29/09/2009

Roman Polanski : le droit au service d’un procureur

Le Plouc exprime sa gratitude à l’endroit de ses éminents commentateurs juristes qui ont apporté des éléments intéressants et des analyses pertinentes quant aux fondements juridiques de l’arrestation de Roman Polanski à Zurich.

Toutefois, pour Le Plouc, dans cette affaire, le droit n’est pas le seul facteur à prendre en considération. Les autorités suisses et états-uniennes tentent de nous faire croire qu’il s’agit d’un simple mandat d’arrêt international à exécuter, de façon somme toute automatique, dans une affaire d'acte sexuel illicite sur mineure. Elles cherchent aussi à nous faire croire que Polanski a jusqu’à maintenant habilement évité de se placer dans les mailles du filet américano-suisse.

Polanski, un clandestin depuis 32 ans ?

Or, depuis 1977, date de sa fuite des Etats-Unis, Polanski s’est-il caché ? A-t-il acheté des faux papiers ? A-t-il pris l’avion en se dissimulant dans le train d’atterrissage ? A-t-il voyagé en TGV en s’enfermant dans les toilettes ? A-t-il embarqué dans un paquebot en se terrant au fond d’une cale ? Chaque fois – et elles furent nombreuses – où il se rendait dans son chalet de Gstaad, a-t-il passé la frontière à pieds en s’enfonçant dans la forêt pour éviter le poste de douane ? Et d’ailleurs, a-t-il acquis son chalet sous un nom d’emprunt ?
Poser ces questions, c’est y répondre. De plus, le FBI dispose de tous les moyens nécessaires pour arrêter les criminels qu’il poursuit. Il y avait donc volonté de ne pas appliquer ce mandat d’arrêt de la part des autorités américaines.

Une bourde de ses avocats ?

Alors pourquoi maintenant ? Le Los Angeles Times paru ce jour (29 septembre 2009) émet cette hypothèse qui rend comme un son de vérité. En juin et juillet dernier, les avocats états-uniens de Roman Polanski ont demandé à la Cour d’appel de Los Angeles l’annulation de la mise en accusation du metteur en scène. Parmi les irrégularités dont Polanski serait la victime, les défenseurs auraient alors avancé cet argument qui s’est ensuite retourné contre leur client : la preuve que la justice a abandonné, de fait, les poursuites c’est qu’elle n’a déployé aucun effort pour l’arrêter.
Or, en face de ces avocats, s’est dressé un district attorney (procureur) puissant, très connu,  et amoureux des projecteurs : le républicain Steve Cooley, réélu constamment depuis 2000 à ce poste. Pour bien montrer que la justice n’avait nullement abandonné les charges contre le réalisateur, il a donc émis le mandat d’arrêt. De plus, Cooley a démontré régulièrement son addiction à la mousse médiatique. Le voilà donc doublement satisfait. On voit ainsi que le respect du droit n’entre pas forcément en première ligne dans cette affaire !

Justice sans droit et droit sans justice

 Reste à savoir si Roman Polanski a été attiré ou non dans un guet-apens par le FBI avec la complicité des autorités suisses. Pour le moment, ce point reste à éclaircir. En tout cas l’argument avancé, en France notamment, prétendant que Steve Cooley a pris sa décision maintenant en raison de la suppression par la Suisse de la prescription pour les crimes sexuels ne tient pas la route : en effet, au moment des faits imputés à Polanski (1977), ces infractions étaient encore prescrites en droit suisse. Cela dit, ce constat n’arrange pas forcément la cause de l’auteur du « Pianiste ».

Dès lors, nous sommes devant la situation suivante : à part la satisfaction à retardement du procureur Cooley, la justice a-t-elle remporté une victoire ? La victime avait pardonné à Polanski  et réclamé qu’on lui foute la paix. Que le metteur en scène (76 ans) finisse ses jours dans une geôle américaine ne lui apportera donc que l’exhumation de ses douleurs enterrées. Quant à l’effet exemplaire, il reste à démontrer.

