30/12/2009

Le Plouc exp(l)ose ses visions franco-suisses pour 2010

tonneaux.jpgA tous, que 2010 vous offre amour, santé et sérénité, seul tiercé gagnant dans l’ordre et dans le désordre.

Après moult réflexions et consultation de son Grand Inspirateur, Saint Emillion, Le Plouc passe aux aveux. Il est doué de pouvoirs vachement extralucides. Après absorption d’un breuvage que son saint patron concocte dans d’étranges barriques (photo ci-contre), voici les visions du Plouc pour 2010 avec leur cohorte d’événements concernant principalement la France et la Suisse.

15 janvier : le Servette FC partira à la quête d’un nouveau sauveur.

28 janvier : en Suisse, le Conseil fédéral  redoublera de sommeil  épuisé par sa série de réveils en sursaut en 2008.

30 janvier : en France, Nicolas Sarkozy changera de changement : cette fois-ci, il nous fera le ventilateur dans le sens inverse des aiguilles d’une Rolex.

Début mars : Le Point, L’Express et le Nouvel Obs publieront en couverture la même semaine : « Le salaire des cadres : ce qui a changé ».

25 mars : Merz s’excusera de s’être excusé auprès de Chacaldhafi.

28 mars
: la grippe A H1N1 s’éteindra dans l’indifférence générale. La ministre Roselyne Bachelot s’efforcera de trouver une grippe B H2N2 pour amuser la galerie.

1er avril : le gouvernement français continuera à réclamer le retour de ses évadés fiscaux et les grands groupes économiques français continueront à planquer leurs bénéfices partout, sauf en France.

Début mai : Le Point, L’Express et le Nouvel Obs publieront en couverture la même semaine : « L’immobilier, tout sur les bonnes affaires, ici et maintenant ».

28 mai : Merz s’excusera de s’être excusé de s’être excusé auprès de Chacaldhafi.

16 juin : Ségolène Royal sera surprise par un paparazzo de « Voici » en train d’embrasser Jean-Pierre Raffarin sur la bouche. Ils n’auront aucun enfant mais une ribambelle de dommages-intérêts.

11 juillet : la Suisse battra la France en finale de la Coupe du Monde de foot, mais par forfait. Avant le coup de sifflet initial, tous les joueurs français  se réfugieront dans le vestiaire helvétique pour y réclamer l’asile fiscal. Profitant d’une interview télévisée, l’entraîneur tricolore Domenech demandera la main de la conseillère fédérale Evelyne Widmer-Schlumpf.

16 juillet : Tour de France stupéfiant ! Le maillot jaune sera surpris en train de s’injecter du pastis en intraveineuse. Son avocat affirmera  à « L’Equipe » : « La couleur semblable du maillot et du produit explique cette malencontreuse méprise ».  Le Tribunal arbitral du Sport à Lausanne confirmera que tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes cyclistes,  le pastis ne figurant pas sur la liste des produits interdits.

1er août : Le Front de Libération annemassien enlèvera  Soli Pardo (l’extrémiste, inoubliable auteur de l’affiche sur la « racaille » d’Annemasse) en réclamant une rançon. Bien sûr, personne ne voudra la payer. Et pour s’assurer que ledit Pardo restera bien de l’autre côté du Foron, Genève dépêchera Merz comme émissaire.

1er septembre : à  Annemasse, Merz voudra s’excuser auprès de Chacaldhafi. Il apprendra à cette occasion que la Haute-Savoie n’est pas une province libyenne. Et reviendra en Suisse par le tram 12. Sans Pardo. Pour une fois, Merz aura réussi une mission.

30 septembre : Le Point, L’Express et le Nouvel Obs publieront en couverture la même semaine : « Les secrets de la Franc-Maçonnerie enfin révélés ! »

13 octobre : le Prix Nobel de Littérature sera  attribué à un écrivain que personne n’a lu, sauf sa maman.

15 octobre : le Prix Nobel de la Paix sera offert aux enfants de Barack Obama pour leurs bonnes œuvres futures.

20 novembre : Nicolas Sarkozy annoncera la fin de la crise économique. Chute immédiate  et spectaculaire de la Bourse de Paris.

20 novembre : le Conseil fédéral annoncera aussi la fin de la crise économique. La Bourse suisse s’en contrefichera.

20 décembre : Le Point, L’Express et le Nouvel Obs publieront en couverture la même semaine : « Rétrospective 2010, une année à nulle autre pareille».

