13/02/2010

Faut-il discriminer les flics?

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Lorsqu’il travaillait à la «locale» de la Tribune de Genève, Le Plouc n’a pas entretenu des relations d’une tendresse absolue avec la gent policière. Cela ne l’a pas empêché de nouer de solides amitiés au sein de ce corps qui porte toutes les contradictions de notre société voguant entre hystérie sécuritaire et naïveté babacoule.

Petit préambule pour dire à quel point Le Plouc est soufflé par le projet des socialistes genevois qui veulent réintroduire l’incompatibilité entre la charge de député et la fonction de policier. Le PS prend ainsi à rebrousse-poil sa propre tradition. Jusqu’à maintenant, la gauche s’est toujours battue pour que les fonctionnaires puissent briguer l’élection. De plus, cette démarche contredit également la culture antidiscriminatoire partagée par les socialistes depuis la naissance de leur parti.

 


L’argument principal du PS relève de la nature du serment que prononce le policier à son entrée en fonction et qui créerait un lien particulier de subordination au pouvoir exécutif. Après lecture de ce serment -  que nous publions en entier ci-dessous –, il apparaît clairement qu’on ne saurait l’utiliser de bonne foi comme motif pour bouter les policiers hors des bancs du Grand Conseil.

 


Le fonctionnaire de police jure ou promet d’être fidèle à la République et canton de Genève – ce qui est la moindre des choses! – et de suivre «exactement les prescriptions relatives» à son office qui «lui seront transmises» par ses «supérieurs dans l’ordre administratif». Il ne prête donc pas un serment d’obéissance particulière au Conseil d’Etat. En outre, le fait de suivre les ordres de sa hiérarchie n’empêche personne de participer à l’élaboration des lois. A moins, de priver d’éligibilité tous ceux qui accomplissent leur service militaire! L’argument du serment n’en est donc pas un.

La discrimination, on sait quand elle commence mais on ignore quand et, surtout, comment elle se termine. On commence par déclarer incompatible la fonction de policier avec la charge de député. Puis, chemin faisant sur cette logique, les uns et les autres voudront exclure telle autre partie du corps social en les déclarant, à leur tour, incompatible avec l’élection.
Dès maintenant, les libéraux contre-attaquent: «Pourquoi ne pas exclure toute la fonction publique qui se trouve ainsi juge et partie lorsque les siens siègent au parlement et votent les budgets?». La gauche serait alors tentée de répliquer: «La Confédération alloue des subventions massives aux paysans. Privons ces derniers de Chambres fédérales !» D’autres s’écrieront: «Et les médecins? Leur tarif est fixé par l’Etat. Dehors, les toubibs!». La droite rétorquera: «Tous les responsables d’association touchant des aides de l’Etat ne devront pas siéger au législatif.» La gauche, en guise rétorsion, cherchera à expulser du législatif, les architectes et les entrepreneurs qui reçoivent des commandes du gouvernement. Il ne restera plus grand monde pour être élus. Quelques retraités, peut-être…

Les policiers envahiraient-ils aujourd’hui le Grand Conseil? Eh bien ne votons pas pour les partis qui les présentent ou rayons-les de leurs listes ! Mais ne les interdisons pas de se présenter. Jadis, puis naguère, les médias dénonçaient la forte présence des avocats, des paysans, des médecins. A chaque époque, sa profession politiquement pléthorique.

Le rôle d’un Parti socialiste est de servir de relais entre le monde politique et celui du travail. Ce n’est certes pas celui de diviser les salariés. Et plutôt que d’interdire les policiers d’élection, il serait plus sain de se poser cette question: pourquoi sont-ils si nombreux aujourd'hui à être élus?

Jean-Noël Cuénod

PS.: Le blogue du Plouc a été récemment envahi par une cohorte d’internautes aux propos fangeux, ce qui a fait fuir les commentateurs intelligents. Nous changeons donc les règles du jeu: désormais, Le Plouc examinera a priori les commentaires. Tous ceux qui usent de l’injure, de l’insulte, du racisme, de l’antisémitisme seront éliminés.

