30/03/2010

Politique sur canapés : L’UMP bat le PS

miamsaumon.jpg

« Le Plouc, la gauche caviar n’est plus ce qu’elle était. Plus du tout. » Envoyé par la boutique parisienne de la Tribune de Genève et 24 Heures aux sièges de l’UMP et du PS, mon collègue Mathieu van Berchem a dans la glotte ce spasme enroué que provoque la nostalgie. La défaite des socialistes aux dernières élections régionales se révèle sans appel, ni pourvoi en cassation. Alors que l’UMP, elle, triomphe et met les bouchées doubles.

 

A l’issue de ce duel sur canapés, émanation superstructurante de la lutte des toasts, on comprend pourquoi le Parti socialiste a choisi la rue de Solférino pour y faire son siège. Il fallait cette bataille terrible   qui a donné au Genevois Henri Dunant sa vocation humanitaire pour symboliser la déroute rose.

 

 Mathieu van Berchem a contemplé ces buffets de la gauche unie avec l’ébahissement de Fabrice à Waterloo : sur les nappes froissées ne subsistaient plus que quelques bâtonnets de céleri mou, de carottes tièdes ainsi que divers reliefs indéterminés à la biotitude décourageante. On sent que les verts ont passé par là. Certes, les roses ne sont plus rouges depuis longtemps, mais cela doit-il excuser ce blanc infect au goût de carton imprimé ?

 

A cette image de la déroute, a succédé  celle, rayonnante, de la droite. Rue de la Boétie, au siège de l’UMP, le contraste est éblouissant. Sur des nappes bien blanches et plissées au fer, s’étalent des canapés au saumon d’une fraîcheur sibérienne. On dirait que le porte-parole Lefèvre vient de les pêcher avec ses grosses bottes dégoulinantes de varech. Un porte-parole s’est fait pour donner le thon, non ? Surtout quand on se coiffe, comme lui, avec la raie au milieu du crâne.

 

A ce saumon sarkozyen ! Mathieu n’en est pas revenu. Sarkozy, non plus d’ailleurs. Mais lui, c’est pour d’autres raisons. Et ce tarama onctueux comme un discours de Xavier Bertrand transformant les gifles des électeurs en claques d’applaudissements ! Et ce champagne qui coulait à flot à mesure que les résultats électoraux jaillissaient comme des voies d’eau ouvertes dans un paquebot en perdition !
Encore quelques performances comme celle-là, et l’UMP pourra ouvrir un restaurant haut de gamme, afin de recevoir du guide Michelin, ces étoiles que les électeurs lui ont refusées.

Jean-Noël Cuénod

LA VIDEO DES MILITANTS UMP MECONTENTS

L'UMP réserve ses petits fours à tomber par terre aux journalistes et aux dirigeants. Le militant de base du parti sarkozyste, lui, n'a pas le droit de salir de ses croquenots crottés les beaux tapis du siège.

 
les militants UMP grognent devant le siège du parti
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27/03/2010

Le vote perdu de la France d’à côté

IsoloirVide.jpgC’est l’autre France, celle d’à côté. L’autre France qui non seulement s’abstient de voter, mais n’est aussi même pas inscrite sur les listes électorales. D’après les données de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), qui remontent à 2004, près de cinq millions de Français se trouvent dans ce cas, sur 45   millions d’électeurs potentiels.

En France, contrairement à la Suisse, il faut entreprendre des démarches pour figurer sur les listes électorales, sauf pour les personnes âgées de 18 ans, qui sont inscrites d’office… à condition qu’elles se soient fait recenser en mairie à 16 ans. La démarche est théoriquement obligatoire pour ces jeunes mais parfois éludée par les intéressés!

Une étude du Centre d’analyse stratégique, publiée en mars 2007, met le doigt sur ce phénomène inquiétant qui est rarement abordé dans les médias et fait l’objet d’un nombre restreint de publications.

