17/06/2009

Sottisier franco-suisse (1) : vive le chocolat bancaire !

Chocosuisse.jpgLes journalistes français – du moins une part importante d’entre eux – aiment les figures de styles imposées. Le temps a beau s’écouler, elles demeurent aussi imperturbables que le Zouave du Pont de l’Alma dont les pieds sont léchés par une Seine éternelle.

Ainsi, les rares fois où leurs plumes – plus ou moins déplumées, d’ailleurs – condescendent à griffonner quelque chose sur la Suisse, ils doivent sacrifier à cet impératif : mélanger pentes neigeuses, secret bancaire et chocolat laiteux. Avec un soupçon d’horlogerie pour les rédacteurs les plus intellectuels. La mixture est souvent indigeste. Qu’importe. Aucun article français sur la Suisse ne saurait y échapper.

On pourrait croire la presse économique – généralement d’excellente qualité outre-Jura – épargnée par ce prurit cacaoté. Ses journalistes spécialisés ne devraient ignorer ni la place éminente de Novartis dans l’industrie pharmaceutique mondiale, ni celle de Nestlé dans l’agroalimentaire, ni le réseau dense d’entreprises moyennes performantes dans les secteurs de pointe.

 Un récent éditorial de la « Tribune » - non pas celle-ci, l’autre ! – nous prouve le contraire. A l’instar des feuilles de chou, elle démontre sa capacité à s’embourber dans le chocolat. Après la signature de la nouvelle convention franco-suisse sur la double imposition, l’auteur relève – sous le titre « Quand les fraudeurs sont chocolat » - qu’avec la levée du secret bancaire, la Suisse « sacrifie l’un de ses pôles d’excellence mondiale. Heureusement pour elle, il lui reste vaches, cloches et alpages aux pentes enneigées ».
 Et pour bien enfoncer le Toblerone dans nos têtes, l’éditorialiste de conclure : « Les amateurs de voyages en Suisse seront réduits à se rabattre sur une autre spécialité helvétique, le chocolat » (…)

Le chocolat, semble-t-il, n’allège ni les hanches, ni le style.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Commentaires

Bah, Jean-Noël, les journalistes parisiens font pareil avec la Savoie, en remplaçant le chocolat par le reblochon. Ils aiment bien priovincialiser les autres, afin de se sentir plus majestueux. Etendez votre critique: rendez-la universelle. Car les journalistes parisiens - du moins une part importante d'entre eux, comme vous dites - agissent ainsi avec un peu tous ceux dont ils pensent que leurs réactions ne sont pas à redouter. Il faut créer une fédération de provinciaux et francophones rabaissés par la presse éditée à Paris. Mais remarquez que le stéréotype du reblochon finit par s'étendre à Genève, parfois. Yasmina Khadra dit lui-même, dans la "Tribune de Genève" d'aujourd'hui, que les cercles intellectuels d'Alger imitent ceux de Paris. Donc, il faudrait étendre le débat. Mais si on dit que les discours même des gens officiellement intelligents sont bien aussi subjectifs que ceux des autres, et que les diplômes à cet égard ne garantissent de rien, on sera amené à proposer des réformes pour que les diplômes garantissent mieux! Enfin, moi, j'ai souvent défendu les gens victimes de stéréotypes même quand ils n'étaient pas savoyards. Parfois, ils étaient suisses.

Écrit par : Rémi Mogenet | 17/06/2009

Je ne sais pas à quoi vous jouez à Paris, Plouc. La plupart des grosses entreprises suisso-multinationales sont dirigées soit par des Français, soit par des Allemands.
Quelques confiseries à Neuchâtel ou à steffisburg ont encore un patron d'origine suisse, les autres sont kosovars.
Dans ce contexte, il est un peu normal que les journalistes français qui sont d'origine algérienne, maghrébine, africaine noire, vietnamienne etc... ne fassent pas la différence.
Je me trompe ?

Écrit par : Géo | 17/06/2009

Ben oui. Et quand les journalistes français - ou même suisses - parlent des Etats-Unis, on est également dans les stéréotypes. Qui deviennent gros comme des montagnes quand il s'agit d'évoquer l'Iran...

Écrit par : Zorg | 17/06/2009

Zorg, vous, quand vous parlez de la Haute-Savoie, vous êtes aussi dans le stéréotype, pour ne pas dire la caricature. Il suffit en réalité d'observer comment à partir de faits qui arrivent plusieurs fois, des intellectuels distingués généralisent, en tout cas dans leur langage. Au reste, je vous ai déjà vu véhiculer le stéréotype d'une Genève conservatrice sur le plan culturel. Honnêtement, même à Jean-Noël, je n'avais pas forcément envie de faire ce reproche. Mais pourquoi ne parler que des grands sujets, comme les Etats-Unis ou l'Iran? Même dans les petits, on peut tomber dans le lieu commun.