La justice sans le droit, est appelée à errer. Le droit sans la justice annonce l’oppression de l’Etat.


Jean-Noël Cuénod

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28/09/2009

Arrestation de Roman Polanski: la Suisse pieds et poings liés aux Etats-Unis

Ce mandat d'arrêt lancé il y a une trentaine d'années par la justice étatsunienne contre Roman Polanski, tout le monde - ou presque - l'avait oublié. Le metteur en scène se rendait régulièrement en Suisse dans son chalet de Gstaad, une station plutôt voyante question paillettes. A l'occasion d'un festival zurichois, voilà qu'une autorité étatsunienne réveille l'ardeur des gardes-frontières suisses. Et Polanski se voit ainsi embastillé et menacé d'être broyé par la machine judiciaire des Etats-Unis dont on connaît la brutalité. Le créateur du "Pianiste" est accusé d'avoir couché avec une fille de treize ans... il y a plus de 30 ans.

Cela pose le problème de ces prescriptions à rallonge en matière de délits d'ordre sexuel: comment savoir, trente ans après, ce qui s'est vraiment passé dans l'intimité de deux êtres? Entre fantasmes qui troublent et mémoire qui flanche, la vérité ne saurait apparaître que défigurée.

Cela pose un autre problème: la soumission de la Suisse vis-à-vis de Washington. La Confédération serait-elle devenue le 51ème Etat des USA? Si seulement ce pouvait être le cas!  Notre pays disposerait de droits qu'il serait bien en peine d'avancer aujourd'hui. En fait, la Suisse est tenue pieds et poings liés aux intérêts des Etats-Unis depuis l'adoption des Traités américano-suisses en matière d'extradition et de soumission - pardon, d'entraide! - judiciaire.

Voilà où nous a mené l'autisme blochérien. En voulant nous affranchir de la tutelle européenne, il nous a jeté à la merci de Washington. Après la dénonciation des fraudeurs américains, l'arrestation de Polanski. A qui le tour?

 

Jean-Noël Cuénod

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25/09/2009

Clearstream, Villepin, Sarkozy… Et si on nous prenait pour des truffes ?

truffe1.jpg


Pris dans la tourmente du procès Clearstream – « courant limpide », tu parles ! – ce pauvre Plouc a la tête encombrée de questions. Alors, sans ménagement, il vous livre, comme ça, sur la table, son plus gros point d’interrogation

Clearstream ne serait-il pas un attrape-couillon pour nous faire oublier la véritable affaire d’Etat, celle dite « des frégates de Taïwan » ? A la fin des années 90, les justices suisse et française enquêtent sur une supposée corruption à grande échelle dans le contexte de la vente en 1991 par le groupe français Thomson-CSF, de six frégates à Taïwan pour la somme de 2,8 milliards de dollars.
Il y aurait eu des commissions et des rétrocommissions – c’est-à-dire des sommes qui retournent à l’acheteur pour payer, souvent de façon occulte, des intermédiaires ou des courtiers – d’un montant de 520 millions de dollars. Or, ces commissions étaient interdites par les contrats signés entre les protagonistes. De plus, de nombreux morts suspectes ont été constatées dans cet environnement où pullulent crabes et requins.

A qui ces commissions ont-elles été attribuées ? Quels décideurs ont-ils reçu cette manne ? A-t-elle profité à des partis politiques ? On ne le saura sans doute jamais. Et l’affaire Clearstream aura peut-être joué un rôle dans cet échec.
En effet, les faux relevés de la chambre de compensation ont été envoyés anonymement au printemps 2004 au juge van Ruymebeke en relation avec le dossier des frégates qu’il instruisait. Le magistrat français et son confrère suisse, le Genevois Paul Perraudin ont dû vérifier ces relevés. Entre-temps, ces faux – alors pris pour des documents authentiques - ont été publiés par la presse, mettant ainsi en cause, une quarantaine de journalistes, de dirigeants économiques, de politiciens, dont Nicolas Sarkozy. Une tornade politique s’en est suivie, rendant frégates.jpgainsi quasiment impossible la poursuite de la vraie enquête sur le véritable scandale d’Etat : les frégates de Taïwan.

