13/07/2009

Ils veulent faire sauter leur usine: «On ne peut plus être raisonnable!»

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Les salariés qui occupent New Fabris dans le centre de la France menacent de faire exploser leur usine (Photo: bonbonnes de gaz disposées dans ce site de 27 000 m2). Reportage intégral. Version plus courte publiée dans la Tribune de Genève et 24 Heures de mardi 14 juillet).


Sous la pluie lundi matin, la zone industrielle Nord de Châtellerault n’a rien de réjouissant. L’ambiance est encore plus lourde dans ce qui fut, il y a peu, le joyau de cette ville de la Vienne, au centre de la France : l’usine New Fabris dont les 366 salariés fabriquaient des équipements d’automobiles et travaillaient à 86% pour deux seuls constructeurs : PSA (Peugeot-Citroën) et Renault.

L’imparfait est de rigueur puisque depuis un mois, cette usine qui appartenait au groupe italien Zen a été placée en liquidation judiciaire. Actuellement, elle est occupée par les travailleurs. Qui réclament une indemnité « extralégale » de 30 000 euros pour chaque salarié, non pas à leur ancien propriétaire  - dont plusieurs usines en France connaissent le même sort que celle de Châtellerault – mais à ses deux clients quasi exclusifs, PSA et Renault.
Les ouvriers veulent que ces deux géants achètent à bon prix les pièces d’auto stockées dans l’usine afin de parvenir à ces 30 000 euros par salariés (lire aussi ci-dessous).

« Le central électrique sautera en premier »

Un grand cercueil marque l’entrée du site de New Fabris – imposante surface de 27 000 m2 – et sur l’un des murs, figure cette inscription à la peinture rouge : « On va tout brûler ! ». En effet, les ouvriers menacent de faire exploser toute l’usine le 31 juillet prochain, s’ils n’obtiennent pas cette indemnité « extralégale ». « Nous avons placé les bonbonnes de gaz aux endroits stratégiques. C’est le central électrique qui sautera en premier », nous explique un ouvrier qui nous fait visiter le site occupé.

Indemnité « légale » et indemnité « extralégale »

Après les séquestrations de patrons, les usines qui explosent ? En tant que délégué syndical de la CGT, Guy Eyermann n’a-t-il pas conscience de franchir un cran supplémentaire dans la violence sociale? « C’est la colère qui domine. Elle surmonte la raison. Vous savez, on ne peut plus être raisonnable. Nous avons été virés comme des malpropres. Du jour au lendemain, PSA et Renault ont cessé leurs commandes. Les 366 salariés seront jetés à la rue après, parfois vingt ou trente ans de travail. Près d’ici, une autre usine va fermer et d’autres s’apprêtent à licencier. Impossible de retrouver un emploi. Plusieurs d’entre nous se sont endettés pour acquérir une petite maison. On va tout perdre, tout ! Alors, la raison, hein ? »
Si les « Fabris » veulent une indemnité « extralégale », c’est que l’indemnité « légale » est plutôt maigre comme nous l’indique Françoise, une opératrice : « Après huit ans de travail, je toucherai 2 700 euros. Je fais quoi avec ça ? »

Directeur solidaire avec les ouvriers

Directeur du site, Pierre Réau avertit d’emblée avec un petit sourire en coin : « Non, je ne suis pas un patron séquestré ! Et je soutiens l’action des salariés vis-à-vis de Renault et PSA qui nous ont lâchés sans prévenir, alors que dans ce genre de situation les constructeurs attendent un ou deux ans, le temps que l’usine retrouve un autre repreneur. D’autant plus que notre outil de production est performant. Nous avons même une chaîne de montage toute neuve. Je ne veux pas que tout ça parte en fumée. »


Les objectifs

Le délégué de la CGT Guy Eyermann nous explique les objectifs des "Fabris".

Les ouvriers de New Fabris disposent d’un atout, à savoir les pièces usinées pour PSA et Renault. Le premier groupe a d’ores et déjà proposé de les payer 9 euros l'unité, ce qui fait un total de 1,2 million d’euros. Si les deux constructeurs acceptent de les acheter 36 euros la pièce, on parviendrait ainsi à la somme de 11 000 euros, ce qui représenterait 30 000 euros d’indemnité « extralégale » pour chaque salarié.

