07/05/2009

Le Plouc et la Plouquette pris en otages au Grand Palais

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C’est forcé et contraint que le Plouc écrit ces lignes. Son ami Philippe Rillon est un peintre de grand talent, certes. Et qui préside la Peau de l’Ours (voir son site: http://lapeaudelours.free.fr), ce mouvement qui cherche à promouvoir l’art véritable et lutte contre la bouillie que les Zofficiels de la Kulture emplâtrent dans nos âmes repues sous la formule du « tout se vaut ». Pour eux, entre le pétomane et Mozart, il n’y a pas un souffle de différence.

Mais Philippe Rillon est un emmerdeur. Un sacré emmerdeur. Tout d’abord, il traîne le Plouc et sa Plouquette au Grand Palais pour y voir « La Force de l’Art 02 ». Et ensuite, il l’oblige à en pondre un compte rendu. Le Plouc tente d’échapper à cette corvée sortie du crâne permanenté de l’alors premier ministre Dominique de Villepin (à qui le Plouc pardonne tout, puisqu’il aime René Char. Ce qui nous change de l’Autre) :

- Euh, Philippe, pas la peine d’aller là-bas, tu vois bien que cette expo s’est déroulée en 2002 !
- Mais non, le 02, c’est pour signifier qu’il s’agit de la deuxième édition de la « Force de l’Art ». La première a été lancée en 2006. Bon, tu viens ou faut-il que je t’assomme ?

La batte de baise-bol que brandit Philippe Rillon paraît trop menaçante pour lui résister. Entrons donc dans ce Grand Palais.

Seigneur, quelle beauté impressionnante ! Quelle émotion esthétique ! Avec ses armatures métalliques élancées, sa sérénité veinée de forces et ses divines proportions, la verrière du Grand Palais nous propulse vers le ciel de Paris. Une paix magique s’installe.

Que Rillon interrompt brusquement :

- Arrête de contempler cette verrière et baisse un peu la tête. L’exposition, elle est là, en bas.

Retour sur terre. C’est quoi la « Force de l’Art 02 » ? Ce n’est rien. Et pour vous en convaincre, voici ce qu’écrit à son propos la ministre cultureuse Christine Albanel dans ce sabir gluant que baragouine le pouvoir lorsqu’il fait l’artiste :

Cette manifestation traduit l’engagement affirmé de mon ministère en faveur de la création artistique avec une politique de grand rendez-vous, de manifestations dont les objectifs sont de mettre en lumière l’importance de l’art contemporain en France. Prenant appui sur le travail considérable accompli au quotidien par les principaux acteurs publics et privés œuvrant en faveur de la création, centres d’art, fonds régionaux d’art contemporain, musées, galeries, fondations, écoles d’art, mon ambition est d’offrir à tous les publics un point de vue sur les créations artistiques dans leur actualité et leur diversité avec un regard ouvert, généreux et pluraliste.

Vous vous êtes endormis ? Pas étonnant. Pour vous réveiller, apprenez que ce rien coûte 4 millions d’euros subventionnés aux trois quarts par l’Etat français.

En fait, cette exposition a pour auteur, non pas les 43 artistes invités, mais ses trois commissaires et son architecte qui emboîtent une série d’installations (voire photo de la Plouquette) aussi passionnante que la reconstitution d’un logement ravagé par un incendie – le Plouc en a connu de beaucoup plus esthétiques lorsqu’il était localier à la Julie – une constellation de mouches, un appartement dans lequel personne ne peut entrer, la projection d’un faux documentaire conçu pour être raté, un portail roumain doré, un igloo en polystyrène expansé.

Selon les vœux de la ministre culturatrice, cette expo est destinée au grand public avec un prix d’entrée de 4 à 6 euros. Apparemment, le grand public a raté ce rendez-vous. Le jour où Philippe Rillon y a pris le Plouc et la Plouquette en otages, cette expo n’était traversée que par quelques escouades de gosses que cornaquaient leurs institutrices.
Mais comme le grand public est bête comme ses gros pieds d’éléphants, on doit lui expliquer tout bien comme il faut. Lui dire ce qu’il y a à voir. Et lui montrer ce qu’il y a à comprendre. Pour accomplir cette mission, la « Force de l’Art 02 » a engagé plusieurs médiatrices et médiateurs culturels, le plus souvent de charmantes étudiantes ou de jolis rapins.

La Plouquette n’a pas manqué de suivre l’amourette qui s’est nouée entre un médiateur de 20 ans à l’œil qui frise et une belle japonaise nimbée de mystères aussi extrêmes qu’orientaux.

Espérons que ces deux agréables représentants de l’espèce humaine auront pris ailleurs le plaisir que cette « Force de l’Art 02 » nous refuse.

 

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

Le marché de l'art se casse la gueule. C'est le métier de la Ministresse de faire un peu d'agit-prop...et le vôtre de le subir. Après la bulle de l'immobilier, de l'informatique, la bulle de l'art risque de faire un peu le ménage dans ce fatras...

Écrit par : Géo | 07/05/2009

Les médiateurs ont été choisis non pour leur belle gueule ou leurs jambes mais pour leur parcours universitaire/artistique et leurs connaissances en ce domaine. On le rappelle au passage pour éviter de relire des bêtises.

Écrit par : Encore une des. | 11/05/2009

Dieu merci, j'ai échappé aux pièges du Grand Palais. Mais j'ai heureusement constaté que le "Plouc" n'avait pas perdu ses facultés intellectuelles en lisant la prose de Mme Albanel et avait réagi avec beaucoup d'à-propos à mon blog de ce matin. Qu'il en soit remercié! Avec mes amitiés de Genève.

Écrit par : Guy Mettan | 12/05/2009

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