23/10/2009

Qui a perdu le procès Clearstream?

Villepinkozy.jpgAinsi, l’ancien premier ministre français Dominique de Villepin serait le «Ponce Pilate» de l’affaire Clearstream, à en croire le procureur de la République de Paris… Celui qui s’est lavé les mains en laissant Jean-Louis Gergorin et Imhad Lahoud préparer les clous pour la crucifixion politique de Nicolas Sarkozy. Malgré tout son talent — qui n’est pas mince — le procureur Jean-Claude Marin ne saurait nous faire prendre le président de la France pour le Sauveur des Hommes. Et cette comparaison illustre bien le caractère grotesque de cette affaire de bric et de broc, de trucs et de traques.

Bilan affligeant

Au moment où il se termine devant le Tribunal correctionnel de Paris, le procès Clearstream présente un bilan affligeant. Dès son commencement, nous avons craint le pire. Il est arrivé. Certes, Dominique de Villepin n’y est pas apparu sous un jour favorable. Souvent, il a donné l’impression de s’être comporté comme une sorte de Rantanplan égaré par un duo de Dalton ahuris et accompagné par un général-espion semant ses notes sur de tortueux chemins, à la manière d’un Petit Poucet de l’ombre.

Mais malgré un brillant réquisitoire de plus de cinq heures, l’accusation n’est pas parvenue à remplir le vide de ce dossier. Et ce n’est pas la subtile «complicité par abstention volontaire» conçue par le Parquet en désespoir de cause qui pourrait le combler. Très habile, certes, la feinte du procureur. Trop habile, sans doute. La preuve qui devait confondre Dominique de Villepin n’a pas été apportée, comme l’ont martelé, hier, les avocats de l’ancien chef du gouvernement.

"coupable, forcément coupable"

Pour la plus célèbre des parties civiles — Nicolas Sarkozy — les débats se sont révélés encore plus calamiteux. Sans même rappeler l’épisode télévisuel où le président ne maîtrisant plus ses nerfs a désigné son ennemi Villepin comme «coupable» avant qu’il soit jugé, il est apparu comme un plaignant vindicatif, alors qu’il tient entre ses mains de plus en plus fébriles le destin de toute une Nation.

Et même si, au moment de lire leur verdict en janvier prochain, les juges le condamnaient, l’ancien premier ministre n’en sortirait pas forcément perdant. Il pourrait apparaître comme la victime d’une justice aux ordres. De plus, les mœurs politiques françaises ont cette particularité d’offrir aux politiciens condamnés une manière de rédemption électorale, sitôt leur éligibilité retrouvée. On appelle ça, «la prime à la casserole». Tous les espoirs seraient donc permis à Dominique de Villepin, lui qui, jusqu’à maintenant, ne s’est jamais porté candidat à une élection!

Le bal des perdants

Mais dans ce bal des perdants, c’est surtout la justice que l’on a fait valser sur un rythme infernal.

Premier tempo: les faux relevés Clearstream que Gergorin envoie au juge d’instruction Van Ruymbecke et qui lui font perdre un temps précieux dans son enquête sur une affaire bien plus sérieuse: celle des frégates de Taïwan. Deuxième tempo: le tribunal que Nicolas Sarkozy a transformé en cirque romain pour voir pendu Villepin «à un croc de boucher».

Dans ce contexte, la réforme de la justice qu’envisage le président français semble tout sauf rassurante.

(Ce texte est paru jeudi 22 octobre 2009 dans la rubrique "Perspective" dans la Tribune de Genève et "Réflexion" de 24 Heures.)

Jean-Noël Cuénod

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