07/01/2010

La mort de Philippe Séguin, une très mauvaise nouvelle pour la France

Séguin.jpgDécédé à Paris d’une crise cardiaque dans la nuit de mercredi à jeudi à l’âge de 66 ans, Philippe Séguin laissera plus que des regrets. Dans les hommages qui pleuvent actuellement sur les ondes, chaque intervenant rappelle son caractère volcanique, sa passion éruptive pour le football, ses Gitanes qu’il fumait à la chaîne, les pizzas qu’il engouffrait entre deux plongées dans les dossiers techniques et sa qualité de dernier gaulliste authentique qui avait refusé de rejoindre en 2002 l’UMP, après le sabordage du RPR.
 Ce souverainiste qui s’était opposé en 1992 au Traité de Maastricht, base de l’actuelle Union européenne, ne supportait pas que le capital d’indépendance apporté par le général de Gaulle fût entamé, peu ou prou.

 


Comme Mendès-France et Rocard

 


Mais cet ogre à l’intelligence percutante surpassait cette caricature de yéti archéo-gaulliste. Comme Mendès France, comme Michel Rocard, il aurait dû revêtir la plus haute charge de la République. Et comme eux, il fut interdit d’Elysée faute d’accepter les concessions nécessaires au tissage des réseaux. Mais comme eux, il a modelé la France, d’une certaine façon, et à la place qui était la sienne.
Paradoxalement, il a plus pesé sur les destinées de la République voisine après 2002, lorsqu’il a mis un terme à sa carrière politique à la suite d’un cinglant échec aux municipales de Paris en 2001. En effet, il a fait de son poste de premier président de la Cour des Comptes, un véritable lieu de contre-pouvoir. Utilisant sa capacité de travail hors du commun et son aura médiatique, Philippe Séguin a systématiquement dénoncé les aspects qu’il jugeait néfastes dans la politique du président Sarkozy.

 


Critique envers le gouvernement

 


Il usait même de son ironie souvent cruelle pour stigmatiser le gouvernement de son ami François Fillon et l’augmentation massive de l’endettement public: « Ce n’est pas parce que les caisses de l’Etat sont vides qu’elles sont inépuisables ! » Mais s’il pourfendait l’Etat dépensier, Séguin n’en contestait pas moins le bien-fondé des économies exigées par Sarkozy. Il a ainsi accusé le gouvernement de  « manier la hache » dans ses coupes budgétaires en visant la règle mécanique du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite : « Dans le milieu hospitalier, par exemple, avant de supprimer des postes, il vaut mieux se pencher sur le fonctionnement des services », avait-il expliqué en février 2008 lors d’une interview au magazine « Acteurs publics ».
La tactique de Nicolas Sarkozy visant à réformer à tours de bras contraint le parlement français à adopter des lois parfois bâclées. Pour endiguer ce flot, la France dispose de deux filtres : en aval, la Cour constitutionnelle présidée par l’anti-sarkozyste Jean-Louis Debré qui retoque les textes mal conçus (comme  la loi carbone) ; en amont, la Cour des Comptes qui stigmatise la mauvaise application des lois par l’administration. Jusqu’à maintenant ces deux institutions ont tenu parfaitement leur rôle. Après la disparition de Philippe Séguin, le futur premier président de la Cour des Comptes - qui sera désigné par le gouvernement - disposera-t-il de la même envergure médiatique, de la même volonté farouche d’indépendance ? Le président de la Cour constitutionnelle risque fort de se retrouver bien solitaire  pour tenir lieu de garde-fou !

 


Présence à Genève

 


A Genève également, ce décès soulève l’émotion. Philippe Séguin se rendait régulièrement dans notre ville depuis 2002 lorsqu’il a réintégré la Cour des Comptes. Il a tout d’abord représenté la France  à l’Organisation internationale du Travail (OIT) puis en a présidé le conseil d’administration en 2004.
Né le 21 avril 1943 à Tunis, il n’avait que 16 mois lorsque son père Robert a été tué au combat dans les troupes de la France Libre.  Cet aspirant du 4ème Tirailleurs tunisiens de 22 ans avait eu le temps de griffonner sur son carnet ses mots : « Adieu mon fils, sois un homme loyal, honnête et courageux ».  Mission accomplie.

Jean-Noël Cuénod / Bordeaux

Principales étapes de sa vie publique

  • 1978 à 1986 puis de 1988 à 2002 : député des Vosges.
  • 1983-1997 : maire d’Epinal.
  • 1986 à 1988 : ministre des Affaires sociales et de l’Emploi dans le gouvernement de Jacques Chirac, sous la présidence de François Mitterrand.
  • 1993 à 1997 : président de l’Assemblée nationale.
  • 1997 à 1999 : président du RPR
  • Dès 2004 : premier président de la Cour des Comptes.

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