30/07/2009

Les impasses de la société du "coup d'éclat" permanent

newFabris1.jpg

Silence radio à Châtellerault, ville de 35 000 habitants appartenant à la région Poitou-Charentes. L’usine New Fabris, l’un de ses fleurons industriels, meurt dans l’indifférence générale. 366 travailleurs sont ainsi expédiés à la casse, ce qui lèse directement plus d’un millier d’habitants et indirectement, la plupart des commerces et des associations qui font vivre cette sous-préfecture.
Soudain, miracle. Ruée des journalistes vers Châtellerault. En France et même au-delà, les «New Fabris» sont devenus des vedettes. Il a fallu qu’après leur énième communiqué jeté dans les poubelles des rédactions, les travailleurs menacent de faire sauter leur usine s’ils n’obtenaient pas 30 000 euros d’indemnités d’ici au 31 juillet.
Cette société du «coup d’éclat permanent» (François Mitterrand parlait du «coup d’Etat permanent» pour définir le gaullisme), ni les ouvriers de «New Fabris», ni leurs camarades des autres usines qui ont recouru aux mêmes menaces ne l’ont inventée. Au tissu social traditionnel qui se désagrège sous les coups d’une économie mondialisée et non-maîtrisée, s’est substituée la trame des médias.

Des médias ou des « immédiats » ?

Le mot de «médias» est d’ailleurs mal choisi et devrait être remplacé par «immédiats», car la communication est assurée en temps réel. Un clou chasse l’autre aussitôt. Dans ce carrousel, il faut donc marquer les esprits et aller toujours plus loin, frapper toujours plus fort. La majorité des sociologues — dont Guy Groux (lire son interview dans notre blogue parue le 15 juillet sous le tire : « Menaces de destruction d’usines, les causes d’une exception français ») — estiment que les ouvriers de «New Fabris» ne passeront pas aux actes. L’outil de travail est encore tabou. Certes, mais pour combien de temps encore?
Un jour ou l’autre, les superprovocations des superpatrons qui exigent de superindemnités pour récompenser les superpertes de leurs supergroupes risquent fort de faire franchir une étape supplémentaire dans la violence à des ouvriers plus désespérés que d’autres.
D’autant plus que les salariés disposent de moyens de pression beaucoup plus réduits qu’auparavant. Que signifie de faire la grève dans une fabrique en liquidation?

Capitalisme à visage inhumain

De même, les propriétaires de ces usines — dilués dans le capitalisme financier international — n’ont plus de visage. Le patron «ancienne formule» devait affronter toute une ville qui le connaissait, dont il était le notable. Et réfléchissait à  deux fois avant de prendre une décision qui, souvent, pouvait lui faire perdre un mandat électoral. Aujourd’hui, une usine n’est qu’un point sur une carte. Un point que l’on efface à des milliers de kilomètres de ses salariés.
Cela dit, cette escalade des coups d’éclat aboutira en fin de compte à un échec. Grâce à eux, certains ouvriers ont obtenu des indemnités. Mais si la violence s’accroît, la plus grande partie des salariés ne suivra plus. Elle ne sera le fait que de quelques «têtes brûlées». Or, aucun mouvement collectif ne peut être durablement dirigé par des marginaux.

Impasses

Les salariés se retrouvent donc devant une série d’impasses. Les moyens de lutte traditionnels ont prouvé leur obsolescence. Et la violence aveugle ne constitue pas une solution.
Les syndicats et les partis de gauche sont ainsi placés devant une responsabilité historique. Soit, ils trouvent en eux, les forces de propositions qui donneraient un motif d’espoir aux salariés. Soit, les démagogues extrémistes désigneront quelque bouc émissaire à la colère sociale. Du «coup d’éclat», on passerait ainsi au régime de la haine.

 

Jean-Noël Cuénod

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27/07/2009

Il y a comme un Sarkomalaise…

Sarkojogging.jpgDans le parc de Bercy-Village, tout près de la Seine, là où jadis les vignerons s’évertuaient à rendre buvable la piquette parisienne, Le Plouc se livre à un duel avec le soleil qui a pour objectif une glace à l’amarena. Assez logiquement, Le Plouc s’efforce de la manger. Alors que l’astre suprême cherche à la faire fondre le plus vite possible.
Le combat est arbitré par la sonnerie du portable. A l’autre bout du fil, le meilleur des confrères journalistes, l’excellent Jean-François Verdonnet, annonce que le président Sarkozy est victime d’un malaise.
La glace n’est plus qu’un souvenir. Le soleil a gagné. Le Plouc doit quitter la torpeur du parc pour la touffeur du boulevard de Port-Royal. Et faire le pied-de-grue devant l’entrée du Val-de-Grâce bouclée par des flics en civils – reconnaissables à leur mine arrogantissime de types vachement dans le secret des dieux – et d’autres en uniforme, armés jusqu’à la visière de casquette.

