30/11/2009

L'après-minaret (1)Kouchner, la réponse bête à l’initiative bête et méchante sur les minarets

Les intégristes pseudo-évangélistes et l’extrême droite suisse doivent exulter. Non seulement, leur initiative délirante sur les minarets a triomphé dans les urnes, mais encore la déclaration du ministre français Bernard Kouchner émise sur les ondes de RTL apportera de l’eau à leur moulin à mensonges.  Elle se révèle, en effet,  d’une rare balourdise.

  Tout d’abord, le chef de la diplomatie de la République voisine se déclare «un peu scandalisé » par le vote suisse. Reste à savoir ce que signifie être « un peu scandalisé ». Peut-on l’être moyennement, à peine, à la folie ? La suite est aussi consternante :

 "Elle est négative pour ce qui concerne les inquiétudes même des Suisses parce que si on ne peut pas construire de minarets, cela veut dire qu'on opprime une religion. J'espère que les Suisses reviendront sur cette décision assez vite. C'est une expression d'intolérance et je déteste l'intolérance.  La construction de minarets n'est pas grand-chose. Est-ce que c'est une offense dans un pays de montagnes qu'il y ait une construction un peu plus élevée ?"

A Strasbourg et à Marseille, la communauté musulmane a renoncé à prévoir l’érection d’un minaret à leur future grande mosquée, à la suite de pressions politiques. Cela signifie-t-il que l’islam est également opprimé à Strasbourg et à Marseille ?

Ce qui est condamnable dans cette initiative, ce n’est pas qu’elle opprime une confession – la liberté de culte n’est pas remise en cause par ce texte – c’est le caractère gravement discriminatoire qu’elle comporte, avec tous les relents racistes que cela signifie. En parlant d’  «oppression» là où il n’y en a pas, ce ministre donne des arguments à l’extrême droite et créé un faux problème qui occulte les véritables enjeux de cette votation. Quant à la comparaison entre les montagnes et les minarets, elle relève du ridicule le plus achevé.

Mais le plus grave n’est pas là. Si Bernard Kouchner n’engageait que sa propre personne, ce genre de déclaration à l’emporte-pièce ne serait qu’un bruit de bouche sans conséquence. Mais il parle en tant que ministre des affaires étrangères et sa parole engage tout le gouvernement français, le président Sarkozy y compris. Dès lors, lorsqu’il réclame à la Suisse qu’elle revienne sur son vote, c’est le gouvernement d’une puissance voisine qui s’introduit dans notre processus démocratique.

Ce faisant, ce ministre délégué à la maladresse offre un argument en or à l’extrême-droite qui va crier une fois de plus à l’agression contre notre indépendance.
Après ses propos outranciers contre la Suisse dans l’affaire Polanski, l’homme qui a inventé le droit d’ingérence ferait bien de s’appliquer un autre droit : celui de se taire.


Jean-Noël Cuénod

 

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29/11/2009

L’initiative bête et méchante sur les minarets : c’est maintenant la Suisse qui fait peur !

«Tarnac, la justice française fait peur». C’est le titre du dernier blogue du Plouc. Aujourd’hui, c’est la Suisse qui fait peur. Ce vote contre les minarets démontre que, désormais, une majorité de citoyens accepte les lois les plus stupides et les plus irrationnelles.

Sera-t-elle prête un jour à voter en faveur des décisions les  plus inhumaines ? Après ce vote calamiteux, la chose est désormais possible. Le pire n’est jamais sûr. Mais le mécanisme de la haine s’est enclenché. Où s’arrêtera-t-il ? Auparavant, les initiatives racistes ou xénophobes avaient toutes échoué. De peu, parfois. Mais, la raison l’avait toujours emporté. Aujourd’hui, nous savons qu’elle peut déserter l’esprit de la majorité des Suisses.

Car, si les initiateurs minératophobes  voulaient freiner l’intégrisme,  il était difficile de faire plus bête que cette initiative qui réintroduit les conflits religieux au centre du débat politique, alors que pendant des siècles, les fondateurs de la Suisse moderne se sont efforcés de les en écarter.
Ce retour de la question confessionnelle,  c’est justement ce que souhaitent les intégristes de tous poils, ceux de l’islam et ceux de ce pseudo-évangélisme d’extrême-droite qui se trouve à l’origine de l’initiative. Des pseudo-évangélistes, plus fidèles aux sermons de Bush qu’aux paroles du Christ : «J'étais étranger, et vous m'avez accueilli».

