16/08/2009

La Sarkorelance vécue par le libraire de Nontron

BNP.jpgSous le rude cagnard du Périgord, Le Plouc fait quand même ses devoirs de vacances. Ecouter  Jacques Attali dans l’émission « Le Sens des Choses » sur France-Culture,  par exemple. Un glaçon d’intelligence dans le pastis radiophonique est ce genre de plaisir qui ne se refuse pas lorsque le mercure lorgne les 40 degrés au-dessus de zéro.
Cela dit, avec l’invité de dimanche soir (16 août 2009) la langue de silicone était à craindre, puisqu’il s’agissait d’un banquier, une espèce humaine dont le babil lourdingue a la crédibilité de celui des journalistes. Et ce n’est pas peu dire. Eh bien, sur un point au moins, nos craintes ont été vérifiées.

 En effet, ledit invité, Baudoin Prot, directeur général du groupe BNP-Paribas, a affirmé que les banques – en tout cas la sienne – n’ont pas cessé d’octroyer des crédits aux entreprises de toutes tailles et aux artisans. Et si les crédits étaient moins nombreux cette année, cela ne résultait pas de la mauvaise volonté des banques, mais du nombre moins important d’emprunteurs.
Petit rappel : la France a réservé 10,5 milliards d’euro pour aider les établissements bancaires à réinjecter des crédits dans la machine économique grippée par l’absence de… crédits après la tourmente financière.
 Voilà donc la vision de la Sarkorelance, vue de tout en haut (NontronVerti.jpgsiège de BNP-Paribas-photo), à Paris, capitale de la France et du Cosmos réunis

Vu de tout en bas, à Nontron, sous-préfecture de la Dordogne, le paysage paraît fort différent. Ce bourg du Périgord Vert (photo) abrite une librairie d’excellent niveau. Une vraie librairie. Avec des vrais livres et un vrai libraire. Et que dit-il ? «De l’avis de tous les commerçants et de tous les artisans de la région, les banques ne prêtent plus rien. Et ceux qui votent à droite se montrent particulièrement virulents contre ces établissements et la politique du gouvernement. Pour ma part, j’ai saisi le Médiateur du Crédit qui est censé plaider notre cause auprès des banques. Cela fait quatre mois que j’attends une réponse. Ce service est complètement débordé. »

D’où l’impression que les dirigeants des banques ont profité de la crise pour encaisser l’argent de l’Etat afin de continuer à se goinfrer. Comme avant. Vision superficielle ? Vision populiste ? Peut-être. Eh bien que les banques prouvent le contraire ! Dans les faits.

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Beaurecueil, commune de Saint-Sulpice-de-Mareuil (Dordogne)

 

 

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Commentaires

Je ne connais pas des millions de gens, dans l'économie, mais je connais un entrepreneur qui se plaint depuis des années de son banquier, qui ne veut rien lui prêter, selon lui. Or, c'est un garçon sympathique, et inventif, mais mon sentiment est qu'il a en général vu trop grand, qu'il fantasme trop notamment sur les nouvelles technologies, qu'il manque de réalisme, et je pense qu'un banquier peut s'en apercevoir. Je connais aussi un chef d'entreprise de la vallée de l'Arve qui me dit qu'il doit investir chaque année et qu'heureusement qu'il avait des réserves, puisque les banques prêtent moins; mais justement, comme il avait des réserves, et un carnet de commande toujours rempli, il n'a pas de souci, pour le moment. Quant aux librairies, vraies ou non, comme tout le monde dit que le commerce du livre rapporte de moins en moins, cela n'a peut-être rien à voir avec la crise. L'erreur est peut-être de regarder le banquier comme un mécène, alors qu'il pense surtout à son propre emprunt, effectué pour acheter un yacht ou une maison au bord de la mer. Sans doute, les banquiers manquent d'esprit de "service public", mais les éditeurs eux-mêmes éditent souvent des livres sans intérêt parce qu'ils se vendent bien, et les libraires, pareil. Parfois, même, des journalistes abordent des sujets sur lesquels il n'y a rien de nouveau à dire, mais qui suscitent toujours un intérêt plus ou moins sain, dans le public. L'Islam, par exemple. Mais il y en a d'autres. On peut aussi estimer que celui qui sait ce que doit faire le banquier peut se faire banquier lui-même. Il est toujours désagréable d'être sous la tutelle morale de l'Etat, surtout quand on voit que les agents de l'Etat eux aussi attendent souvent les rentrées fiscales, et ne se soucient du bien public pas autant qu'ils en parlent. Et puis, comment corriger les autres? Ils ne peuvent se corriger que par eux-mêmes. Même les sanctions sont simplement là pour les empêcher d'agir, et non pour réformer leurs pensées: car ce serait vain.

Sinon, le glaçon d'intelligence, il ne comportait pas un peu de saveur de la prétention?

Écrit par : Rémi Mogenet | 17/08/2009

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