Non-inscription rime avec non-intégration, comme le remarque le Centre d’analyse stratégique:

 «Une grande part des non-inscrits est constituée par une population mal intégrée à la société, surtout les jeunes et les personnes culturellement ou scolairement défavorisées», et le document met en évidence «un taux particulièrement élevé de non-inscriptions dans les zones sensibles, de l’ordre de 25%».

Dans certains quartiers pauvres des cités qui ceinturent Paris, Lyon, Marseille et les métropoles régionales, un électeur potentiel sur quatre ne figure donc pas sur les registres électoraux et n’est même pas comptabilisé dans la colonne «abstention»!

Ces données n’étonnent pas si on les confronte à l’expérience née du terrain. En novembre 2007, lors des émeutes de Villiers-le-Bel, j’avais tenté de nouer un dialogue avec de jeunes adultes de cette cité emblématique de la banlieue parisienne. La plupart d’entre eux possédaient la nationalité française puisque nés dans la République. Votaient-ils pour exprimer leur rage?

A voir leur mine éberluée, le journaliste qui posait cette question tombait de la planète Mars: «Voter, mais c’est quoi voter? C’est pas pour nous!»

Dans Le Monde, Xavier Lemoine, maire UMP de Montfermeil, cité de la Seine-Saint-Denis, près de Paris, dresse ce constat affligeant:

 «Une partie de la population vit en autarcie (…). Ces habitants considèrent que les institutions ne méritent pas qu’on s’y intéresse. Ils ont leur vie à eux, réglée par d’autres codes. » De l’avis des politologues et des élus de ces villes délaissées par la France «d’en haut», cette coupure ne cesse de prendre de l’ampleur.

La France d’à côté va s’agrandir, englobant des zones toujours plus importantes. Le cercle infernal est en train de s’ouvrir: sachant que les habitants de ces quartiers ne se déplaceront en aucun cas aux urnes, les candidats n’y mobilisent pas leur énergie et, une fois élus, sont enclins à prendre des décisions qui concernent plus leurs électeurs que les «Français d’à côté».

Comment lutter contre cette tendance qui met en péril la démocratie? Il faudrait, en premier lieu, que les autorités et les partis en prennent conscience. Or, en la matière, la politique suivie serait plutôt celle de l’autruche!

Jean-Noël Cuénod

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25/03/2010

José Carron a quitté le circuit

José.jpgJosé Carron vient de rejoindre l’Eternel Printemps.  Rédacteur en chef de la « Tribune Mont-Blanc », puis journaliste à la « Tribune de Genève », José était le plus britannique des Savoyards, fervent supporteur du foot anglais et, surtout, de la Formule 1 dont il était l’un des meilleurs connaisseurs. 

 

Il avait ce don rare de transmettre sa passion même à ceux qui ne la partageaient pas. Sous sa plume, les bolides prenaient forme humaine et leur vacarme devenait musique.

 


Flegmatique et souriant, José était une île de gentillesse dans l’océan tourmenté des médias. Un camarade franc, sympa, chaleureux, maniant l’humour sans rosserie.  A 56 ans et après sept mois de lutte courageuse contre la maladie, le voilà qui s’en va ailleurs. Nous le suivons de la pensée, le cœur serré. Serré car, il y demeure toujours, dans notre cœur.

Jean-Noël Cuénod

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17/03/2010

Carla, Nicolas, rumeurs et autres "sarkozyades"

SarkoCarla.jpgLa rumeur a toujours connu un statut ambigu dans le journalisme, à la fois méprisée et courtisée.
 
Méprisée, puisqu’il s’agit d’un bruit qui court de travers sous la forme d’une information non confirmée et qui, dans le pire des cas, conforte la calomnie. Bref, tout ce qu’un journaliste devrait éviter.
 

