23/04/2009

Ségolène Royal, de bravitude en excuseries

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Après avoir clamé les bienfaits de la «bravitude» du haut de la grande muraille, Ségolène Royal sort son moulin à «excuseries». Sarkozy débite-t-il un discours inepte sur les Africains à Dakar que la social-médiacrate s’excuse au nom de la France. Qui ne lui avait rien demandé.

Le même président distille-t-il des propos ambigus sur le quotient intellectuel du premier ministre espagnol que la Madone poitevine dépose ses requêtes de pardon aux pieds de l’Espagne. Qui ne lui avait rien demandé non plus.

Ces bruits de bouche pour ne rien dire – ou si peu – seraient risibles s’ils ne montraient à quel point l’opposition socialiste en France se trouve en état de coma dépassé. Du moins sur le plan national.

Les exigences de l'UBM

Ségolène Royal ne sait faire qu’une chose: capter la lumière des caméras. Mais pour quel usage? Peu importe. Pourvu que grimpe vers la stratosphère la fameuse UBM (unité de bruits médiatiques). Comme une apprentie comédienne, elle singe son modèle en médiacratie: Nicolas Sarkozy. Occupe-t-il le terrain? Elle en fait de même. S’agite-t-il en tous sens? Elle vibrionne de plus belle. Dit-il quelques sottises? Elle en sort de plus énormes.

Dans le cas présent, les «excuseries» de cette représentante en chabichous (spécialité caprine et fromagère de Poitou-Charentes, région phare du «royalisme») ont surtout pour effet de nourrir le pouvoir en place.

Fièvres "excuseuses"

D’ailleurs, Sarkozy ne s’y est pas trompé. Il fait actuellement sonner la charge contre Ségolène à grand renfort de trompettes. Chaque responsable de l’UMP y va de son couplet révulsé devant l’injure faite à la France, de ses conseils médicaux pour soigner les fièvres «excuseuses», de ses indignations suffocatoires, de ses véhémences sarkolâtres.

Ce déluge ségophobe a contraint les dirigeants socialistes à prendre la défense de Mme Royal, alors qu’ils ne songeaient qu’à une chose: «Mais qu’elle se taise enfin!» A part Jack Lang, qui, devant l’espoir toujours renouvelé d’une gamelle ministérielle bien garnie, a choisi de vilipender sa camarade et d’oindre le dispensateur des croustillants portefeuilles et autres délicieux maroquins.

Dès lors s’est enclenché un cycle de réactions, contre-réactions, contre-contre-réactions et ainsi de suite, semblable à un mouvement perpétuel de l’indignation réciproque. Un responsable de l’UMP a même appelé Ségolène Royal à s’excuser de ses excuses!

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Cette crise qu'on oublie

Le résultat est lumineux. En France, les médias offrent une place léonine aux ségolénades et sarkozeries. Les tristes nouvelles, telles que la montée quotidienne du chômage, la destruction massive des emplois, les banlieues en errance et en désespérance sont reléguées en fin de journal, juste avant les sports et la météo. Pour Sarkozy, la contrition royalesque est du pain bénit. Enfin, on parle d’autre chose que de la crise.

Pour le Parti socialiste, en revanche, c’est la tuile. Sous la direction de Martine Aubry – peu enthousiasmante mais sérieuse et laborieuse – il tentait de retrouver sa crédibilité auprès des travailleurs. Hélas, cette reconquête se voit bien compromise par Calamity Ségo.

(Ce texte est paru jeudi 23 avril 2009 dans la rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et "Réflexion" de 24 Heures)

LE PLOUC SE FAIT VOIR AU SALON DU LIVRE DE GENEVE.

Le Plouc présente deux bouquins au Salon du Livre de Genève.

Vendredi, de 19 h. à 21 h., avec son coauteur et complice Jacques Barillon, il signera "Ne tirez pas sur le jury" au stand des Editions Slatkine (stand F 841). Il s'agit d'un pamphlet documenté pour défendre le jury populaire en justice qui est menacé à Genève par la votation du 17 mai.

Samedi, de 16 h. à 18 h., seul cette fois-ci, il signera son dernier livre de poésie "Circonstances" au stand des Editions Samizdat (stand J-19). C'est le dernier ouvrage illustré par le grand peintre Ben-Ami Koller qui nous a quittés en décembre dernier.

 

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20/04/2009

Les pensées de Sarkonaparte - Chapitre I

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Nous commençons aujourd’hui à illustrer la Sarko-pensée qui doit servir de guide, de phare, voire de gyrophare, non seulement à la France, non seulement à l’Europe, non seulement à la planète mais à toute la galaxie et à ses environs.

