07/08/2009

La poésie, cet état d’être à découvrir

Il y a dans l’été, cette vacuité qui n’est pas due qu’aux vacances. Si elle n’a pas pris ses quartiers d’hiver en août, la chaleur y participe en favorisant les siestes, crapuleuses ou non. Et si, la pluie se fait pressante, la regarder couler le long d’une vitre hypnotise. L’été, c’est l’apesanteur. C’est donc le moment privilégié pour découvrir ou redécouvrir la poésie.

Sources insoupçonnées

Il faut tout d’abord dépolluer ce mot de toutes les images poisseuses et gnangnan qui lui collent à la peau. La poésie n’a rien à voir avec ce qu’un vain peuple lui attribue: les jolies fleufleurs et les p’tits noiseaux. C’est-à-dire tout ce que de mauvais profs ont ânonné à leurs victimes, tout ce que des décennies de chansonnettes cucul-la-prâline ont débité dans les boîtes à babil et autres moulins à guimauve. La poésie, c’est la force qui vient des profondeurs. De toutes les profondeurs, de la terre, du ciel et surtout de chaque humain. Chacun possède ses rivières souterraines, ses sources insoupçonnées qui ne demandent qu’à sourdre. Mais le reste de l’année, l’industrie des abrutissements divers fait trop de bruits pour que l’oreille intérieure en perçoive les murmures.
L’été venu, jetez-vous donc à l’eau. Dans votre eau. Découvrez le chemin qui conduit à vos torrents occultes. Pour briser ces roches qui vous en interdisent l’accès, il suffit de peu. Et de beaucoup.
De peu, quelques vers et un air de guitare fournissent la dynamite nécessaire.
De beaucoup, il faut savoir faire silence. Ce qui demeure la tâche la plus rude.

Chacun voit midi à la porte de ses rêves

Mais la chandelle en vaut le jeu. Dès que jaillit votre geyser de poésie, cette excursion marquera toute votre vie. Bien plus qu’une visite aux Chutes du Niagara. Il est impossible de décrire vos impressions lorsque ce moment magique surviendra. Elles n’appartiennent qu’à vous. Car, la poésie porte votre mystère personnel. Chacun voit midi à la porte de ses rêves. La poésie est donc un état d’être.
Le mot «poésie» désigne également cet art littéraire particulier et qui consiste, selon Paul Valéry, à «restituer l’émotion poétique à volonté, en dehors des conditions naturelles où elle se produit spontanément et au moyen des artifices du langage». Ce qui différencie la poésie de la prose? Le nombre qui créé le rythme. Le poème est une bande de nombres qui prend les mots en otages. Pour rançon, elle exige de l’attention. Ce n’est pas cher payé pour un tel bonheur.
Mais attention à cette «attention». Il ne s’agit pas de la concentration crispée prônée par le dressage scolaire, mais d’une disponibilité attentive à se laisser emporter par la langue. On ne saurait lire un poème en essayant laborieusement de comprendre «ce que l’auteur a bien voulu dire par là». Si vous vous trouvez dans cette disposition, mieux vaut laisser tomber le bouquin.

L’essentiel

 L’essentiel ne tient pas dans ce que le poète a cherché à exprimer, mais s’inscrit au cœur des images, sensations, songes que son poème a fait naître en vous.
Quel poète choisir? Les rarissimes occasions où les médias causent poésie, ils n’expulsent de leur mufle que les noms d’auteurs morts. Préférez donc les vivants. Francis Coffinet, par exemple, dont «L’Argile des voyous» a paru aux éditions Alidades à Evian. En voici un extrait:

La nuit, les lentes caravelles 

 sortent de l’arcade sourcilière

 sur chacune d’elles, debout,

 l’un de nos ancêtres.


Jean-Noël Cuénod, correspondant à Beaurecueil - Saint-Sulpice-de-Mareuil

13:17 | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook | | |

Commentaires

Félicitations pour ce magnifique billet, bravo !

Ah si toutes les rédactions du Monde pouvaient envoyer un correspondant particulier à Beaurecueil - Saint-Sulpice-de-Mareuil, je suis sûr que le Monde s'en porterait mieux ...