Sorcière aux dents vertes

C’est là - dans cet hôpital militaire qui représente la fine fleur de la technologie médicale - que Nicolas Sarkozy est soigné à la suite de son « malaise vagal », devenu par la suite « malaise lypothimique d’effort ». Au fil des ondes, les médecins expliquent qu’il s’agit, en gros, d’un coup de pompe, d’une de ces fringales qui vous donnent l’envie d’enterrer votre vélo ou votre paire de Naïques ou d’Adidasses. Bref, d’une défaillance que provoque l’effort produit en pleine chaleur par un homme surmené. Les cyclistes appellent ça « la sorcière aux dents vertes ».

Sur les pentes du Salève, vers la Croisette

Le Plouc se souvient d’un coup de fringale monstrueux qui s’est abattu sur lui, alors qu’il ahanait à vélo sur la montée vers La Croisette au Salève, dans l’un des lacets du milieu, celui qui élève la route jusqu’à l’indécence – oui, vous avez compris, là où Ocaña s’est envolé vers la victoire au Tour de France 1973. La tête vous tourne. Sensation de n’avoir plus la moindre goutte d’essence dans le moteur. L’esprit est vidé. La nausée vous tord l’estomac. Vous avez l’impression que votre existence se termine là, sur les gravillons qui bordent la route. Obligé de s’arrêter. De se coucher. D’attendre que ça passe. Mais ça ne passe pas. On se remet quand même debout. On prend sa bécane en flageolant et on la pousse en marchant avec des pas de grand-mère arthritique.
Des gars à vélo -  fringants, eux – vous dépassent en vous traitant de facteurs retraités et de panosses usagées. A l’épuisement, s’ajoute la honte. Et lorsque l’auberge des Bovagne devient visible, on préfère éviter de nouvelles avanies. Arrivé au bercail, du thé noir bien sucré et un petit roupillon suffisent à vous remettre d’aplomb.

Branle-bas de combat médical

C’est là qu’on s’aperçoit que les Présidentdelarépubliques sont tissés d’une autre étoffe que celle qui trame le citoyen mortel. Pour parer à ce coup de pompe, Nicolas Sarkozy a bénéficié aussitôt de l’aide de son médecin personnel qui doit le suivre partout avec sa trousse. Ensuite, un hélicoptère transfère la Précieuse Personne à l’hôpital du Val-de-Grâce. Là, des équipes médicales prennent en charge le Grand Chef et lui font subir une batterie d’examens neurologiques, cardiologiques, sanguins, sans oublier l’IRM.
Avec son thé noir sucré, Le Plouc à l’air vraiment couillon.

En détaillant les soins attentifs prodigués par l’élite médicale parisienne à Nicolas Sarkozy, Le Plouc songe à sa Plouquette qui a subi, l’an passé, une déchirure du mollet au Centre national de la Danse à Pantin. Transportée en ambulance à l’Hôpital Avicenne de Bobigny, elle a dû attendre longuement qu’on s’occupe de son cas. Puis, après un examen rapide, elle fut installée dans un couloir sans autre explication qu’une ordonnance pour porter des béquilles et passer une échographie. Car cet examen ne pouvait pas être accompli dans l'établissement de Bobigny !

Evidemment, ni Le Plouc, ni la Plouquette ne détiennent le feu nucléaire dans leur sac à dos…

 

Jean-Noël Cuénod

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25/07/2009

Régimes totalitaires: la preuve par la casquette

Comme vous le savez, Le Plouc travaille du chapeau. Il lui arrive même d'avoir la tête près du bonnet. Un jour où, justement, il avait renoncé à porter son entonnoir malgré les assauts appuyés du soleil, il fut traversé par cette idée digne de son cerveau liquéfié: il existe un moyen infaillible pour mesurer le degré d'autoritarisme d'un Etat. Lequel? La taille des casquettes d'officiers. Plus ce couvre-chef est large et imposant, plus le régime est totalitaire. De même, plus il est étroit et riquiqui, plus le régime est démocratique. Le Plouc vous en administre illico la preuve.Casquette1.jpg 

Regardez cette casquette d'officier supérieur de la Wehrmacht. Rien qu'à l'apercevoir, comme ça, sans son propriétaire tudesque, on ressent l'irrépressible besoin de claquer les talons. Ou de prendre ses jambes à son cou. Elle appelle la soumission et propulse celui qui la porte dans le Walhalla des dieux germaniques. C'est une vraie casquette de nazi, le sommet de l'horreur en matière de totalitarisme.

 

Casquette2a (BRD).jpgLa casquette bleue à droite provient du même pays.

Pourtant, elle est nettement plus étroite que l'autre, plus basse, plus moche aussi. On dirait une gapette de chef de gare. Elle vous embarque pour Bonn, non pas vers le Walhalla. Normal: il s'agit du couvre-chef d'un officier de l'armée de l'air de la République fédérale allemande. Le pays est devenu démocratique et cette évolution a désenflé les casquettes militaires.

Casquette2 (DDR).jpgToutefois, dans la partie prise par la pogne de Staline, l'Allemagne de l'Est, les couvre-chefs sont restés impressionnants. Ils n'ont subi aucune cure d'amincissement. Au nazisme a succédé le stalinisme. Mais les casquettes sont restées les mêmes, comme le démontre la troisième, à gauche.

Durant la Deuxième guerre mondiale, alors que les officiers nazis arboraient leur somptueux casquette2B(GB).jpgcouvre-conneries, les militaires britanniques chaussaient cette chose informe et toute plate (quatrième casquette, à droite) dont la modestie témoignait de leur respect des droits de l'homme. A petite casquette, grande démocratie.

