31/10/2009

Pourquoi Rachida Dati est-elle si populaire ?

Rachidadati.jpgSon apparition au Musée Grévin a définitivement installé Rachida Dati au rang d'icône. Il suffit  que son visage et son nom apparaissent pour que les compteurs d’audience de Google atteignent des valeurs dépassant la stratosphère.  Elle est la reine du Beuze, l’impératrice de l’UBM (Unité de bruit médiatique) à défaut d’être la patronne de l’UMP.

Or, ce n’est tout de même pas son parcours ministériel – elle y a démontré une incompétence rare – qui  suscite cet engouement.  Après les démissions à la chaîne au sein de son cabinet, elle a dû se contenter de suivre les ordres du vrai patron de son ministère de la Justice, Patrick Ouart, qui a conduit les réformes, notamment de la carte judiciaire, exigées par le président Sarkozy.  Ce dernier, pour bien montrer en quelle estime il tenait sa garde des Sceaux, a annoncé lui-même et en l’absence de Rachida Dati, la réforme de l’instruction pénale. Ce mépris était largement partagé son parti, l’UMP,  puisqu’elle fut la première ministre à être interrompue sèchement dans un discours par le président de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer, qui appartient à la même famille politique.

Théoriquement, après un tel parcours,  Rachida Dati aurait dû disparaître des médias. Or c’est le contraire qui se produit. Pourquoi ? Sa beauté ? Ne soyons pas inélégants mais enfin, sur ce chapitre, Rama Yade l’éclipse.  Son parcours atypique de fille d’immigrés algéro-marocains ? Sans doute, mais Fadela Amara peut présenter un semblable trajet, or elle est oubliée par les caméras, micros et gazettes.

Ce qui constitue la force médiatique de Rachida Dati est cet incroyable culot, cette indomptable énergie qui l’habitent. Pour parvenir au sommet, elle a moins compté sur de brillantes études ou un cursus professionnel impeccable que sur la puissance des réseaux. Elle a tout compris du fonctionnement de notre société de l’apparence. Elle sait repérer l’homme ou la femme qui lui fera grimper les échelons. Elle s’y agrippe comme une sangsue, ne lui laisse aucun répit, l’enivre de compliments, la submerge de demande de conseils. Devant autant d’opiniâtreté, le plus simple et le moins fatiguant est de céder et de lui offrir ce qu’elle désire.  Les anciens ministres Albin Chalandon et Simone Veil ont été de tels mentors au début de sa carrière.

Rachida Dati incarne donc cet espoir que, finalement, sans talent particulier, sans intelligence exceptionnelle, sans études épuisantes, sans famille bien placée, sans héritage plantureux, on peut, malgré tout, tutoyer les puissants.

 

Jean-Noël Cuénod

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29/10/2009

Le MCG vous débarrase de votre belle-mère en 45 minutes !

Saut de puce du Plouc dans sa Genève natale. Pas fier pour deux ronds après le triomphe de ce MCG, héritier du pire dans l’Histoire – pourtant prestigieuse – de notre République, de l’Union nationale du mussolinâtre Oltramare aux médiocres haines des « vigilants » selon leurs diverses manières. Mais voilà, la démocratie a parlé. Au lieu de lui cracher dessus, respectons la.  Et cessons de tenter d’enlever des droits au peuple. C’est ça qui fait le lit de ces démagogues aux petits pieds et à la grande gueule.

En soixante ans d’appartenance à Piogre, c’est dire si Le Plouc en a lu des slogans grotesques sur les murs genevois. Mais celui du MCG atteint des profondeurs abyssales : « Sans dealer, ni mendiant en 45 jours ». Fabuleux non ? En un mois et demi, le MCG, rien qu’avec ses petits bras, parvient à régler un problème que tous les pays affrontent depuis quarante ans. L’ennui  c’est que compte tenu du nombre élevé de policiers militant au MCG, on peut se demander ce qu’ils ont bien pu faire durant tout ce temps-là. Ils vous répliqueront que la police était empêchée de faire son travail par les vilains politiciens couilles molles.  Mais oui, c’est ça. Et Le Plouc, c’est le Sultan du Brunei !