Le Plouc a comme l’impression qu’on le prend pour une truffe.

 

Jean-Noël Cuénod
 

 

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18/09/2009

Suicides professionnels: après le Grand Soir, les petits matins déprimés

deprime.jpgUne employée de France Télécom à Paris s’est jetée du 4e étage, vendredi 11 septembre 2009, à la sortie d’une réunion lui apprenant une nouvelle restructuration de son service. Il y a quelques mois, le service de cette jeune femme avait déjà été bouleversé. C’est le vingt-troisième suicide d’un salarié de France Télécom en un an et demi.

Les causes d’un suicide se révèlent toujours complexes à appréhender, tant sont nombreux les facteurs à prendre en considération. Cela dit, la direction de la grande entreprise privatisée ne peut plus se cacher derrière cette complexité pour rejeter sa responsabilité, car le taux de suicide qu’elle présente est deux fois plus élevé que dans la population active située dans la même tranche d’âge.

"Evaluation individualisée de performance"

D’autres salariés d’entreprises moins en vue subissent le même mal-être social. En ligne de mire — de prime abord — les nouvelles normes de gestion du personnel, à en croire le docteur Christophe Dejours, psychiatre et auteur avec Florence Bègue de «Suicide et travail: quoi faire?» paru aux Editions PUF. Il critique «l’évaluation individualisée de performance, visant à mettre les gens en concurrence les uns avec les autres pour améliorer la productivité».

La violence sociale est donc induite par ce nouveau type de dictature entrepreneuriale. Les salariés risquent de la retourner ensuite contre eux-mêmes, ne trouvant plus dans les syndicats un canal à leur contre-violence. Après le Grand Soir et ses espérances brisées par l’expérience soviétique, les petits matins de la déprime professionnelle. En effet, le nouveau capitalisme apporté par les années Reagan-Thatcher a mis à mal les syndicats pour faire passer ses réformes et privilégié l’individualisme par le matraquage médiatique et la diffusion de gadgets à prétentions télécommunicantes mais qui ne servent, en fait, qu’à détruire les liens sociaux.

A cette dépression nerveuse collective, il existe donc, parmi bien d’autres facteurs: une cause interne aux entreprises — les nouvelles méthodes de direction; une cause idéologique — le fameux slogan sarkozyen «travailler plus pour gagner plus»; une cause culturelle — l’enfermement dans la sphère individuelle.

Seul devant son patron, seul devant sa mort

Mais on peut aussi déceler une cause d’ordre spirituel. Notre société, tout à sa frénésie d’acquisition matérielle, a oublié ce qu’aucune civilisation, avant elle, n’avait laissé de côté: l’humain ne vit pas que de pain et doit faire face à sa mort. Certes, les confessions continuent à apporter réponses et consolations. Toutefois, en Europe, le libre marché religieux des protestants tend à diluer leurs messages dans le bruit médiatique et là où règnent les Eglises fortement hiérarchisées — orthodoxe et catholique romaine — c’est la sclérose qui atteint leur crédibilité.

Dans ces conditions, l’Européen se retrouve seul devant son patron, seul devant sa mort et assoiffé de sens.

De cette situation peut naître une nouvelle forme de spiritualité de type laïque, qui ne serait pas inféodée à une structure mais créerait un lieu où l’on regarde la mort en face et ritualiserait ce grand point d’interrogation afin de lui ôter ses ferments d’angoisse.

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13/09/2009

Hortefeux de bouche: mea culpa du Plouc

Mea Culpa. Une fois de plus, Le Plouc a écrit des gringeries. Heureusement, son pote et néanmoins confrère Lionel Chiuch l'a remis dans le droit chemin en lui mettant le nez dans son erreur. Le contexte: la déclaration du ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux interprêtée comme raciste antiarabe et qui a été diffusée par vidéo Internet sur le site du Monde.

