26/02/2010

Kadhafi et le Djihad: l’Hirsute des Sables, fait son intéressant

Kadhafi.jpgL’appel au Djihad contre la Suisse suscite le rire et inspire la pitié plus que tout autre chose. Le rire devant les accents délirants de l’Hirsute des Sables. La pitié pour le peuple libyen qui se trouve dans les mains d’un dictateur au cerveau manifestement très endommagé. 


Le potentat de Tripoli, non seulement crache sur la Suisse mais il insulte aussi le Prophète. En proclamant le Djihad dans un contexte qui lui est étranger, il invoque la puissance divine en vain. Ce qui fait de lui un blasphémateur. Or, le blasphème, dans certains pays appliquant la charia, se punit par l’application de 40 coups de fouet. Soyons bons princes laïcs et contentons-nous de hausser les épaules.


Cette notion est liée à l’effort, au travail, au courage. Pour le prophète le « grand Djihad » est celui que tout croyant doit développer contre les mauvais penchants de son âme : la colère, la paresse, la superstition, l’envie, la jalousie, la médisance,  bref tout ce qui l’entrave dans son chemin vers Dieu.  Averroès avait défini par ordre d’importance quatre types de Djihad : le Djihad du cœur, celui que nous venons d’évoquer ;  le Djihad de la langue qui se rapporte à l’enseignement ; le Djihad de la main qui encourage le musulman à bâtir son pays et, en dernier, le Djihad de l’épée, celui que l’Hirsute des Sables veut faire fondre sur nos glaciers sublimes.


Or, les principaux docteurs de l’islam, même les plus conservateurs, soulignent le caractère d’autodéfense que revêt ce « petit Djihad ». Il faut que la terre d’islam soit physiquement attaquée pour qu’un imam – et non pas un colonel habillé comme un portier d’hôtel – l’invoque. Même s’il relève d’une fâcheuse irrationalité qui ne fait pas honneur à la majorité des votants, le vote suisse contre les minarets ne saurait servir de prétexte. En effet, la construction des mosquées n’est nullement  mise en cause par cette décision. La religion musulmane n’est en aucun cas interdite de pratique. Et comme nos troupes d’infanterie ne campent pas à la frontière libyenne, tout Djihad de l’épée contre la Suisse ne relève que de la psychiatrie.


Dès lors, ne dramatisons pas cette nouvelle kadhaferie. Son appel au Djihad a autant de valeur qu’une bulle papale fulminée par Berlusconi.

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25/02/2010

La peine de mort victime du déficit!

peinedemort.jpgC’est parfois grâce à de sordides raisons que les plus nobles objectifs sont atteints. Si la peine de mort pâlit aujourd’hui aux Etats-Unis, après des décennies où elle a affiché une belle santé, c’est en raison de la crise économique qui condamne les budgets publics à son impitoyable guillotine.

Au moment où se déroule à Genève le 4ème Congrès mondial contre la peine de mort, les mouvements abolitionnistes américains reprennent donc espoir. Avec 37 homicides légaux — dont 18 pour le seul Texas — les Etats-Unis ont enregistré en 2008 leur plus faible nombre de mises à mort depuis 1994.


Malgré son gouverneur républicain Arnold Schwarzenegger, ardent défenseur du châtiment suprême, la Californie a constaté que le coût d’une exécution se révèle bien plus élevé que celui d’une incarcération à vie, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Celui qui a incarné Terminator au cinéma se voit ainsi terrassé par ses livres de comptes! Il faut dire que la Californie, avec un déficit public de près de 20 milliards de dollars, court à la faillite.


Ainsi, la «Commission pour l’administration loyale de la justice» de cet Etat a relevé que son trésor public dépense, chaque année, 137 millions de dollars en coût de procédures pour les 670 prisonniers — le record américain — qui attendent leur exécution. Si le châtiment suprême était remplacé par la détention à perpétuité, ce coût tomberait de 137 à ... 11,5 millions de dollars!


Pourquoi cette différence? Les procédures criminelles, fort complexes, relevant de la peine de mort s’étalent, en moyenne, sur 18 ans en Californie. Il faut donc mobiliser avocats, juges, greffiers et tout un personnel destiné à ce secteur. Alors qu’il n’y a pas de nécessité à développer une telle infrastructure pour un détenu dont la condamnation, si elle est confirmée en Cassation, est définitive. Seul un fait nouveau serait en mesure de réanimer l’appareil judiciaire.