En fait, toutes les grandes villes ont tenté de nettoyer leurs centres de la présence des stupéfiants épiciers. A Paris, par exemple. Résultat :  ces voyous se sont repliés dans les cités de banlieue où ils ont fragilisé encore plus leur tissu social. Et après ? Et après, ils sont retournés à Paris où chacun peut les voir à l’œuvre.

La drogue est une excellente affaire pour beaucoup de monde, des dilaires minuscules aux grandes lessiveries financières. Ce secteur draîne des milliards d’euros sur toute la planète. Les lois se sont renforcées. La répression a progressé, notamment aux Etats-Unis. Résultat : les mafieux - qui disposent de moyens hors de portée des petits gangs locaux – ont pris tout ce marché en main. Et malgré les efforts déployés, jamais l’économie toxicomane n’a été aussi puissante qu’aujourd’hui. Alors, prétendre se débarrasser de ce problème en 45 jours, c’est vraiment se payer notre tête !

On pourrait d’ailleurs suggérer d’autres slogans  pour le MCG :

« Plus de belles-mères acariâtres en 45 minutes »
« Plus de grippe A en 45 secondes »
« Plus de défaites du FC Servette en 45 ans » (1)


Jean-Noël Cuénod

 

(1) Réflexion faite, ce slogan paraît trop réaliste pour figurer dans la propagande mcgiste.

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23/10/2009

Qui a perdu le procès Clearstream?

Villepinkozy.jpgAinsi, l’ancien premier ministre français Dominique de Villepin serait le «Ponce Pilate» de l’affaire Clearstream, à en croire le procureur de la République de Paris… Celui qui s’est lavé les mains en laissant Jean-Louis Gergorin et Imhad Lahoud préparer les clous pour la crucifixion politique de Nicolas Sarkozy. Malgré tout son talent — qui n’est pas mince — le procureur Jean-Claude Marin ne saurait nous faire prendre le président de la France pour le Sauveur des Hommes. Et cette comparaison illustre bien le caractère grotesque de cette affaire de bric et de broc, de trucs et de traques.

Bilan affligeant

Au moment où il se termine devant le Tribunal correctionnel de Paris, le procès Clearstream présente un bilan affligeant. Dès son commencement, nous avons craint le pire. Il est arrivé. Certes, Dominique de Villepin n’y est pas apparu sous un jour favorable. Souvent, il a donné l’impression de s’être comporté comme une sorte de Rantanplan égaré par un duo de Dalton ahuris et accompagné par un général-espion semant ses notes sur de tortueux chemins, à la manière d’un Petit Poucet de l’ombre.

Mais malgré un brillant réquisitoire de plus de cinq heures, l’accusation n’est pas parvenue à remplir le vide de ce dossier. Et ce n’est pas la subtile «complicité par abstention volontaire» conçue par le Parquet en désespoir de cause qui pourrait le combler. Très habile, certes, la feinte du procureur. Trop habile, sans doute. La preuve qui devait confondre Dominique de Villepin n’a pas été apportée, comme l’ont martelé, hier, les avocats de l’ancien chef du gouvernement.

"coupable, forcément coupable"

Pour la plus célèbre des parties civiles — Nicolas Sarkozy — les débats se sont révélés encore plus calamiteux. Sans même rappeler l’épisode télévisuel où le président ne maîtrisant plus ses nerfs a désigné son ennemi Villepin comme «coupable» avant qu’il soit jugé, il est apparu comme un plaignant vindicatif, alors qu’il tient entre ses mains de plus en plus fébriles le destin de toute une Nation.

Et même si, au moment de lire leur verdict en janvier prochain, les juges le condamnaient, l’ancien premier ministre n’en sortirait pas forcément perdant. Il pourrait apparaître comme la victime d’une justice aux ordres. De plus, les mœurs politiques françaises ont cette particularité d’offrir aux politiciens condamnés une manière de rédemption électorale, sitôt leur éligibilité retrouvée. On appelle ça, «la prime à la casserole». Tous les espoirs seraient donc permis à Dominique de Villepin, lui qui, jusqu’à maintenant, ne s’est jamais porté candidat à une élection!

Le bal des perdants

Mais dans ce bal des perdants, c’est surtout la justice que l’on a fait valser sur un rythme infernal.