L’Etat prié d’oublier ses créances

Même en obtenant de telles conditions, les « Fabris » ne seraient pas sortis d’affaire pour autant. En effet, l’Etat raflerait la plus grande partie du montant obtenu par ces ventes, au titre de la sécurité sociale et des AGS (garanties du paiement des salaires). C’est pourquoi, les délégués des salariés de New Fabris seront reçus lundi 20 juillet par le directeur de cabinet du nouveau ministre de l’Industrie, Christian Estrosi. Leur but : convaincre l’Etat d’abandonner sa position légale de créancier privilégié afin que les salariés de l’usine puissent recevoir le produit de la vente des pièces.

Un précédent ?

Après, il faudra convaincre PSA et Renault d’acheter à bon prix lesdites pièces. Ce qui sera tout sauf aisé. Les « Fabris » useront de cet argument : le groupe Zen, ancien propriétaire de l’usine de Châtellerault, possédait un autre équipementier français en difficulté, Rencast (dont un site est implanté à Thonon), qui vient d’être repris par GMD, basé à Saint-Etienne ; or, les deux gros clients de Rencast - les mêmes PSA et Renault ! – ont accepté de payer une indemnité « extralégale » de 27 000 euros, 3000 étant à la charge du repreneur GMD. Pourquoi ne pas faire pour New Fabris, ce qui s’est révélé possible avec Rencast ?, plaide le syndicaliste.

« Bon Dieu que c’est triste ! ».

En nous reconduisant vers la sortie, Patrick – 36 ans de boîte – a le cœur serré : « Bon Dieu que c’est triste, une usine qui ne tourne pas ! »


Une leçon

On l’aura compris, directeur, cadres et ouvriers sont tous embarqués dans la même galère qui prend eau de toutes parts. La lutte des classes a franchi une étape supérieure. Elle ne passe plus au sein de l’entreprise, elle confronte l’entreprise dans son ensemble à des conglomérats géants. Tout a changé d’échelle avec la mondialisation des échanges économique. Et ce mouvement durcira les rapports sociaux car il est plus difficile de se faire entendre lorsque le décideur se trouve à lointaine portée.

Jean-Noël Cuénod à Châtellerault

 

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Commentaires

On ne peut meilleurs pub,pour inciter les investisseurs à investir en France.

A laisser faire,on commence par des méthodes dignes du terrorisme avec le risque de finir par le meurtre pur et simple.

D.J

Écrit par : D.J | 13/07/2009

Mais pourquoi donc ces gens la ne sont pas juger et emprisonné? Après les enlèvements et l'extorsion de fonds voici le terrorisme.
Et toujours la même attitude de déresponsabilisation : "ce n'est pas ma faute, c'est les patrons/le système/le gouvernement/ mon voisin/ etc..."

Pourquoi ne pas simplement assumer le coups, se rendre compte que c'est dur pour tout le monde et essayer d'avancer.

J'ai finalement beaucoup de peine pour ces gens qui ne sont finalement que de grands enfants qui ont toujours été pris par la main.

Écrit par : incredule | 13/07/2009

Ca pose quand même des questions sur les méthodes nécessaires pour parvenir à ses fins. Faut il vraiment en arriver aux menaces terroristes pour obtenir deux ans de salaires ?

Mon article sur le sujet:
http://miroir-politique.eklablog.com/article-118489-575728-la-tension-monte.html

Écrit par : axeland | 13/07/2009

Qui s'inquière por cette usine ? quelle pète un bon coup et terminé. Ca fait du bien de défouler, et puis ils auront une histoire à raconter à leurs petits enfants !
Vie de cons, histoire de cons !

Écrit par : Maurice | 13/07/2009

Si ça se trouve ça asrrange la dirrection générale, c'est peut être un coup monté avec des assurances. Y a qua mettre une liasse dans la poche de la plus grande gueule du troupeau et c'est une affaire qui tourne, comme ça la direction aura une bonne raison pour ne pas leurs filler leurs 30'000 euros !

Écrit par : Maurice | 13/07/2009

Salauds de pauvres !

Écrit par : Maurice | 13/07/2009

"J'ai finalement beaucoup de peine pour ces gens qui ne sont finalement que de grands enfants qui ont toujours été pris par la main." vous parliez bien du grand patronat medef et compagnie, j imagine? ou alors vous n avez jamais perdu votre boulot et restez en suisse. et si pour vous assumer les coups c' est courber l' échine, rassurez vous, vous n etes pas tout seul,un bon esclave. Apres tout, voyez en Afrique c' est bien pire alors soyez content de ce que vous avez ici. En tout cas il vous reste les yeux, pour pleurer...