Texte du serment des fonctionnaires de police:

Je jure ou je promets solennellement: d’être fidèle à la République et canton de Genève; de remplir avec dévouement les devoirs de la fonction à laquelle je suis appelé; de suivre exactement les prescriptions relatives à mon office qui me seront transmises par mes supérieurs dans l’ordre administratif; de garder le secret de fonction sur toutes les informations que la loi ou les instructions reçues ne me permettent pas de divulguer; de dire, dans les rapports de service, toute la vérité sans faveur, ni animosité; et, en général, d’apporter à l’exécution des travaux qui me seront confiés, fidélité, discrétion, zèle et exactitude.

 

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Commentaires

KESAKO ?????? Mon plouc préféré qui part en vrille ?????....j'y crois pas !!! j'ai du raté un épisode !!!!! alors maintenant....le plouc des bobos qui prend la défense des flics politiques ????
Jean Noel...prends des vacances !!!
lol.........

Écrit par : M.U.R | 13/02/2010

Place du Molard une longue campagne avant les élections, un stand du MCG qui sont les animateurs des militants, des élus du canton ,des communes , des policiers, je m’approche la discussion s’engage elle est animée même très animée , un attroupement on me demande de décliner mon identité ,rentré au poste on rédige » une main courante » s’en suit un dossier de police sur lequel je n’ai aucun droit de regard .Mais non on n’est pas au Chili sous Pinochet on est à Genève sous Pinot simple flic bref un mauvais film.

Écrit par : briand | 13/02/2010

Juste un mot : merci de prendre cette initiative et de fixer des limites à certaines tristes dérives.

Trop souvent, dans bien des blogs, des commentaires inacceptables, inadmissibles, entravent et découragent, voire détruisent en effet le dialogue citoyen. Le débat ne peut exister au niveau de l'insulte ou du mépris provocateur, mais se construit dans le respect de l'autre: les divergences d'opinion sont une source de richesse et de multiples réflexions, lorsque la discussion est loyale...

Tatiana Honegger

Écrit par : Tatiana Honegger | 14/02/2010

Place du Molard une longue campagne avant les élections, un stand du MCG qui sont les animateurs des militants, des élus du canton ,des communes , des policiers, je m’approche la discussion s’engage elle est animée même très animée , un attroupement on me demande de décliner mon identité ,rentré au poste on rédige » une main courante » s’en suit un dossier de police sur lequel je n’ai aucun droit de regard .Mais non on n’est pas au Chili sous Pinochet on est à Genève sous Pinot simple flic bref dans un mauvais film mais au fait un polar, un film politique , ou un mélange des genres.

Écrit par : briand | 14/02/2010

Place du Molard avant les élections, un stand du MCG qui sont les animateurs des militants, des élus du canton ,des communes , des policiers, je m’approche la discussion s’engage elle est animée même très animée , un attroupement on me demande de décliner mon identité ,rentré au poste on rédige » une main courante » s’en suit un dossier de police sur lequel je n’ai aucun droit de regard .Mais non on n’est pas au Chili sous Pinochet, on est à Genève sous Pinot simple flic. Bref un mauvais film mais au fait est-ce un polar un film politique ou un mélange des genres.

P.A.Briand

Écrit par : briand | 14/02/2010

" Et plutôt que d’interdire les policiers d’élection, il serait plus sain de se poser cette question: pourquoi sont-ils si nombreux aujourd'hui à être élus?"

Judicieuse question, reste aussi à savoir pour quelles raisons ils entrent de plus en plus en politique, pour quelles motifs ils s'engagent démocratiquement, au niveau cantonal ou communal (Tous partis confondus et à ma connaissance UDC - Alliance de gauche - MCG - Radicaux - Libéraux et PDC).