Courtisée, car elle sert parfois de signe avant-coureur d’un fait bien réel. «Il n’y a pas de fumée sans feu», dit-on. Or, il y a souvent fumée sans feu. Néanmoins, il arrive aussi que cette fumée signale un feu en bonne et due forme. Il faut donc faire la part… du feu et distinguer le juste moment qui transforme la rumeur en information ou, au contraire, la dégrade en bobard. C’est dire si le métier d’informer est tout sauf aisé à mener à l’heure où chacun s’improvise journaliste en pianotant pour fourbir son blogue.
 
Dans les mains des gens de pouvoir, de leurs opposants et des faiseurs d’opinions, la rumeur est depuis la nuit des temps matière explosive. Et détruit parfois ceux qui la manipulent. Ou croient la manipuler. Cet aspect prend une ampleur inédite avec l’Internet et ses réseaux sociaux, comme Facebook et Twitter, qui consacrent l’instantanéité de la communication.
 
Avec ses nouvelles ailes, la rumeur ne court plus, elle vole! Au XVIIe siècle, les graphomanes distribuaient sous le manteau libelles et ragots contre le cardinal Mazarin. Ces écrits étaient nommés mazarinades. Aujourd’hui, ce sont des «sarkozyades» qui pépient sur l’Internet. Leur style, hélas, ne doit rien à la plume de Scarron ou du cardinal de Retz — célèbres auteurs de mazarinades — mais tout à cette médiocrité de langue dont le lointain successeur du général de Gaulle se fait le porte-parole. Nous avons les Mazarin que nous méritons!
Le président Sarkozy et son épouse-vedette constituent donc l’une des cibles privilégiées des «cyberrumeurs» (voir le dessin de l'excellent Burki paru dans 24 Heures). La dernière de ces «sarkozyades» a été passée sous silence en France par les journaux «papier», alors que les sites Internet débitaient textes et photos.
 
Doit-on louer les médias traditionnels d’avoir résisté à cette tentation du bruit? Seraient ainsi déployés, deux espaces d’information qui s’ignoreraient. L’un, sérieux, qui se refuserait aux rumeurs et l’autre, rigolo, qui colporterait n’importe quoi.
Accepter une telle situation serait suicidaire pour les médias traditionnels. Ils seraient aussitôt assimilés à la parole officielle. Ils resteraient sérieux, certes, mais auraient pour crédibilité, celle de la Pravda.
 
Lorsqu’une rumeur s’installe de façon massive dans l’espace Internet, elle devient non pas un fait, mais une matière communicante à traiter. Aux médias traditionnels d’accomplir cette besogne, plutôt que de se murer dans un silence qui peut être perçu comme complice des «puissants». Aux médias traditionnels de rappeler qu’elle n’est autre chose qu’une rumeur, de la remettre en perspective en soulignant qu’elle peut traduire un certain état de l’opinion ou un malaise diffus.
 
 La déontologie de l’information post-Internet reste à inventer.

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13/03/2010

Jean Ferrat est mort: Créteil n'est plus ce qu'il était

Ma môme, elle joue pas les starlettes
Elle met pas des lunettes
De soleil
Elle pose pas pour les magazines
Elle travaille en usine
À Créteil.


Cette chanson, elle ne cessait de tarauder les oreilles du Plouc, entre deux plongeons dans les eaux du lac à Corsier-Port, un jour brûlant d’août au début des années 60. Et pourtant, le jeune Plouc, il était plutôt « Chaussettes Noires » et Eddy Mitchell – « Ô Daniela, la vie n’est qu’un jeu pour touâ ». En pleine période yé-yé, Jean Ferrat poussait  la chanson poétique sur les ondes rétives. Gonflé !


Mais la poésie croît sur les terrains les plus vagues. Le petit Plouc, il se l’imaginait bien, la môme de Jean Ferrat. Et Créteil? Où se nichait donc Créteil ? Quelque part en banlieue communiste près de Paris, lui avait-on répondu. Il faisait rêver,  ce mot. Il sonnait rouge avec ses usines qui crachait des fumées en colère. Aujourd’hui, les usines ont fermé à Créteil. Et cet après-midi,  Jean Ferrat est mort.