En outre, un «prisonnier à vie» peut travailler, ce qui apporte des revenus, parfois substantiels à l’établissement pénitentiaire. Dès lors, d’autres Etats américains — ils sont 35 sur 50 à commettre l’homicide légal — sont en train de réexaminer leur position à la lumière grise mais crue de la comptabilité. Puisse la crise financière et économique développer cet effet fatal sur l’injection létale!
Ainsi, les arguments les plus dignes de considération morale n’ont-ils nullement ébranlé la démocratie américaine.

 Peu lui importe de se placer au même niveau que les assassins en tuant. Et en tuant de façon particulièrement perverse puisque les condamnés sont contraints de mariner dans leur angoisse durant des décennies, avec ce supplice du mouvement permanent entre espoir et désespoir.

Peu lui importe de figurer au même rang que les autres nations légalement criminelles dont la plupart sont des dictatures comme la Chine, l’Arabie Séoudite, l’Iran, le Pakistan et la Corée du Nord.


Si les Etats-Unis abolissent un jour le châtiment irréversible sur l’ensemble de leur territoire, ce sera donc pour des motifs budgétaires. Cela en dit long sur la toute-puissance de l’argent et la toute-faiblesse de la morale.

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte a été publié jeudi 25 février 2010 en version "papier" dans la rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et "Réflexion" de 24 Heures)

 

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23/02/2010

Pierre Soulages, le porte-rêves vers l'outrenoir (deuxième partie)

Pour donner verbe à ce nouvel aspect du noir, il fallait forger un terme qui lui soit spécifique:

 


«J'ai inventé le mot outrenoir, au-delà du noir, une lumière transmutée par le noir et, comme outre-Rhin et outre-Manche désignent un autre pays, outrenoir désigne aussi un autre pays, un autre champ mental que celui du simple noir.»
Regarder les tableaux de Soulages, en passant, à la façon d’un touriste, relève de l’insupportable. L’œil glisse sur la surface noire et s’abîme dans le vide et l’ennui. Ils exigent du regardeur qu’il s’arrête un long moment devant chacun d’entre eux. Ces matrices de lumière secrète interdisent la distraction et réclament de l’espace. A ce propos, Le Plouc se permet, du haut de sa taupinière, de verser un nuage de critique dans cette inspirante tasse de café outrenoir.
A la fin de l’exposition, les polyptyques – tableaux composés de plusieurs volets – sont disposés de façon trop proche les uns des autres. Il s’en dégage une impression de masse oppressante. Elle force le regardeur à un surcroît de concentration – mais après tout, peut-être était-ce là l’effet recherché! - afin d’individualiser chaque polyptyque et, à l’intérieur de chacun d’entre eux, chaque volet avant de reconsidérer l’ensemble du tableau avec toutes ses parties.

 

L’outrenoir ou les bonheurs de la vertu

 


Cette œuvre est l’exact contraire du vice actuel: le spectaculaire que l’on zappe, qui vide les têtes, pollue les cœurs et entraîne l’époque vers la spirale du «toujours plus» qui donne «toujours moins » de vie. Le travail de Soulages se révèle donc, par essence, «vertueux». L’adjectif fera grimper aux murs des sacristies les sots qui, à sa lecture ou à son écoute, seront envahis par les clichés de grenouilles de bénitier coassant la messe de Saint Pie V, de ci-devant maquerelles tournées dames patronnesses ou de rosières en dessous de laine.
Ce n’est, bien sûr, pas de cette vertu-là qu’il s’agit, mais de la «virtus» antique, de cet apprentissage de la création par l’inspiration des maîtres et l’autodiscipline, de ce courage maîtrisé par la force d’âme et de la droiture qu’elle suggère.