A la même époque, les officiers soviétiques combattaient aussi Hitler. Et avec quel courage et quel talent stratégique-tactique. Non seulement, ils déjouaient les plans casquette3(urss).jpgmachiavéliques des maréchaux nazis, mais ils devaient encore réparer les erreurs, parfois monstrueuses, de Staline. Si nous leur devons d'avoir échappé au nazisme, il n'en demeure pas moins que ces héros authentiques servaient une dictature. Une fois de plus, la preuve par la casquette illustre ce processus (cinquième, à gauche).

Durant la guerre froide, la Roumanie figurait parmi les plus féroces des tyrannies de l'Europe orientale. Cette casquette6(Roumanie).jpgaspect se retrouve dans leur casquette, à la mesure de la folie du conducator Ceaucescu (sixième, à droite)

Casquette5(Chine).jpgQuant aux Chinois, ils ont beau prétendre avoir accompli des pas de géant sur le chemin de la démocratie, des droits de l'homme et de l'Etat de droit, l'ampleur des casquettes de leurs officiers nous démontre le contraire. Ce chef d'oeuvre de la mode militaire tient à la fois du grand chic stalinien et des coiffes impériales (septième casquette, à gauche).

Et maintenant, passons au pays de la démocratie directe, du référendum tous les deux mois, des recours muliples, des pétitions pléthoriques, des ministres qui font rire ou roupiller. Et visez un peu le képi de nos officiers (huitième à gauche): étroit et bas de plafond, on dirait un porte-tagliatelles. Casquette8.jpgAucun doute n'est permis. La Suisse est bel et bien une démocratie.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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23/07/2009

La beauté des nombres modèle la musique et la vie

TABACHNik.jpgSur le front des lectures de vacances, deux tactiques se dessinent. Soit emporter sur la plage un polar bien ficelé ou une de ces œuvrettes de gare légères comme un nuage de brumisateur. Soit empoigner un bouquin qui excite la réflexion. Dans le premier cas, on demeure dans la tonalité reposante qui sied à cette période. Au risque de lire les mêmes livres que durant le reste de l’année. A quoi bon avaler ces textes qui servent à préparer le sommeil quotidien? Dans le second, on choisit l’exigence qui, le plus souvent, mène à des découvertes étonnantes, change le point de vue sur le monde, fait avancer et grandir.

Un jour, Platon. Un autre, Potter

A l’échelle des livres, on se trouve donc devant l’alternative classique en juillet et en août: roupiller sur la plage ou marcher en montagne? Se reposer quitte à s’ennuyer ou découvrir de nouveaux horizons au risque d’attraper des ampoules? Cela dit, on peut aussi mélanger les deux termes. Une semaine à la montagne. Une autre à la mer. Un jour, Platon. Un autre, Potter.

Si vous avez choisi de dérouiller vos neurones, «De la musique avant toute chose» (Editions Buchet-Chastel) sera le bon guide. Ecrit par le chef d’orchestre et compositeur genevois Michel Tabachnik (photo en haut à gauche) et préfacé par le fondateur de la médiologie, Régis Debray, ce livre m’a ouvert des horizons qui m’étaient jusqu’alors interdits. Parmi ces nouveaux paysages, figurent au premier plan ceux tressés par le compositeur Iannis Xenakis. Avant la lecture de ce bouquin, cette musique me chassait de sa sphère. Impossible d’y pénétrer. Mes oreilles demeuraient fermées à ces sons passés à la broyeuse. Après avoir lu le long passage que Tabachnik consacre à celui qui fut pour lui un frère aîné, j’ai tenté, en tremblant presque, d’écouter des œuvres de Xenakis pour piano ainsi que ses Jonchaies, A l’île de Gorée et La déesse Athéna.

Langue d’avant le langage

Le miracle alors s’est produit. Comme si une membrane invisible mais solide s’était soudain déchirée: je parvenais dans un autre monde. Ces sons qui jusqu’alors me semblaient dépourvus d’humanité et d’émotion me parlaient une langue que je connaissais sans doute, mais que j’avais oubliée il y a plusieurs lunes. Une langue d’avant la naissance. Une langue d’avant le langage. Ce fut comme un retour à une source vaguement pressentie mais jusqu’alors défendue. Ce que je croyais mû par la décision arbitraire d’un compositeur, obéissait, tout au contraire, à un ordre éternel.

Que s’est-il passé? Dans son livre, Michel Tabachnik a évoqué la beauté des nombres et de leur ordonnancement. Et cette évocation a rendu tangibles ces nombres que l’on ne voit pas en tant que tel. Mais qui font sentir leurs effets dans chaque élément de la nature, dans chaque œuvre humaine. Comme ce «nombre d’or», cette «divine proportion» que l’on retrouve dans la spirale du coquillage et les dessins de Léonard de Vinci. Tout s’éclaire par le nombre.