L'amour, seul, est Eternel. "Aimer à perdre la raison" que chante Jean Ferrat est tiré du poème "La Croix pour l'ombre" qui figure dans "Chant du Madjnoun" d'Aragon.

Jean-Noël Cuénod

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11/03/2010

La criminalité fera-t-elle tomber Sarkozy?

Sarkoflic.jpgLe mâle discours de Nicolas Sarkozy sur la lutte contre la délinquance fut le «Sésame, ouvre-toi!» qui lui a permis d’entrer à l’Elysée. Ce même thème risque aujourd’hui de contribuer à l’en faire sortir.

Son ami le plus proche, le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, a certes présenté les chiffres 2009 de la délinquance sous un jour positif, en excipant d’une baisse générale de 1,04% par rapport à 2008. Il n’en demeure pas moins que les crimes et délits violents poursuivent leur hausse inquiétante de 2,8% en un an.

Autre signe qui ne trompe pas: Sarkozy (photo prise à Gagny en Seine-Saint-Denis près de Paris, après une agression commise dans un lycée) n’a plus la cote auprès des policiers qui, pourtant, l’ont ardemment soutenu lors de la campagne présidentielle de 2007. En effet, aux élections professionnelles (à la fin du mois de janvier dernier) de la police nationale, le syndicat de gauche né de la fusion entre FO-Police et Unité-Police l’a emporté largement avec 47,8% des voix.

La revanche du commissaire Havrin

Dans son bureau d’adjoint au maire socialiste Pierre Cohen de Toulouse, l’ancien commissaire de police Jean-Pierre Havrin savoure sans doute sa revanche. Ce grand flic à la fibre sociale et républicaine fut humilié publiquement par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, qui reprochait à ses hommes de jouer au rugby avec les délinquants plutôt que de les arrêter. Sarkozy s’est appuyé sur cet exemple pour supprimer la police de proximité, inefficace, selon lui. Alors que dans l’optique du commissaire Havrin, jouer au rugby avec les garçons des cités réputées difficiles permettait à ses policiers de bien connaître le terrain. Mais Nicolas Sarkozy refusait cette tactique du ballon ovale. Il voulait des flics qui terrorisent les délinquants et «fassent du chiffre», seule aune à laquelle il jugeait l’efficacité policière.

Chacun peut voir aujourd’hui le résultat. L’insécurité apparaît dans des lieux où elle ne sévissait guère, à l’intérieur des lycées et collèges. Et la violence ne cesse de croître. Privés de renseignements de terrain, les policiers ne savent plus où frapper. Obligés de «faire du chiffre», ils multiplient les gardes à vue — elles ont presque triplé entre 2000 et 2009 — pour des motifs souvent discutables. Ce qui renforce la méfiance, et parfois l’hostilité, entre police et population.

Région n'est pas nation

Parallèlement, les socialistes deviennent enfin crédibles dans ce domaine. Le gouvernement Jospin l’avait négligé, avec le résultat que l’on sait!

Les nombreux maires du PS se trouvent à l’origine de cette nouvelle politique de gauche en matière de délinquance. En effet, ils ont autorité sur la police municipale (sauf à Paris où cette tâche est dévolue au préfet de police) et ont appris à gérer la sécurité au quotidien.

A Toulouse par exemple, l’ancien commissaire Havrin et le maire Cohen ont créé un «office de la tranquillité»: 220 agents de la police municipale sont répartis en cinq quartiers. Chaque fois qu’une incivilité surgit, les Toulousains peuvent les joindre sur leur portable.

Pour le PS, le mot «punir» n’est donc plus tabou. Le discours a changé. Mais les socialistes doivent encore prouver que s’ils parviennent au pouvoir sur le plan national, ces propos se traduiront en actes. Car région n’est pas nation.