Premier tempo: les faux relevés Clearstream que Gergorin envoie au juge d’instruction Van Ruymbecke et qui lui font perdre un temps précieux dans son enquête sur une affaire bien plus sérieuse: celle des frégates de Taïwan. Deuxième tempo: le tribunal que Nicolas Sarkozy a transformé en cirque romain pour voir pendu Villepin «à un croc de boucher».

Dans ce contexte, la réforme de la justice qu’envisage le président français semble tout sauf rassurante.

(Ce texte est paru jeudi 22 octobre 2009 dans la rubrique "Perspective" dans la Tribune de Genève et "Réflexion" de 24 Heures.)

Jean-Noël Cuénod

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22/10/2009

Sous la conduite de Xenakis et du chef d’orchestre Tabachnik, Le Plouc entre en délire

tabachnik_Michel_maestro_chef_concert_bruxelles.jpgJoli succès, mercredi soir à Paris, d’un Genevois : le chef d’orchestre Michel Tabachnik (photo) qui conduisait le Brussels Philarmonic à la Cité de la Musique à Paris-La Villette. Il donnait à ouïr deux œuvres : « Antikhton » de Iannis Xenakis et « Perséphone » d’Igor Stravinski. Le Plouc y a amené ses gros sabots et La Plouquette, ses délicats escarpins. Ils en sont ressortis éblouis, comme les trottoirs de Paris qui luisaient sous la pluie et les réverbères.


Rassurez-vous, Le Plouc ne va pas jouer les critiques musicaux : ce serait de la musicologie pour étables. Non, il va se contenter de transcrire le délire que le génie de Xenakis a instillé en lui. Juste une explication préalable : en grec « Antikhton » signifie « antiterre », non pas dans le sens « contre la terre » mais dans l’acception d’opposé complémentaire comme dans le rapport entre modèle et reflet. « Anti » évoquerait plutôt cette antimatière qui fait l’objet des recherches au CERN.


Alors, voilà ce qui s’est passé dans la pauvre calebasse plouquesque :


Les cuivres attaquent. Les serpents clarinettes sifflent. Les cordes frémissent comme sous l’effet d’un vent solaire. Petit à petit, une figure se construit, une brique d’image après l’autre. Et c’est le portrait de Staline qui apparaît, fumant une papirossa ! Est-il au sommet de l’esplanade de la place Rouge lors d’un 1er Mai ? Peut-être, mais alors le printemps moscovite était froid cette année-là. Car le Petit Père des Peuple a revêtu un épais manteau gris-bleu. Peut-être fait-il les cent pas sur le podium en attendant le départ du cortège célébrant la Révolution d’Octobre. Qui a éclaté en novembre, calendrier julien oblige.
Le visage de Staline se rapproche à mesure qu’enfle « Antikhton ». Et voilà Le Plouc avalé par une narine dictatoriale. Il tombe dans un gouffre sans fin ni fond. Enfin, non pas tout à fait. Le Plouc remonte dans les labyrinthes cérébraux du Saigneur de toutes les Russies. C’est jaune, gris, chaud et humide. La fameuse épigramme d’Ossip Mandelstam revient en mémoire :


Nous vivons sourds à la terre sous nos pieds
 A dix pas personne ne discerne nos paroles.
On entend seulement le montagnard du Kremlin,
 Le bourreau et l’assassin de moujiks.
Ses doigts sont gras comme des vers
 Des mots de plomb tombent de ses lèvres.
Sa moustache de cafard nargue
 Et la peau de ses bottes luit.
Autour, une cohue de chefs aux cous de poule
 Les sous-hommes zélés dont il joue.
Ils hennissent, miaulent, gémissent
 Lui seul tempête et désigne.
Comme des fers à cheval, il forge ses décrets,
 Qu’il jette à la tête, à l’œil, à l’aine.
Chaque mise à mort est une fête,
 Et vaste est l’appétit de l’Ossète.