 

 
Le regardeur est un « inventeur »

 


Pour entrer dans un tableau de Soulages – ou, plutôt, pour mieux se laisser pénétrer par lui – il convient de le contempler le temps nécessaire pour qu’il se forme en vous ces images nées des reflets, des striures, des différences d’intensité au sein des couches de noir. Des impressions de violet, de bleu, de ponceau, de brun terreux, de rubis aux éclairs blancs, se superposent progressivement. Et soudain, vous découvrez le rêve qui vous attendait, là, maintenant, dans le corps de ce tableau et non dans un autre qui recèle, lui aussi, un autre rêve destiné aux êtres à la vision lente et absorbante.

 


La notion de «découverte» ne restitue pas tout à fait la situation de celui qui trouve son rêve dans l’œuvre de Soulages. Il est moins un «découvreur» qu’un «inventeur» dans les deux sens que possède ce mot:
tel qu’on le conçoit dans le langage juridique pour qualifier le quidam qui est tombé sur un trésor;
tel qu’on le définit dans la langue courante, à savoir le créateur d’un objet ou d’une technique qui n’existait pas jusqu’alors.

Celui qui contemple un Soulages, vit les deux situations simultanément. Il est à la fois celui qui découvre le trésor caché et celui qui, à partir de ce trésor que le peintre a dissimulé dans la pâte noire, créé son propre rêve.
Par son outrenoir, l’œuvre de Pierre Soulages est donc un porte-rêves.

 

 PS: Si vous désirez lire ces deux textes "cousus" ensemble, rendez-vous dans le blogue de l'artiste-peintre Philippe Rillon, président du mouvement de la Peau de l'Ours: http://rillon.blog.lemonde.fr Vous pourrez également vous plonger dans un texte de l'ami Rillon qui a une position diamétralement opposée au Plouc. Le débat, c'est la vie!

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21/02/2010

Pierre Soulages, le porte-rêves de l’outrenoir (première partie)


Portrait_of_Pierre_Soulages__Courtesy_Pierre_Soulages.jpgComment peut-on aimer le peintre Pierre Soulages (photo)? En écoutant avec patience la lumière qui s’exfiltre de ses œuvres au noir. Une lumière d’autant plus éclairante qu’elle franchit la toile à la manière d’une contrebandière par les interstices, les striures pratiquées dans la pâte de la couleur noire.

 


«Le noir est la couleur des objets qui n’émettent, ni ne reflètent aucune part du spectre visible», prétend la définition technique et usuelle. Soulages subvertit cette apparence et par le jeu des ombres, des reflets, fait naître d’autres couleurs aux yeux du regardeur qui prend le temps de se placer devant un tableau, en créant le vide intérieur à la manière d’un méditant.

 


Attention : danger de reproductions photographiques !

 


Et pourtant, Le Plouc et La Plouquette se sont rendus à reculons à Beaubourg, poussés qu’ils étaient par un couple d’amis, Os l’Ours et son Oursonne Attentive, au goût sûr. Le Centre Pompidou consacre actuellement – et jusqu’au 8 mars – une grande exposition à Soulages qui retrace son œuvre de 1946 à 2008. Pourquoi cette réticence initiale suivie d’un éblouissement intérieur? Les reproductions photographiques trahissent et pervertissent les tableaux du maître de l’outrenoir. Il faut donc passer cet obstacle pour se confronter avec la toile en direct. Dehors, les truchements!

 


Pour présenter son travail, Pierre Soulages n’aime pas recourir à la chronologie qui suppose une fin. C’est pourtant le seul moyen pour envisager chaque étape d’une œuvre qui s’est construite pierre après pierre, qui relève d’un cheminement à la fois discursif et méditatif plus que de l’inspiration foisonnante et buissonnante. Les commissaires de l’exposition de Beaubourg, Alfred Pacquement et Pierre Encrevé, ont su respecter l’ordre chronologique comme fil conducteur en évitant la sensation d’enfermement ou l’impression de suivre des sentiers battus.
L’exposition s’articule entre deux parties principales: avant et après 1979, année où Soulages commence à travailler ce quil nomme l’outrenoir. En s’arrêtant dans la salle consacrée à 1979, le regardeur vit le basculement qui s’est opéré à ce moment-là. Cette expérience ainsi offerte bouleverse aussi le regardeur, comme par un effet de contagion.

 


Les premières années, à partir de 1948, illustrent la recherche du peintre qui dialogue entre le blanc du papier et de larges traits au brou de noix, allant d’un brun mâtiné de noir au beige éclairé d’ocre. Ces traits font songer à des canevas sur lesquels trois décennies plus tard, Pierre Soulages construira ces tableaux où le noir régnera en démiurge.