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08/03/2010

Femme enfin

Jouant les bons princes à peu de frais, l'Homme a donc condescendu à offrir à la Femme une journée, celle d'aujourd'hui. Sans être dupes de l'hypocrisie qui entoure cette commémoration, La Plouquette et Le Plouc offrent à toutes ce poème - Femme enfin - tiré de leur ouvrage commun "Amour Dissident".

Le portrait ci-dessous est l'oeuvre du grand artiste Ben-Ami Koller qui nous a quittés en 2008. Il avait illustré "Amour Dissident".

 

 

 

 

 

 BAK.jpg

 

 

 

FEMME ENFIN

Femme

Au flanc

De sang

Qui effraie

Les loups

 

 

 

 

                                                                              Femme

                                                                              Aux yeux

                                                                               De sel

                                                                               Qui vide

                                                                               L'étang

 

                                                                               Femme

                                                                               Aux mains

                                                                               De fer

                                                                               Qui forge

                                                                               Les mots

 

                                                                               Femme

                                                                               Aux seins

                                                                               D'herbe

                                                                               Qui tissent

                                                                               La peau

 

                                                                               Femme

                                                                               Au cou

                                                                               D'encens

                                                                               Qui tranche

                                                                               Le chant

 

                                                                               Femme

                                                                               Enfin

                                                                               A vif.

 

Amour Dissident - Christine Zwingmann et Jean-Noël Cuénod, illustration de Ben-Ami Koller, Editions Editinter (Paris). Cet ouvrage a obtenu la Médaille littéraire du Sénat en 2003

 

 

                                                                              

 

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07/03/2010

Kadhafi, la Suisse et la "Tribune": remettre la mosquée au milieu de Tripoli

Que les choses soient d’emblée éclaircies. Aucun collègue de la « Tribune de Genève » n’a demandé au Plouc de pondre ce billet. Qui ne représente nullement l’avis de sa rédaction. Le Plouc écrit en son nom. Et en son nom seul.
 Ces précautions oratoires étant prises, Le Plouc fait part de son effarement devant l’inversion des valeurs qui caractérise les récents développements de l’affaire Kadhafi contre Suisse.

 

Tout d’abord, la Ligue arabe – manière de confédération des pétropotentats – traite officiellement la Suisse de « raciste ». Et pourquoi la Suisse serait-elle « raciste » ? Parce que des policiers genevois ont interpellé le couple Kadhafi junior. Pourquoi le rejeton de l’Hirsute des Sables et sa femme ont-ils été interpellés ? Deux domestiques ont porté plainte contre eux après avoir été maltraités. De quelles nationalités ces domestiques victimes des brutalités kadhafiennes sont-ils les ressortissants ? De la Tunisie et du Maroc. Résumons-nous : selon les pétropotentats , la Suisse est raciste parce que des policiers genevois ont volé au secours de deux domestiques arabes !
Prêter main-forte à  de simples domestiques au lieu de se prosterner devant les puissants, voilà ce qui s’appelle être raciste dans la novlangue de la Ligue arabe.

 

Venons en maintenant aux accusations qui pleuvent contre la « Tribune de Genève », « coupable » d’avoir publié des photos du fils Kadhafi après son arrestation. Comme d’aucuns marchent sur la tête dans cette affaire, il convient de rappeler des évidences d’une outrageante banalité : un journal informe. Et il informe par le texte et l’image. L’interpellation du fils du tyran de Tripoli constitue une nouvelle d’intérêt général que l’on ne saurait contester – à moins d’en revenir aux critères journalistiques de la « Pravda ». Dès lors, de l’humble avis du Plouc, la « Tribune de Genève » n’a pas à s’excuser d’avoir fait son travail.

Il est temps de remettre la mosquée au milieu de Tripoli, là où règne l’un des dictateurs les plus indignes de la planète. Et ceux qui le soutiennent feraient bien de se rappeler cet adage : qui se ressemble s’assemble.

