21/11/2009

Dessine-moi une identité nationale!

Sous l’égide du ministre Eric Besson, la France est entrée dans un grand débat public sur son identité nationale. «Comment peut-on être Persan?», demandait jadis Montesquieu. «Comment peut-on être Français?», interroge aujourd’hui ce ministre de l’immigration et de... l’identité nationale.
Devait-on conduire ce débat? Non, réplique la gauche française qui stigmatise une «lepénisation» des esprits. Par cette position, elle recommence ses erreurs passées, lorsqu’oubliant Jean Jaurès, elle a abandonné le drapeau tricolore dans les mains de Le Pen et de son Front national.
Certes, en lançant ce débat, Eric Besson tente de faire oublier les mauvais sondages du président Sarkozy, les multiples «couacs» de sa majorité et prépare le terrain pour la campagne des élections régionales de ce printemps. Mais cela ne signifie pas que ce débat soit inutile ou nuisible. Au contraire, il est sain que chacun puisse s’exprimer. Et c’est justement parce qu’une question est délicate qu’il faut la poser, la mettre sur la table.

L’identité évolue

On se rendra compte alors que cette notion d’identité nationale est aussi difficile à dessiner que le mouton du «Petit Prince» de Saint-Exupéry. Dans son étymologie même, l’identité n’est pas facile à cerner. Le Dictionnaire Bordas de philosophie nous enseigne que son ancêtre, le mot latin «identitas», provient de «idem», soit «le même». Et donne cette définition: «Caractère de ce qui reste tel qu’il est (bien qu’il puisse être perçu de plusieurs manières)».
Or, l’identité nationale ne reste pas infiniment «telle qu’elle est». Elle évolue avec le temps. Un humain qui est né dans tel pays, et que les accidents de la vie ont amené dans un autre, peut éprouver pour sa patrie d’accueil un plus fort sentiment d’identité nationale que son voisin qui, lui, y a toujours vécu. Mais cela ne signifie pas pour autant que tout attachement envers son lieu de naissance soit banni. Sans trahir quiconque, on peut afficher fièrement sa citoyenneté Suisse et crier «Forza Italia» devant son téléviseur.

Pluralité d’appartenance

Dès le début de ce débat en France, on voit apparaître une pluralité d’appartenances. Même dans un pays aussi centralisé que notre voisin, l’identité régionale demeure solidement ancrée. Lorsque le gouvernement a voulu supprimer les numéros de département sur les plaques de voitures, les députés — tous partis confondus — s’y sont opposés avec succès. Alors que dire de la Suisse où le sentiment d’appartenance à son canton reste puissant!
Il est encore bien d’autres identités, les confessionnelles notamment. On peut ne plus croire en Dieu et se sentir protestant, catholique, musulman ou juif.

Qui suis-je ?

Plus on creusera cette question, plus on en verra la complexité. Qui suis-je? Un Français défendant la culture bretonne mais adorant le Portugal de ma femme? Un Carougeois se revendiquant Genevois et Suisse (dans l’ordre) mais demeurant solidaire du destin d’Israël ou de la Palestine? Un Veveysan catholique qui n’a pas oublié Madrid?

Le danger serait de se confiner dans une seule identité, à la manière des intégristes. Elle devient alors une idée fixe qui nous empêche d’être libres.

(Ce texte a paru jeudi 19 novembre 2009 dans la rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève)

Jean-Noël Cuénod

 

 

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Commentaires

C'est bien par hasard que je suis français, seulement né de deux parents français eux-même nés de parents français... et je n'en suis ni fier ni honteux.

En revanche, je suis honteux d'un gouvernement qui pose de telles questions, et sous cette forme. Non qu'il ne faille pas de temps en temps rappeler (et autrement que par des défilés devant des drapeaux) ce qu'est cette France qui se doit d'accueillir et de traiter avec équité tous ses enfants, mais parce qu'il n'y a pas longtemps, en France, orgueilleuse prétendue patrie des Droits de l'Homme, on a fait le "tri" entre les Français et les autres, entre ceux qui étaient dignes de vivre et ceux qu'il fallait chasser pour nous retrouver "entre nous". Et parce que, si la France a, tout de même tardivement et du bout des lèvres, reconnu sa responsabilité pour la période du "régime de Vichy", elle n'a encore rien dit au sujet du 17 octobre 1961, et que la vérité officielle est encore de 3 morts ce jour-là alors que ce sont peut-être 200 personnes qui ont été froidement assassinées...