 

Ecrire ces vers en 1933, en pleine purge, relevait d’un courage extrême. Mais les lire, même en petit comité – ce qu’il a fait en 1934 – tenait de la témérité. L’épigramme est rapidement tombée dans les mains de Staline. Par deux fois, l’immense poète Mandelstam fut envoyé au Goulag. Il est mort de faim et de froid, le 27 décembre 1938 à Vtorava Rechska au camp de transit numéro 3/10. Les bourreaucrates ont noté l’heure où le « Montagnard du Kremlin » fut débarrassé de sa présence terrestre : midi et demi.


Les applaudissements crépitent. « Antikhton » est terminé. Déjà. Michel Tabachnik salue dans des envolées de redingote.
Mais pourquoi Le Plouc a-t-il ainsi déliré sur Staline ?

Peut-être s’est-il rappelé le célèbre article de la « Pravda » inspiré par le dictateur pour briser la carrière de l’opéra de Chostakovitch, « Lady Macbeth de Mzensk ». Il était intitulé « Du vacarme à la place de musique ». Sans doute, se trouve-t-il encore certains ours aux oreilles mal léchées pour grogner que cette musique-là est du « vacarme ». Monumentale erreur. « Antikhton » évoque la véritable harmonie à saisir comme un fil d’or et qui vous conduit vers des états rendant la conscience si fine et si ductile qu’elle permet de découvrir certains des méandres secrets du réel.


Jean-Noël Cuénod

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16/10/2009

Les deux leçons de l’affaire Polanski

Polanski.jpgL’arrestation du metteur en scène Roman Polanski a suscité des polémiques qui se sont emboîtées les unes dans les autres à la façon des poupées russes. Par exemple, «l’affaire Frédéric Mitterrand» contenue dans le «cas Polanski». D’où l’intense confusion d’émotions, de sentiments, de ressentiments, mais aussi de réflexions souvent intéressantes qui s’en est suivie.

De ce magma en fusion, deux leçons semblent se dégager. La distance entre le droit et la justice, tout d’abord. En droit, il ne fait guère de doute que le mandat d’arrêt international lancé, même très tardivement, par les autorités étatsuniennes devait être exécuté. Les traités que la Suisse a signés avec les Etats-Unis ne lui laissent guère de marge. Mais en l’occurrence, la justice est-elle servie par le droit ? On peut en douter.

La machine et la justice

Si la victime avait expliqué que l’application du droit allait l’aider à cicatriser ses plaies morales, alors, oui, cette arrestation aurait servi la justice. Or, c’est le contraire qui s’est produit. La victime affirme qu’elle avait tourné la page et que la procédure lancée contre Polanski n’a fait que rouvrir les plaies cicatrisées, provoquées par un délit commis il y a trente-deux ans. Dans un tel contexte, l’application du droit n’est plus l’expression de la justice; elle se mue en machine étatique qui ne fait de bien à personne. Sauf à l’image d’un procureur californien.

Un procureur qui cite peut-être Dieu comme témoin à charge, à l’instar des décideurs étatsuniens. Mais qui devrait méditer l’Evangile selon Marc (chapitre 2, versets 27-28): «Le shabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le shabbat. » De même, le droit a été fait pour l’homme et sa justice et non l’inverse.

L’autre leçon de l’affaire Polanski: jamais le fossé qui sépare la caste médiatique du reste de la société n’a paru si profond. Pour reprendre la formule lancée sur les ondes de France-Info: nous avons connu en cette circonstance une véritable guérilla du peuple contre les «pipoles»!

Perçue côté peuple, cette caste médiatique semble léviter au-dessus des lois et de la morale. Et si d’aventure, certains de ses membres ont maille à partir avec les autorités ou l’éthique, eux-mêmes ou leurs représentants ont tout loisir de s’expliquer en détail devant des caméras complaisantes. Le fait de passer ou non à la TV devient ainsi une marque de classe sociale. On en est, avec tous les privilèges que cela comporte. Ou on n’en est pas, sans autre avantage que celui de l’anonymat. Après la noblesse d’épée et celle de robe, la noblesse d’image.

Les "visibles" et les "invisibles"

Pour faire entendre sa voix, le peuple recourait jadis aux jacqueries et même aux révolutions. Aujourd’hui, les «gens de tous les jours» — comme les médiacrates les appellent avec condescendance — disposent de l’internet. Ce qui permet de mesurer l’étendue de leur colère devant les passe-droits qui se distribuent sous leur nez.