Un avec le cosmos

En prenant conscience de cette richesse, l’humain est alors habité par cette conviction intime qu’il ne fait qu’un avec l’univers. Ainsi que l’écrit le chef d’orchestre, «l’homme n’est pas perdu dans l’indifférence de l’immensité cosmique où il aurait émergé par hasard (. . . ). Notre existence est inscrite dans les propriétés de chaque atome, étoile, galaxie, dans chaque loi physique qui régit le cosmos».

La musique, comme la poésie, articule son mouvement sur le nombre. Elle est la roue. Il est le moyeu. En route vers l’univers et la vie!

 

Jean-Noël Cuénod

 

(Ce texte a été publié jeudi 23 juillet 2009 en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève)

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17/07/2009

Il y aura deux procès Fofana ratés au lieu d’un seul!

Fofana2.jpg

Ce devait être le procès de l’antisémitisme. Ce sera celui d’une magistrature française aux ordres du gouvernement, lui-même relais zélé de l’émotivité médiatique. C’est tout ce que le Ministère de la justice a gagné en obligeant le procureur général de Paris à interjeter appel de quatorze condamnations sur 26 prononcées par la Cour d’assises des mineurs dans l’affaire du «gang des barbares». Le rapt et la séquestration du jeune juif Ilan Halimi, suivis de son assassinat après vingt-quatre jours de tortures, réclamaient plus de rationalité de la part du ministère nouvellement attribué à Michèle Alliot-Marie.

Il y aura donc un deuxième procès qui s’annonce aussi raté que le premier. Tout d’abord, il sera tronqué puisque l’accusé principal Youssouf Fofana n’y assistera pas, ayant écopé — à juste titre — de la peine maximale. Sans l’organisateur, on voit mal comment un nouveau procès pourrait être revêtu de cette vertu pédagogique qui a tant manqué au premier.

De nouveau à huis clos

Ensuite, ces débats bis risquent fort de se dérouler à huis clos comme lors du procès initial puisque Yalda, mineure de 17 ans au moment du crime, figure parmi les accusés qui seront examinés en appel. C’est sa présence qui avait entraîné toute la bande, y compris ses membres majeurs, à être jugée devant une Cour d’assises pour mineurs. Il en sera donc de même avec ce second procès qui — à moins que l’on trouve un biais juridique particulièrement subtil — se tiendra une fois de plus hors la présence de la presse et du public. Dans ces conditions, on voit mal comment donner un caractère exemplaire à ce bégaiement judiciaire.

L’impossible procès de l’antisémitisme

L’erreur fondamentale commise par les associations des droits de l’homme et les médias — faute que partage l’auteur de ces lignes — a été d’espérer que cette affaire pouvait se transformer en procès de l’antisémitisme. Or, à partir du moment où le dossier n’a pas été disjoint entre les 24 accusés majeurs et les deux prévenues mineures, cette partie était perdue d’avance. Cela dit, même si les débats s’étaient tenus en public, devant une Cour d’assises pour adultes, il est probable que ce procès de l’antisémitisme aurait été éteint par les provocations et les pitreries infantiles dont Fofana nous a gratifiés chaque fois qu’un micro recueillait ses propos. Avec lui et ses tristes sbires, il aurait été rigoureusement impossible d’élever le débat pour le porter vers l’exemplarité sociale. C’est le procès de la stupidité qui aurait été intenté. Rien de plus.

Mais il y a pis. Avec cet appel ordonné directement au Parquet général par la ministre de la Justice, les accusations contre le fantasmatique «lobby juif» sont en train de crépiter sur Internet dans le genre: «Vous voyez bien, il a fallu que la famille Halimi fasse pression sur la ministre pour qu’elle obtempère. » Cette réaction erronée se trouve renforcée par le fait qu’il est rarissime que le Ministère de la justice réclame un appel alors que les peines prononcées ne se sont guère écartées de celles requises par l’accusation, comme ce fut le cas au procès Fofana.

La méthode Sarkozy

Donc, loin de combattre l’antisémitisme, le recours en appel du ministère lui donne un mauvais prétexte. Soyons clairs: cette initiative ministérielle ne doit rien à quelque «lobby juif», mais tout à la politique sarkozyenne qui exige que les ministres s’agitent dès que l’émotivité médiatique s’excite. On réagit d’abord. Et on réfléchit après. Si on a le temps.

 

(Cet article a paru en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève mercredi 15 juillet 2009)


Jean-Noël Cuénod, Correspondant permanent à Paris

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15/07/2009

Menaces de destruction d’usines : les causes d’une exception française

Après avoir couru comme un chien de chasse à la poursuite de l'info explosive à Châtellerault, Le Plouc rentre à la niche parisienne. Et demande au sociologue français Guy Groux - directeur de recherche au CNRS et au Centre de sciences-po, le CEVIPOF - de lui expliquer pourquoi les ouvriers français veulent "tout faire péter". On va le voir, ce spécialiste des conflits sociaux nous relativise la chose.

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13/07/2009

Ils veulent faire sauter leur usine: «On ne peut plus être raisonnable!»

NewFabris.jpg

 

Les salariés qui occupent New Fabris dans le centre de la France menacent de faire exploser leur usine (Photo: bonbonnes de gaz disposées dans ce site de 27 000 m2). Reportage intégral. Version plus courte publiée dans la Tribune de Genève et 24 Heures de mardi 14 juillet).