Voilà pourquoi ce débat, ce prétendu débat à l'initiative d'un personnage (M. Éric Baissons)qui n'a été rendu célèbre que par sa trahison, me dégoûte.

RH

PS J'ai 60 ans, et beaucoup moins d'illusions qu'il y a 30 ans.

Écrit par : Régis Hulot | 21/11/2009

Monsieur,
Effectivement, il convient de se rappeler ce que disait Morvan Le Besque, feu-chroniqueur au Canard Enchaîné, et régionaliste breton sensé. "La Découverte ou l'Ignorance" est valable aussi pour un Français. Dans ce texte, il disait qu'être Breton, ce n'était pas être né au pays, mais sentir que l'on est d'un peuple.
D'origine bretonne, né à Saint-Etienne, je peux aimer la France et être en colère contre elle au point de donner mon énergie et mes moyens financier comme ouvrier à la Suisse. Mais qu'on arrête d'interdire à nous Français, de réfléchir, par des éditos intellectueux.
Etre d'une nation, ce n'est pas l'aimer, c'est connaître son histoire pour ne pas être appelé à revivre ses erreurs, et donc respecter le mouvement du peuple.
En ce sens, être d'accord pour des mosquées, mais sans minarets, c'est être ouvert d'esprit sans être con. Ne laissez pas les trois pour cent d'intégristes convaincre un musulman sur deux.
Etre une république laïque, c'est sûrement avoir été la fille aînée de l'Eglise, avoir été le refuge de Calvin, avoir organisé la chasse aux Jésuites, avoir été le mécène de Bach. Oui, je viens de vous parler de la France, de la Suisse, de l'Espagne et de l'Allemagne. Dire qu'un minaret est égal à un clocher en Europe, c'est être à côté de demain.
Vouloir des mosquées dignes de ce nom et écouter ce qu'il s'y dit, c'est être un peuple mûr. La chrétienté s'est réformée. L'Islam ne fera plus peur aux gens modestes quand il aura su en faire autant. Ce n'est pas toute la gentillesse des éditorialistes du Monde qui anesthésiera cette peur. Ou alors, longtemps quand nos extrêmes droites diront que 2 et 2 font quatre, vous serez ridicule d'ajouter une virgule pour inventer un zéro décimal.

Loïc Le Saüder

Écrit par : Loïc Le Saüder, Lausanne | 21/11/2009

"En revanche, je suis honteux d'un gouvernement qui pose de telles questions, et sous cette forme."

C'est curieux, chez certains Français, cette volonté farouche de n'être rien, de ne se distinguer en rien des peuplades qui les envahissent et les colonisent, de se dissoudre dans un universalisme républicain aussi artificiel et bancal que toutes les théories nées des divagations de ces stupides petits marquis qu'on appelle (encore) les "Lumières"...

Certes, ils ne sont quand même pas tous comme ça... Et le jour où ils vraiment seront nombreux, il n'y aura plus de France.

Ca craint quand même, vu qu'on est déjà fondé à se demander si ceux qui brandissent le drapeau algérien, ne se préparent pas à prendre la relève d'une identité en déshérence...

Je s'en foutrais complètement, si, par la faute de gouvernants irresponsables, nous n'appartenions pas à l'espace Schengen.

Écrit par : Scipion | 21/11/2009

Ecrire

"Un humain qui est né dans tel pays, et que les accidents de la vie ont amené dans un autre, peut éprouver pour sa patrie d’accueil un plus fort sentiment d’identité nationale que son voisin qui, lui, y a toujours vécu."

juste après avoir écrit

"définition: «Caractère de ce qui reste tel qu’il est (bien qu’il puisse être perçu de plusieurs manières)»."

n'est pas très logique. Le rejet des étrangers par les naturalisés de fraîche date ressemble davantage à "la barque est pleine", "j'y suis, vous pouvez refermer la porte". Appeler ça un sentiment d'identité nationale, c'est se mettre le doigt dans l'oeil profond.