31 décembre : le Servette FC partira en quête d’un nouveau  sauveur.

Jean-Noël Cuénod
Correspondant à Saint-Sulpice-de-Mareuil (Périgord Vert)

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25/12/2009

Noël avec les TPG : Tout Pour Grogner

Tout d’abord : Joyeux Noël à tous. Et merci aux contributeurs intelligents qui prennent la peine d’apporter leurs commentaires éclairés au blogue du Plouc.

 

 
Ledit a donc regagné son Piogre natal pour cette natale période. Première remarque : ce qui ne change pas à Genève, c’est le changement. Comme d’habitude, tout y est bouleversé par des travaux d’intérêts plus ou moins publics dont la finalité échappe parfois à l’observateur mais jamais au contribuable.

 


Sortis de la gare de Cornavin, Le Plouc et sa Plouquette s’apprêtent donc à grimper dans l’un des deux bus qui mènent à Chambésy. Mais l’arrêt a été déplacé. Où ? Mystère. Personne ne semble le savoir. Sauf un quidam : l’arrêt provisoire se trouve rue des Gares. Mais pour y aller, quel labyrinthe ! On monte des escaliers. On tourne à droite, à gauche avant d’emprunter dans un étroit passage plein de flaques et dépourvu du moindre lumignon. Pour les touristes de passage, bonjour l’accueil ! Bonsoir, plutôt, car il fait nuit d’encre comme à l’Escalade.
A l’arrêt, chacun a le choix entre se protéger de la pluie en s’abritant dans une allée et en se faisant enfumer par le tabagisme frénétique des futurs passagers ou échapper au sort des jambons et autres saumons mais en subissant l’averse.

 


Dans le bus, c’est la panique. Comment acheter votre billet ? Un automate vous propose un menu gigantesque : saut de puce sans réduction, saut de puce avec réduction, tout Genève sans réduction, tout Genève avec réduction, zone française sans réduction, zone française avec réduction, avec zone 11, sans zone 11, carte journalière sans réduction, carte journalière avec réduction, carte journalière dès 9 heures sans réduction, carte journalière dès 9 heures avec réduction, et ainsi de suite. Il ne manque plus que le raton laveur de Prévert. Sans réduction. Avec réduction.
Le temps de comprendre ce machin, de compter et recompter ses sous, de les ramasser car au moindre chaos routier, ils tombent et roulent au fond du bus, nous voilà à Chambésy. Moralité : la resquille , c’est plus facile !

 


Pour éviter le labyrinthe flaqueux de la rue des Gares, lors d’un autre déplacement entre Genève et Chambésy, Le Plouc a choisi de prendre le tram 15 pour sauter dans le bus, place des Nations. Grossière erreur. Sitôt descendu du tram, Le Plouc se trouve plongé dans l’immense trou noir qui absorbe la place des Nations dès le soleil tombé. Un trou noir, en face de l’ONU, c’est au fond assez d’actualité après Copenhague. Le «machin », comme le qualifiait de Gaulle, n’en serait-il pas devenu un dans lequel s’abîmeraient tous les beaux projets humanitaires ?

 


Où donc a-t-il été installé l’arrêt du bus chambésien ? Pas le moindre panneau indicateur à l’horizon. A l’Ouest ? Rien de nouveau. A l’Est ? Rideau de fer. Au Nord ? Pas même un espion venu du froid. Au Sud ? Ah, on brûle ! Un troupeau humain courbé sous la pluie semble attendre quelque chose qui ne peut être qu’un bus salvateur. Oui, c’est ça. Ecrites en petites lettres sur un panneau non éclairé, on lit ces indications : lignes Z et V qui conduisent à Chambésy. Il ne reste plus qu’à attendre ce véhicule qui ressemble de plus en plus à Godot. Ou à l’Arlaisienne, si vous préférez.

 


Le voilà. Mais est-il le bon ? Impossible de distinguer dans la nuit son numéro de ligne, ni sa destination. Compte tenu de l’heure, ce doit être le Z ou le V. Prenons le risque. Une place assise. Miracle. Plongeons-nous dans la lecture. Bizarre, le bus semble prendre une destination un peu inhabituelle. Dehors, on ne voit rien. Ce doit être encore une de ces déviations provoquées par l’Eternel Chantier Genevois.
Mais voilà que l’Eglise du Grand-Saconnex, éclairée elle, surgit dans la nuit ! Descente en catastrophe place de Carantec. Il ne reste plus qu’à rejoindre Chambésy à pied, sous la pluie de plus en plus battante. Si Le Plouc n’avait pas reconnu Le Grand Sac, il se serait retrouvé de l’autre côté de la frontière, à Ferney.