 


Pourquoi le noir ? PARCE QUE !

 


Pourquoi le noir? «La seule réponse, incluant les raisons ignorées, tapies au plus obscur de nous-mêmes et des pouvoirs de la peinture, c’est PARCE QUE», a répondu le peintre en 1986. Cette formule lapidaire ne l’empêche nullement de narrer sa rencontre avec la lumière du noir en janvier 1979 :

 


«Un jour que je peignais, le noir avait envahi toute la surface de la toile (…) J’ai vu en quelque sorte la négation du noir, les différentes textures réfléchissant plus ou moins faiblement la lumière. Du sombre émanait une clarté, une lumière picturale, dont le pouvoir émotionnel animait mon désir de peindre. J’aime que cette couleur violente incite à l’intériorisation. Mon instrument n’était plus le noir mais cette lumière secrète venue du noir. D’autant plus intense dans ses effets, qu’elle émane de la plus grande absence de la lumière. Je me suis engagé dans cette voie. J’y trouve toujours des ouvertures nouvelles.»

(A suivre)

Jean-Noël Cuénod

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18/02/2010

Kouchner et la Suisse : le mépris de l’homme au sac de riz

Kouchner.jpgChaque Suisse qui a regardé, mardi soir, l’intervention de Bernard Kouchner au Téléjournal de la TSR, a subi une claque magistrale.
Voilà donc le ministre des Affaires étrangères de la République voisine qui ricane lorsqu’on lui parle de solidarité avec la Suisse, qui met sur le même pied l’une des plus sanglantes dictatures et l’une des plus vieilles démocraties, qui renverse les rôles en parlant de prises d’otages, non à propos des Libyens — qui ont capturé deux de nos compatriotes — mais à l’égard des Suisses qui se sont défendus en restreignant les visas Schengen aux proches de Kadhafi!


L’homme qui, pour les caméras, porte des sacs de riz aussi gros que son ego pouvait difficilement se montrer plus odieux.

Paris plus couard que Rome

La «sortie» kouchnérienne se révèle d’autant plus insupportable pour la Suisse qu’elle a renforcé le propos du ministre italien Franco Frattini qui parlait lui aussi de «prise d’otages» pour définir la position helvétique. Cela dit, Frattini s’est ressaisi en demandant, hier, à Tripoli de relâcher les deux otages suisses, ce que Bernard Kouchner n’a même pas daigné faire.
Venant de la France qui tient à jouer un rôle de premier plan, l’attitude de son ministre des Affaires étrangères paraît étonnante, dans la mesure où Paris se montre encore plus couard que Rome! Ce qui n’est pas peu dire.

Un ministre pour la galerie

Il faut tout de même relativiser la portée des propos de Kouchner. Au sein du gouvernement français, il ne représente plus rien. Le président Sarkozy le conserve pour la galerie, puisque les sondages d’opinion restent favorables à celui qui, il y a fort longtemps, avait créé «Médecins sans frontière». Le véritable maître d’œuvre de la diplomatie française se nomme Jean-David Levitte, le conseiller du président Sarkozy. Et il n’est pas certain que les déclarations de Kouchner envers la Suisse soient appréciées à l’Elysée.
Le ministre des Affaires étrangères avait eu des mots très durs à l’endroit des Suisses, après le vote contre les minarets. Il fut publiquement mouché par Nicolas Sarkozy qui, dans une tribune publiée par «Le Monde» avait pris le contre-pied de Kouchner en invitant les médias à se montrer compréhensifs vis-à-vis du vote helvétique.
Toutefois, l’empreinte de la claque kouchnérienne laissera des traces dans nos consciences. Car elle fait suite à des séries d’humiliations internationales qui n’ont pas de précédents depuis des décennies.

 

Or, un pays qui se laisse piétiner se dessine un avenir de paillasson.