Ce fossé entre les «visibles» qui peuvent tout se permettre et les «invisibles» qui n’ont pas les moyens de se permettre grand-chose fait partie du mal-être social. Alors, que les «visibles» deviennent moins arrogants! Et sachent qu’il reste encore des Bastille à détruire.

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12/10/2009

Succès du MCG: Genève, au fil de ses boucs émissaires

L’Histoire politique genevoise bégaie. Le succès du MCG au Grand Conseil n’est qu’un épisode de plus dans la longue série des prurits extrémistes qui excitent une partie de l’électorat, avant de retomber avec un bruit mou, lorsque les crises sont passées.

Il est même possible de remonter jusqu’à la Réforme lorsque l’arrivée en masse des Huguenots fuyant les persécutions de la monarchie catholique française a secoué la jeune République étouffant à l’intérieur de ses murs étroits.

Plus près de nous, on peut dresser la liste de ces mouvements, qui servent de thermomètre aux fièvres genevoises et qui, pour établir leurs succès provisoires, usent de la plus vieille tactique politicarde de l’humanité : le recours aux boucs émissaires. Tactique qui ne résout rien quant au fond des crises, bien sûr, mais qui permet d’engranger des voix sans se fatiguer la tête.

  • Années 1930 : Union nationale (ouvertement fasciste). Cause profonde : la crise de 1929 et la montée de la lutte des classes. Boucs émissaires : les Juifs, les francs-maçons et les « rouges ».

 

  • Année 1960 : après l’insuccès, faute de bouc émissaire, du Réveil Civique durant la décennie précédente, Vigilance première manière entre au Grand Conseil en fanfare : 10 députés d’un coup en 1965. Cause profonde : la surchauffe économique. Boucs émissaires : les ouvriers étrangers, Espagnols et Italiens surtout.

 

  • Année 1980 : Vigilance seconde manière atteint en 1985 un score qui relativise la victoire du MCG de dimanche : 19 sièges au Grand Conseil. Mais la chute sera dure et rapide. Quatre ans plus tard, Vigilance perd 10 députés, avant de s’effondrer dès le début des années 90. Cause profonde : les prémices de la globalisation de l’économie. Boucs émissaires : les réfugiés.

 

  • Année 2009 : Le MCG a beau prétendre n’être ni de gauche, ni de droite – ce qui est d’ailleurs le slogan de l’extrême-droite en France – il est l’héritier de cette mouvance. Cause profonde : la crise financière puis économique de 2008. Boucs émissaires : les frontaliers.

Il reste maintenant aux seuls partis (droite et gauche démocratiques) qui sont capables de fournir des magistrats aptes à gouverner, de placer au centre de leur action le « peuple » dont ils ont oublié jusqu’au mot.


Jean-Noël Cuénod

 

 

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09/10/2009

Obama premier Prix Nobel de l’Image

Obaroi2.jpgAinsi donc, les Sages de Scandinavie ont ajouté une nouvelle couronne à Barack 1er, Roi du Monde et de ses environs immédiats. Bigre : il lui faudra un nombre incalculable de têtes pour les arborer toutes ! Après huit mois et demi de présence à la Maison-Blanche, - alors que sévissent les guerres d’Irak et d’Afghanistan, que menace celle d’Iran, que le front israélo-palestinien est toujours aussi désespérant, que 223 prisonniers de guerre croupissent encore dans le bagne étatsunien de Guantanamo - lui accorder le Prix Nobel de Paix relève de la fumisterie. Et voilà une récompense bien dévalorisée.

A moins que… A moins que le jury du Nobel ait inventé en catimini un nouveau prix, celui de l’Image. Alors là, ça change tout. Effectivement, si l’on veut primer la meilleure gestion médiatique, la campagne électorale la plus efficace, les discours les plus patachniaques, c’est tout à fait la distinction qui convient.

« Vous n’avez rien compris », rétorquent les Nobélocrates. « En lui attribuant ce prix, nous voulons encourager Obama à poursuivre et développer ses efforts pour parer à la violence majuscule ». Eh bien, s’il faut un hochet, même prestigieux, pour inciter le président de l’Hyperpuissance à œuvrer en faveur de la paix, nous voilà bien mal embarqués !

