25/05/2009

La revanche du béret sur le chapeau melon

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Belle revanche du béret sur le chapeau melon . «The Economist» vient de consacrer sa «une» et une longue analyse à melon.jpgl’efficience du modèle social et économique français. Naguère encore, ce prestigieux hebdomadaire libéral et britannique n’avait pas de mots assez durs pour se moquer du ringardisme bureaucratique d’une France vouant à l’étatisme la foi ardente et désespérée que l’on réserve aux idoles déchues.
Mais le tsunami financier de l’automne 2008 a bouleversé toutes les idées préconçues. Avec le fair-play digne d’un rugbyman de bonne famille, «The Economist» admet que la France résiste mieux que les autres pays à la crise et que l’absence de régulation financière qu’elle prônait a provoqué l’actuel désastre.

La cigale libérale se trouva dépourvue lorsque le tsounami fut venu

La protection sociale coûte cher, certes, mais lorsque la bise fut venue, la cigale libérale s’est mise à danser devant un buffet vide! Alors que la fourmi française, elle, laisse moins de monde dans les ornières et peut éviter le pire.
Le plus comique est que l’hebdomadaire met en vedette Nicolas Sarkozy. Alors que celui-ci avait axé sa campagne électorale en 2007 sur… la disparition du modèle français!

L’inusable Jean-Baptiste Colbert

Depuis, le président a rangé dans son étui le pipeau libéral pour souffler dans le bon vieux clairon du colbertisme. En effet, qu’elle penche à gauche ou à droite, qu’elle se pare d’une couronne royale ou d’un bonnet phrygien, la France a le plus souvent suivi les traces de Jean-Baptiste Colbert, grand argentier de Louis   XIV, qui a réservé à l’Etat le rôle directeur dans l’économie du pays.
Autre métaphore animale. La France ressemble à cette mule qui refuse obstinément de suivre le chemin dans lequel tout l’équipage libéral mondial s’est engagé. Les uns la poussent, les autres la tirent, puis, lassés, la laissent brouter les bordures en se disant que personne ne parviendra pas à lui faire entendre raison.

La mule française

Or, il aurait été plus opportun de se poser cette question: «Pourquoi la mule française refuse-t-elle ce chemin? Suivons-nous vraiment la bonne route? Ne mène-t-elle pas vers des précipices?»
Mais «The Economist» ne se pose pas ces questions. Après avoir salué l’actuelle bonne tenue du modèle socio-économique français, l’hebdomadaire retrouve son crayon libéral pour tracer l’avenir: la force actuelle de la France se transformera en faiblesse lorsque la reprise économique succédera à la crise. Son étatisme bridera trop les initiatives personnelles, ce qui sera nuisible aux innovations technologiques.
Certes, pour qui s’y frotte, la bureaucratie hexagonale constitue l’un des cercles de l’enfer. Mais elle n’a pas empêché la France de mettre au point le TGV ou de devenir l’un des chefs de file mondiaux en matière d’énergie électrique.

Perdre sa vie à la gagner?

La France partage une vision de la vie qui privilégie la qualité de l’existence par rapport aux résultats économiques. Le slogan de Sarkozy «travailler plus pour gagner plus» n’a connu qu’un très bref moment de gloire.
A quoi bon perdre sa vie à la gagner? Non que les Français bossent moins que les autres, mais ils refusent de n’avoir pour seul horizon que la ligne grise des performances.


(Ce texte a paru en rubrique Perspective vendredi 22 mai 2009 dans la Tribune de Genève)


 

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Commentaires

C'est un peu bizarre, Jean-Noël. Les rois de Sardaigne faisaient aussi dans le colbertisme en Savoie, Charles-Albert ayant créé à lui seul l'industrie savoyarde au XIXe siècle, et pourtant, traditionnellement, les critiques de Genève à l'égard de la Savoie, pour ce qui est de la politique économique, sont les mêmes que celles des Anglais à l'égard des Français. Cela dit, je ne vous ai jamais lu sur ce sujet local et transfrontalier. Mais le socialisme princier de Paris reste quand même plus séduisant que le colbertisme traditionnel savoyard, peut-être.

Écrit par : Rémi Mogenet | 26/05/2009

"mais ils refusent de n’avoir pour seul horizon que la ligne grise des performances."

Quand on voit les banlieusards se presser dans les rer aux heures de pointes, ou s'enerver dans les bouchons du perif, ou encore 50'000 frontaliers passer des heures dans les transports pour venir bosser dans l'enfer neoliberale de Geneve... Je me demande bien a quel merveilleux horizons suplementaires vous faite allusion.

Tant qu'a perdre sa vie a la gagner, autant bien la gagner, ce qui semble en pratique très difficile dans le très social hexagone.

Écrit par : Eastwood | 27/05/2009

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