Écrit par : médiocratie | 13/07/2009

C'est terrible, me voilà d'accord avec maurice. Qu'ils la fassent péter, leur usine. Mais soyons classe : eux avec, bien sûr...

Écrit par : Géo | 13/07/2009

La France défendue par des syndicats toujours prêts à faire grève à la moindre revendication se réveille avec la gueule de bois, la crise la rattrape, il va falloir changer les habitudes de travail, avoir plus de mobilité, partir de sa région et même de son pays dans certains cas. Ce chantage au "butagaz" vaut bien celui d'un braqueur de banque ou d'un attentat terroriste, il est illégal et punissable par la loi. Que ces personnes en soient conscientes.

Écrit par : demain | 14/07/2009

c'est honteux de faire un tel chantage à l'explosif. Nous sommes dans une économie de profits mais il faut arrêter de se regarder le nombril et croire que l'Etat pourra sauver tout le monde. Je n'ai pas envie que mes impots aillent dans les poches de ces personnes. Ils devraient plutôt en vouloir à la direction de cette société qui avait qu'a diversifier son activité et/ou de trouver d'autres clients que Peuget et Renault!

Écrit par : poinsot | 14/07/2009

Journal de droite lu et commenté par des crétins......ilétrés qui plus est.
Vive la révolution

Écrit par : Narco | 14/07/2009

@narco. Est qualifié "d'illettré" quelqu'un qui est incapable de lire un texte de 70 mots, donc tout le monde a lu votre missive. Illéttrés .... on double les consomnes. Revoyez le Betschel pendant les vacances au lieu de traiter les intervenants de "crétins" qui vient du mot chrétien, ce que vous n'êtes pas trop...

Écrit par : demain | 14/07/2009

Leur usine? Ou celle qui les emploient (-aient)? Ce n'est pas la même chose...Une chose est vraie, les cadres ont de leur côté toujours une belle berline et pas de perspective de chômage.

Écrit par : Deng | 15/07/2009

C'est quoi la prochaine étape, l'assassinat des patrons, des attentats à la bombe chez les concessionnaires PSA et Renault. Si la compagnie ZEN est en liquidation c'est que le marché automobile est en plein crise mondiale, les gens achètent et consomment moins. Détruire l'usine ne rendrait pas le travail à ces personnes et elles seraient poursuivies par la justice.

Écrit par : demain | 15/07/2009

Ce n'est surement pas la bonne solution...bien sur.. mais il n'y en a pas d'autre. Ces villes sont remplies d'usines qui, les unes après les autres virent leurs employés, des familles entières dépendent de cette industrie. Les cadres, eux recoivent souvent des indemnitées très intéressantes et ne restent que très peu au chômage. Et les actionnaires et les propriétaires, que paient-ils eux? L'Etat prendra le reste. Le monde change et il faut évoluer mais ce n'est pas en virant des employés vieux de 30ans de boite qu'on trouvera la solution.

Bonne chance eux, j'éspère que tout explosera ne bonne fois pour toute

Écrit par : Theido | 15/07/2009

Ne serait-ce pas le moment de réfléchir un peu au sens du travail et du profit et de la vie en général ?
Si tu gagnes mille balles et que j'en gagne 1.140, cela signifie-t-il je je suis 11,4 % plus inteligent, plus dynamique, plus sexy, plus heureux, etc.... que toi ? quelle connerie...
Quand je vois à l'heure du bureau ces milliers de voitures sur les routes, avec une seule personne à bord - des fois, rarement, deux, des bagnoles qui viennent toutes à peu près du même endroit pour se redre à peu près au même endroit, je me demande réellement combien de gens possèdent une bagnole et combien de gens sont possédés par leur bagnole. D'autant plus si l'on admet que quelque 70% desdites bagnoles ne sont pas payées...
Partir en vacances, quel délice ! Quatre heures de méditation au Gothard, des tarifs doubles dans les hôtels pour une demi-performance, cela vous élève l'esprit et vus incite à plus de solidarité. Maintenant, on sait au moins pourquoi on bosse !!

Écrit par : J.C. Simonin | 30/07/2009

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