Walter SCHLECHTEN
Président de l'UPCP

Écrit par : Walter Schlechten | 15/02/2010

Je ne connais pas la situation à Genève, mais je pense qu'elle n'est pas essentiellement différente de la situation dans d'autre Cantons.
Dans le cadre de mon activité professionnelle de restaurateur, j'ai eu beaucoup à faire avec la police, qui venait contrôler l'heure de fermeture, ou en cas de désordres. Mes rapport avec la police ont toujours été empreints de respect et de confiance mutuels. En fin de compte, le tenancier est toujours la première police dans son établissement...
Par contre, j'ai eu l'occasion de me rendre compte de très près du fonctionnement de la Justice (avec un grand J)et je comprend si des flics finissent par devenir soit brutaux, soit indifférents. Lorsque l'on voit comment des voyoux, des petites ou des grosses crapules sont arrêtés en flagrant délit par la police, et que la plus petite bavure de leur part est mise en exerge, et que lesdits voyoux et crapules sont relâchés presque tout de suite, quand on constate que la Justice (avec un grand J) met souvent des mois ou même es années pour NE PAS eésoudre les problèmes même les plus simples, on comprend l'attitude de la police.

Écrit par : J.C. Simonin | 15/02/2010

Il ne s'agit pas de savoir si les flics sont gentils ou brutaux , il, s'agit de comprendre que ces fonctionnaires occupent des fonctions d'autorité de même que les magistrats du judiciaire , par exemple ils n'ont pas les mêmes rapport à l'Etat c'est à dire au citoyen "ils sont à l'origine du fonctionnariat avec un statut protégé" ce qui les diffère d'ailleurs du reste de la fonction publique, Peuvent -ils être élus même en connaisance de cause la discussion mérite d 'être abordée sans tabou.

Écrit par : briand | 16/02/2010

Un fonctionnaire n'est pas élu, ä la différence d'un magistrat.
Un fonctionnaire reçoit des ordres et les exécute, pointàlaligne.
Le bon fontionnement de la police dépend du bon fonctionnement du système judiciaire. Si un bon policier est chargé d'une investigation, fait son travail avec zèle et compétence, recueille des moyens de preuve, boucle une enquête de manière convaincante, et que son travail est bousillé par un juge d'instruction incompétent, qui transmet le dossier à des juges qui ont trouvé leur mandat dans un cornet à surprise, alors on s'étonnera peu que ledit flic finisse soit par s'en foutre, soit décide de faire justice lui-même.

Écrit par : J.C. Simonin | 16/02/2010

A J.C.Simonin :
Bravo pour votre analyse ci-dessus. Je vous approuve à 100 %.Il faut absolument que les juges se réveillent. Ce n'est pas seulement les policiers qui vont faire justice eux-mêmes mais les citoyens...

Écrit par : Ivan Skyvol | 17/02/2010

il est extrêmement intéressant de lire cet article. J'espère avoir plus de posts de ce genre de toi, car tu vraiment les lecteurs voient les choses différemment.

Écrit par : Shared Sh. | 27/09/2010

Le Grand Conseil : réduisons le de moitié et on verra aucun effet majeur sur la gouvernance cantonale mais cela devrait même être favorable aux citoyens....

Écrit par : Suissitude | 27/09/2010

Je suis désolé, mais vous ne procédez pas à une réfutation de l'argumentation ! En gros, vous énoncez l'argument, puis vous pensez pouvoir le balayer par l'usage du sophisme de l'appel à la bonne fois : "il apparaît clairement qu’on ne saurait l’utiliser de bonne foi comme motif pour bouter les policiers hors des bancs du Grand Conseil."

Il ne s'agit pas de rendre inéligible toute personne qui à un rapport de prêt ou de loin à l'Etat, il s'agit de rendre inéligible les fonctionnaires qui sont dépositaires du droit à la violence légitime de l'Etat et qui ont, par serment, juré d'obéir à leur supérieurs dans l’ordre administratif, et dans cet ordre adminsitratif, au sommet, se trouve l'exécutif.

Ainsi, c'est bel et bien le fait d'être déposititaire du droit à la violence légitime et le fait d'avoir juré obéisance à l'exécutif, qui fait que l'élection d'un fonctionnaire de police au parlement pose problème.

Alors de grâce, essayez de développer une argumentation digne de ce nom.

Écrit par : Djinius | 27/09/2010

(pour une argumentation digne de ce nom, j'attends impatiemment le commentateur CEDH, dont la verve, la culture juridique et la rigueur de raisonnemenent, bien qu'il ne me paraisse pas du tout de mon bord politique, me laisse tout simplement ... jaloux)

Écrit par : Djinius | 27/09/2010

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