La gringerie en question: dans son papier dans la Tribune de Genève par ce samedi-dimanche, il a écrit que cette fameuse vidéo avait été captée par un quidam. Pas du tout. Voilà ce qui s'est passé réellement:

C'est un journaliste de la chaîne télévisée française Public Sénat qui a filmé la scène. Le directeur de la chaîne Gilles Leclerc a renoncé à la diffusion pour divers motifs dont la mauvaise qualité sonore du document. De nombreux journalistes de Public Sénat ont protesté. Ont-ils ensuite fait "fuiter" cette vidéo vers le site internet du "Monde"? On peut le suposer mais sans en être certain. Public Sénat indique les images du Monde. fr ressemblent aux siennes mais sans garantir qu'il s'agit bel et bien de celles-ci. Peu après, Public Sénat a diffusé la totalité du reportage en question.

Le Plouc a rectifié dans l'édition électronique du site de la Tribune de Genève.

Morale sur fond d'optimisme: l'Internet met en échec la censure.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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11/09/2009

Calvaire de Julie : le mensonge public est-il une bonne méthode policière ?

Julie, une adolescente de 14 ans, fugue près de Perpignan. Deux hommes la prennent en charge dans leur voiture. Pendant cinq jours, ils la séquestrent et lui font subir des viols en série. Un véritable calvaire. Alertée par les grands-parents de la jeune fille, la police diffuse dans les médias la photo de Julie ainsi que toutes les informations de nature à la faire reconnaître.

 Les policiers la retrouvent à Toulouse. Et décident de mentir à la presse en affirmant que la fugueuse n’avait subi aucune violence et trouvé sur son chemin que de belles âmes. La vérité ne sera découverte que plus tard, par le quotidien toulousain La Dépêche du Midi (lire notre papier sur le site : http://www.tdg.ch/actu/monde/fugue-adolescente-transforme...).

Deux arguments

Pourquoi les agents ont-ils forgé cette fable à l’intention du public ? Ils expliquent, assez succinctement, qu’il s’agissait de protéger Julie et de faciliter l’enquête en endormant la méfiance des suspects.

Sur le premier point, leur argument ne tient pas, dans la mesure où la réalité des faits a été finalement dévoilée. De toute façon, le statut de mineur de la victime interdisait aux journalistes de l’importuner et permettait aux policiers de lui assurer toute la protection voulue vis-à-vis de l'extérieur.

Sur le second, en revanche, leur explication se révèle pertinente. En effet, les policiers ont pu arrêter assez rapidement les principaux suspects. Il est probable – mais pas certain   que, grâce à la fable policière, les bourreaux ont baissé leur garde, ce qui aurait facilité leur arrestation.

Mensonge plébiscité sur Internet

Les agents ont-ils eu raison de mentir à la presse ? Cette question tourne à plein régime sur Internet. A une écrasante majorité, les internautes plébiscitent le mensonge policier. Entre ce péché véniel et l’identification de monstrueux personnages, le choix est vite fait. D’autant plus que ces tortionnaires sexuels, s’ils n’avaient été arrêtés par la police, auraient pu causer d’autres victimes, semer d’autres violences, briser d’autres vies.

Cette position paraît d’une solidité d’airain. Toutefois, cette tactique policière, si elle devait se propager, est source de périls. Tout d’abord, avant de transformer les suspects arrêtés en coupables, il faudrait en savoir plus et attendre la tenue d’un procès. S’il se révèle que les accusés sont innocents, la tactique policière serait vue d’un tout autre œil.
 Ensuite, une chose  est de taire des informations dont la divulgation pourrait nuire à l’enquête, une autre est de mentir activement en inventant une fable.