Les intégrismes se sont toujours renforcés les uns les autres, au-delà de leurs querelles. En s’attaquant aux minarets, la majorité des Suisses a donc rendu un fier service aux extrémistes de l’Islam qui peuvent désormais poser leur confession en victime d’une grave discrimination religieuse. La Suisse vient de leur donner l’argument nécessaire  en disant à leurs coreligionnaires : « Vous voyez bien que la modération et le dialogue ne payent pas. Rejoignez notre combat ! »

Jean-Noël Cuénod

 

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26/11/2009

Tarnac, la justice française fait peur

Plus que les révélations  éventées de Môssieur  Pasqua , l’affaire de Tarnac risque de porter un coup sévère au gouvernement français. Rappelons les faits. L’an passé, la police lance un grand raid sur le petit village de Tarnac, en Haute-Corrèze. Là, vit un groupe d’anarchistes,  bien accepté, en général,  par la population locale. A Tarnac, on aime ceux qui résistent. D’ailleurs, durant l’Occupation, cette région a été marquée par de nombreux maquis de résistants. Et puis, l’un de ces anars y tient épicerie à une époque où la tendance  est à la désertification rurale. Des fermes reprennent vie. Voilà qui rend cette présence nouvelle plutôt aimable pour les anciens. 

Commando au milieu des chèvres corréziennes

La ministre de l’Intérieur de l’époque, Michèle Alliot-Marie, juste après cette gigantesque opération de commando au milieu des chèvres corréziennes, rameute  les médias pour les mitrailler de propos alarmants. C’est ni plus ni moins, ni la bande à Baader du XXIème siècle qui vient d’être ainsi tuée dans l’œuf. Le groupe de Tarnac est l’aile marchante et explosive de l’ « ultragauche » qui a pour Bible un petit livre rédigé par un anonyme « Comité Invisible » et intitulé « l’Insurrection qui vient ». L’ouvrage en question se trouve en vente libre et n’est pas plus incendiaire que d’autres.  Peu importe. C’est bon à placer en arrière-plan d’une prise de vue.

Le "Sésame, cogne-moi"

Pour Michèle Alliot-Marie, ce groupe de Tarnac serait responsable de la pose de fers  à béton sur des lignes de TGV, occasionnant plusieurs pannes. D’emblée, à en croire le « Canard Enchaîné » de mercredi 25 novembre,  un premier rapport de gendarmerie conclut que ces actes ne relèvent pas du mot magique - « terrorisme » - mais de « dégradations volontaires d’un bien public commises en réunion », soit une infraction mineure qui ne soulèvera pas l’indignation des foules, tout au plus une brève réprobation. Cela dit, comme nous le verrons, même ce moindre délit ne sera pas démontré par l’enquête.  Cette incrimination ne fait pas le beurre médiatique de la ministre. Il faut absolument prononcer le terme qui « tilte » depuis un certain 11-Septembre : « terrorisme ». C’est le sésame pour ouvrir toutes les portes qui mènent à l’oppression d’Etat.


Un juge d’instruction souple d’échine traduira en jargon juridique la volonté ministérielle en mettant en examen – terme de nov-langue introduit par les socialistes français et qui signifie « inculpés » - les principaux protagonistes du groupe de Tarnac pour « association de malfaiteur, destructions et dégradations en relation avec une entreprise terroriste ». Du très lourd, donc ! Et voilà qui tombe bien, Michèle Alliot-Marie passe du ministère de l’Intérieur à celui de la Justice. Elle peut donc suivre le dossier de A jusqu’à Z.

Et ça coince!


Il reste maintenant pour la justice – qui en France n’est pas un pouvoir - à faire entrer les faits dans ce cadre ainsi fixé par le pouvoir politique. Et là, ça coince ; ça coince même de plus en plus. Pas la moindre preuve convaincante à se mettre sous la matraque. Des gilets pare-balles, des cartes et autres éléments de ce genre. Mais allez convaincre un jury de Cour d’assises avec de telles babioles !
Pour donner de la consistance à ce dossier vide, les policiers auraient donc recouru, selon les avocats du groupe de Tarnac, à « un florilège de manipulations ». Les défenseurs citent l’ un des rares témoins à charge qui affirment avoir subi les pressions des enquêteurs. Et qui, depuis, est devenu un témoin à décharge. Ils brandissent un procès-verbal qui serait antidaté et d’autres exemples d’une semblable gravité.