Il faut donc réagir. Mais comment? Deux voies s’offrent à nous. Poursuivre la politique de la chaise vide dans l’Union européenne et se lancer dans des opérations de guérilla diplomatique contre nos voisins. Cela soulagera les plus nationalistes d’entre nous, mais nous jouerons alors perdant, compte tenu de notre taille et de l’importance des exportations dans notre économie.
L’autre politique serait, tout d’abord, de disposer d’un gouvernement plus solide et soudé que le nôtre puis d’entrer dans l’Union afin que, par le jeu des alliances avec les autres petits pays, nous puissions défendre nos intérêts de façon plus efficace.

(Ce paraît jeudi 18 février en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et "Réflexion" de 24 Heures.

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13/02/2010

Faut-il discriminer les flics?

Gendarme2.jpg

Lorsqu’il travaillait à la «locale» de la Tribune de Genève, Le Plouc n’a pas entretenu des relations d’une tendresse absolue avec la gent policière. Cela ne l’a pas empêché de nouer de solides amitiés au sein de ce corps qui porte toutes les contradictions de notre société voguant entre hystérie sécuritaire et naïveté babacoule.

Petit préambule pour dire à quel point Le Plouc est soufflé par le projet des socialistes genevois qui veulent réintroduire l’incompatibilité entre la charge de député et la fonction de policier. Le PS prend ainsi à rebrousse-poil sa propre tradition. Jusqu’à maintenant, la gauche s’est toujours battue pour que les fonctionnaires puissent briguer l’élection. De plus, cette démarche contredit également la culture antidiscriminatoire partagée par les socialistes depuis la naissance de leur parti.

 


L’argument principal du PS relève de la nature du serment que prononce le policier à son entrée en fonction et qui créerait un lien particulier de subordination au pouvoir exécutif. Après lecture de ce serment -  que nous publions en entier ci-dessous –, il apparaît clairement qu’on ne saurait l’utiliser de bonne foi comme motif pour bouter les policiers hors des bancs du Grand Conseil.

 


Le fonctionnaire de police jure ou promet d’être fidèle à la République et canton de Genève – ce qui est la moindre des choses! – et de suivre «exactement les prescriptions relatives» à son office qui «lui seront transmises» par ses «supérieurs dans l’ordre administratif». Il ne prête donc pas un serment d’obéissance particulière au Conseil d’Etat. En outre, le fait de suivre les ordres de sa hiérarchie n’empêche personne de participer à l’élaboration des lois. A moins, de priver d’éligibilité tous ceux qui accomplissent leur service militaire! L’argument du serment n’en est donc pas un.

La discrimination, on sait quand elle commence mais on ignore quand et, surtout, comment elle se termine. On commence par déclarer incompatible la fonction de policier avec la charge de député. Puis, chemin faisant sur cette logique, les uns et les autres voudront exclure telle autre partie du corps social en les déclarant, à leur tour, incompatible avec l’élection.
Dès maintenant, les libéraux contre-attaquent: «Pourquoi ne pas exclure toute la fonction publique qui se trouve ainsi juge et partie lorsque les siens siègent au parlement et votent les budgets?». La gauche serait alors tentée de répliquer: «La Confédération alloue des subventions massives aux paysans. Privons ces derniers de Chambres fédérales !» D’autres s’écrieront: «Et les médecins? Leur tarif est fixé par l’Etat. Dehors, les toubibs!». La droite rétorquera: «Tous les responsables d’association touchant des aides de l’Etat ne devront pas siéger au législatif.» La gauche, en guise rétorsion, cherchera à expulser du législatif, les architectes et les entrepreneurs qui reçoivent des commandes du gouvernement. Il ne restera plus grand monde pour être élus. Quelques retraités, peut-être…

Les policiers envahiraient-ils aujourd’hui le Grand Conseil? Eh bien ne votons pas pour les partis qui les présentent ou rayons-les de leurs listes ! Mais ne les interdisons pas de se présenter. Jadis, puis naguère, les médias dénonçaient la forte présence des avocats, des paysans, des médecins. A chaque époque, sa profession politiquement pléthorique.

Le rôle d’un Parti socialiste est de servir de relais entre le monde politique et celui du travail. Ce n’est certes pas celui de diviser les salariés. Et plutôt que d’interdire les policiers d’élection, il serait plus sain de se poser cette question: pourquoi sont-ils si nombreux aujourd'hui à être élus?