 

Pour Sarkonaparte, il y a deux sortes de types : les louseurs et les ouineurs. Les premiers ne gagnent pas un radis en grattant le sol. Les autres flottent au-dessus de la vie en parapente doré. Afin de bien saisir la dialectique de cette philosophie élyséenne, voici quelques exemples, par couple.

Ouineur : Johnny Halliday. Il remplit le Zénith et vide des bières. Louseur : Paul Verlaine. Il vide des absinthes et les économies de sa maman.

Ouineuse : Paris Hilton. Elle collectionne les partouzes bling-bling devant les ouèbes-cames du monde entier. Louseuse : la Princesse de Clèves. Elle est incapable de s’envoyer en l’air avec le Duc de Nemours, avec ou sans ouèbe-came. 

Ouineuse : Céline Dion. Elle vit dans l’opulence. Louseur : Mozart. Il meurt dans la misère.

Ouineur : Gilbert Montagné. Il vit dans l’opulence. Et aveugle, en plus. Louseur : Beethoven. Il meurt dans la misère. Et sourd, en plus.

Ouineuse : Carla Sarko-Bruni. Elle gagne un max avec son filet de voix. Louseuse : ma concierge. Elle perd un max avec son filet à commissions.

Ouineur : Georges Deubleyou Bush. Un génie politique qui est parvenu à être élu président à deux reprises avec une seule guerre très ratée. Louseur : Einstein. Son génie est usurpé puisqu’il n’a gagné aucune élection. Il a même refusé d’être président de l’Etat d’Israël. Pffff, quel raté !

Ouineur : Bernard Kouchner. Socialiste, il tourne à droite et parque au milieu du Quai d’Orsay. Louseur : Djack Lang. Socialiste, il tourne aussi à droite et ne se prend même pas une gamelle ministérielle.

(A suivre)

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18/04/2009

Le Christ, «Les Experts» et la société décomposée

 

Descente Croix.jpgLes séries télévisées américaines en disent long sur nous et notre fascination du cadavre, de préférence, décomposé en ses plus putrides éléments. Et l’on se prend à redouter l’apparition – qui ne saurait tarder – de la télévision olfactive.

Cela dit, il n’est pas certain que cette innovation odorante nous repousserait. Naguère encore, «Les Experts: Miami», «Bones», «NCIS» auraient provoqué une gigantesque nausée collective et un rejet définitif. Or, ces séries connaissent aujourd’hui un succès impressionnant. D’ailleurs, l’auteur de ces lignes passe à table: oui, lui aussi contemple chaque semaine, horrifié et attentif, fragments de cervelle et contenu stomacal que touillent de superflics en blouse d’un vert chirurgical qui paraissent aussi éloignés du commissaire Maigret que Pamela Anderson l’est de la princesse de Clèves.

Procédés vieux comme le monde. Et même au-delà

Ces récits ne sont pas seulement des fabrications audiovisuelles destinées à offrir «à Coca-Cola du temps de cerveau disponible», pour reprendre l’éclairante formule du délicat télécrate Le Lay (ancien patron de TF1). Elles vont beaucoup plus loin et utilisent des procédés symboliques qui sont vieux comme le monde. Et même au-delà. . .

Le soin et la punition

Tout d’abord, elles réunissent dans un même ensemble la Médecine et la Justice, soit le soin et la punition. Certes, ce n’est pas un patient qui est soigné. Ou du moins, si patient il y a, sa patience n’a point de fin puisqu’il s’agit d’un mort! Mais justement, il faut le guérir, ce cadavre. Lui offrir la vérité qui le délivrera de l’injustice que son assassin lui a infligée.

Un acte religieux

Ensuite, ces séries nous font entrer dans le religieux. En effet, l’acte premier d’une religion est de distinguer ce qui relève du sacré de ce qui doit rester dans le monde profane (de «profanum» qui signifie «devant le temple»). Or, le geste initial qu’accomplissent ces Experts, consiste à délimiter la scène de crime afin d’empêcher les profanes (curieux et journalistes) de pénétrer dans cette zone strictement réservée aux initiés, dont les uniformes et les appareils sont autant d’habits et d’objets sacerdotaux.

Processus alchimique

Enfin, les séries reconstituent le processus alchimique qui, dans sa forme au moins symbolique, imprègne la plupart des initiations traditionnelles, maçonniques ou autres. Les alchimistes médiévaux travaillaient la «materia prima», c’est-à-dire un élément de la matière en son aspect le plus vil, pour en faire de l’or. Comme l’initié part de sa condition d’humain englué de matière pour parvenir, avec effort, à s’élever spirituellement. Les Experts, eux, découvrent la vérité en partant des organes en putréfaction.

Tout cela n’élucide qu’en partie notre fascination pour ces séries. Il existe – peut-être – une autre raison, d’ordre social.