De deux choses l’une, soit les accusations des avocats sont avérées, soit ils manipulent les faits. Dans le premier cas, nous sommes placés devant un scandale d’Etat qui discrédite définitivement, non seulement la ministre mais tout le gouvernement et le président Sarkozy, héraut du prêche sécuritaire. La France serait l’une des rares démocraties à avoir fabriqué des coupables pour asseoir le discours politique de ses dirigeants.
Dans le second cas, les avocats devraient subir les conséquences de leurs propos qu’ils ont prononcés devant les journalistes dans une salle de l’Assemblée nationale, ce qui leur a donné un poids symbolique tout particulier.

Il sera impossible d’en rester là.


Jean-Noël Cuénod

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24/11/2009

Sarkozy en Seine-Saint-Denis, tout un poème...

Ce mardi, le président Nicolas Sarkozy se rend en banlieue, dans ce département de Seine-Saint-Denis, plus connu sous son matricule, le 9-3. Protection policière maximale. Et on va parler sécurité, bien sûr. Car c'est toujours de ça que l'on cause dans le 9-3 et non d'emplois.

Il y a tout juste deux ans, une émeute éclatait à Villiers-le-Bel à la suite de la collision entre une voiture de police et une minimoto. Deux ados de cette cité emblématique du 9-3 ont été tués lors de cet accident. Après avoir couvert ces manifs, Le Plouc a commis cette chose:

VILLIERS-LE-BEL 2007


Au soir tombé se relèvent les hordes
Visages noyés dans les capuchons
Sous les blousons muscles roulés tendus
A ciel fermé la longue avenue
Tremble de fureur lacrymogène

 Flammes sans feu
 Haine sans cri
 Douleur sans parole

L’enfant broyé fait un bruit d’enfer
Et sous la nappe de fumée soufrée
L’ombre du néant fourbit ses matins.

(Tiré de Circonstances pqui vient de paraître aux Editions Samizdat à Genève)

Jean-Noël Cuénod


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21/11/2009

Dessine-moi une identité nationale!

Sous l’égide du ministre Eric Besson, la France est entrée dans un grand débat public sur son identité nationale. «Comment peut-on être Persan?», demandait jadis Montesquieu. «Comment peut-on être Français?», interroge aujourd’hui ce ministre de l’immigration et de... l’identité nationale.
Devait-on conduire ce débat? Non, réplique la gauche française qui stigmatise une «lepénisation» des esprits. Par cette position, elle recommence ses erreurs passées, lorsqu’oubliant Jean Jaurès, elle a abandonné le drapeau tricolore dans les mains de Le Pen et de son Front national.
Certes, en lançant ce débat, Eric Besson tente de faire oublier les mauvais sondages du président Sarkozy, les multiples «couacs» de sa majorité et prépare le terrain pour la campagne des élections régionales de ce printemps. Mais cela ne signifie pas que ce débat soit inutile ou nuisible. Au contraire, il est sain que chacun puisse s’exprimer. Et c’est justement parce qu’une question est délicate qu’il faut la poser, la mettre sur la table.

L’identité évolue

On se rendra compte alors que cette notion d’identité nationale est aussi difficile à dessiner que le mouton du «Petit Prince» de Saint-Exupéry. Dans son étymologie même, l’identité n’est pas facile à cerner. Le Dictionnaire Bordas de philosophie nous enseigne que son ancêtre, le mot latin «identitas», provient de «idem», soit «le même». Et donne cette définition: «Caractère de ce qui reste tel qu’il est (bien qu’il puisse être perçu de plusieurs manières)».
Or, l’identité nationale ne reste pas infiniment «telle qu’elle est». Elle évolue avec le temps. Un humain qui est né dans tel pays, et que les accidents de la vie ont amené dans un autre, peut éprouver pour sa patrie d’accueil un plus fort sentiment d’identité nationale que son voisin qui, lui, y a toujours vécu. Mais cela ne signifie pas pour autant que tout attachement envers son lieu de naissance soit banni. Sans trahir quiconque, on peut afficher fièrement sa citoyenneté Suisse et crier «Forza Italia» devant son téléviseur.

Pluralité d’appartenance

Dès le début de ce débat en France, on voit apparaître une pluralité d’appartenances. Même dans un pays aussi centralisé que notre voisin, l’identité régionale demeure solidement ancrée. Lorsque le gouvernement a voulu supprimer les numéros de département sur les plaques de voitures, les députés — tous partis confondus — s’y sont opposés avec succès. Alors que dire de la Suisse où le sentiment d’appartenance à son canton reste puissant!
Il est encore bien d’autres identités, les confessionnelles notamment. On peut ne plus croire en Dieu et se sentir protestant, catholique, musulman ou juif.