Jean-Noël Cuénod

PS.: Le blogue du Plouc a été récemment envahi par une cohorte d’internautes aux propos fangeux, ce qui a fait fuir les commentateurs intelligents. Nous changeons donc les règles du jeu: désormais, Le Plouc examinera a priori les commentaires. Tous ceux qui usent de l’injure, de l’insulte, du racisme, de l’antisémitisme seront éliminés.

Texte du serment des fonctionnaires de police:

Je jure ou je promets solennellement: d’être fidèle à la République et canton de Genève; de remplir avec dévouement les devoirs de la fonction à laquelle je suis appelé; de suivre exactement les prescriptions relatives à mon office qui me seront transmises par mes supérieurs dans l’ordre administratif; de garder le secret de fonction sur toutes les informations que la loi ou les instructions reçues ne me permettent pas de divulguer; de dire, dans les rapports de service, toute la vérité sans faveur, ni animosité; et, en général, d’apporter à l’exécution des travaux qui me seront confiés, fidélité, discrétion, zèle et exactitude.

 

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04/02/2010

Identité, République... A la recherche de la nation perdue

Le débat sur l’identité nationale lancé en France par le gouvernement et le ministre Eric Besson prend eau de toutes parts. Un récent sondage indique que 63% des personnes interrogées estiment qu’il n’a pas été constructif. Même le ministre Besson constate cet échec qu’il met sur le compte des caricatures dont on a affublé son initiative et… du vote suisse contre les minarets.

Pourquoi un tel fiasco alors que ce débat aurait pu se révéler utile, voire salutaire? Tout d’abord, Eric Besson l’a mal préparé. Un mode d’emploi avait été transmis aux préfets afin de bien organiser les discussions «sur le terrain», annonçait-il. Lorsque je me suis rendu à la préfecture de la Seine-Saint-Denis à Bobigny, les fonctionnaires tombaient des nues: ils n’avaient pas reçu la moindre consigne gouvernementale, n’étaient au courant de rien, sinon d’une vague annonce captée à la radio. Or, la préfecture de Bobigny ne se trouve qu’à trois quarts d’heure de métro du ministère de Besson! Et dans d’autres préfectures, mes confrères ont dressé le même constat.

La gauche française n’est pas exempte de reproches. Elle a poussé des hauts cris à propos de ce débat qu’elle jugeait populiste et électoraliste. Au lieu de s’en emparer et de le subvertir pour un faire une confrontation sur l’identité républicaine, elle a préféré le boycott. Elle a ainsi laissé la place aux racistes qui ont déversé leur bile à loisir.
Mais l’impréparation du ministre et le choix douteux de la gauche n’expliquent pas tout, loin de là. La question de l’identité nationale ne se pose pas qu’en France. Il apparaît partout, car la nation est une notion de plus en plus introuvable. Au moins en partie, ce phénomène est lié à l’impuissance des Etats qui, du fait de la globalisation de l’économie, ne parviennent plus à répondre aux difficultés essentielles de la population, à savoir le chômage, le pouvoir d’achat, les atteintes à l’environnement. Tout se décide ailleurs. Mais où? Bien malin qui serait en mesure d’apporter une réponse claire.

Même s’il peut paraître éloigné des citoyens, l’Etat demeure tout de même un pouvoir de proximité. Il a un visage ou parfois plusieurs. Il est donc angoissant de constater que ce pouvoir-là ne peut plus grand-chose pour vous.
Afin d’apporter cette régulation de l’économie que même les libéraux appellent de leurs vœux, seules des structures supranationales disposeraient de la taille suffisante. Ces structures n’existent pas encore. Nous vivons donc dans un entre-deux fort inconfortable. Durant ces périodes de flottement inquiet, la propagande de l’extrême droite rencontre toujours un écho dans la population. Pour se tirer d’angoisse, rien ne vaut un bouc émissaire, étranger bien sûr.

Ne serait-ce qu’une mauvaise période à passer? Lorsqu’un nouveau pouvoir adapté à l’économie globalisée sera mis en place, tous ces problèmes d’identité collective seront-ils résolus? Nullement. Par la force des choses, l’autorité se trouvera encore plus éloignée des citoyens. Il sera alors nécessaire d’entreprendre un vrai débat sur l’appartenance à une collectivité et les relations entre gouvernants et gouvernés.

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