16/10/2009

Les deux leçons de l’affaire Polanski

Polanski.jpgL’arrestation du metteur en scène Roman Polanski a suscité des polémiques qui se sont emboîtées les unes dans les autres à la façon des poupées russes. Par exemple, «l’affaire Frédéric Mitterrand» contenue dans le «cas Polanski». D’où l’intense confusion d’émotions, de sentiments, de ressentiments, mais aussi de réflexions souvent intéressantes qui s’en est suivie.

De ce magma en fusion, deux leçons semblent se dégager. La distance entre le droit et la justice, tout d’abord. En droit, il ne fait guère de doute que le mandat d’arrêt international lancé, même très tardivement, par les autorités étatsuniennes devait être exécuté. Les traités que la Suisse a signés avec les Etats-Unis ne lui laissent guère de marge. Mais en l’occurrence, la justice est-elle servie par le droit ? On peut en douter.

La machine et la justice

Si la victime avait expliqué que l’application du droit allait l’aider à cicatriser ses plaies morales, alors, oui, cette arrestation aurait servi la justice. Or, c’est le contraire qui s’est produit. La victime affirme qu’elle avait tourné la page et que la procédure lancée contre Polanski n’a fait que rouvrir les plaies cicatrisées, provoquées par un délit commis il y a trente-deux ans. Dans un tel contexte, l’application du droit n’est plus l’expression de la justice; elle se mue en machine étatique qui ne fait de bien à personne. Sauf à l’image d’un procureur californien.

Un procureur qui cite peut-être Dieu comme témoin à charge, à l’instar des décideurs étatsuniens. Mais qui devrait méditer l’Evangile selon Marc (chapitre 2, versets 27-28): «Le shabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le shabbat. » De même, le droit a été fait pour l’homme et sa justice et non l’inverse.

L’autre leçon de l’affaire Polanski: jamais le fossé qui sépare la caste médiatique du reste de la société n’a paru si profond. Pour reprendre la formule lancée sur les ondes de France-Info: nous avons connu en cette circonstance une véritable guérilla du peuple contre les «pipoles»!

Perçue côté peuple, cette caste médiatique semble léviter au-dessus des lois et de la morale. Et si d’aventure, certains de ses membres ont maille à partir avec les autorités ou l’éthique, eux-mêmes ou leurs représentants ont tout loisir de s’expliquer en détail devant des caméras complaisantes. Le fait de passer ou non à la TV devient ainsi une marque de classe sociale. On en est, avec tous les privilèges que cela comporte. Ou on n’en est pas, sans autre avantage que celui de l’anonymat. Après la noblesse d’épée et celle de robe, la noblesse d’image.

Les "visibles" et les "invisibles"

Pour faire entendre sa voix, le peuple recourait jadis aux jacqueries et même aux révolutions. Aujourd’hui, les «gens de tous les jours» — comme les médiacrates les appellent avec condescendance — disposent de l’internet. Ce qui permet de mesurer l’étendue de leur colère devant les passe-droits qui se distribuent sous leur nez.

Ce fossé entre les «visibles» qui peuvent tout se permettre et les «invisibles» qui n’ont pas les moyens de se permettre grand-chose fait partie du mal-être social. Alors, que les «visibles» deviennent moins arrogants! Et sachent qu’il reste encore des Bastille à détruire.

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Commentaires

" Dans un tel contexte, l’application du droit n’est plus l’expression de la justice; elle se mue en machine étatique qui ne fait de bien à personne. Sauf à l’image d’un procureur californien."

Aussi faux qu'il est possible d'être faux ! En l'occurrence, l'application du droit fait du bien à la justice, parce qu'il ne serait pas acceptable qu'un individu ayant fui ses juges, vît sa lâcheté récompensée par la fuite du temps !

Écrit par : Scipion | 16/10/2009

La sanction pénale n'a pas pour but premier d'assouvir la vengeance de la victime, à tout le moins sous nos cieux qui, faute dun nombre suffisant de minarets, ne connaissent pas encore la barbarie du "prix du sang".

La sanction pénale vise à l'expiation, la prévention spéciale et la prévention générale.

Monsieur Polansky n'a pas à ce jour expié.

Et sous l'angle de la prévention générale, que les pédophiles et pédophiles potentiels se le tiennent pour dit, on le les lâchera pas et il finirons par être coincé.

Le message est clair, juste et nécessaire.


Pendant des années la France a hébergé le criminel Polansky sans rien faire. Que cela découle de son système législatif ou de protections n'y change rien,

LA FRANCE A COUVERT UN PEDOPHILE

et est manifestement dénué de tous sens de l'autocritique.