Qui suis-je ?

Plus on creusera cette question, plus on en verra la complexité. Qui suis-je? Un Français défendant la culture bretonne mais adorant le Portugal de ma femme? Un Carougeois se revendiquant Genevois et Suisse (dans l’ordre) mais demeurant solidaire du destin d’Israël ou de la Palestine? Un Veveysan catholique qui n’a pas oublié Madrid?

Le danger serait de se confiner dans une seule identité, à la manière des intégristes. Elle devient alors une idée fixe qui nous empêche d’être libres.

(Ce texte a paru jeudi 19 novembre 2009 dans la rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève)

Jean-Noël Cuénod

 

 

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19/11/2009

Les minarets et le confusionnisme

La polémique sur l’initiative visant à interdire la construction des minarets a fait naître une nouvelle confession : le confusionnisme, qui ne manque ni de liturgie alambiquée, ni de prêtres verbeux, ni de clergé pompeux.

A lire et à ouïr les commentaires, on confond minarets, bourkas, défense de la chrétienté et des droits de la femme, exigence de réciprocité entre l’Occident et l’Orient.  Tentons de démêler ce magma salivaire.

- Bourkas et minarets

Comme Le Plouc l’avait indiqué dans son blogue le 1er octobre (« Bourkas et minarets, pas le même combat »), la bourka ne relève pas du Coran. Le Livre sacré des musulmans n’en fait nulle mention. Il est d’ailleurs assez vague quant à la vestiture féminine (lire le blogue en question pour les références coraniques). De même, les Hadiths – tradition qui consigne les faits, gestes et déclarations du Prophète – ne l’évoquent pas.
 Par conséquent, interdire le port de ce sac à patates grillagé ne serait en aucun cas discriminatoire par rapport à l’islam. Il est le signe, non seulement de la soumission de la musulmane à son dictateur domestique, mais surtout de la non-existence de la femme sur la place publique. Dès lors, il serait légitime d’en interdire le port, non pas sous l’angle religieux – puisqu’il ne s’agit pas d’une marque confessionnelle comme un foulard, une kippa ou une croix – mais sous celui de l’égalité entre homme et femme. On peut aussi arguer de la sécurité ; après tout, le port des masques est interdit sur la place publique pour ce motif.

L’interdiction des minarets, elle, relève clairement de la discrimination à l’endroit d’une religion déterminée. Certes, le Coran et les Hadiths ne rendent pas les minarets obligatoires. Mais il en va de même pour les flèches des cathédrales et les clochers d’Eglises. La Bible ne les prescrit pas comme une ardente nécessité. Il s’agit, dans l’un et l’autre cas, de la marque architecturale d’une confession.  Lorsqu’en URSS, Staline a interdit l’élévation de nouvelles Eglises, c’était bien la religion chrétienne – et particulièrement l’orthodoxie - qui était visée. 
Dès lors, en voulant prohiber la construction des minarets, l’extrême-droite attaque en bloc toute une confession dont l’immense majorité  des fidèles ne suit aucunement les intégristes de l’Islam et serait ainsi collectivement punie sans raison.

 
- Défense de la chrétienté

Si la chrétienté est menacée, ce n’est certes pas par l’Islam. C’est l’indifférence des chrétiens envers leurs Eglises qui constituent sa menace la plus mortifère. Un minaret de plus ou de moins ne changera rien à cet état de fait.
A noter  que parmi les partisans les plus excités de l’initiative antiminarets se trouvent de nombreux intégristes de l’Evangélisme. En s’attaquant aux minarets, ils ne font que donner plus d’ampleur aux discours de leurs homologues musulmans. Ici, comme en Palestine, comme en Israël, comme ailleurs, les intégristes des différentes traditions religieuses se rejoignent dans leurs délires haineux et se renforcent mutuellement.

 Par leurs interprétations toutes de fumées et de violences, les intégristes du catholicisme et de l’évangélisme constituent un danger bien plus virulent que l’islam pour l’unité de la chrétienté.

- Les droits de la femme

Si le port de la bourka (ou du nikab, voile intégral) contrevient à l’évidence aux droits de la femme, la construction de mosquées avec ou sans minarets n’a aucun lien avec ces aspects.
 De même, on peut fort bien admettre les minarets dans le paysage helvétique et s’opposer à tous les éléments qui, dans le Coran et les Hadiths, contreviennent à l’égalité entre les sexes. Il vaut mieux  discuter et débattre des vrais problèmes. Et la place de la femme dans l’Islam fait partie de ces thèmes à critiquer en premier lieu. Mais cette histoire de minarets est le type même du faux problème.

