30/07/2009

Les impasses de la société du "coup d'éclat" permanent

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Silence radio à Châtellerault, ville de 35 000 habitants appartenant à la région Poitou-Charentes. L’usine New Fabris, l’un de ses fleurons industriels, meurt dans l’indifférence générale. 366 travailleurs sont ainsi expédiés à la casse, ce qui lèse directement plus d’un millier d’habitants et indirectement, la plupart des commerces et des associations qui font vivre cette sous-préfecture.
Soudain, miracle. Ruée des journalistes vers Châtellerault. En France et même au-delà, les «New Fabris» sont devenus des vedettes. Il a fallu qu’après leur énième communiqué jeté dans les poubelles des rédactions, les travailleurs menacent de faire sauter leur usine s’ils n’obtenaient pas 30 000 euros d’indemnités d’ici au 31 juillet.
Cette société du «coup d’éclat permanent» (François Mitterrand parlait du «coup d’Etat permanent» pour définir le gaullisme), ni les ouvriers de «New Fabris», ni leurs camarades des autres usines qui ont recouru aux mêmes menaces ne l’ont inventée. Au tissu social traditionnel qui se désagrège sous les coups d’une économie mondialisée et non-maîtrisée, s’est substituée la trame des médias.

Des médias ou des « immédiats » ?

Le mot de «médias» est d’ailleurs mal choisi et devrait être remplacé par «immédiats», car la communication est assurée en temps réel. Un clou chasse l’autre aussitôt. Dans ce carrousel, il faut donc marquer les esprits et aller toujours plus loin, frapper toujours plus fort. La majorité des sociologues — dont Guy Groux (lire son interview dans notre blogue parue le 15 juillet sous le tire : « Menaces de destruction d’usines, les causes d’une exception français ») — estiment que les ouvriers de «New Fabris» ne passeront pas aux actes. L’outil de travail est encore tabou. Certes, mais pour combien de temps encore?
Un jour ou l’autre, les superprovocations des superpatrons qui exigent de superindemnités pour récompenser les superpertes de leurs supergroupes risquent fort de faire franchir une étape supplémentaire dans la violence à des ouvriers plus désespérés que d’autres.
D’autant plus que les salariés disposent de moyens de pression beaucoup plus réduits qu’auparavant. Que signifie de faire la grève dans une fabrique en liquidation?

Capitalisme à visage inhumain

De même, les propriétaires de ces usines — dilués dans le capitalisme financier international — n’ont plus de visage. Le patron «ancienne formule» devait affronter toute une ville qui le connaissait, dont il était le notable. Et réfléchissait à  deux fois avant de prendre une décision qui, souvent, pouvait lui faire perdre un mandat électoral. Aujourd’hui, une usine n’est qu’un point sur une carte. Un point que l’on efface à des milliers de kilomètres de ses salariés.
Cela dit, cette escalade des coups d’éclat aboutira en fin de compte à un échec. Grâce à eux, certains ouvriers ont obtenu des indemnités. Mais si la violence s’accroît, la plus grande partie des salariés ne suivra plus. Elle ne sera le fait que de quelques «têtes brûlées». Or, aucun mouvement collectif ne peut être durablement dirigé par des marginaux.

Impasses

Les salariés se retrouvent donc devant une série d’impasses. Les moyens de lutte traditionnels ont prouvé leur obsolescence. Et la violence aveugle ne constitue pas une solution.
Les syndicats et les partis de gauche sont ainsi placés devant une responsabilité historique. Soit, ils trouvent en eux, les forces de propositions qui donneraient un motif d’espoir aux salariés. Soit, les démagogues extrémistes désigneront quelque bouc émissaire à la colère sociale. Du «coup d’éclat», on passerait ainsi au régime de la haine.

 

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

L’heure approche des bidons de pétrole, auxquels réellement on fout le feu. Et ça, ce ne sont pas des mots en l’air mais de la chair grillée, réellement noircie au feu dans le voisinage.
ANTONIN ARTAUD, Lettre à H.Hartung, 1947

Écrit par : Azrael | 30/07/2009

Azrael, ne venez ajouter du Artaud dans cette affaire, c'est déjà assez compliqué comme ça, non mais !

Écrit par : Maurice | 30/07/2009

Média devrait peut-être se dire "immédiat", mais devrait alors s'écrire "e-média"!

Écrit par : Père Siffleur | 31/07/2009

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