Jean-Noël Cuénod
Simple Plouc

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03/03/2010

La tempête « Xynthia » et ses leçons de solidarité

Xynthia.jpg

Les mauvais sentiments ont bonne presse, c’est bien connu. Faites-vous montre d’un brin d’humanité? Aussitôt, vous voilà accusé d’ «angélisme», l’injure suprême.

L’ «angéliste» est un crétin qui en rajoute dans la stupidité, puisqu’en donnant «il se fait avoir». Refusez-vous de prendre l’étranger pour le bouc émissaire de vos petites frustrations? «Angélisme!»
 Etes-vous écœurés par une société qui voue un culte au veau d’or? «Angélisme!»
Doutez-vous du bien-fondé d’une civilisation qui fait de la compétition entre les humains sa vache sacrée? «Angélisme, vous dis-je!»

Lorsqu’évoquant Nicolas Sarkozy, le publicitaire Séguéla claironnait «celui qui n’a pas une Rolex à 50 ans a raté sa vie», il ne lâchait pas une incongruité mais traduisait l’essence de notre époque.
 
Depuis Gide, chacun sait qu’on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments. Et désormais, on ne développe plus de société — bonne ou mauvaise — avec de bons sentiments. Le cynisme devient la valeur-phare qui ne craint pas les crises; le repliement sur son mini-moi prend des allures de valeur-refuge qui légitime l’égoïsme.
 
Mais lorsque la terre, l’air et la mer se mettent en colère, lorsque l’humain est confronté à plus fort que lui, les Rolex sont emportées par les marées, le cynisme coule à pic et l’individualisme relève de la pratique suicidaire. La fraternité — troisième terme de la devise française — quitte le fronton des mairies pour s’incarner dans un peuple en souffrance. La solidarité ne provoque plus de ricanement mais retourne dans son lit comme un fleuve qui s’était égaré.

A La Rochelle, l’une des villes frappées par la tempête «Xynthia», nous avons pu mesurer cette générosité en marche dans toute son intensité. Une générosité qui ne s’affiche pas et s’exprime souvent dans la bonne humeur, malgré la détresse: «Si je donne un coup de main? Eh bien, c’est normal, non?» Cette vidéo d'Europe 1 confirme cette marée solidaire.


Après Xynthia, la solidarité s'organise
envoyé par Europe1fr. - L'actualité du moment en vidéo.

 


Au restaurant scolaire d’Aytré, transformé en lieu d’accueil pour les sans-abri, cette solidarité s’organise d’elle-même, avec le soutien, certes, des autorités locales mais surtout par une sorte d’autodiscipline collective dont personne n’avait perdu l’usage et qui est prête à ressurgir dès que le besoin s’en fait ressentir.

Pour faciliter les rapports entre donateurs et victimes, la radio tient un rôle prépondérant. Radio-France a tissé un réseau de 41 stations locales sous l’égide de «France Bleu». Nous avons assisté dans les bureaux de «France Bleu La Rochelle» à ces échanges. «Nous croulons sous les appels. Chacun veut aider, donner quelque chose. La mobilisation est très forte», explique Jean-Luc Troussel, directeur de la station.
 
Un besoin de camping-gaz se fait-il sentir dans tel quartier? Manque-t-on d’habits pour adolescents? Aussitôt, des auditeurs proposent leurs services. Et cela fonctionne aussi dans l’autre sens: des habitants préservés de la tempête annoncent qu’ils se serreront un peu pour héberger des sans-abri.  En voici un exemple puisé sur le site de France Bleu La Rochelle (cliquer pour voir ce lien):

 

Xynthia a semé la mort. Elle nous rappelle aussi que sans cohésion sociale, il n’est point de vie.

(Cette chronique a paru en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève jeudi 4 mars et en rubrique "Réflexion" de 24 Heures vendredi 5 mars 2010)

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