Sans doute des cohortes de touristes japonais victimes de la même erreur doivent-ils, aujourd’hui encore, faire le tour de l’aéroport en cherchant une issue pour gagner Genève. Ou Chambésy, pourquoi pas ?

 


Alors merci, les TPG – Tout Pour Grogner – d’avoir rallumé chez Le Plouc ce plaisir bien genevois et qui fait partie intégrante de notre identité cantonale : ronchonner.

 


Jean-Noël Cuénod

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19/12/2009

Vers la sauvagerie fiscale

L’utilisation par le fisc français des données bancaires volées à la HSBC de Genève par l’un de ses informaticiens a donc obtenu la caution du président Nicolas Sarkozy. Bien entendu, ce n’est pas le vol qui reçoit l’«imprimatur» élyséen. Cet aspect subalterne relève de la justice, n’est-ce pas? C’est uniquement l’usage de cette manne divine qui est ainsi bénit par le Très-Haut de la République voisine.
En droit, la détention ou l’emploi d’un produit volé a un nom: le recel. Un délit qui vaut à son auteur, tant en Suisse qu’en France, cinq ans de prison au maximum, en plus de l’amende, et même dix ans si le receleur en fait son métier (Suisse) ou agit en bande organisée (France).

Mais le recel en matière fiscale transforme l’infraction pénale en acte de légitime défense.

Une dette qui devient monstre

Mettons-nous à la place du gouvernement français. La dette publique atteint un poids écrasant. En 2008, elle a augmenté de 118   milliards d’euros. Et cette année-là, les Français ont déboursé 54   milliards, uniquement pour payer les intérêts de cette dette. Philippe Séguin, le président de la Cour des comptes, a sonné l’alerte: si rien n’est fait pour endiguer cette marée, la dette publique atteindra en 2018 100% du produit intérieur brut (PIB). La France serait ainsi placée devant la même situation qu’à la sortie des deux guerres mondiales.
D’un côté, la dette qui gonfle. Et de l’autre, des investissements qui doivent être consentis de toute urgence pour regonfler un enseignement supérieur qui se déglingue et une recherche scientifique qui regarde vers les Etats-Unis, voire… la Suisse. Pour corser la situation, le trou de la Sécurité sociale devient un gouffre sans fond(s) et la pauvreté croît plus vite que le pouvoir d’achat, d’où pertes de ressources fiscales.

Enfumer la grotte suisse

La France se voit donc placée, socialement et économiquement, le dos au mur. Son gouvernement est contraint de se tourner vers tout ce qu’il peut attraper et qui, d’ordinaire, lui passe sous le nez. A savoir, les montants cachés au fisc. Dans ces conditions, l’utilisation de la documentation bancaire volée en devient même morale, du point de vue français: «On vole les voleurs», comme le proclame l’ancien ministre socialiste du Budget, le sénateur Michel Charasse. Pour lui et nombre de ses collègues parlementaires françaises, la Suisse devient la grotte dans laquelle les voleurs amassent leurs magots. Une grotte qu’il convient d’enfumer pour faire sortir les gredins.
Ces pratiques «sauvages» risquent fort de se multiplier. Car la France n’est pas le seul pays à connaître des difficultés budgétaires considérables.
 
Et l’Etat de droit supranational?

Les banques suisses auront beau décupler leurs précautions, il se trouvera toujours une faille dans laquelle des aventuriers du listing se glisseront, pour le plus grand bonheur des fiscs étrangers. D’autant plus que les moyens de communication modernes et l’intensité des échanges internationaux fragilisent les systèmes. Des flots argenté couleront encore sous les ponts de Genève jusqu’à ce que la téléportation quantique des données apporte aux banques – mais aussi aux mafias! - cette sécurité maximale qui fait l’objet de leurs rêves.
Se pose alors cette question: dans un monde où tous les coups fiscaux sont permis, où le vol devient une vertu et le recel, une mission comment établir cet Etat de droit supranational que la mondialisation rend aujourd’hui nécessaire?