Écrit par : Rémi Mogenet | 17/06/2009

je suis désolé de devoir contredire le Plouc qui n'a pas encore dû se rendre rue de Latran! Là, il aurait constaté que l'Office du Tourisme Suisse fait tout pour que cette image reste ancrée (ou encrée, pour les journalistes) dans l'inconscient des Français:

Voilà ce que j'ai pu lire à ce propos sur Internet:

"La Suisse est à l’honneur cette semaine (du 4 au 7 juin) à Paris, plus précisément rue de Latran dans le Vème qui sera pour le coup un petit coin de Suisse pendant quelques jours! Chalets suisses, animations gratuites, gazon, sapin, cors des Alpes… ambiance helvétique garantie!"

Alors, ce n'est pas vraiment la faute des Français si il gardent une image surannée des P'tits Suisses aux bras noueux!

Écrit par : Père Siffleur | 17/06/2009

Lu pour vous: lettre d'Adolphe Ribordy à M. Eric Woerth.

".......Faisons un peu d'histoire pour atténuer l'arrogance française.

L'Edit de Nantes.

"Si la Suisse après avoir donné sa jeunesse aux armées des souverains d'Europe pour s'entretuer, est devenue une place financière, c'est parce qu'un de vos granda rois à révoquer l'Edit de Nantes faisant venir en Suisse, à Genève et à Bâle notamment, tous les protestants, leurs fortunes, leur savoir-faire-..

Lorsque vous visiterez votre homologue allemand M. Steinbruck, dites-lui aussi que si le secret bancaire a eu une protection légale en Suisse, c'est par ce que les nazis poursuivaient les avoirs juifs jusque dans nos banques.

Donc je vous rassure les bêtises politiques de nos deux grands voisins nous serviront encore à l'avenir..

1798

Lorsque les troupes françaises en 1798 ont envahi la Suisse, elles ont pillé les richesses des villes et cantons suisses. Ce sont des milliards d'euros que vous devriez nous rembourser.....

Écrit par : oceane | 17/06/2009

On peut résumer votre article de la manière suivante :
Pour un français tout fut, est et sera français. Ils ont tout inventé, leur système social est le meilleur au monde, leurs universités n'ont pas d'égales, leurs entreprises sont leader sur le marché.
Bon c'est parfois vrai, mais à ce point cela devient grotesque.
Ceci dit, les américains n'ont rien à envier aux français dans ce domaine. Ni les anglais, ni les allemands. Et ni nous-mêmes qui voyons les français avec un beret basque sur le crâne et une baguette sous le bras. Et les américains comme des cow-boys incultes. Et les anglais comme des constipés qui, ayant avalé un parapluie, boivent une tasse de thé avec un nuage de lait.
Les stéréotypes sont monnaie courrante et que l'on soit français, américains ou suisse, on n'y échappe pas.

Écrit par : Lambert | 17/06/2009

"
Lorsque vous visiterez votre homologue allemand M. Steinbruck, dites-lui aussi que si le secret bancaire a eu une protection légale en Suisse, c'est par ce que les nazis poursuivaient les avoirs juifs jusque dans nos banques." = légende !

L'étude détaillée des procès-verbaux du parlement a montré que cette question n'était pas du tout évoquée lors des discussions qui ont conduit à la loi de 1934. D'autre part, la préparation de la loi a commencé suite au mouvement du Front populaire en France et non suite à l'arrivée au pouvoir des nazis.

Ce sont les rouges français et non les bruns allemands qui ont mis en route cette décision...

Écrit par : Topor | 17/06/2009

Topor,

Votre "légende" mérite une explication.

Le secret bancaire existait avant 1934. Il a été légalisé avec sanction en 1934.

Les précisions chronologiques s'imposent:
Hitler arrive au pouvoir en 1933
Le secret bancaire est institué en 1934
Le Front populaire est au pouvoir en 1936

CQFD

Écrit par : oceane | 17/06/2009

Tout ça, c'est la faute à la fondue au chocolat...

Écrit par : Zorg | 18/06/2009

"...pour protèger les avoirs des juifs..." vous parlez des fonds en déshérences?
Sacré secret bancaire !!!

Écrit par : wellbec | 18/06/2009

D'accord avec Jean-Noël Cuénod, j'en ai moi aussi ras le bol de ces stéréotypes sur la Suisse, qu'on nous ressasse et repasse en boucle, jusqu'à plus soif, dans les médias et lucarnes de l'Hexagone, toujours avec cet air condescendant ...

Messieurs les journalistes français, diversifiez vos sources et laissez tomber vos resucées qui nous lassent autant qu'elles nous agacent !!!

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 18/06/2009

Jean-Noël Cuénod nous a invités à la soirée : du sottisier franco-suisse.

Au menu, il est question de l'arrogance française vis-à-vis des Suisses.

Et j'apprends avec surprise, au dessert, que la France s'est inspirée de l'exemple suisse: repentance, générosité et distribution des biens mal acquis.

Écrit par : oceane | 19/06/2009

On peut enfin dire après lecture de ce billet, ça y est Jean-Noël Cuénod est devenu ce journaliste français très parisien si décrié.

Écrit par : Zea71 | 19/06/2009

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