Écrit par : Géo | 21/11/2009

L'identité nationale est un reliquat de nos pulsions grégaires: on se sent plus rassuré au milieu du troupeau. Il s'agit en fait d'une sorte de "team spirit" que l'on cultive et qui ne constitue pas forcément un problème.

Cela devient toutefois nettement moins drôle lorsqu'une minorité de la population croit s'arroger le droit de définir ce qu'est cette identité nationale ou plutôt, a contrario, juger certains individus ne pas cadrer avec cette prétendue identité nationale sur la seule base de leur couleur de peau, de leur origine ou de leur religion, alors même que ces personnes vivent en plus grande conformité avec nos droits constitutionnels et ne frisent pas, eux, à chaque propos, la discrimination, et ne veulent pas, eux, instaurer des lois restreignant des libertés fondamentales qui se résument à chaque fois à la défense du "nous" et au mépris des autres.

Écrit par : Ngabo | 21/11/2009

"L'identité nationale est un reliquat de nos pulsions grégaires..."

C'est tout autre chose. L'identité, ce sont des manières d'être, de penser, de réagir, de se comporter. Qui sont partie intégrante de ce qu'on appelle familièrement la mentalité.

Il y a une mentalité française, comme il y a une mentalité distincte pour toutes les communautés et tous les peuples du monde. Et cette considération se reporte, bien entendu, sur les identités.

Pour prendre conscience du poids, déterminant, des identités, il suffit de mettre en parallèle l'aisance avec laquelle les extrême-orientaux ont su exploiter les possibilités que leur offrait la société française, et l'impéritie globale des communautés maghrébines et subsahariennes, que quelques réussites individuelles ne parviennent pas à masquer.

Ce n'est pas un "accident français", puisque le même phénomène s'observe dans l'école allemande avec la réussite globale des écoliers et étudiants vietnamiens et, à conditions sociales identiques, les difficultés récurrentes de leurs camarades arabes et turcs.

Il y a là des réalités qu'on peut de moins en moins occulter. Le cas allemand a fait l'objet récemmnent d'un reportage sur la chaîne publique ARD, qui était tout à fait explicite. Il n'y aura bientôt plus qu'en France qu'on fera semblant de croire que tous le monde il est beau, tout le monde il est gentil, tout le monde il est égaux.

C'est d'autant plus triste qu'en d'autres temps, le peuple français passait pour le plus spirituel de la terre...

Écrit par : Scipion | 21/11/2009

Cher "Scipion",

Je vous invite à une lecture un peu plus approfondie de l'histoire de France, voire à une étude comparative des ADN des uns et des autres... Vous y découvririez que la France, "racialement parlant", est surtout le cul-de-sac où se sont arrêtés des siècles (des millénaires?) de migrations qui font que nous ne sommes que mélanges, associations, renouvellements permanents.

Quant à moi, je n'ai ni la peur, ni la haine des autres hommes. Il est vrai que je me réfère plutôt directement à Matthieu, Luc, Marc ou Jean un peu plus qu'à ceux qui voulurent en faire l'instrument de leurs ambitions ou de leurs fantasmes.

Bon courage à vous.

RH

Écrit par : Régis Hulot | 22/11/2009

"Je vous invite à une lecture un peu plus approfondie de l'histoire de France, voire à une étude comparative des ADN des uns et des autres..."

On leur fait dire ce qu'on veut, aux ADN, et on leur interdit de dire ce qu'on ne veut pas qu'ils disent. On ne risque pas non plus d'y trouver ce qu'on refuse d'y chercher de peur de ce qu'on pourrait trouver.

Quoi qu'il en soit, sauf à prétendre que les Français sont tout au plus des Allemands qui préfèrent le pastis à la bière, et des Italiens qui préfèrent les pommes de terre aux pâtes, il faut bien convenir que quels que soient les mélanges, ils sont depuis des siècles constitutifs d'une identité française originale et spécifique, née du phagocytage des nouveaux venus.

Aujourd'hui, à cause d'une politique de regroupement familial aberrante, ce sônt des communautés qui ont pris possession de bouts de territoire, d'une République qui n'est plus du tout une et indivisible, pour y installer leur tiers monde. D'où les autochtones émigrent.

