15/06/2009

Non, Calvin n'était pas calviniste!

Quel regard Jean Calvin aurait-il jeté sur l’actuelle célébration du 500e anniversaire de sa naissance? Sans doute, ses yeux auraient-ils fulminé une sainte colère.

Lui qui sa vie durant n’a cessé de dénoncer le culte de la personnalité comme un odieux écran au seul culte qui vaille — celui que l’on doit à l’Eternel, par le seul intermédiaire de Son Fils — le voilà donc propulsé au rang de vedette. Eh oui, Calvin n’était pas calviniste! Son nom collé à une doctrine comme une étiquette sur un pot de confiture, voilà qui doit le faire se retourner dans cette tombe qu’il a voulue cachée afin qu’elle ne serve pas à quelque dévotion impie.

«Protestant », un point c’est tout.

Le mot «protestant» se suffit à lui-même. Protestation contre les marchands du Temple. Protestation contre les puissants de ce monde qui, tout à leur pompe et à leur pourpre, se croient investis par un Dieu serviteur de leurs intérêts. Protestation contre soi-même, contre nos faiblesses devant tout ce qui brille.

Ce message résonne plus que jamais à nos oreilles encombrées pourtant de bruits et de rumeurs. On imagine sans peine avec quelle ironie Calvin aurait brisé nos idoles d’aujourd’hui, tous ces «pipoles» tintinnabulant de «blingblingueries» sur nos étranges lucarnes. Car contrairement à l’image barbante dont il est affublé, le Réformateur savait manier l’humour avec talent. Un humour corrosif, iconoclaste — cela va de soi — et roboratif. Pour vous en persuader, découvrez — ou relisez — son «Traité des Reliques» (Editions de Paris-Max Chaleil). Vous y rencontrerez un autre Calvin qui ne ménage ni ses effets comiques ni son irrévérence.

La Vierge Marie transformée en vache par le culte des reliques

Le Réformateur s’attaque à ces morceaux de croix du Christ et autres ossements de saints qui font l’objet d’un culte dont il souligne l’absurdité: «Ils n’ont point eu honte de feindre une relique de la queue de l’âne sur lequel notre Seigneur fut porté, ils la montrent à Gènes (…) Si on leur eût montré des crottes de chèvres, et qu’on leur eût dit, voici des patenôtres (chapelets) de Notre Dame, ils les eussent adorées sans contredit. »

A propos de Marie, Jean Calvin rumine cette métaphore: «Il n’y a si petite villette ni si méchant couvent, où l’on ne montre du lait de la Sainte Vierge, les uns plus, les autres moins. Tant y a que si la Sainte Vierge eût été une vache (…), à grand-peine en eût-elle pu rendre telle quantité. »

L’idolâtrie, ferment de la tyrannie

Que dirait-il aujourd’hui où le moindre crampon perdu d’un footballeur médiatique devient un morceau de la sainte Croix? Où la chemise Calvin1.jpgtrempée de sueur d’une rock-star se mue en saint suaire? Certes, ce genre d’idolâtrie relève surtout du grotesque et du clownesque. Mais cette tournure d’esprit, cette faculté de prendre l’ombre pour la lumière recèlent des périls bien plus redoutables.

L’adoration convoque toutes les forces psychiques d’un individu, puis de tout un groupe qui communie dans le même sens. Il en résulte une puissance mobilisatrice qui peut entraîner violences et destructions. Est-il besoin de rappeler la fascination pour le Führer qui a mené à la barbarie le plus cultivé des peuples?

En nous conduisant à adorer l’Invisible, Calvin nous invite à rendre vivable le visible.

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte est paru en rubrique "Perspective" dans la Tribune de Genève, jeudi 11 juin 2009)

 

Illustration tirée de l'excellent ouvrage "Calvin sans trop se fatiguer",par Christopher Elwood, illustré par Mix & Remix, Ed. Labor et Fides.

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Commentaires

Peut-être, mais imaginez un instant Jésus se baladant dans St Pierre de Rome. Ou Thomas Jefferson débarquant à Las Vegas. Les grands hommes finissent toujours par voir leur mémoire prostituée.

Écrit par : david laufer | 15/06/2009

"En nous conduisant à adorer l’Invisible, Calvin nous invite à rendre vivable le visible."

C'est un gag? Vivable pour Servet et plusieurs autres?

Calvin n'était peut-être pas calviniste, mais c'était un assassin. Et sa tyrannie de "l'Invisible" n'en était pas moins tyrannique que les autres.

Surprenante cette fascination pour un criminel. Après on ne devrait plus s'étonner que des gens moins cultivés vénèrent d'autres plus grands criminels.

Écrit par : Johann | 16/06/2009

Long débat le culte de la personnalité Kelvin. Il y avait beaucoup à la fois positifs et négatifs des points de vue. Mais que de tous, quelle est la vérité?

Écrit par : Steve | 17/06/2009

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