22/10/2009

Sous la conduite de Xenakis et du chef d’orchestre Tabachnik, Le Plouc entre en délire

tabachnik_Michel_maestro_chef_concert_bruxelles.jpgJoli succès, mercredi soir à Paris, d’un Genevois : le chef d’orchestre Michel Tabachnik (photo) qui conduisait le Brussels Philarmonic à la Cité de la Musique à Paris-La Villette. Il donnait à ouïr deux œuvres : « Antikhton » de Iannis Xenakis et « Perséphone » d’Igor Stravinski. Le Plouc y a amené ses gros sabots et La Plouquette, ses délicats escarpins. Ils en sont ressortis éblouis, comme les trottoirs de Paris qui luisaient sous la pluie et les réverbères.


Rassurez-vous, Le Plouc ne va pas jouer les critiques musicaux : ce serait de la musicologie pour étables. Non, il va se contenter de transcrire le délire que le génie de Xenakis a instillé en lui. Juste une explication préalable : en grec « Antikhton » signifie « antiterre », non pas dans le sens « contre la terre » mais dans l’acception d’opposé complémentaire comme dans le rapport entre modèle et reflet. « Anti » évoquerait plutôt cette antimatière qui fait l’objet des recherches au CERN.


Alors, voilà ce qui s’est passé dans la pauvre calebasse plouquesque :


Les cuivres attaquent. Les serpents clarinettes sifflent. Les cordes frémissent comme sous l’effet d’un vent solaire. Petit à petit, une figure se construit, une brique d’image après l’autre. Et c’est le portrait de Staline qui apparaît, fumant une papirossa ! Est-il au sommet de l’esplanade de la place Rouge lors d’un 1er Mai ? Peut-être, mais alors le printemps moscovite était froid cette année-là. Car le Petit Père des Peuple a revêtu un épais manteau gris-bleu. Peut-être fait-il les cent pas sur le podium en attendant le départ du cortège célébrant la Révolution d’Octobre. Qui a éclaté en novembre, calendrier julien oblige.
Le visage de Staline se rapproche à mesure qu’enfle « Antikhton ». Et voilà Le Plouc avalé par une narine dictatoriale. Il tombe dans un gouffre sans fin ni fond. Enfin, non pas tout à fait. Le Plouc remonte dans les labyrinthes cérébraux du Saigneur de toutes les Russies. C’est jaune, gris, chaud et humide. La fameuse épigramme d’Ossip Mandelstam revient en mémoire :


Nous vivons sourds à la terre sous nos pieds
 A dix pas personne ne discerne nos paroles.
On entend seulement le montagnard du Kremlin,
 Le bourreau et l’assassin de moujiks.
Ses doigts sont gras comme des vers
 Des mots de plomb tombent de ses lèvres.
Sa moustache de cafard nargue
 Et la peau de ses bottes luit.
Autour, une cohue de chefs aux cous de poule
 Les sous-hommes zélés dont il joue.
Ils hennissent, miaulent, gémissent
 Lui seul tempête et désigne.
Comme des fers à cheval, il forge ses décrets,
 Qu’il jette à la tête, à l’œil, à l’aine.
Chaque mise à mort est une fête,
 Et vaste est l’appétit de l’Ossète.

 

Ecrire ces vers en 1933, en pleine purge, relevait d’un courage extrême. Mais les lire, même en petit comité – ce qu’il a fait en 1934 – tenait de la témérité. L’épigramme est rapidement tombée dans les mains de Staline. Par deux fois, l’immense poète Mandelstam fut envoyé au Goulag. Il est mort de faim et de froid, le 27 décembre 1938 à Vtorava Rechska au camp de transit numéro 3/10. Les bourreaucrates ont noté l’heure où le « Montagnard du Kremlin » fut débarrassé de sa présence terrestre : midi et demi.


Les applaudissements crépitent. « Antikhton » est terminé. Déjà. Michel Tabachnik salue dans des envolées de redingote.
Mais pourquoi Le Plouc a-t-il ainsi déliré sur Staline ?

Peut-être s’est-il rappelé le célèbre article de la « Pravda » inspiré par le dictateur pour briser la carrière de l’opéra de Chostakovitch, « Lady Macbeth de Mzensk ». Il était intitulé « Du vacarme à la place de musique ». Sans doute, se trouve-t-il encore certains ours aux oreilles mal léchées pour grogner que cette musique-là est du « vacarme ». Monumentale erreur. « Antikhton » évoque la véritable harmonie à saisir comme un fil d’or et qui vous conduit vers des états rendant la conscience si fine et si ductile qu’elle permet de découvrir certains des méandres secrets du réel.


Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

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Écrit par : comment perdre du poids vite | 06/07/2011

C’est au passage le blog que je voulais trouver depuis environ 1 semaines! Je suppose que mon commentaire va être bien visible, en fait je n’ai pas du tout la manie de mettre des commentaires sur la toile.

Écrit par : perdre du ventre | 21/07/2011

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