Sous la pluie lundi matin, la zone industrielle Nord de Châtellerault n’a rien de réjouissant. L’ambiance est encore plus lourde dans ce qui fut, il y a peu, le joyau de cette ville de la Vienne, au centre de la France : l’usine New Fabris dont les 366 salariés fabriquaient des équipements d’automobiles et travaillaient à 86% pour deux seuls constructeurs : PSA (Peugeot-Citroën) et Renault.

L’imparfait est de rigueur puisque depuis un mois, cette usine qui appartenait au groupe italien Zen a été placée en liquidation judiciaire. Actuellement, elle est occupée par les travailleurs. Qui réclament une indemnité « extralégale » de 30 000 euros pour chaque salarié, non pas à leur ancien propriétaire  - dont plusieurs usines en France connaissent le même sort que celle de Châtellerault – mais à ses deux clients quasi exclusifs, PSA et Renault.
Les ouvriers veulent que ces deux géants achètent à bon prix les pièces d’auto stockées dans l’usine afin de parvenir à ces 30 000 euros par salariés (lire aussi ci-dessous).

« Le central électrique sautera en premier »

Un grand cercueil marque l’entrée du site de New Fabris – imposante surface de 27 000 m2 – et sur l’un des murs, figure cette inscription à la peinture rouge : « On va tout brûler ! ». En effet, les ouvriers menacent de faire exploser toute l’usine le 31 juillet prochain, s’ils n’obtiennent pas cette indemnité « extralégale ». « Nous avons placé les bonbonnes de gaz aux endroits stratégiques. C’est le central électrique qui sautera en premier », nous explique un ouvrier qui nous fait visiter le site occupé.

Indemnité « légale » et indemnité « extralégale »

Après les séquestrations de patrons, les usines qui explosent ? En tant que délégué syndical de la CGT, Guy Eyermann n’a-t-il pas conscience de franchir un cran supplémentaire dans la violence sociale? « C’est la colère qui domine. Elle surmonte la raison. Vous savez, on ne peut plus être raisonnable. Nous avons été virés comme des malpropres. Du jour au lendemain, PSA et Renault ont cessé leurs commandes. Les 366 salariés seront jetés à la rue après, parfois vingt ou trente ans de travail. Près d’ici, une autre usine va fermer et d’autres s’apprêtent à licencier. Impossible de retrouver un emploi. Plusieurs d’entre nous se sont endettés pour acquérir une petite maison. On va tout perdre, tout ! Alors, la raison, hein ? »
Si les « Fabris » veulent une indemnité « extralégale », c’est que l’indemnité « légale » est plutôt maigre comme nous l’indique Françoise, une opératrice : « Après huit ans de travail, je toucherai 2 700 euros. Je fais quoi avec ça ? »

Directeur solidaire avec les ouvriers

Directeur du site, Pierre Réau avertit d’emblée avec un petit sourire en coin : « Non, je ne suis pas un patron séquestré ! Et je soutiens l’action des salariés vis-à-vis de Renault et PSA qui nous ont lâchés sans prévenir, alors que dans ce genre de situation les constructeurs attendent un ou deux ans, le temps que l’usine retrouve un autre repreneur. D’autant plus que notre outil de production est performant. Nous avons même une chaîne de montage toute neuve. Je ne veux pas que tout ça parte en fumée. »


Les objectifs

Le délégué de la CGT Guy Eyermann nous explique les objectifs des "Fabris".

Les ouvriers de New Fabris disposent d’un atout, à savoir les pièces usinées pour PSA et Renault. Le premier groupe a d’ores et déjà proposé de les payer 9 euros l'unité, ce qui fait un total de 1,2 million d’euros. Si les deux constructeurs acceptent de les acheter 36 euros la pièce, on parviendrait ainsi à la somme de 11 000 euros, ce qui représenterait 30 000 euros d’indemnité « extralégale » pour chaque salarié.

L’Etat prié d’oublier ses créances

Même en obtenant de telles conditions, les « Fabris » ne seraient pas sortis d’affaire pour autant. En effet, l’Etat raflerait la plus grande partie du montant obtenu par ces ventes, au titre de la sécurité sociale et des AGS (garanties du paiement des salaires). C’est pourquoi, les délégués des salariés de New Fabris seront reçus lundi 20 juillet par le directeur de cabinet du nouveau ministre de l’Industrie, Christian Estrosi. Leur but : convaincre l’Etat d’abandonner sa position légale de créancier privilégié afin que les salariés de l’usine puissent recevoir le produit de la vente des pièces.

Un précédent ?

Après, il faudra convaincre PSA et Renault d’acheter à bon prix lesdites pièces. Ce qui sera tout sauf aisé. Les « Fabris » useront de cet argument : le groupe Zen, ancien propriétaire de l’usine de Châtellerault, possédait un autre équipementier français en difficulté, Rencast (dont un site est implanté à Thonon), qui vient d’être repris par GMD, basé à Saint-Etienne ; or, les deux gros clients de Rencast - les mêmes PSA et Renault ! – ont accepté de payer une indemnité « extralégale » de 27 000 euros, 3000 étant à la charge du repreneur GMD. Pourquoi ne pas faire pour New Fabris, ce qui s’est révélé possible avec Rencast ?, plaide le syndicaliste.