- Exigence de réciprocité entre pays musulmans et pays laïques ou chrétiens

Un argument souvent avancé par les obsédés du minaret se résume ainsi : dans la plupart des pays musulmans, les chrétiens sont maltraités et ne peuvent même pas y construire la plus petite chapelle.
La situation des chrétiens en terre d’Islam varie considérablement d’un pays à l’autre. Mais il est vrai que les Etats musulmans les plus rétrogrades, comme l’Arabie Saoudite, interdisent la construction d’Eglises et d’autres, comme l’Egypte, développent une attitude indigne vis-à-vis de leurs ressortissants chrétiens.
Si l’on suit l’argument minarétophobe, la Suisse devrait donc exercer les mêmes discriminations à l’endroit des musulmans. Notre démocratie changerait ainsi de logiciel pour prendre modèle sur les pires dictatures de la planète. Joli programme…

S’ils devaient courir le Tour de France – ce qu’à Dieu ne plaise – les obsédés du minaret prendraient la roue de la lanterne rouge plutôt que celle du maillot jaune !

 

Jean-Noël Cuénod

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16/11/2009

La Suisse M17 championne du Monde de foot : un joli but dans les filets de l’UDC

rougets.jpgSi la nauséeuse mentalité raciste des blochériens était majoritaire en Suisse, notre équipe des Moins de 17 ans n’aurait pas remporté le championnat du monde de foot : 13 binationaux la composent et parmi ses joueurs les plus talentueux figurent Ben Khalifa, Seferovic ou autre Xhaka dont le simple énoncé des patronymes devraient donner des furoncles aux extrémistes de droite.

Cette victoire inespérée pour un pays d’un peu plus de 7 millions d’habitants, nous la devons à un remarquable  travail de fond exercé par les instances de l’ASF, mais aussi – et surtout - par l’intégration. Oui, la Suisse est faite par des Xhaka et des Meylan, des Seferovic et des Muller, des Ben Khalifa et des Bernasconi.
Le génie de la Suisse depuis des siècles réside dans sa capacité à faire peuple avec des humains venant de partout. L’exemple que nous offre l’audace revigorante de ces jeunes Suisses de toutes les couleurs offre un heureux contraste à ces pâles racistes tremblant de trouille devant la globalisation et ne présentant pour programme que leurs vieilles haines recuites.

Cette exceptionnelle victoire suisse nous rappelle toute la différence entre un patriote et un nationaliste. Le premier aime son pays et a confiance en son avenir. De son pays, le second n’aime que le passé,

Merci les « Rougets » !

 

Jean-Noël Cuénod

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12/11/2009

Lettre ouverte du camarade Andreï Alexandrovitch Jdanov à propos de Marie N’Diaye et Eric Raoult

Jdanov.jpgPour un vieux stalinien comme moi – Andreï Alexandrovitch Jdanov – l’au-delà est aussi glacé que cette Kolyma où nous avons expédié par wagons toutes ces vipères lubriques qui tentaient de piquer au talon le bolchevisme triomphant. Ah, nous sommes bien oubliés aujourd’hui ! (Photo: je figure au centre à côté de mon camarade Maître)

Qui se souvient que j’ai fait trembler tous les grands créateurs de l’Union soviétique, de Chostakovitch à Pasternak, d’Eisenstein à Meyerhold ? Dans les années 40, le Coryphée de toutes les Sciences, l’Himalaya de la pensée prolétarienne m’avait confié la garde de ces chiens d’artistes au Politburo du Glorieux Parti de Lénine-Staline. Et j’en ai fait un rude bon usage. Ah, ça ne mouftait pas de mon temps ! Le prix Staline pour les lécheurs. Le goulag pour les emmerdeurs. Un seul style : le réalisme socialiste. La fanfare pour les musiciens, « les vaillantes tractoristes de Tcheliabinsk » pour les peintres. « Et l’acier fut trempé » pour les écrivains.

Tout cela est le passé. Le prodigieux passé. Et je me morfondais dans ma Sibérie Eternelle. Les artistes sont libres désormais. Libres, je vous demande un peu ! Il n’y a pas d’autres libertés que celle que le Parti octroie en trois exemplaires avec autant de coups de tampon que de réticences.

