19/06/2009

Procès de Véronique Courjault : l’admirable travail de la défense

Il est rare qu’un verdict satisfasse à la fois l’accusation, la défense, les parties civiles et l’opinion publique. C’est pourtant le cas de celui qui a marqué, jeudi soir à Tours, la fin du procès de Véronique Courjault, à la Cour d’assises d’Indre-et-Loire.
Cette mère de famille française, âgée de 41 ans, a été condamnée à huit années d’emprisonnement pour un meurtre et deux assassinats sur trois de ses bébés qu’elle venait de mettre au monde.
Le meurtre, c’est celui d’un petit commis en France et dont le corps a été brûlé.
Les assassinats – c’est-à-dire en droit français, le meurtre avec préméditation - qualifient juridiquement la mort de deux autres nouveau-nés survenue à Séoul alors que la famille Courjault se trouvait en Corée du Sud pour des raisons professionnelles. C’est la découverte – par le mari Jean-Louis Courjault - de leurs cadavres dans le congélateur familial qui a mis au jour cette horreur.

Pas de monstre

Evoqués superficiellement, les faits induisent à qualifier cette mère infanticide de « monstre ». Pourtant, tel n’est pas le cas. Les trois défenseurs de Véronique Courjault sont parvenus à nous conduire au-delà des faits, bien mieux que les experts psychiatres qui se sont succédé à la barre en se contredisant et en nous offrant une seule certitude : la psychiatrie est tout, sauf une science exacte.

Qui sont-ils, ces avocats ? Le plus connu outre-Jura est sans conteste Henri Leclerc, l’ancien président de la Ligue française des droits de l’Homme qui, à 75 ans, garde la fougue d’un avocat stagiaire tout en rayonnant de sagesse. A ses côtés, deux femmes ont effectué un travail de fond exceptionnel : l’associée de Me Leclerc,  Nathalie Sényk et Me Hélène Delhommais. Elles n’ont pas seulement bûché le dossier. L’une et l’autre ont longuement parlé avec Véronique Courjault, contribuant sans doute à ce qu’elle puisse prendre conscience de la réalité de ses actes.

Pas de déni de grossesse

D’emblée, Henri Leclerc balaie la thèse du déni de grossesse, agitée par certains experts et de nombreux médias. Elle est pourtant favorable à la défense. Dans ce cas de figure, l’inconscient de la future mère refuse totalement l’éventualité d’une grossesse. Il va occulter même les symptômes physiques de cet état. Et c’est dans la plus complète des stupéfactions que la femme accouche. Dès lors, il devient impossible de retenir contre elle la préméditation et donc l’assassinat.

Et la contraception ?

Mais bien des signes montrent que Véronique Courjault n’entre pas tout à fait dans cette catégorie. Elle avait « l’intuition » qu’elle était enceinte. Mais cette conscience floue agissait par éclipses comme l’explique Me Leclerc : « Cette grossesse devient « quelque chose » qui doit être mis de côté afin d’empêcher Véronique Courjault d’exploser ».
 De plus, cette mère de famille – elle s’occupe admirablement de ses deux garçons de 14 et 12 ans – connaît les moyens de contraception. Pourquoi ne les a-t-elle pas utilisés ? Me Nathalie Sényk se pose aussi la question : c’est, chez Véronique Courjault, une faille profonde. Elle ne tente même pas de l’expliquer et ne sait que dire : « C’est comme si ça ne pouvait pas m’arriver ».
Certes, elle est responsable de ses actes mais sa conscience demeure altérée, relève Henri Leclerc : « Elle se trouve au bord du mur qui sépare l’état normal de l’état psychotique. Elle est encore du bon côté de ce mur. Mais il s’en faut de peu. »
 
« Il faut condamner ma cliente, mais… »

 Les avocats vont donc jouer cartes sur table avec les trois juges de la Cour et les neuf jurés : non, nous ne plaidons ni l’acquittement, ni le déni de grossesse. Henri Leclerc va encore plus loin : il faut condamner sa cliente, pour punir des faits inacceptables pour la société, mais aussi pour l’aider. Une condamnation mesurée lui permettra de se sentir responsable et sur cette base, elle pourra se reconstruire.

La Cour d’assises a donc écouté cette voix qui rend la clémence intelligente. Huit ans de prison, c’est la mesure appropriée. Tout d’abord – et ce n’est pas un détail – elle n’a pas retenu la réclusion criminelle qui aurait empêché tout aménagement de la peine. Ensuite, par la déduction du temps passé en détention préventive et la libération conditionnelle, Véronique Courjault retrouvera les siens dans un an et demi. Ce laps lui permet de préparer sa sortie de prison et de poursuivre avec son mari – qui n’a cessé de la soutenir – et leurs deux fils, le travail progressif vers un peu plus de lumière.


Jean-Noël Cuénod à Tours

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Commentaires

Bravo, remarquable article.

Pour faire le parallèle avec Me Leclerc, on retrouve chez vous la fougue du jeune chroniqueur judiciaire, alliée à l'esprit d'analyse du journaliste d'investigation expérimenté.

Votre description du système de défense est exceptionnelle.

