17/07/2009

Il y aura deux procès Fofana ratés au lieu d’un seul!

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Ce devait être le procès de l’antisémitisme. Ce sera celui d’une magistrature française aux ordres du gouvernement, lui-même relais zélé de l’émotivité médiatique. C’est tout ce que le Ministère de la justice a gagné en obligeant le procureur général de Paris à interjeter appel de quatorze condamnations sur 26 prononcées par la Cour d’assises des mineurs dans l’affaire du «gang des barbares». Le rapt et la séquestration du jeune juif Ilan Halimi, suivis de son assassinat après vingt-quatre jours de tortures, réclamaient plus de rationalité de la part du ministère nouvellement attribué à Michèle Alliot-Marie.

Il y aura donc un deuxième procès qui s’annonce aussi raté que le premier. Tout d’abord, il sera tronqué puisque l’accusé principal Youssouf Fofana n’y assistera pas, ayant écopé — à juste titre — de la peine maximale. Sans l’organisateur, on voit mal comment un nouveau procès pourrait être revêtu de cette vertu pédagogique qui a tant manqué au premier.

De nouveau à huis clos

Ensuite, ces débats bis risquent fort de se dérouler à huis clos comme lors du procès initial puisque Yalda, mineure de 17 ans au moment du crime, figure parmi les accusés qui seront examinés en appel. C’est sa présence qui avait entraîné toute la bande, y compris ses membres majeurs, à être jugée devant une Cour d’assises pour mineurs. Il en sera donc de même avec ce second procès qui — à moins que l’on trouve un biais juridique particulièrement subtil — se tiendra une fois de plus hors la présence de la presse et du public. Dans ces conditions, on voit mal comment donner un caractère exemplaire à ce bégaiement judiciaire.

L’impossible procès de l’antisémitisme

L’erreur fondamentale commise par les associations des droits de l’homme et les médias — faute que partage l’auteur de ces lignes — a été d’espérer que cette affaire pouvait se transformer en procès de l’antisémitisme. Or, à partir du moment où le dossier n’a pas été disjoint entre les 24 accusés majeurs et les deux prévenues mineures, cette partie était perdue d’avance. Cela dit, même si les débats s’étaient tenus en public, devant une Cour d’assises pour adultes, il est probable que ce procès de l’antisémitisme aurait été éteint par les provocations et les pitreries infantiles dont Fofana nous a gratifiés chaque fois qu’un micro recueillait ses propos. Avec lui et ses tristes sbires, il aurait été rigoureusement impossible d’élever le débat pour le porter vers l’exemplarité sociale. C’est le procès de la stupidité qui aurait été intenté. Rien de plus.

Mais il y a pis. Avec cet appel ordonné directement au Parquet général par la ministre de la Justice, les accusations contre le fantasmatique «lobby juif» sont en train de crépiter sur Internet dans le genre: «Vous voyez bien, il a fallu que la famille Halimi fasse pression sur la ministre pour qu’elle obtempère. » Cette réaction erronée se trouve renforcée par le fait qu’il est rarissime que le Ministère de la justice réclame un appel alors que les peines prononcées ne se sont guère écartées de celles requises par l’accusation, comme ce fut le cas au procès Fofana.

La méthode Sarkozy

Donc, loin de combattre l’antisémitisme, le recours en appel du ministère lui donne un mauvais prétexte. Soyons clairs: cette initiative ministérielle ne doit rien à quelque «lobby juif», mais tout à la politique sarkozyenne qui exige que les ministres s’agitent dès que l’émotivité médiatique s’excite. On réagit d’abord. Et on réfléchit après. Si on a le temps.

 

(Cet article a paru en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève mercredi 15 juillet 2009)


Jean-Noël Cuénod, Correspondant permanent à Paris

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Commentaires

Vous avez sans doute raison ..... Mais sans doute devriez-vous vous occupez des magistrats de Genève et en particulier de votre propre Procureur Général qui classe les plaintes mettant en cause ses amis

N'oublions pas le Parquet qui se moque totalement de votre Code de Procédure Pénal, et des collusions et copinages constants qui prévalent sur l'application stricte de la loi !!
Et bien sûr de certains de vos Juges d'instruction totalement incompétents et en face desquels le Juge Burgos seraient un génie !

VOV

Écrit par : Paul Renner | 17/07/2009

Que vous avez raison dans votre conclusion en évoquant la méthode Sarkozy que j'appelle celle du grelot car il aime attacher le grelot pour un oui ou pour un non.
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Deux définitions :

Attacher le grelot :
Prendre l'initiative d'une action délicate ou hasardeuse, être le premier à attirer l'attention sur une personne ou une affaire qui semblait ne pas poser de problèmes.