Et puis – Staline merci ! -  Eric Raoult est venu mettre un peu de chaleur dans mon vieux cœur bolchevique. Je ne connaissais pas cet Raoult.jpgexcellent député-maire de Raincygrad. Il paraît que c’est une ville près de Paris. Mais en réclamant l’instauration d’un « devoir de réserve » aux lauréats du Prix Goncourt –  j’ignore ce que c’est, je suppose qu’il s’agit d’une distinction genre Prix Lénine des Lettres – ce camarade député-maire est sur le chemin de la Pravda, soit la Vérité en russe.

Mariendiyae.jpgCertes, je le trouve encore un peu modéré. Après tout, cette écrivaine Marie N’Diaye a commis l’offense des offenses en fustigeant son gouvernement. Mais tout de même, voilà enfin une réaction prolétarienne qui remet le Pouvoir au milieu du cerveau.

Il reste maintenant au camarade Raoult de chasser ce cosmopolite de Frédéric Mitterrand à la tête de  la Culture française. Et de ma Sibérie éternelle, je deviendrai son souffleur glacé.

 

Jean-Noël Cuénod


PS : sur le même sujet, on peut lire l’excellent blogue du peintre Philippe Rillon.

http://rillon.blog.lemonde.fr/2009/11/10/marie-ndiaye-eri....

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09/11/2009

Ces terribles 9 novembre

18Brumaire.jpgPeut-être en est-il ainsi de toutes les dates. Mais tout de même, l’Histoire est riche d’événements qui se sont déroulés un 9 novembre. Et pas seulement à Berlin, il y a 20 ans ! Ils ont tous un point commun : ils symbolisent la fin d’un cycle ou le début d’un autre. Pour le meilleur, parfois. Pour le pire, souvent. Voici quelques 9 novembre qui ont marqué l’Europe.

9 novembre 1799 ( ou 18 brumaire An VIII, selon le calendrier républicain français)

Le général Napoléon Bonaparte réussit son coup d’Etat qui met fin au Directoire et, dans une grande mesure, à la Révolution. Il prend le titre de Premier Consul, impose sa dictature et se fait sacrer Empereur des Français en 1804. (illustration: Bonaparte pendant son coup d'Etat d'après un tableau de François Bouchot).

9 novembre 1918

La défaite allemande est consommée. Ce jour-là sur le coup de midi, le Chancelier du Reich Max von Baden prononce l’abdication de l’empereur Guillaume II, sans lui demander son avis ! Le IIème Reich s’effondre. Place à la République de Weimar. Avant l’avènement du IIIème Reich.
Deux jours auparavant, le 7 novembre (le 25 octobre, selon le calendrier julien alors en vigueur en Russie), le parti bolchevique s’empare du pouvoir à Petrograd (ex-Leningrad, maintenant Saint-Pétersbourg). Lénine impose sa dictature. L’ère soviétique commence.

9 novembre 1923

Le coup d’Etat fomenté par Hitler à partir d’une brasserie à Munich échoue. Le futur führer est emprisonné. Dans sa cellule, il écrira « Mein Kampf » qui définit le programme des nazis.

9 novembre 1932

Pour la dernière fois à Genève, le sang d’une émeute rougit le pavé. Une manif antifasciste est réprimée par la troupe : 13 morts et 65 blessés.

9 novembre 1938

Dans la nuit du 9 au 10, les milices nazies organisent un gigantesque pogrom dans toute l’Allemagne. C’est la Kristallnacht (Nuit de Cristal) appelée ainsi en raison des 7500 vitrines de commerces tenus par des Juifs qui ont volé en éclats. 91 d’entre eux sont assassinés, 250 synagogues, réduites en cendres. Et 30 000 Juifs sont déportés dans les camps de concentration. La Shoah se prépare.

9 novembre 1970

Un an et demi après avoir démissionné de la présidence, Charles de Gaulle s’éteint à Colombey-les-Deux-Eglises. La veille, il avait encore assisté à la messe dans son village. Avec lui, la France de la Résistance et de la décolonisation passe le relais à une autre France qui s’arrimera à l’Europe.

9 novembre 1989

Chute du Mur de la Honte à Berlin. Pour le communisme totalitaire, c’est le début de la fin.


Effet du hasard ou alchimie du nombre ?

Alors pourquoi, cette récurrence du 9 novembre dans l’Histoire ? Les uns y verront le seul effet du hasard. D’autres formuleront des théories séduisantes ou fumeuses. Le Plouc va s’amuser maintenant à vous faire un peu de numérologie de bistrot. Et surtout, sans se prendre au sérieux. J'en connais certains qui sont très "premier degré"...