« Bon Dieu que c’est triste ! ».

En nous reconduisant vers la sortie, Patrick – 36 ans de boîte – a le cœur serré : « Bon Dieu que c’est triste, une usine qui ne tourne pas ! »


Une leçon

On l’aura compris, directeur, cadres et ouvriers sont tous embarqués dans la même galère qui prend eau de toutes parts. La lutte des classes a franchi une étape supérieure. Elle ne passe plus au sein de l’entreprise, elle confronte l’entreprise dans son ensemble à des conglomérats géants. Tout a changé d’échelle avec la mondialisation des échanges économique. Et ce mouvement durcira les rapports sociaux car il est plus difficile de se faire entendre lorsque le décideur se trouve à lointaine portée.

Jean-Noël Cuénod à Châtellerault

 

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10/07/2009

Calvin un demi-millénaire plus tard


Aujourd’hui 10 juillet, Jean Calvin naissait il y a 500 ans dans une ville de Picardie, Noyon. Bizarrement, nos cousins français se gardent bien de le prendre dans leur giron. Alors qu’ils annexent sans barguigner nos Jean-Jacques Rousseau, Benjamin Constant, Blaise Cendrars et tant d’autres gloires. Outre-jura, on lui colle même l’étiquette de Suisse. Superbe anachronisme : Genève n’entrera dans la Confédération helvétique que trois siècles après la naissance de Calvin !

Faut-il donc avoir honte de lui ? Serait-il cette manière d’Ayatollah aussi barbu que les intégristes du XXIe siècle que bien de blogueurs (blagueurs ?) dénoncent du haut de leur ignorance ? Loin de là. Et à ce propos, je renvoie les lecteurs à mon frère français en blogue, l’excellent Jean-Laurent Turbet (www.jlturbet.net).

Que reste-t-il de la pensée et de l’exemple de Calvin ?

 Dans la partie négative, plaçons, cela va de soi, l’exécution de Michel Servet, savant qui avait expliqué la circulation sanguine et s’opposait au dogme de la Trinité. Le théologien protestant Castellion avait vivement critiqué Calvin et les Genevois à cette occasion. Voici ce qu’il écrivait et qui reste – ô combien - actuel : Tuer un homme ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme. Quand les Genevois ont fait périr Servet, ils ne défendaient pas une doctrine, ils tuaient un être humain : on ne prouve pas sa foi en brûlant un homme mais en se faisant brûler pour elle. Donc, même à cette époque, la République de Genève, inspirée par Calvin, connaissait le débat public. D’autant plus que dans la plupart des autres pays européens, les bûchers ronflaient bien plus souvent  qu’à Genève, notamment dans les nations infestées par l’Inquisition.Signalons en passant que Castellion n’était pas Espagnol comme il est souvent affirmé. Il est né en … 1515 (date inoubliable !) tout près de Genève, à Saint-Martin-du-Frêne vers Nantua.
Autre élément discutable : le dogme de la prédestination. Dans cette optique, l’humain ne doit pas la vie éternelle à ses mérites. Elle n’est octroyée que par la seule Grâce divine. Nous sommes ainsi placés sous la coupe d’un Dieu arbitraire qui sauve celui-ci et damne celui-là dans l’absurdité. Mais il faut replacer ce dogme – qui n’en est plus un pour les protestants depuis le XVIIIe siècle – dans le contexte de l’époque. L’Eglise catholique, pour remplir les caisses du pape, vendait des « indulgences ». Plus le fidèle payait, mieux le curé priait pour les âmes damnées afin qu’elles montassent au Paradis. Il y avait même un tarif. Le moine Luther a lutté contre cette mise aux enchères des âmes mortes, ce qui constitue le point de départ de la Réforme. Dès lors, Calvin a insisté sur la « Grâce qui seule sauve » pour contrecarrer les « indulgences ».

Dans la partie positive, la démocratisation ecclésiastique pèse d’un poids considérable. Les institutions de l’Eglise de Genève décrétées par Calvin se sont révélées révolutionnaires, en confiant à tous et à chacun le sacerdoce, en détruisant le cléricalisme et en fondant les bases de la démocratie moderne. La pensée de Calvin a donc inspiré les révolutions américaine et française. A cet égard, il va beaucoup plus loin que Luther qui a conservé une partie des structures catholiques, notamment l’épiscopat.
Calvin, a aussi développé l’éthique de la responsabilité individuelle. L’humain est responsable de ses actes et ne peut pas compter sur l’absolution d’un prêtre qui aurait ainsi barre sur sa conscience. L’être est donc libre et seul face à Dieu. Avec Calvin, l’humain devient adulte.
Enfin, le réformateur s’est attaqué mieux que quiconque à ce vice de l’âme qu’est l’idolâtrie et qui a fait les ravages que l’on sait dans l’Allemagne hitlérienne, l’Italie mussolinienne, la Russie stalinienne et la Chine maoïste.

A l’évidence, la partie positive l’emporte sur la partie négative. Merci donc, Jean Calvin. Nous ne t’adorons pas, ainsi que tu nous l’as enseigné. Mais nous te respectons.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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08/07/2009

Am Anfang (le début) à l’Opéra-Bastille : un spectacle à voir les yeux fermés.