Jean-Noël Cuénod

 

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16/12/2009

Le verlan fait partie de l’identité nationale !

morano1.jpgLa sous-ministre française Nadine Morano a dit une grosse bêtise. Une de plus. C’est une spécialiste. En fait, elle est secrétaire d’Etat déléguée aux gaffes. Dès qu’il faut occuper le terrain pour faire oublier les faits qui fâchent – le chômage, les grèves du RER A, les salaires toutirikikis des uns et maoussecostauds des autres – l’HyperOmni envoie la blonde à la pêche aux balourdises. C’est immanquable. Ses bévues en mettent plein la vue. Un beuze du feu de Dieu.


La dernière en date continue à crépiter sur les ondes. Lors d’un débat sur l’identité nationale, elle explique aux jeunes musulmans français qu’il ne faut pas mettre sa casquette à l’envers et ne pas parler verlan. Alors, tu es chrétien ou juif, tu peux mettre ta dauffe à l’envers. Tu restes Français. Mais si, musulman, tu places ta gapette à l’envers, alors là, tu perds ta nationalité. Tu la remets à l’endroit – hop ! - tu es de nouveau Français, c’est magique.


Quant au verlan, la sous-ministre patauge dans l’erreur. Contrairement à ce qu’elle prétend, cette inversion des syllabes fait partie intégrante de l’identité française depuis le Moyen-Age.  Les savants appellent ce genre de jeux dans les mots, « métathèse ». Donc, Momo de La Courneuve, en causant verlan, devient une usine à « métathèses ». Sera-t-il ébahi comme Monsieur Jourdain découvrant qu’il a toujours fait de la prose sans le savoir ?


 Dans son « Petit Testament » le poète François Villon (XVème siècle) appelait un manteau, un « tabar » ou « tabart »  qui est l’inversion du terme « rabat » :


Item au Loup et à Chollet
Je laisse à la foys un canard
Prins sous les murs, comme on souloit
Envers les fossez, sur le tard
Et à chacuns un grand tabart.

Le mot « verlan » a été introduit en littérature par Auguste Le Breton dans son fameux « Le Rififi chez les Hommes » paru en 1954. Mais l’inversion des syllabes a été pratiquée à la Cour des Miracles, au XVIIIème siècle, dans certains corps de métier au XIXème et utilisée par les ouvriers parisiens au XXème siècle, tout particulièrement sous l’Occupation nazie pour des raisons évidentes de codage.


Donc le verlan, ne vous en déplaise Madame Nomora, fait partie intégrante de l’identité française. Et si vous désirez la défendre, donnez plutôt la chasse au franglais.

Jean-Noël Cuénod

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11/12/2009

L’après-minaret (4). Vers une laïcité fédérale?

Après le triomphe de leur initiative, les allergiques aux minarets risquent de tomber sur une sacrée surprise. Tout à leur émotivité, ils n’ont pas prévu que leur victoire pourrait donner sa chance à une laïcité fédérale qui n’existe pas encore. Ce qui n’entrait certainement pas dans leurs vues.

Depuis sa fondation, la Suisse moderne a toujours évité d’aborder la question des relations entre les confessions et la Confédération, laissant aux cantons le soin de la régler selon leur propre Histoire.

Adoptée en 1999, l’actuelle Constitution fédérale confirme cette tendance en son article   72: «La réglementation des rapports entre les Eglises et l’Etat est du ressort des cantons. » A l’article   15, le texte fondamental suisse se borne à garantir la liberté de conscience et de croyance.

Equilibre brisé

Mais en ajoutant à l’article   72 cet alinéa   3: «La construction de minarets est interdite», les «minaretophobes» ont brisé cet équilibre en forçant la Confédération à entrer dans le champ des relations entre Etat et religions. Car l’interdiction des minarets s’applique à toute la Suisse. Dès lors, la prérogative cantonale en matière religieuse est, sinon vidée de sa substance, du moins gravement lésée. Elle ne correspond plus à grand-chose. Pourquoi les cantons seraient-ils libres d’accepter la construction de pagodes bouddhistes alors qu’ils ne peuvent pas autoriser celle d’un minaret musulman?

Il résulte donc de la situation créée par le vote du 29   novembre un déséquilibre et une inégalité de traitement qui ne peut susciter que le désordre des lois et celui des passions malsaines.

Afin d’éviter que la Constitution fédérale ne devienne dans ce domaine un texte incohérent, il est nécessaire et urgent de repenser les relations confessions-Etat en changeant d’échelle, en passant du niveau des cantons à celui de la Confédération.