En douze ans de présidence, le plus stupide des hommes politiques du XXe siécle, Jacques Chirac, n'a dit qu'une seule chose intelligente, c'était à propos de "bruits" et d'"odeurs", lesquels bruits et odeurs ont fait fuir les "de souche" créant ainsi, ipso facto, des ghettos qui n'avaient jamais été pensés comme tels.

Alors, j'avoue que je ne sais pas si les bruits et les odeurs sont dans les ADN des uns et pas des autres et, dans le fond, je m'en fous. Je vois qu'il y a d'énormes problèmes de cohabitation et qu'on ne les réglera ni à coups d'évangélistes ni par une forme d'angélisme laïc. Pas plus en France, qu'en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne ou en Italie...

Écrit par : Scipion | 22/11/2009

Un petit clin d'oeil historique sur l'identité nationale française :
http://bboeton.wordpress.com/2008/08/17/un-eloge-de-lidentite-francaise/

Sur un sujet approchant, mais suisse, à propos de ce qui vient de se passer la semaine dernière à Lausanne :
http://bboeton.wordpress.com/2009/11/22/lexpulsion-dabdirashid-un-non-sens-absolu/

Bien cordialement.
L'Abrincate

Écrit par : L'Abrincate | 22/11/2009

"Abdirashid Ali, 17 ans, mineur somalien non-accompagné,
expulsé de Suisse en 48 heures, sans avoir commis ni délit ni crime."

La Suisse n'est pas un moulin avec une passoire en guise de porte d'entrée. Je ne vois pas où est le problème.

"Ses enseignants le disent excellent élève, sérieux, motivé."

Comme on peut imaginer ce que sont les enseignants en question, on se dit qu'ils ne doivent pas être bien nombreux ceux qui sont classés en catégorie "mauvais élève, branleur et feignant"...

Écrit par : Scipion | 22/11/2009

Cher "Scipion",

Je vais faire un dernier effort avant de mettre un terme à ce qui n'est pas une polémique. Vous utilisez un pseudonyme, comme moi, mais, à la différence de ce que j'ai choisi, inutile de tenter de vous joindre directement, puisque vous n'avez ni adresse électronique, ni site, ni blog qui permettrait un contact direct et simple. Tant pis.

Revenons à "Scipion", le surnom de certains membres d'une famille de la Rome ancienne, la gens Cornelia. Il y eu l'Africain, certainement le plus célèbre, qui se couvrit de gloire en remportant la victoire de Zama contre Hannibal, mais aussi l'Asiatique, son frère, ou encore Scipion Nasica. Sans oublier Scipion Emilien, dit le Second Africain, qui paracheva la victoire de son grand-père adoptif en rasant Carthage...
Bien qu'appartenant à une vieille et incontestable aristocratie, ces hommes illustres pouvaient être progressistes, libéraux, conservateurs, simplement soucieux de culture et de science. De toutes façons, ils ont cherché à servir, plus ou moins adroitement, leur pays et leurs concitoyens.

C'est pourquoi je m'étonne du choix de votre pseudonyme.

Finissons-en. Je pense à Montesquieu. Croyez-vous, disait-il en substance à son interlocuteur, que le Créateur vous aurait quand même fait nègre s'il n'avait pas voulu vous faire esclave? Savez-vous qu'il faut prendre la formule au second degré? Et pouvez-vous imaginer un instant un retournement de situation où le philosophe serait, lui, nègre, et vous-même blanc, et esclave?

Bon courage.

Écrit par : Régis Hulot | 23/11/2009

"C'est pourquoi je m'étonne du choix de votre pseudonyme."

Il ne faut pas. Je l'ai choisi en raison de l'action que Publius Cornelius Scipio Africanus a mené contre ceux de son temps qui tentaient déjà de traverser la Méditerranée dans le sens Sud-Nord.

"Et pouvez-vous imaginer un instant un retournement de situation où le philosophe serait, lui, nègre, et vous-même blanc, et esclave?"

Non, je ne peux pas. Je pense avec Pindare et Nietzsche que les hommes deviennent ce qu'ils sont et j'étends cette considération aux peuples eux-mêmes, indépendamment de la couleur de la peau des individus qui les composent.

Écrit par : Scipion | 23/11/2009

Vous ne pouvez pas ?

Tant pis.

Adieu.

RH

Écrit par : Régis Hulot | 24/11/2009

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