Novembre étant le onzième mois de l’année, si l’on additionne 9 à 11, nous obtenons 20, soit deux - symbole de la division, source de conflit mais aussi source d’élan vers une nouvelle ère – en association avec le zéro, le néant ou l’infini.

Additionnons maintenant tous les nombres composant le 20. Nous arrivons à 210 : soit deux (l’opposition), un (l’unité) et zéro (infini ou néant). Avec  2+1+0, nous parvenons au 3, le dépassement des antagonismes dans une nouvelle synthèse.

Et à ceux que cela intéresse, nous recommandons la lecture du livre "Le Symbolisme des Nombres" rédigé par le docteur R. Allendy pour les Editions Traditionnelles.


Jean-Noël Cuénod

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07/11/2009

A quand un Mur de la Honte à Moillesulaz ?

L’Europe célébrera donc,  lundi, la chute du Mur de Berlin. Au même moment, dans notre bonne vieille république de Piogre, le MCG rêve d’en ériger un autre à Moillesullaz, à Saint-Ju et ailleurs afin de faire barrage à ces vilains frontaliers.
Heureusement que les S. et consorts ne sévissaient pas au temps de mon enfance : il m’aurait été impossible de rendre visite à ma tante savoyarde. Quant à mes ancêtres, ils n’auraient pas pu se réfugier à Genève.
 La collision entre ces deux images illustre bien toute l’absurdité de la démarche de ce MCG qui veut installer deux des siens au Conseil d’Etat.

Il existe un plaisir morbide du Mur. Il donne l’apaisante illusion de la protection. Il conduit à la chaleureuse régression vers l’état infantile. Au fond, on vote pour ces partis extrémistes comme l’on suce son pouce. Sur le moment, ça fait du bien. S. donne-t-il des chiffres plus faux que les autres ? Ment-il comme un bataillon d’arracheurs de dents (ou plutôt de voix) ? Nous débite-t-il des mécomptes à dormir debout? Mais on s’en tape ! On veut continuer à somnoler à l’ombre de sa grande gueule.

Malheureusement, le réel est là qui cogne à la poterne du Mur.  Dans une société livrée au capitalisme financier et globalisé le plus sauvage, le problème ne se situe pas à quelques mètres au-delà du Foron. Pour affronter le XXIème siècle, il faudra d’autres recettes que des potions de charlatans.


Jean-Noël Cuénod

 

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06/11/2009

Jacques Chirac a-t-il offert le sursis aux juges d’instruction ?

932999864-chirac-baroud-d-honneur-de-juges-d-instruction-en-sursis.jpgBaroud d’honneur ou sursis pour des magistrats condamnés? On sait que Nicolas Sarkozy a lui-même annoncé la suppression du poste de juge d’instruction dans son projet de loi destiné à bouleverser la procédure pénale française. C’est dire s’il tient à cette réforme qui n’a pas encore été examinée par le parlement.
Or, deux récentes affaires politico-financières retentissantes ont mis à l’honneur l’indépendance des juges d’instruction. Tout d’abord, Jean-Marie Messier — l’ancien patron de Vivendi — a été renvoyé devant le Tribunal correctionnel de Paris le 22 octobre. Une semaine plus tard, c’est Jacques Chirac qui a fait l’objet de la même décision.

Le Parquet au secours des politiques

Dans les deux cas, le Parquet s’était opposé à ces renvois en justice, en requérant le non-lieu. Dans les deux cas, les juges d’instruction ont passé outre en décrétant qu’il y avait suffisamment d’éléments dans les dossiers pour qu’ils soient examinés, sur le fond, par les juges correctionnels.
En France, le Parquet — c’est-à-dire le procureur de la République, ses adjoints et ses substituts — dépend des procureurs généraux près les Cours d’appel qui, hiérarchiquement, sont liés au ministère de la Justice et donc, au gouvernement. Le Parquet a pour patron final le pouvoir politique.
En revanche, les magistrats dits «du siège» — par exemple, les juges d’instruction — sont, eux, indépendants vis-à-vis du gouvernement. Le sont-ils toujours? C’est une question de tempérament individuel. En tout cas, ils disposent des moyens légaux pour juger librement, ce qui a été démontré dans ces deux affaires hypersensibles économiquement et politiquement.

Avec la réforme, pas de procès Chirac !