Ceux qui crieront au crime lèse-cantonal et s’insurgeront de l’atteinte qui serait ainsi faite au système des confessions reconnues, appliqué par la plupart des cantons, ne pourront s’en prendre qu’à la majorité du peuple suisse qui a suivi les «minaretophobes»!

Un débat général sur les rapports Etat-confessions

Ce nouveau texte constitutionnel devrait définir clairement ces relations, à la suite d’un large débat qui ne se concentrerait pas sur une confession en particulier, mais sur les rapports en général entre religions et pouvoirs publics. Serait ainsi instaurée cette laïcité qui, il y a cent ans, a permis à Genève d’aborder dans de bonnes conditions le XXe   siècle en dépassant ses sempiternelles et paralysantes querelles religieuses.

Le principe central de la laïcité se résume ainsi: l’Etat, ne reconnaissant aucune confession, s’engage à les respecter toutes de façon égale, détermine les règles de base pour que règne entre elles la concorde et prohibe toute discrimination fondée sur la religion ainsi que les atteintes à la croyance, à l’incroyance et au libre choix d’adhérer ou de quitter une communauté religieuse. Ce dernier point n’est pas clairement exprimé dans l’actuelle Constitution fédérale. La question du minaret interdit serait-elle reposée à l’occasion de ce débat sur une laïcité fédérale? Sans doute, mais dans le contexte général des relations Etat-religions.

(Ce texte est paru jeudi 10 décembre 2009 en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et "Réflexion" de 24 Heures)

Jean-Noël Cuénod

Le Plouc a pondu un bouquin sur la questiontouchepasàmondieu.JPG publié par les Editions Tribune de Genève.

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07/12/2009

L’après-minaret (3): la gauche confrontée à ses responsabilités

Après le triomphe de l’invraisemblable initiative antiminarets, chacune des familles politiques qui refusent la stratégie de la peur et du racisme doit se remettre en cause si l’on veut éviter que la Suisse ne sombre plus profondément dans le ridicule, l’autisme et la régression infantile. Dans ce registre, la gauche ne saurait esquiver ses responsabilités.

La gauche d’opposition éclatée en multiples groupes paraît engluée dans une logique groupusculaire qui l’empêche de capter le vote des mécontents, ceux-ci ayant alors tendance à déverser leurs voix vers l’autre extrême.  Sa reconstruction est donc une étape essentielle, ne serait-ce que pour proposer aux mécontents qui cherchent à exprimer leur rage un réceptacle autre que celui  offert par les mouvements racistes.


L’iceberg des souffrances sociales

Mais c’est à la gauche de gouvernement qu’échoit le plus gros de l’effort. Chacun le constate en Suisse et dans la plupart des pays d’Europe,  le Parti socialiste a perdu le contact avec le monde du travail. De plus, il n’a pas changé son logiciel depuis l’effondrement de l’empire soviétique. Or, le capitalisme – privé, semi-privé ou public -  a repris certains aspects de sa brutalité initiale. Au sein des entreprises et des sociétés, les rapports  se révèlent de plus en plus défavorables aux salariés. En France, la vague de suicides  chez Renault et France Télécom ainsi que les morts par épuisement chez les sous-traitants dans le bâtiment ne constituent que la pointe d’un iceberg de souffrances sociales.
  Jadis, la social-démocratie et les syndicats  avaient pu imposer des réformes, souvent substantielles, aux forces politiques du capitalisme,  surtout en raison de la crainte qu’inspirait l’Union soviétique, l’une des deux grandes puissances de la planète. Cette crainte disparue, le capitalisme n’a plus besoin de consentir à des concessions.

Virage raté

Ce virage a été raté par la social-démocratie et ses programmes n’ont pas tenu compte de ce changement radical.  Dans le même temps, les syndicats n’ont pas su s’adapter aux nouvelles structures du capitalisme qui se caractérisent par une pression individuelle plus grande sur chacun de ses salariés et une fragmentation du personnel qui défavorisent les mouvements collectifs de revendication.
Cette désespérance sociale à laquelle la gauche de gouvernement et les syndicats n’ont pas su ou pu répondre engendre un sentiment de peur.  Qui a besoin d’un visage pour se cristalliser. Ce ne peut être celui, invisible, du capitalisme. Ce sera donc le visage de l’autre, l’étranger, le différend. Il suffit qu’un mouvement raciste s’empare de ce sentiment,  qu’il l’amalgame à des faits réels ou fanstasmés pour que la mayonnaise démagogique prenne.