Naguère encore, le prix Nobel de la Paix récompensait de temps à autres des organisations ou des acteurs connus certes, mais laissés dans l’ombre, et que cette distinction tirait en pleine lumière. Ce qui leur rendait de fiers services. En balançant un coup d’encensoir supplémentaire à Obama, le jury n’ajoute rien à sa gloire, ne lui facilite pas forcément sa tâche, sans la compliquer pour autant. Bref, c’est un coup pour rien.

Désormais, le prix Nobel prend son parapente pour voguer dans l’air du temps. Et récompense les efforts virtuels plutôt que les efforts réels.

Jean-Noël Cuénod

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08/10/2009

Etre payé pour aller à l’école ?

Pour encourager les élèves à daigner honorer les écoles de leur auguste présence, le Haut-commissariat à la jeunesse propose de récompenser les classes qui font montre d’assiduité par un système de prime collective. Trois lycées professionnels près de Paris sont en train d’expérimenter la chose.

Excellente initiative. Mais pourquoi la limiter aux écoliers ? Le Plouc propose donc d’étendre ce genre de récompense aux domaines suivants :

  •  Les caméras fixées aux signalisations lumineuses n’enregistreront pas que les vilains automobilistes qui auront brûlé le feu rouge mais aussi les gentils conducteurs qui s’y arrêtent. A ceux-là, les policiers ajouteront des points à leur permis de conduire. Et aux étrangers qui ne connaissent pas le permis à points, ils leur donneront une sucette tricolore, avec le portrait de l'OmniHyperprésident dédicacé.

 

  •  Chaque fois qu’un passager du métro cédera sa place à un podagre, son abonnement sera prolongé d’un mois. Et même de deux, si ledit passager n’a pas flanqué la porte d’entrée de la station sur le nez d’un autre.

 

  •  Pour saluer l’assiduité de leur personnel, les patrons donneront un quatorzième, voire un quinzième mois de salaire à chaque employé qui se sera levé le matin pour aller au boulot. Une prime exceptionnelle sera réservée à ceux qui arrivent avec un retard inférieur à un quart d’heure.

 

  • Les usagers des vélos publics sont invités à offrir un pourliche au maire de Paris chaque fois qu’ils prendront un Vélib’ en état de marche. Le pourliche sera d’autant plus important qu’un Vélib’ qui roule est une denrée rarissime.

 

  •  Les voyageurs des TGV en feront de même avec les cheminots lorsque, par extraordinaire, leur train n’accuse aucun retard.

 

  • Et ceux des lignes aériennes glisseront aussi la petite pièce au commandant de bord qui aura réussi à ne pas flanquer son avion par terre.

 

  • Les citoyens qui remplissent leur devoir électoral bénéficieront d’une ristourne de 20% sur leurs impôts locaux.

Et chacun peut allonger la liste…

 

Jean-Noël Cuénod

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06/10/2009

L’affiche de l’UDC : une divine surprise !

Elle ne pouvait pas mieux tomber, l’immonde affiche de l’UDC sur la « racaille d’Annemasse ». Quelle divine surprise ! L’autre immondice blochérienne, celle du « fameux » mouton noir, n’avait pas convaincu les dirigeants des partis de la droite modérée de rompre définitivement les ponts avec l’extrême droite. Nos radicaux, libéraux et démocrates-chrétiens n’avaient pas tout à fait abandonné l’idée de dîner avec le diable populiste en usant d’une longue cuillère. Cette fois-ci, ils sont bien obligés la laisser tomber. Trop, c’est trop.

Cet épisode démontre également à quel point l’UDC genevoise est incapable de gouverner. Voilà maintenant ses patrons qui se déchirent. Les uns voulant la tête de leur président, auteur du slogan annemassophobe. Les autres le défendant.
Blocher avait lamentablement échoué comme conseiller fédéral. Il en sera de même pour ses micro-émules de Piogre. On ne peut pas en même temps participer à la cuisson de la soupe, la manger et cracher dedans ! La position blochérienne de « gouvernant d’opposition » est confortable électoralement mais intenable politiquement. Dès lors, en s’enfonçant dans la provocation infantile, l’UDC genevoise a atteint un point de non-retour. Après les « moutons noirs » et la « racaille d’Annemasse », quel sera donc le prochain bouc émissaire ?

