaires

D'après le commentaire du journaliste chinois présent au "Kiosque" (TV5 Monde) dimanche dernier, la France vient en quatrième position après le Portugal, l'Espagne et l'Italie. Quant au peuple, il ne doit pas s'attendre à un miracle tant qu'il consentira à avaler les couleuvres syndicalistes.

Écrit par : Rabbit | 06/05/2010

"Ajoutons en passant que ce coup de main ne saurait être considéré comme un don. C’est bien d’un prêt qu’il s’agit, au taux, à peine aimable, de 5%. Les trois principaux contributeurs européens, l’Allemagne (22,32 milliards d’euros), la France (16, 80 milliards) et l’Italie (14,72 milliards) empocheront donc quelques centaines de millions d’euros dans cette opération. Charité bien ordonnée..."

La plupart des gens sérieux considèrent que ces prétendus prêts sont de la poudre jetée aux yeux des opinions publiques, parce que la Grèce ne sera jamais à même de les rembourser, puisqu'elle ne peut relancer ses exportations par une dévaluation salvatrice.

Mais quoi qu'il en soit, quelle débâcle pour un bidule qui devait assurer la sécurité, la stabilité et la prospérité aux Européens ! Ceux qui ont lancé l'euro pour accéder à la postérité en tant que pères de la monnaie unique, pourraient bien se retrouver dans le tome des maudits au chapitre des grands ratés de l'histoire.

Écrit par : Scipion | 06/05/2010

A titre de comparaison; Le nouveau gouvernement fédéral suisse a décidé en 1852 l'introduction d'une monnaie unique sur tout le territoire national, le franc suisse.
Il aura fallu attendre jusqu'en 1907 pour que cette monnaie s'impose sur tout le territoire. Un territoire de 41.000 km2, avec 3. 1/2 millions d'habitants à tout casser.
Mais ça tient...

Écrit par : J.C. Simonin | 06/05/2010

"D’abord les banques ont failli, forçant les Etats à mener des actions de sauvetage. Elles ont plongé l’économie mondiale dans le précipice, et nous avons dû engager des plans de relance. A cause de ces plans de relance, nous nous sommes endettés, et maintenant, elles spéculent contre ces dettes, c’est vraiment très perfide" Angela Merkel hier sur la chaîne de TV Allemande WDR.

Y'a plus d'moralité publique dans notre monde! comme le chantait Georges.

Écrit par : Azrael | 07/05/2010

Excellent titre! J'ai bien ri!

Écrit par : Carlitos de Unmauno | 07/05/2010

Azrael,

La mauvaise gestion des deniers publics de la Grèce était de notoriété publique. La dette grecque en bien plus ancienne les plans de relance. Celle des autres états aussi.

Écrit par : pensif | 07/05/2010

Une ou deux questions stupides dans ce contexte:
Pourquoi les gens ou les banquiers intelligents prêtent-ils du fric ä une institution dont on sait qu'elle est mal gérée.......?
Et pourquoi des citoyennes et des citoyens dépourvus de tous droits - dans ce berceau de la Démocratie - devraient-ils payer pour la pourriture et l'incurie de leurs dirigeants........?

Écrit par : J.C. Simonin | 07/05/2010

20% de la population travaille au noir,tricher aux impôts est un sport national très peu d'imposition grosse fortune. les grecs vivent au dessus de leurs moyens.
Ca ne pouvait pas durer et malgrè cette situation catastrophique les grecs manifestent pour ne pas prendre de mesures de restriction. Non ils ne sont pas sérieux!

Écrit par : Hervé | 10/05/2010

Selon certains chiffres pas très récents, mais pourtant crédibles, quelque 18% du P.I.B. suisse échappe à l'impôt. en Italie, env. 28%, en Espagne 38%. Et quand on voit les milliers de milliards qui se tirent dans les paradis fiscaux à Jersey, aux Iles Caïman, etc, on se dit que le peitit coiffeur ou la serveuse de bistrot serait assez stupide de déclarer tous ses revenus...
La fraude fiscale est un sport MONDIAL, les grosses têtes de la Hauolte Phynance donnent l'exemple.
Il semble que tant la France que l'allemagne ont vendu à la Grèce des armements, des sous-marins et que sais-je, totalement inutiles et qui doivent être payés maintenant

Écrit par : J.C. Simonin | 10/05/2010

Le travail de chacun (éveillés) est de réveiller les aveugles et les sourds piqués par la moche tsé-tsé (amis et famille anesthésiés). Et si taper du poing sur la table ne suffit pas, un uppercut dans la gueule n’est pas forcément mauvais...

Écrit par : BTscene | 16/12/2011

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