Débattre, répondre ou disparaître

Dès lors, la gauche de gouvernement et les syndicats doivent trouver une nouvelle grille de lecture du capitalisme de l’après-soviétisme. Le Parti socialiste français aurait pu procéder à cet aggiornamento après la défaite de Jospin au premier tour de l’élection présidentielle de 2002. Mais obnubilés par leur tout-à-l’égo et leurs ambitions personnelles, ses dirigeants se sont révélés incapables d’entreprendre cette réflexion. Placés dans l’opposition depuis peu, les sociaux-démocrates allemands le feront-ils ? En tout cas, les socialistes suisses sont désormais contraints de mener ce débat  sans tarder et d’apporter des réponses crédibles à la désespérance sociale s’ils ne veulent pas disparaître et voir l’UDC et l’extrême droite accumuler les succès.

Jean-Noël Cuénod

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03/12/2009

L'après-minaret (2). Une Cour constitutionnelle pour l’après-minarets


Après le triomphe de la plus irrationnelle des initiatives populaires, il convient d’essayer de ramener la raison au milieu de nos villes et villages. La tâche se révèle des plus ardues, tant l’émotivité devient le principal moteur des choix politiques. En Suisse. Et ailleurs. A preuve, l’avalanche de messages soutenant l’interdiction des minarets rédigés par des internautes français et allemands, entre autres.
A cet égard, il s’est établi entre le secret de l’isoloir et l’anonymat des cyberdébats, une sorte d’alliance des islamophobes anonymes.

Strasbourg, l’erreur à éviter

Après ce coup de massue, la tentation serait de contester la décision prise dimanche devant la Commission européenne des droits de l’homme à Strasbourg, comme le propose le président des Verts, Ueli Leuenberger. C’est l’erreur à éviter. L’annulation d’un vote populaire par une instance supranationale aurait des effets désastreux dans l’opinion. Si l’on veut ancrer pour de longues années l’idéologie xénophobe dans la conscience — ou plutôt l’inconscient — helvétique, le succès d’un recours à Strasbourg en constituerait le meilleur moyen.
Notre pays a voulu se frayer un chemin particulier dans l’histoire des systèmes politiques en pratiquant la démocratie directe. Nous devons assumer ce choix, même si certains votes nous déplaisent. De plus, les effets juridiques de l’interdiction des minarets demeurent limités. La pratique du culte musulman n’est pas remise en cause par cette initiative. Les dégâts qu’elle entraînera seront d’ordre symbolique, ce qui n’est guère plus rassurant.

Le poids des mots

Contrairement à ce que prétend le ministre français des affaires étrangères Bernard Kouchner, le vote suisse n’est donc pas une marque «d’oppression» à l’encontre d’une religion, mais un signe de discrimination. Ce n’est pas plus reluisant. Mais une politique conduite avec intelligence consiste à choisir les mots avec exactitude et à ne pas coller sur une situation des termes qui ne lui conviennent pas.

Garde-fous indispensables

Toutefois, pour qu’il soit supportable par un ensemble humain, tout pouvoir doit disposer de garde-fous. Même la démocratie directe ne peut pas échapper à cette règle, au risque de se muer en dictature de la majorité. Le principal de ces garde-fous demeure la Constitution qui prescrit les principes de base auxquels on ne saurait déroger sans mettre en péril les droits humains. Or, il manque à notre pays une Cour constitutionnelle. Comme l’envisage le conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz, il faudrait donc en créer une, sans tarder. Et lui soumettre les questions à poser au peuple afin que cette instance juge si elles sont ou non conformes aux principes directeurs de la Constitution et de la Convention des droits de l’homme.
Dans l’ambiance actuelle où les turbulences de la mondialisation nous fait perdre le Nord et égarer le Sud, les votations les plus dangereuses pour la liberté et la dignité peuvent réussir. Au lieu de les annuler après coup, il vaut mieux les examiner en amont, non dans le tumulte d’une arène politique (aujourd’hui la validation des initiatives populaires appartient à l’Assemblée fédérale) mais dans la pondération d’une instance juridique.

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte a paru jeudi 3 décembre 2009 dans la rubrique « Perspective » de la Tribune de Genève et « Réflexion » de 24 Heures)

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