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Le Plouc a pris sa Plouquette sous le bras pour s’ébaudir à l’Opéra-Bastille et assister à la première d’une création mondiale : « Am Anfang (le début) », spectacle musical commandé à Anselm Kiefer par le baron belge Gérard Mortier, directeur de l’Opéra national de Paris, afin de fêter simultanément les vingt ans de Bastille et son départ, puisqu’il sera remplacé par le Suisse Philippe Jordan, fils doué d’Armin le regretté chef d’orchestre.

Disons-le d’emblée : Le Plouc s’y est emmerdé comme un ratckson mort. « Am Anfang » est à l’image de l’architecture de l’Opéra-Bastille : morne et mastoc.

La conception, la mise en scène, les décors et les costumes sont donc l’œuvre du peintre et sculpteur allemand Anselm Kiefer, un plasticien intéressant mais qui, en matière de mise en scène, se révèle d’un statique de statue. La composition musicale a été confiée au clarinettiste allemand Jörg Widmann qui sera artiste résident au Festival de Lucerne. Il dirige également l’Orchestre de l’Opéra national de Paris, avec l’aide du Zurichois Titus Engel.

Dans l’optique de Kiefer, « Am Anfang », contrairement à son titre, commence par la fin et illustre la désolation de notre époque actuelle : ruine et poussière. Les décors occupent la totalité de l’immense scène et s’élèvent sous la forme de tours désarticulées. La récitante Geneviève Boivin récite des versets du Premier Testament – notamment les prophètes Isaïe et Jérémie – qui vient apporter à ce réel actuel une touche d’éternel recommencement. Pendant ce temps, Lilith, symbole de la destruction, ravage l’œuvre des humains, en l’occurrence desam_anfang_1.jpg murs que, laborieusement, des figurants ne cessent d’élever.

La récitante est appelée la « chekhina » (orthographiée d’habitude : « shekhina ») et incarne, selon Kiefer, « le peuple juif élu et banni ». Ce qui est un contresens, puisque dans la tradition hébraïque la Shekhina évoque la présence divine qui, justement, ne peut pas être incarnée. Kiefer introduit donc une notion chrétienne dans un environnement juif, ce qui relève au mieux, de l’anachronisme et au pire, de la trahison.
Cela dit, Anselm Kiefer aurait pu bâtir une œuvre intéressante à partir de cette confrontation entre les deux traditions. Mais il n’en fait rien. Le spectateur assiste, accablé, à la vision de Lilith qui déambule, de la récitante qui joue son pasteur du Gros-de-Vaud en débitant les sentences vétérotestamentaires – et des figurants qui marchent en traînant les pieds dans la poussière pour figurer l’écoulement du temps.

L’accueil réservé à cette création fut donc plutôt froid. Même Dominique de Villepin – qui au début, distribuait les sourires bronzés – semblait hagard et sombre.

Tout est-il à jeter ? Non, la musique de Jörg Widmann dit parfaitement l’angoisse éternelle des humains devant leur pouvoir d’autodestruction. « Am Anfang » est donc un spectacle à voir les yeux fermés.

 

Jean-Noël Cuénod

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07/07/2009

Iran : la mollarchie prise dans la spirale de la surenchère

 

 

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06/07/2009

Faut-il effacer le mot « Dieu » ?

yhwh.jpg« Dieu » fait partie de ces mots qui n’ont pas de chance. L’histoire des humains les ont tellement triturés, malaxés, déformés, déviés de leur sens, transformés en leur contraire et trahis à tous les niveaux qu’on ne les reconnaît plus, qu’on ne distingue plus ce qui a fait leur vérité première. Mais dans le cas particulier du mot « Dieu », ce terme contenait dans son étymologie même les éléments qui ont permis les trahisons et les dérives.

« Briller »

Les linguistes s’accordent pour désigner sa source dans les langues originelles indo-européennes. La racine  en est « dei » qui contient la notion de « briller ». Ce qui a donné « Devah » en sanskrit, « Dios » en grec, « Deus » en latin. Et donc « Dieu » en français. « Dieu » serait donc « ce qui brille » ? D’emblée, le mot se voit donc réduit. La notion de « briller », renvoie à celle de reflet. Ce qui ne convient pas, puisque Dieu n’est pas un reflet mais la lumière elle-même. Dieu ne brille donc pas. Mais Il resplendit de lumière. Il est La Lumière. Ah bon ? Et l’ombre alors ? Elle fait autant partie de Lui que la Lumière !

הוהי 

Rattacher le mot « Dieu » à une notion visuelle est donc source d’erreurs, d’emblée. C’est pourquoi les Hébreux interdisaient de prononcer le nom ineffable de הוהי    Yod- Hé - Waw – Hé, soit le Tétragramme sacré   sauf une fois l’an, par le Grand Prêtre qui l’articulait en solitaire dans le Saint des Saints du Temple de Jérusalem. Dans nombre de versions de la Bible, on traduit de façon plus ou moins heureuse cet… Indicible par « Yahvé » ou « Jéhovah ».
Que signifie YHWH ? Là aussi, les traductions demeurent floues et s’accordent sur la notion d’être : « Je suis qui je suis », « Je suis celui qui suis », « Je suis l’étant », « Je suis celui qui est, a été, sera », entre autres explications. Mais au moins, contrairement au mot « Dieu », on va plus loin que la métaphore « brillante », malgré tout matérielle, même si elle évoque la lumière. Il s’agit de l’Etre dans toute son Eternité.