Écrit par : pepin | 16/10/2009

Pendant des années la France a hébergé le criminel Polansky sans rien faire. Que cela découle de son système législatif ou de protections n'y change rien,

LA FRANCE A COUVERT UN PEDOPHILE

et est manifestement dénué de tous sens de l'autocritique.


Ce qui n'est pas étonnant quand un ministre de la République a des années durant pratiqués le tourisme sexuel, exploitant sans vergogne des êtres humains dans la misère et se faisant complice de maqueraux avant que d'encaisser les droits d'auteur pour un livre relatant ses turpitudes.

L'ARGENT DES MINISTRES DE LA REPUBLIQUE N'A PAS D'ODEUR.

Écrit par : pepin | 16/10/2009

C'est la même France qui a eu pour président pendant 14 ans un ancien fonctionnaire de Vichy, qui a grâcié Touvier, un collabo gangster. La même France qui fait le procès de Papon pour collaboration avec les Allemands après que celui-ci ait été ministre dans le gvt Barre et préfet de Paris.
Le système français est un système de castes. Si vous êtes bien en cour, vous ne risquez rien. Puis un jour, sous le jeu d'on ne sait quel jeu d'influences ou de fourberies, le ciel va vous tomber sur la tête. Mais cela n'a rien à voir avec le droit ou la justice, bien loin de là.
Et avec ça, on doit supporter les leçons de ces gens: "les Suisses, quels salopards !" Sur Europe I, lundi 28 septembre, de la part d'un grand patron de presse français, à propos de l'affaire Polanski.
De Gaulle disait que les Français sont des veaux. C'est vrai, mais il a oublié de dire que ce sont des veaux très malhonnêtes.

Écrit par : Géo | 16/10/2009

Je ne vois pas par quel tour de passe-passe on pourrait disjoindre droit et justice dans une démocratie résolument laïque et athée. Cette disjonction n'a de sens que si l'on se place dans une perspective transcendantale, qui accepte le principe d'une justice humaine imparfaite qui se saurait le pâle et infidèle reflet d'une justice idéale.

"Si la victime avait expliqué que..." Donc ce serait cela, la justice: demander à la victime si elle pense que la poursuite pénale lui sera utile? On retourne à la conception d'une justice pénale comme acte de vengeance privée, on saute plus de deux mille ans en arrière, c'est incroyable! Pourquoi ne laisserait-on pas la victime et ses proches décider de la quotité de la peine, finalement, si une victime pense qu'il serait bien pour elle de tuer l'auteur, ou d'appliquer le bon vieux principe du talion?

Mais d'abord, que cette affaire Polanski a-t-elle de si particulier, pourquoi justifierait-elle que l'on balance par-dessus bord des principes de poursuite pénale qui se sont élaborés au cours de plusieurs siècles? Décidément. Il n'y a pas deux, mais une leçon à tirer de l'affaire Polanski. La première leçon (qui n'en est pas une) illustre à merveille la seconde!

Écrit par : Lord Acton | 16/10/2009

La victime n'applique-t-elle pas les conditions fixées par tout arrangement financier dans la justine américaine ? Très souvent le coupable paie généreusement la victime pour qu'elle renonce à poursuivre l'affaire. Elle esaie donc de respecter son engagement, malgré le fait que ce genre de délit se poursuive d'office, à ce qu'il semble.
Quant aux réactions des "invisibles", il me semble que ce n'est pas la défense de Polanski en elle-même qui fasse problème, en tous cas pas pour moi, mais l'argument choc du milieu artistique :

C'EST INADMISSIBLE QU'ON PUISSE EMPRISONNER UN TEL GENIE.

Le nombre des protestataires montre d'ailleurs que tous ceux qui aspirent à jouer un jour un rôle dans le monde artistique se soient empressés de signer les pétitions, comme si la signature vous donnait le droit de faire partie de ce monde-là.

Écrit par : gamine | 17/10/2009

Il serait utile pour mieux comprendre la cicatrisation de la victime le montant exact recu a l'epoque par la victime.

Je crois qu'il serait plus interesant d'obtenir le pardon des parents de la vicitime. Apres tous ils etaient les responsable legaux pour cet enfant.

Jay Leno avait un bon contraste d'opinion sur le sujet pour et contre.
D'un cote les liberaux d'holiwood ed de l'autre tous les parents de petites filles qui ont 13 ans.....