Écrit par : j.nizard | 19/06/2009

La mère a quaud même "meurtrié" trois enfants. Bonne chance au mari qui la défend, et couchera de nouveau à ses côtés dans 18 mois: quel crédit lui faire. Il n'a rien vu des grossesses, ce qui est assez troublant ayant deux enfants aînés, n'a jamais ouvert le congélateur jusqu'à ce que .. (répartition parfaite des rôles, il ne devait pas s'occuper de faire la cuisine), elle les a gardé quand même on ne sait pourquoi (souvenir ?). Alors non. Pas de travail admirable. Un simple calcul d'avocat, qui a compris que tout le monde était emmerdé par cette histoire à juger. On n'y comprenait rien. Alors le procureur demandé une peine un peu supérieure à celle qui serait probabalement retenue, on a dit assez stupidement "qu'il ne fallait pas rajouter de la peine où il y en avait déjà" (grand effet de manche qui vaut pour la majorité des accusés), etc. Tout le monde se retire sur la pointe des pieds. Tout ça ne nous empéchera pas de dormir, et c'est voulu comme cela. Sans comparaison sur le fond, c'est un peu comme l'affaire Stern.

Écrit par : Victor Devaud | 20/06/2009

Messieurs, si vous ne voulez plus d'enfant, que votre partenaire ne vous semble pas trop fiable (vous vous informez quand même?! pillules, injections et autres modes de contraception), alors faites une vasectomie et vous n'aurez plus de problème de paternité involontaire! Quand une femme veut ou ne veut pas un enfant, elle sait très bien ce qu'elle doit faire! Mais, et il y a un mais, le gentleman a aussi l'opportunité de se protéger. Ce n'est pas un acte de défiance, c'est un acte de responsabilité! Vous ne savez pas qu'elle est enceinte, elle ne le veut pas, vous n'en savez rien? De temps en temps, vous êtes conscient que vous semez les graines? Alors, vérifiez! Pas confiance = vasectomie! Si par hasard, vous soupçonnez, alors soyez assez diplomate pour lui proposer une visite médicale, même si elle s'y refuse dans un premier temps. Dites-lui que vous l'aimez vraiment, elle se sentira rassurée. Si vous pensez que la chose se renouvellera, alors faites le nécessaire. Vous n'êtes pas un sous-homme pour cela, vous êtes un homme responsable car la vasectomie n'est pas irréversible! A bon entendeur!

Écrit par : elicolli | 20/06/2009

Ce n'est pas le procès des moyens de contraception dont il est fait part ici me semble-t-il.
On tombe dans une espèce de tourbillon ou la vie humaine n'a plus aucun prix!
Trois enfants..? Boh allez... Ce n'est pas si grave...

Non ce n'est simplement grave mais ce la démontre une justice de moins en moins
pertinente et valable..!

A quand le permis de tuer à points?
Homicide volontaire avec préméditation: -6pts
Homicide involontaire par négligeance: -4pts
(...)
Avec reprise des points si aucuns problèmes pendant quatre années ou via
un centre de formation "Santé, respect, humanité".

Au moins là, on saurait comment fonctionne réellement cette "justice".

Sinon concernant la vasectomie, elle n'est pas irréversible... Seulement douloureuse d'une part et lors d'une vasovasostomie, les probabilités d'échecs sont quand même un peu élevées. Et si on a pas confiance en son partenaire... On change..!

Merci Jean-Noël pour cet article! Encore un doigt pointé sur quelque chose de flagrant...

Écrit par : Julien | 21/06/2009

Les commentaires dérapent. Tout cela n'a rien à voir avec le désir d'enfant ou pas du monsieur. Il est probable qu'il aurait accepté, car rien n'indique le contraire, et il + elle n'en n'ont jamais rien dit. Il ne faut pas projeter ses fantasmes. @elocolli: pas confiance = capote.

Écrit par : Victor Devaud | 21/06/2009

Passionnant article, merci.

Écrit par : Nathalie, Avignon | 22/06/2009

Je suis toujours assez surpris - et le mot est faible - de voir ce que de nombreuses personnes attendent de la justice : des condamnations lourdes et sans aucune nuance.

Aurait-on oublié que la justice n'est là ni pour venger ni pour pardonner. Non elle est là pour juger avec toute la sérénité qui devrait être la sienne, exercice qui devient de plus en plus difficile à cause de la médiatisation à outrance des affaires où, la plupart du temps, les inculpés sont condamnés d'avance.

Parfois je me demande si les procès ont lieu dans la rue ou dans le prétoire.

L'abandon du jury y changera-t-il quelque chose ?

Écrit par : Michel Sommer | 22/06/2009

Il est donc plus grave de tuer un banquier que trois bébés.

Bravo pour votre article. Dommage que vous n'ayez par rendu compte du procès de Genève. On n'a eu droit me semble-t-il qu'a des compte-rendus partiel et éventuellement partiaux.

Écrit par : Johann | 22/06/2009

Perso, je vous déconseille vivement d'être complice de kidnapping au Mexique, les prisons sont pas terrible et les peines sont très longues.
Je n'aime pas tellement cette histoire, par ce qu'il doit avoir des dizaines de prisonniers français au Mexique qui croupissent depuis des lustres, silence total, et soudain pour cette non repentie, on voudrait faire la révolution, a t-elle un tonton ministre ?

Écrit par : Maurice | 25/06/2009

Me suis planté, non l'affaire Courjault et ce genre d'affaire devraient bénéficier de moins de pub, c'est devenu du voyeurisme, à un point que ça en est écœurant !

Écrit par : Maurice | 25/06/2009

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