Les dangers du mensonge

Dans le cas présent, il est faux de dire que les policiers ont menti à la presse. En fait, ils ont dupé tout le public. Et la police éprouve le besoin vital de se trouver « dans le peuple comme un poisson dans l’eau » selon la formule de Mao. De cette façon, les policiers reçoivent des informations venant des citoyens, connaissent la société, savent comment la protéger et détecter ceux qui portent atteinte aux libertés et aux biens. Or, il est impossible d’établir une relation de confiance sur la base du mensonge.

 

La relation ne peut être à sens unique : moi, policier, je peux te mentir. Toi, citoyen, tu me dois la vérité. En multipliant les mensonges, les policiers ne seront plus crus, même s’ils disent vrai. N’étant plus crus, ils perdront leur légitimité et seront perçus par le public qu’ils sont censés protéger comme des corps étrangers.

Dès lors, pour un succès policier obtenu par ce stratagème, c’est toute la chaîne de confiance entre l’Etat et la société qui risque d’être brisée.


Jean-Noël Cuénod

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06/09/2009

Scoupe ! La Suisse réclame le démantèlement de la Libye

Merz.jpgC’est le scoupe du Plouc. Une exclusivité exclusivement exclusive : enfin, le président Merz a décidé de ne plus présenter une échine contrite à chaque chef d’Etat désireux de fustiger la Suisse! Et il a remis son masque de diable du Loetschental pour réclamer la partition de la Libye et sa restitution à la Turquie et à l’Egypte.
L’intéressant Kadhafi  - faut-il le rappeler ? -  avait commencé en exigeant que l’ONU démantèle la Suisse, fourguant la Romandie au Sarkoland, le Tessin à la Berlusconia et l’Alémanie au Merkelschaft réunifié.

Selon le plan Merz, la Confédération propose donc que la Libye soit à son tour dépecée. On retire la Tripolitaine pour la confier à la Turquie qui en est la plus légitime propriétaire, puisque la domination ottomane sur cette région fut la plus longue, de 1551 à 1912.
 Ensuite, on découpe la  Cyrénaïque afin de la redonner à son plus ancien possesseur, l’Etat égyptien. Compte tenu des réserves pétrolières libyennes, Ankara et Le Caire seront certainement heureuses du cadeau. A la condition toutefois de ne pas hériter de l’insortable famille K.

Hélas, un démenti vient de tomber de Berne avec ce bruit mou si caractéristique : on ne change pas une politique qui a prouvé son inefficacité. kadhafi.jpgEt l’on continuera à traiter K. par la calinothérapie avec l’insuccès que l’on sait.

 

Jean-Noël Cuénod

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04/09/2009

Les Français pourront-ils lire « Mein Kampf » mais pas « Tintin au Congo » ?

TintinCongo.jpgComme les colchiques dans les prés de septembre, la polémique sur le racisme de Tintin au Congo repousse régulièrement. Le mois dernier, la Bibliothèque de Brooklyn a décidé de mettre cet album à l’index. Récemment, le médiatique avocat marseillais Gilbert Collard a annoncé une action en justice pour faire interdire en France la vente de cette bande dessinée d’Hergé. Tonnerre de Brest… Les Français pourront donc continuer à acheter Mein Kampf, mais risquent d’être privés de Tintin au Congo!

Et Buck Danny ? Et Céline ?

Que cet ouvrage collectionne les clichés racistes, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. En cela, il n’est que le reflet de la mentalité colonialiste qui prévalait en Occident à sa sortie des presses, en 1931. Il faudrait donc interdire une grande partie des ouvrages publiés à cette époque-là, à commencer par Céline et ses élucubrations antisémites, sans oublier les autres BD du genre Buck Danny et leurs allusions antiasiatiques.
Alors, devrait-on préciser clairement sur l’album l’année de parution, afin que les gosses qui lisent aujourd’hui Tintin sachent bien qu’il ne s’agit pas d’une œuvre actuelle? Certaines voix le réclament en France, en guise d’alternative à l’interdiction. Ce serait prendre les enfants pour ce qu’ils ne sont pas, à savoir des imbéciles. Un œil juvénile se rend compte d’emblée que Tintin ne se meut pas à l’ère des ordinateurs et des téléphones portables, ne serait-ce que par la vieille guimbarde qui le trimbale dans la brousse.