Vive la poésie et bonnes vacances !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 07/08/2009

Ce que la poésie fait naître en moi, c'est avant tout de la jalousie : comment est-il possible d'aligner si divinement et avec tant de sagacité des mots inusités et aux sons mélodieux.
Mais bon, ce que je dis est con, je dois manquer de poésie.

C'est vrai qu'aucun gymnasien (ou collégien) ne lit de poète contemporain ; c'est dommage : on a l'impression que la poésie est une activité appartenant à une période révolue et belle, et donc, fatalement qu'elle n'est plus accessible et qu'on ne l'étudie plus que pour faire joli, pour dire qu'on est "culturé".

Écrit par : danielle leghorn | 07/08/2009

Pour moi la poésie est une forme d'expression majeure. Elle contient les mots avec leur sens; les "illogismes" ou plutôt "néo-logismes", les juxtapositions qui ouvrent des chemins de traverse et qui peut-être mettent en place de nouveaux circuits neuronaux; les construction en déséquilibrent et qui ne tiennent que par le contrepoint que le lecteur leur donne en l'accueillant intérieurement; le rythme, tous les rythmes; la musique, symphonique, mélodique, hachée; la peinture par les images qu'elle dessine sous nos yeux; le théâtre par la mise en scène des émotions; la vision intérieure; la "transcendance", cette possibilité de donner un sens nouveau aux formes auxquelles notre regard s'était habitué et ne voyait presque plus.

Écrit par : hommelibre | 07/08/2009

sorry pour les fautes...

Écrit par : hommelibre | 07/08/2009

A mon avis, Jean-Noël, la poésie n'est pas un état d'être, mais un être en soi: une chose. Elle est constituée par des mots, qui sont des phénomènes sonores et idéels fixes. (Comme tout le langage, dont la poésie est une branche, qu'on reconnaît à la régularité rythmique.) Parler d'état d'être, c'est mystifier, je crois. L'état d'être, c'est le sentiment, et non la poésie. La poésie est objet du langage.

Par ailleurs, ceux qui ont chanté les oiseaux et les fleurs, en poésie, et qui ne sont pas ceux que vous dites, mais les trouvères mêmes, les inventeurs de la poésie lyrique française, ont pensé que la couleur des fleurs et le chant des oiseaux venaient bien des profondeurs du Ciel et, par conséquent, faisaient résonner profondément l'âme humaine. Le vrai problème est simplement venu que l'on a cessé de voir un lien entre le Ciel d'une part, les oiseaux et les fleurs d'autre part, et donc, que la poésie, formellement, a continué de chanter des objets simplements jolis, mais sans profondeur. Cependant, lorsqu'on décrit en poésie un sentiment réputé profond qui est simplement fort, on tombe au fond dans le même travers. Car il y a bien des fleurs fortement belles: il n'y a pas de différence.

Au demeurant, ce qui est beau, dans la poésie, c'est quand on a le sentiment que les vers épousent le rythme même des astres. Ou des heures, comme dans l'alexandrin! Car la profondeur est dans la forme, et pas simplement dans ce qui est nommé par les mots.

Écrit par : Rémi Mogenet | 08/08/2009

Erratum: "Le vrai problème est simplement venu DE CE que l'on a cessé de voir".

Écrit par : Rémi Mogenet | 08/08/2009

Je vous conseille vivement de lire Terre de Robert Fred, poète genevois. Ses vers vous porteront dans une aventure intérieure musicale. Parler de nos conditions humaines, sans quitter le sillon de la poésie, est la réussite de ce livre.

