01/09/2009

Le métro qui chante

(Photo Gérard Métron: le métro No 5 roule sur le pont de l'Arsenal. Le concert va commencer dans quelques minutes)Metro5Gérard Métron Quai de la Rapée.jpg

En séjournant un mois dans le Périgord, Le Plouc a perdu ses repères parisiens (mais point ses repaires, par bonheur !). Et le voilà tout chose, en retournant se faire éblouir par la Ville Lumière. En passant de la campagne absolue à l’urbanisme extrême, on vit une sorte de zone étrange où l’esprit n’a pas encore quitté les champs et forêts alors que le corps se trimballe dans un métro surpeuplé, surchauffé et surpuant. Ce genre de décalage spatial ressemble un peu à son cousin, le décalage horaire : même impression de se mouvoir dans du coton, de marcher à côté de ses tongs, de ne pas être tout à fait entré dans sa peau.
 
Il suffit souvent d’un rien pour que ce malaise disparaisse comme une bulle que le vent crève. Pour Le Plouc, ce rien a été offert par le chant du métro numéro 5. Car ce métro-là chante, voyez-vous. Ou plutôt entendez-vous. Cette particularité est-elle due au fait qu’une bonne partie de son trajet se déroule à ciel ouvert ? On peut en douter puisque son récital commence dans une section souterraine, de la station « Campo-Formio » pour s’arrêter à la suivante, « Place d’Italie » qui en constitue le terminus.
Le concert s’ouvre sur une aria de grincements d’aiguillage terrifiante qui fait songer à la craie sur le tableau noir, à la fraise dans les mains d’un dentiste parkinsonien, au frottement de griffes de fer sur l’acier. Puis, le son s’empire. Il rappelle alors le cri du chat lorsqu’on marche sur sa queue. 
 

 On franchit, un degré de plus : le chant métropolitain (pour être honnête) atteint l’insupportable absolu : c’est-à-dire les hurlements d’une de ces pisseuses-rockeuses du genre Britney J’perce.
S’habituerait-on au pire ? L’ a cappella du 5 devient presque supportable. On croirait ouïr Tina Turner : ça gueule autant mais au moins sans fausses notes.
 

Et voilà que le métro tourne à l’opéra classique : plus de grincements, plus de saccades éructantes mais un long chant d’une pureté de cristal. Après Britney J’perce, Nathalie Dessay. Après les crampes d’estomac et le besoin de tuer son voisin, la joie des oreilles et l’envie d’embrasser tout le monde (attention au virus Machin, quand même !).
Le métro s’arrête en même temps que le récital. Et en cinq minutes, Le Plouc a réintégré entièrement son être parisien. Merci la RATP !

Jean-Noël Cuénod 
 

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Commentaires

Voilà un article qui va faire grand bruit!

Écrit par : Père Siffleur | 01/09/2009

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