Lutte galvaudée

Le caractère ridicule de cet appel à la censure ne provoquerait que des haussements d’épaule, s’il ne risquait de mettre en péril la lutte contre le racisme. En Suisse, par exemple, les normes pénales contre la discrimination raciale essuient régulièrement les attaques virulentes ou sournoises des blochériens. Or ces normes se révèlent indispensables pour qu’un minimum de respect mutuel soit observé entre les citoyens qui appartiennent à des origines différentes. La haine raciste, les discriminations déchirent tous les tissus sociaux. Mais celui de la Suisse se révèle particulièrement fragile dans la mesure où, plus encore que dans d’autres nations, les cultures et traditions diverses y foisonnent.
Dès lors, le combat antiraciste y occupe tout naturellement une place prépondérante. Et il ne peut que se trouver fragilisé par l’apparition régulière de cette pseudo-polémique «tintinophobe», dont la nature caricaturale ne manquera pas de servir d’argument aux racistes plus ou moins camouflés.

L’écume et la lame de fond

Cet exemple navrant du «politiquement correct» trahit la tendance bien actuelle de s'attaquer non pas aux causes d’un problème, mais à ses aspects les plus superficiels, les plus médiatiques. Ce faisant, on évite de se frotter aux véritables difficultés – comment lutter contre le racisme quotidien – tout en se donnant l’illusion de les surmonter. Mais en ne s’attaquant qu’à l’écume, on risque fort d’être emporté par une lame de fond.

 

Jean-Noël Cuénod

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02/09/2009

Fraude fiscale : la France condamne le dentiste de Carpentras en épargnant les multinationales

Sur ordre de Nicolas Sarkozy, le ministre du budget Eric Woerth a donc brandi une liste de 3000 supposés fraudeurs fiscaux français qui auraient planqué leur gros sous en Suisse. Le conditionnel reste de mise, car même en France, des doutes commencent à s’insinuer à la suite de cette fracassante annonce : ne serait-ce qu’un coup de poker menteur ?
 Quoi qu’il en soit, la somme totale que ces réfugiés fiscaux détiendraient en Suisse représenterait 3 milliards d’euros. Ce qui nous met le fraudeur à un million l’unité. C’est cossu, certes. Mais enfin, nous restons très loin des sommes faramineuses engrangées par les multinationales et même par les courtiers à bonus en platine.

Pas malins, les fraudeurs !

De plus, ces fraudeurs façon Woerth ne sont pas très malins. De l’avis général, s’ils ont été véritablement repérés par le fisc hexagonal, c’est que ces écureuils à béret ont placé leurs noisettes, soit dans des banques françaises établies en Suisse, comme le suppose – sans doute avec raison – Me Dominique Warluzel, soit dans des banques suisses établies en France, comme le hasarde – avec moins de vraisemblance - le « Canard Enchaîné ». Or, jamais un financier averti aurait choisi une méthode aussi fiscalement suicidaire. Comme nous le verrons, il existe des moyens beaucoup plus sûrs et plus rentables pour échapper au fisc français.

Portrait robot

Dès lors, on peut dresser le portrait-robot du vilain fraudeur : il s’agit du dentiste de Carpentras en passe de remettre son cabinet la soixantaine venue et qui, au fil des ans, a « oublié » de déclarer une partie de ses honoraires. Ou du patron d’une plomberie-zinguerie à La Garenne-Colombes qui a occulté certains chantiers. Ou de la veuve qui a hérité du compte suisse de son mari, feu l’expert-comptable de Périgueux.

Le ministre Woerth va  donc prendre pour fretins émissaires une poignée de contribuables au pouvoir de nuisance limité afin de montrer que le gouvernement frappe aussi les riches, mais sans prendre le risque de fâcher les véritables décideurs de l’économie française. Car les vrais requins continueront à se goinfrer en eaux troubles. Eux savent, depuis belles lurettes, qu’il ne faut pas cacher son magot en Suisse mais dans des lieux protégés par la puissance américaine.