Écrit par : Verteprairie | 10/08/2009

Pour moi la poésie, c'est des tutus et des pointes qui dansent leur sarabande dans ma tête, accompagnés d'autant de mots qu'il me faut coucher sur le papier, sans quoi, ils m'empêchent de penser avec cohérence...Une fois que la poésie est déposée dans son écrin, je peux continuer à être moi, jusqu'à l'arrivée d'autres danseurs aux mots mêlées...Je ne vois pas la chose comme un problème, quand bien même quelques fois ils m'empêchent de m'endormir ou qu'ils me réveillent.Ils ne sont pour moi que la preuve que je vis intensément mes émotions, les joies et les peines de la vie quotidienne...
" Au demeurant, ce qui est beau, dans la poésie, c'est quand on a le sentiment que les vers épousent le rythme même des astres. Ou des heures, comme dans l'alexandrin! Car la profondeur est dans la forme, et pas simplement dans ce qui est nommé par les mots."
Au demeurant, ce qui est beau dans la poésie, c'est l'émotion que l'on y a placé...quel que soient les mots que l'on a employés pour ce faire....

Écrit par : dysanne | 11/08/2009

Oui, mais les mots ne peuvent pas, justement, à eux seuls, exprimer des émotions réellement profondes. Celles-ci ne trouvent leur butée, leur expression véritable qu'au travers des rythmes magiques que créent les sons entre eux: la musicalité du langage. La musique exprime mieux les émotions que les mots, et c'est pourquoi aux mots la poésie ajoute du rythme. Les mots donc importent peu, si on veut, mais l'absence de musicalité est rédhibitoire.

Ce que je contesterais, néanmoins, c'est que ce soit la nature de l'émotion, du sentiment, qui importe - au lieu de sa profondeur. Or, on voit beaucoup de poètes qui font surtout la publicité de leurs sentiments très nobles, de leur glorieuse âme. Peut-être qu'ils sont poètes, mais à mon avis, ce qu'ils font n'est pas toujours de la vraie poésie.

Écrit par : Rémi Mogenet | 11/08/2009

Merci à vous Monsieur Cuenod
Les terres françaises vous sont bienfaisantes et je suppose que ses vins ne sont pas en reste pour vous donner une telle ouverture. Je suis poète du moins m'a -t-on accordé ce statut aprés lecture de mes écrits qui sont des cris, dans toutes les tonalités des sentiments qui les génèrent.
www.catherineemery.com est le site qui donne une idée de leur délivrance.
Je reçois des appréciations qui me rassurent sur l'utilité de poursuivre leur diffusion et dont l'apothéose est : -"Madame aprés lecture de vos poèmes je tiens à vous dire "merci d'exister". et autres consécrations jubilatoires qui me consolent tout juste du dédain avec lequel les éditeurs et autres décideurs de ce qui est bon ou mauvais assènent face à un écrit en vers, "vous écrivez bien mais la poésie c'est pas "vendeur" désolééééééééééééééééééééé. Et moi dans ces moments j'ai envie d'user de mots grossiers pour leur fermer leur clapet. J'invoque les dieux qui protegent cet art pour les ruiner avec leurs romans vendeurs. Cette perspective suffit à me recomposer un sourire qui revient prendre sa juste place sur ma certitude que le poeme survit à tout. C'est dans l'air, la poésie est dans tout, l'oeil exercé sait le reconnaitre. Les grands maitres dans leur art l'invite et les chanteurs lui donne sa juste place. A l'internaute qui s'excusait plus haut pour ses fautes d'orthographes je répondrais qu'il ne faut surtout pas se censurer pour des détails simplement techniques, il y a un magnifique métier qui porte le nom de correcteur qui s'attache à les redresser.
bien à vous
Catherine Emery
www.catherineemery.com

Écrit par : emery | 11/08/2009

Et là, on a seulement envie de se taire comme pour écouter et ressentir son sang contre ses tempes, le ronronnement de notre Matou étendu de tout son long sur le lit et le ronflement de son copain lors de sa sieste...
Il fait chaud, les oiseaux se taisent en journée, les roses de la deuxième floraison nous accompagnent au jardin en fin de journée lorsque les oiseaux se remettent à manifester.
Il y aura un coucher de soleil indispensable à cette fin de jour et une lune presque pleine va lui succéder...

Je ne suis capable que de vous lire, vous les poètes et d'admirer ces mots si beaux ou si incongrus ainsi que cette musique si parfaite ou si bizarre que vous avez la noblesse de nous proposer...
Merci à tous et toutes pour nous faire rêver et aller plus loin en nous

Écrit par : wilfredagnes | 12/08/2009

Les commentaires sont fermés.