L’EtreEternel

C’est pourquoi le traducteur genevois de la Bible, Louis Segond, préférait traduire le Tétragramme sacré par l’Eternel. Mais alors il sacrifie la notion d’être. Dès lors, ne faudrait-il pas fabriquer – ou bricoler, soyons modestes – un autre terme tel que « EtreEternel », en deux mots collés l’un à l’autre pour signifier qu’entre l’Etre et l’Eternité, il n’y a aucun espace ?

Tout cela vous paraît bien abstrait ? Certes. Mais dès que l’on colle des éléments matériels à cet « EtreEternel », on introduit la possibilité de le transformer en idole, c’est-à-dire en objet d’une adoration qui peut conduire à l’aliénation. Quand on adore un reflet, on fait forcément fausse route. On est dupé. On manque la cible. Et l’on finit par prendre des vessies pour des lanternes et des dictateurs pour des dieux.

Les Hébreux, nos pères en Esprit, savaient ce qu’ils faisaient en guidant la Foi – chevillée au cœur des humains – vers l’adoration de l’Invisible et en interdisant le culte des images. On voit aujourd’hui à quels troubles de l’être ce culte conduit notre monde. 


Jean-Noël Cuénod

 

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02/07/2009

Le Coran, le Livre ou un mur?

Le Plouc a honte: il n'a pas assez remercié tous ceux qui lui ont souhaité un prompt rétablissement. Alors merci, tout s'est bien passé. Et je vous tiens à l'oeil!

 

 

Dans le dialogue entre musulmans et non-musulmans, il est un obstacle que personne n’est encore parvenu à déplacer ou à contourner : le Coran comme Révélation émanant directement de Dieu et qui, comme telle, n’a pas été créé. Le Prophète Mohammed n’était que le greffier de la parole divine transmise par l’Archange Djibril (Gabriel).

Le Coran compilé en quinze ans 


Certes, le dogme du Coran incréé n’est apparu que deux siècles après la mort du Prophète de l’islam. Et la compilation définitive du Livre a duré quinze ans, entre 632 et 647. Ces éléments pourraient faire douter de ce caractère absolu du texte coranique, émanation directe et pure du Verbe divin.

 


Pour un lecteur européen non-musulman, il y a, au moins trois Coran : le mystique, le législateur et le guerrier. Dès lors, si le premier peut relever de l’Eternel, les deux autres, eux, se situent sur le plan de la contingence humaine, forcément impermanente et imparfaite.
Bien entendu, un musulman se récrierait aussitôt en plaidant pour l’unicité de Dieu et de son Verbe qu’on ne saurait découper en tranches.
Pour les juifs et les chrétiens, la Bible est certes un texte sacré, mais il n’est pas l’émanation directe de Dieu. Sa Parole passe par le truchement des humains avec tout ce que cela suppose d’imperfections. On peut donc plus aisément placer les textes bibliques dans le contexte de l’époque où ils sont apparus. L’inspiration est divine, mais la transcription est humaine donc critiquable.

 


Lorsqu’il entame le dialogue avec un non-musulman, le fidèle de l’islam est pénétré par le fait que le Coran est supérieur à tout puisqu’émanant directement de Dieu. A un moment donné, la discussion cesse, dès lors que la Parole est intangible. Si vous énoncez un élément qui contredit tel ou tel verset du Coran, vous sombrez forcément dans l’erreur.

 La vision ouverte d'un ancien proche de Khomeiny

 
Alors, toute discussion est-elle impossible ? Non. Et l’espoir nous vient d’Iran, ce qui peut étonner compte tenu des circonstances présentes. Il est incarné par le professeur de mystique islamique Abdul Karim Soroush. Il a participé activement à la révolution de Khomeiny en 1979. Mais Soroush n’a pas ménagé ses critiques contre l’évolution prise par le régime des mollahs et a dû s’exiler aux Etats-Unis. Un site français aborde sa pensée (http://www.actualitte.com).
Pour ce penseur musulman libéral, le Coran n’est pas la transcription pure de la parole d’Allah mais une interprétation par le Prophète. Il précise ainsi sa pensée:

 


C’est un peu comme le principe des abeilles et du miel. Si Dieu a placé en elles la faculté de produire du miel, ce n’est pas Lui qui leur dicte comment faire. De même, quand un verset attribué à Mohammed rapporte qu’il faut trancher une main ou lapider à mort une femme adultère, ce n’est pas la parole divine qui est rapportée mais plutôt une indication sur les modes de fonctionnement et les règlements à l’époque du Prophète.

 


Cette opinion est encore bien minoritaire au sein de l’islam. Mais elle ouvre une brèche dans ce mur qui sépare les musulmans de ceux qui n’appartiennent pas à l’islam.

 

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte est paru en rubique "Perspective" de la Tribune de Genève jeudi 2 juillet)

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