Grelot :
Petite boule de métal creuse, percée de trous et contenant un morceau de métal qui la fait résonner dès qu'elle tremble ou s'agite.

Écrit par : Hypolithe | 17/07/2009

Certains sites Internet français montrent des commentaires intéressants à ce sujet. Sur Agoravox particulièrement, Bertrand Lemaire soutient la thèse de l'instrumentalisation de cette affaire pour en faire le procès de l'antisémitisme, alors que, Fofana mis à part, aucun des protagonistes n'a tenu des propos antisémites. Il pense que la longueur de la séquestration démontre que c'était une pure affaire crapuleuse pour obtenir une rançon, "puisque les juifs sont riches, ils paieront".
Quelqu'un pose aussi la question suivante : Et si un deuxième procés diminuait les peines ?
Que pensez-vous, M. Cuénod, de ces opinions, vous qui connaissez bien Paris ?

Écrit par : gamine | 17/07/2009

Pour info, voici une réaction de Laure Heinich-Luijier, avocate de l'un des accusés du procès (totalité du témoignage disponible sur le site de Rue89):

"Ceux qui veulent un autre procès souhaitent qu'il soit public et exemplaire, que ce soit le procès de « l'antisémitisme dans les cités ».

Savent-ils que 2 seulement des 26 accusés [Youssouf Fofana et « Zigo », ndlr] étaient renvoyés devant la cour d'assises pour avoir à répondre de la circonstance aggravante d'antisémitisme ? Savent-ils que, précisement, aucun appel n'a été interjeté à l'encontre des ces deux-là ?

La question de l'antisémitisme sera donc nécessairement absente du procès voulu de l'antisémitisme.

Il ne saurait évidemment y avoir de procès de l'antisémitisme, pas plus que celui de la bêtise humaine qui mériterait d'être traitée chaque jour dans les prétoires. On ne juge pas encore les concepts, ni même les idées.

On juge encore les hommes. De moins en moins pour ce qu'ils sont. De moins en moins dans leur particularité. On fait appel d'une décision de manière globale, sur toutes les peines inférieures aux réquisitions. On écarte le soin pris par la cour d'assises d'individualiser chaque peine comme les principes généraux du droit le lui commandaient.

On balaie d'un revers de la main une décision prise en conscience en étudiant les particularités de chacun, en les traitant comme des êtres humains. On dit que Yalda, la jeune fille qui a servi d'appât, n'a pas pris assez, que neuf ans, c'est insultant.

On oublie de dire que les experts médicaux avaient indiqué qu'elle devait bénéficier des dispositions du code pénal relative à l'altération du discernement et que, dans une société qui respecte ses lois, cela doit nécessairement influer sur la peine.

On peut légitimement se demander si la volonté d'appel réside vraiment dans la désapprobation affichée au regard des peines prononcées ou dans le refus, rendu obligatoire par la loi, de tenir l'audience publiquement ?"

Écrit par : Zorg | 17/07/2009

"Il y aura donc un deuxième procès qui s’annonce aussi raté que le premier. Tout d’abord, il sera tronqué puisque l’accusé principal Youssouf Fofana n’y assistera pas, ayant écopé — à juste titre — de la peine maximale"

Les dernières infos pour vous le Plouc. Il y aura un deuxième procès et l'assassin Fofana sera présent. Il a fait appel ?!!!!!

Une chose est certaine, cette condamnation est heureusement Française, car une condamnation en Suisse, et principalement à Genève, aurait été aussi scandaleuse que celle de l'affaire STERN!

Écrit par : Patoucha | 18/07/2009

Le procès Stern a été scandaleux car la justice a vainement tenté de nous faire croire que Stern était un modèle de vertu entièrement dévoué à son ex-femme et à ses enfants. Balivernes que tout cela et ce ne sont pas les multiples interventions des membres de la communauté juive qui prouveront le contraire.
Chaque jour des interventions ciblées voulaient criminaliser un peu plus l'auteur du méfait. A force de crier au scandale ils ont tout juste fait pencher la balance en faveur de cette pauvresse et personne n'est surpris qu'une fois sa peine accomplie elle soit libre et se soigne des divers traumatismes dont elle souffre.

En Suisse, la justice juge et n'est en aucun cas une officine chargée d'appliquer des mesures de vengeance réclamées par un clan.

En ce qui concerne Fofana & consorts c’est une affaire franco-française. La Suisse n’a rien à cirer des problèmes des hexagonaux.Qu’ils pataugent dans la choucroute comme ils en ont si souvent l’habitude.

Écrit par : Hypolithe | 18/07/2009

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