Dans la réforme pénale conçue par le président Sarkozy, le juge d’instruction serait remplacé par un juge DE l’instruction chargé d’arbitrer entre le Parquet et la défense. Mais il n’aurait plus aucune compétence pour enquêter. Cette tâche serait dévolue aux magistrats du Parquet. Le rouage le plus important de la justice — l’instruction qui nourrit le dossier — serait donc confié à des magistrats dépendants du pouvoir politique. Si cette réforme était actuellement en vigueur, Jacques Chirac et Jean-Marie Messier n’auraient pas été traduits en procès!

Dès lors, les médias commencent à s’inquiéter de cette réforme. Et dans les rangs même de la majorité sarkozyste, des voix s’élèvent pour éviter aux juges d’instruction de subir la peine capitale.
Selon le site d’information Médiapart, quatre-vingts députés de l’UMP et du Nouveau Centre renâclent à l’idée de confier l’enquête pénale au Parquet. Et ce noyau dur peut convaincre une partie des 340 députés de la majorité de les suivre dans leurs réserves. Certains plaident pour conserver la situation présente. D’autres sont prêts à confier l’enquête au Parquet, mais à la condition de couper le cordon ombilical qui l’attache au gouvernement. Et cela, Nicolas Sarkozy ne semble pas prêt à l’admettre.
Cette réforme, le président n’hésitera pas à la faire passer au forceps. Mais sa tâche sera moins aisée après le renvoi de Chirac. Et ce passage en force risque d’être plus impopulaire qu’il ne le craignait.

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte a été publié jeudi 5 novembre 2009 dans la rubrique « Perspective » de la Tribune de Genève et « Réflexion » de 24 Heures).

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02/11/2009

Souffrances au travail : le système inhumanitaire

Vague de suicides au Technocentre de Renault, à France Télécom, morts par épuisement d’ouvriers appartenant à des sous-traitants dans la sidérurgie. Le monde du travail ne tourne pas rond. Et cela ne concerne pas que la France. Dans leur livre qui vient de sortir (1), le documentariste Paul Moreira et le journaliste Hubert Prolongeau dressent un constat alarmant : le karochi – décès par surmenage professionnel – n’est plus un mal qui ne serait circonscrit qu’au seul Japon.

Le réflexe de base consiste, une fois posé le diagnostic, à désigner un ou des coupables. Et c’est là que tout se complique. Bien entendu, les nouvelles méthodes de management, la compétition entre les salariés qui supplante l’esprit de corps expliquent en grande partie cette souffrance au travail. La libre concurrence a permis à l’économie capitaliste de se développer de façon globale et de s’implanter partout. On sait aujourd’hui que son efficacité à un coût. Et que les salariés, du haut en bas de l’échelle, le paient au prix fort.

D’où l’apparition au sein des sociétés et des entreprises d’éléments perçus comme des « inhumanitaires », chargés de gérer le personnel, de contrôler sa production, de développer des stratégies afin de le rendre encore plus performant. Mais ces « inhumanitaires » sont soumis à la même pression qu’ils font subir aux autres. A leur tour,  ils doivent « dégager du chiffre » et sont pressurés par d’autres « inhumanitaires ». La direction n’est pas épargnée. Lors d’un reportage à New Fabris, Le Plouc avait rencontré le directeur qui occupait son usine au même titre que les ouvriers. Lui aussi était la victime d’un actionnaire défaillant, lui aussi risquait le chômage et le déclassement social.

Alors, faut-il crier haro sur le vilain actionnaire majoritaire ? Pas si simple ! Peut-être est-il à la merci des fonds de pension qui gèrent les caisses de retraite des Américains. Les retraités ou futurs retraités de Californie ou de l’Arkansas seraient-ils les vrais coupables ? C’est aller trop vite en besogne. Ces rentes constituent la seule garantie pour assurer leurs vieux jours.

Tournons donc notre rage contre ces indécents courtiers en bourse qui empochent des bonus monstrueux en pleine crise ! Certes, on soulage ainsi notre trop-plein de colère. Mais cela ne nous mène pas plus loin. Dans l’organisation inhumanitaire du travail, ils ne jouent guère de rôles.

Nous ne sommes donc pas confrontés à des coupables en chair et en os. Le grand pervers, c’est ce système qui fait descendre l’inhumanité du haut jusqu’en bas. Comment en sortir ? Vaste et complexe débat qui ne peut être conclu en deux coups de cuillère à pot. Pour l’instant, gardons-nous de désigner des boucs émissaires. Cela ne nous conduira qu’à des impasses.


Jean-Noël Cuénod

(1) Paul Moreira et Hubert Prolongeau « Travailler à en mourir  - quand le monde de l’entreprise mène au suicide » - Editions Flammarion, collection EnQuête

 

 

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