Concernant la publicité parue dans la « Tribune de Genève », Le Plouc est solidaire de son rédacteur en chef. Qui ne lui a rien demandé, d’ailleurs. Oui, il fallait publier cette pub. La censure ne sert à rien, l’exemple français nous le prouve. Jadis, les médias d’outre-Jura avaient occulté les positions du Front National. Le résultat ne s’est pas fait attendre. Plus Le Pen était censuré, plus il engrangeait de suffrages.
 
Il faut montrer l’UDC pour ce qu’elle est, la censurer ne la rendrait que plus aimable. Car il est nuisible de cacher la merde extrémiste au chat électeur.


Jean-Noël Cuénod

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01/10/2009

Bourkas et minarets: pas le même combat!

 Ne nous voilons pas la face. L’islam devient une source d’obsession, tant en France qu’en Suisse. Bourkaphobie, au-delà du Jura. Minaretopathie, en deçà.

Alors, entre ces burqas que l’on veut arracher et ces minarets qu’on brûle d’abattre, le combat est-il commun? En apparence peut-être. Mais Allah sait si elles sont trompeuses!

En France, plusieurs députés, tant de gauche que de droite, sont en train de mener une enquête en vue d’abolir le port du voile intégral — bourka ou nikab — qui transforme les femmes en sac de tissus. Or, contrairement aux préjugés qui fleurissent en Europe, cette tenue vestimentaire n’est nullement prescrite par l’islam. D’ailleurs, le Coran n’accorde pas une place démesurée à la toilette féminine. Il se contente — verset 31, sourate XXIV — d’ordonner: «Et dis aux croyantes de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines. » Ce qui laisse tout de même une certaine marge de manœuvre textile!

Le port du voile intégral relève de la coutume préislamique de certaines régions comme l’Afghanistan et l’Arabie saoudite. Dans nos contrées, il est devenu le symbole de la soumission féminine au machisme rétrograde.

Certes, quelques musulmanes françaises converties ou issues de l’immigration affirment choisir librement cet écran aux regards concupiscents. Cela dit, ce symbole vestimentaire entre tellement en conflit avec le combat que mènent les Européennes pour parvenir à l’égalité entre les sexes que l’on peut comprendre le rejet dont la bourka est la cible.

Toutefois, une interdiction poserait de graves problèmes et constituerait — au moins dans certains cas — une atteinte à la liberté de porter ce que bon vous semble. Et puis, si l’on supprime le port du voile intégral, les intégristes se verront légitimés à réclamer la prohibition des minijupes. Une interdiction peut en cacher une autre!

Avec l’initiative visant à abolir les minarets — qui sera soumise au peuple le 29 novembre prochain — il en va autrement. En interdisant la burqa , on n’atteint pas une religion, on vise un symbole contraire à notre culture. Mais en abolissant les minarets, c’est bien une confession particulière — l’islam et non pas une autre — que l’on cherche à frapper. Pourquoi les minarets, et pourquoi pas les pagodes, les clochers?

En outre, tout à leur aveuglement raciste, les promoteurs de l’initiative n’ont pas vu la contradiction qu’ils risquent d’introduire dans la Constitution fédérale. Leur texte vise à ajouter un alinéa 3 — «la construction de minarets est interdite»— à l’article 72 de la Constitution.

Or, l’alinéa 1 de ce même article stipule: «La réglementation des rapports entre l’Eglise et l’Etat est du ressort des cantons». Dès lors, la construction des édifices religieux relève des cantons et non pas de la Confédération.

De plus, comme il ne prend pour cible qu’une seule confession, cet alinéa sera inapplicablepuisque s’opposant à la Convention européenne des droits de l’homme, qui prohibe les discriminations de cette nature. Une fois de plus, l’extrême droite amuse la galerie avec une initiative inutile, alors que la Suisse a d’autres chats en crise à fouetter.

(Texte paru jeudi 1er octobre 2009 dans la Tribune de Genève - rubrique Perspective - et 24 Heures - rubrique Réflexion.)

 

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