Écrit par : blaise Buholzer | 17/10/2009

Je suis sur que si cet Polanski là était un serrurier ou un maçon M. Cuénod ne siflerait mot. Quand même Polansky il s'est payé du bon temps avec une fillette,
pourquoi lui pardonner? il a fait ce qu'il à voulu avec la gamine d'alors. Célà s'appele être un vicieux. Il peut recommencer, qui sait?

Écrit par : Diogenes | 17/10/2009

Polanski a un gros potentiel de scandales. Dès qu'il sera aux Etats-Unis, rien ne permettra d'affirmer que seule cette affaire sera jugée. Si, il s'est éclipsé pour échapper à son procès, il en savait peut-être bien plus que tout le monde. Cette perspective qu'on découvre d'autres viols avec d'autres intervenants haut-placés, n'est-elle pas le catalyseur qui a rameuté toute une planète de souteneurs par identification, la même qui avait permis d'enterrer cette affaire et de laisser en paix l'intéressé, malgré le fait qu'on connaissait ses adresses et ses déplacements.

Écrit par : Roberg | 17/10/2009

Bonjour,

Dans le processus formant la décision d'arrêter ou pas, la justice n'a pas sa place. Le droit l'impose (on peut se demander si le droit ne l'avait pas déjà imposé bien avant, à Gstaad par exemple, mais ceci est une autre histoire).

Il n'est pas question de pré-juger pour déterminer s'il faut arrêter ou pas. Laissons cela aux juges américains, c'est à eux de rendre la justice et à personne d'autre. Mais pour qu'ils puissent le faire, il faut mettre la main sur la personne qui a refusé de se soumettre à la justice. C'est ce qui a été fait. Ce n'est qu'ensuite que les juges (américains) décideront en fonction des circonstances s'il y a lieu de condamner lourdement ou pas du tout M.Polanski.

La question "était-il juste d'arrêter M.Polanski ?" n'a simplement pas lieu d'être.

Bonne journée.
Jacky

Écrit par : Jacky | 19/10/2009

Bonjour,

Pour être clair et en avant propos, je suis français. Ni plus fier ni moins fier qu'un autre.
Abuser sexuellement d'une enfant de 13 ans, fut-elle pubère ou sexuellement active est légalement interdit et moral choquant.
Il vaudrait mieux que Roman POLANSKI ait vraiment un procès afin que l'histoire se termine enfin.
N'oublions pas que le système judiciaire des Etats-Unis ne connaît pas la notion de pardon et de rédemption. De plus, les charges retenues ont été changées et aggravées par le juge dès l'instant que M. POLANSKI a choisi la procédure du "plaider coupable".
Je suis d'avis qu'il doit assumer ses actes quelques soient ses statut ou renommée.

Quand je lis certains commentaires ici, je suis assez ulcéré des propos tenus et de la confusion des genres notamment de la part Pepin et Scipion.
La France aurait couvert un pédophile ? Peut-être. Mais M. POLANSKI n'est-il pas propriétaire d'un chalet à Gstaad ? N'a-t-il pas beaucoup de tampons suisses sur son passeport ?
La complicité n'est finalement pas si exclusive à La France ...
Et puis tout mélanger en parlant de Vichy, Papon, Mitterand, voilà une excellente manière de voir les choses ! N'oublions pas l'adage de la poutre et de la paille et allons regarder le contenu de certains coffres-forts bancaires suisses pour voir si certaines œuvres d'arts sont bien à leurs propriétaires légitimes ...
Personne n'est parfait, ni homme, ni état. Il est nécessaire d'être lucide et objectif.
Mais vomir comme l'ont fait certains ici est assez ignoble !

Damien, heureux d'être le mouton noir de certains !

Écrit par : Damien | 21/10/2009

Cette histoire, aussi triste qu'elle soit, a le merite de soulever enormement de questions, et de faire reflechir.

Ce qui me semble le plus paradoxal, apres avoir lu de nombreux articles et reactions du public, c'est que chacun essaie de justifier son point de vue en termes d'adultes, alors que l'on parle d'une histoire qui implique un adulte et un enfant (selon la definition legale). Il est difficile de raisonner en termes comprehensibles par tous, des que l'on entre dans les details de la loi, et d'obtenir un sentiment de justice universel et absolu.

Il est aussi interessant de remarquer que la gravite de cette histoire n'est pas a propos du passe, mais du futur. Comme si chacun redoutait les consequences de la decision qui sera prise au sujet de M. Polanski.

Peut etre qu'il s'agit d'un evenement grace auquel l'humanite aura fait un grand progres dans sa comprehension d'elle meme.

Écrit par : Peanut88 | 30/10/2009

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