God bless you, Delaware !

En effet, si le secret bancaire n’existera bientôt plus en Suisse et dans les autres pays de l’Europe continentale, il restera à l’honneur dans plusieurs paradis fiscaux, au cœur même des Etats-Unis. Le Delaware, notamment, qui accueille déjà plus de la moitié des 500 plus grosses fortunes et 43 % des sociétés cotées à la Bourse de New-York.

Voici les avantages recelés – c’est bien le mot – par cet Etat qui ne risque en aucun cas de figurer sur une liste noire ou grise de l’OCDE :

 - pas d’impôt sur les bénéfices ;
 - pas d’impôt sur les sociétés;
 - pas de droits de succession sur les actions détenues par des non-résidents ;
 - pas d’obligation de tenir une comptabilité ;
 - une taxe unique de 200 euros ;
 - le nom des associés ne figure pas au Registre du Commerce.

Dès lors, tant que des situations de ce genre perdurent, toutes les prétendues luttes contre les paradis fiscaux relèvent de la fumisterie.

 

Jean-Noël Cuénod

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01/09/2009

Le métro qui chante

(Photo Gérard Métron: le métro No 5 roule sur le pont de l'Arsenal. Le concert va commencer dans quelques minutes)Metro5Gérard Métron Quai de la Rapée.jpg

En séjournant un mois dans le Périgord, Le Plouc a perdu ses repères parisiens (mais point ses repaires, par bonheur !). Et le voilà tout chose, en retournant se faire éblouir par la Ville Lumière. En passant de la campagne absolue à l’urbanisme extrême, on vit une sorte de zone étrange où l’esprit n’a pas encore quitté les champs et forêts alors que le corps se trimballe dans un métro surpeuplé, surchauffé et surpuant. Ce genre de décalage spatial ressemble un peu à son cousin, le décalage horaire : même impression de se mouvoir dans du coton, de marcher à côté de ses tongs, de ne pas être tout à fait entré dans sa peau.
 
Il suffit souvent d’un rien pour que ce malaise disparaisse comme une bulle que le vent crève. Pour Le Plouc, ce rien a été offert par le chant du métro numéro 5. Car ce métro-là chante, voyez-vous. Ou plutôt entendez-vous. Cette particularité est-elle due au fait qu’une bonne partie de son trajet se déroule à ciel ouvert ? On peut en douter puisque son récital commence dans une section souterraine, de la station « Campo-Formio » pour s’arrêter à la suivante, « Place d’Italie » qui en constitue le terminus.
Le concert s’ouvre sur une aria de grincements d’aiguillage terrifiante qui fait songer à la craie sur le tableau noir, à la fraise dans les mains d’un dentiste parkinsonien, au frottement de griffes de fer sur l’acier. Puis, le son s’empire. Il rappelle alors le cri du chat lorsqu’on marche sur sa queue. 
 

 On franchit, un degré de plus : le chant métropolitain (pour être honnête) atteint l’insupportable absolu : c’est-à-dire les hurlements d’une de ces pisseuses-rockeuses du genre Britney J’perce.
S’habituerait-on au pire ? L’ a cappella du 5 devient presque supportable. On croirait ouïr Tina Turner : ça gueule autant mais au moins sans fausses notes.
 

Et voilà que le métro tourne à l’opéra classique : plus de grincements, plus de saccades éructantes mais un long chant d’une pureté de cristal. Après Britney J’perce, Nathalie Dessay. Après les crampes d’estomac et le besoin de tuer son voisin, la joie des oreilles et l’envie d’embrasser tout le monde (attention au virus Machin, quand même !).
Le métro s’arrête en même temps que le récital. Et en cinq minutes, Le Plouc a réintégré entièrement son être parisien. Merci la RATP !

Jean-Noël Cuénod 
 

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