Ces récits nous expliquent aussi, de façon sous-jacente, que nous vivons dans une société décomposée: familles éparpillées ou divisées, perte du sens collectif dans le travail, individualisme forcené.

Résurrection et réunion de ce qui est épars

Le moment est alors venu, pour ne pas sombrer, de se rappeler un autre récit qui transcende tous les autres: la Résurrection pascale avec le Christ qui, triomphant de la mort, réunit en nous ce qui est épars.

(Ce texte a paru jeudi 16 avril 2009 dans la rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et "Réflexion" dans 24 Heures. Illustration: gravure de Gustave Doré)

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15/04/2009

"Circonstances", nouveau livre de poésie du Plouc

Le Plouc pond un nouveau bouquin et laisse à son ami le peintre Philippe Rillon le soin de le présenter. Et visitez son site: http://rillon.blog.lemonde.fr/

“CIRCONSTANCES”, poèmes de Jean Noël Cuenod illustrés par Ben Ami Koller.

La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable.” (Baudelaire, “Le peintre de la vie moderne,IV”)

Cette brève définition de la modernité en art par celui qui en fut l’inventeur et premier critique convient aux préoccupations de notre ami Jean Noël Cuenod, ainsi que vous pourrez le lire dans ces quelques éléments du dossier de presse qui annoncent son dernier ouvrage. Nous y ajoutons avec l’autorisation de l’auteur, deux poèmes inédits extraits de”Circonstances”.

Circonstances

La vie d’un journaliste est traversante. Et en traversant les existences qu’elle côtoie, elle les reçoit comme des coups, comme des cadeaux, comme des preuves de haine et d’amour. En partageant le quotidien de l’autre si prochain, et du prochain si autre, lors des reportages ou des analyses d’événements, le journaliste absorbe et restitue.

A chaque fois, il est atteint. La douleur humaine en lui s’accumule. Mais il doit s’efforcer de la faire taire. Savoir brider- brimer ? - l’émotion qui risque de submerger et d’emporter au loin les raisonnements. Voire, la raison. Le journaliste n’est qu’un truchement, rien de plus. Au mieux, un porte-voix. Et encore…

Alors, il faut bien que ce trop-plein déborde quelque part. Ce quelque part se situe en poésie. C’est par ce langage qui combine le son et l’écrit, le nombre et la lettre que le fait rapporté objectivement se transforme en fait vécu pleinement. Le réel devient mythe et devenant mythe n’en est que plus réel.

Tous ces textes ont été inspirés directement par le reportage, ou indirectement par le biais d’interviews de témoins ou d’analyses de dépêches d’agence. Certains, rares, sont issus d’une expérience uniquement personnelle.

Il s’agit donc de «poèmes de circonstances», pleinement assumés comme tels.

La ponctuation est au texte ce que le rythme est à la musique et la respiration à l’homme. Dans ce bouquin, ce rôle vital est tenu par les dessins de Ben-Ami Koller, l’un des plus grands artistes européens de notre époque.

Jean-Noël Cuénod

Circonstances sera présenté le 29 avril 2009 à la Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines près de Paris où un hommage sera rendu à Ben-Ami Koller au milieu de sa famille, de ses amis et de « ses » poètes dont Jean-Noël Cuénod.

Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yveline, 10 place Pierre Bérégovoy,78280 Guyancourt 01 39 30 08 90

Le manuscrit de ce livre était déjà entre nos mains lorsque l’annonce nous est parvenue de la mort de Ben-Ami Koller. Il n’avait que 60 ans. Nous avons donc décidé de publier sans tarder cet ouvrage né de l’amitié du poète et du peintre.

Ecrivain, poète et journaliste, correspondant à Paris de la Tribune de Genève et de 24 Heures, Jean-Noël Cuénod est né à Genève, à deux pas de la Noël 1948. Il a le journalisme pour vocation et la poésie pour passion. Né en 1948 en Transylvanie, Ben-Ami Koller, marqué par la disparition de ses grands-parents à Auschwitz, a dessiné et peint dès l’enfance. Artiste majeur de notre temps, il est mort le 15 décembre dernier près de Paris. Circonstances est l’ultime livre qu’il a illustré.

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DANGER

Coups puissants de ce siècle sourd

Sons et sang fusion confusion

Pesanteur des paroles de poix

Qui collent à nos palais dégradés

Danse balourde balbutiante

Toute grâce éteinte sous le soleil

Qui se consume sans lumière

Eclat insaisissable désormais

La grande matrice des mystères

S’effacera de notre mémoire

 

TOUT RECOMMENCE

J’entends le silence qui hurle

A faire frémir les corneilles

J’entends l’angoisse de l’enfance

Sourdre du sol rongé d’acide

J’entends la camarde palpiter

Entre détritus et charognes

 

Je vois les astres se dissoudre

Par la corrosion du ciel

Je vois la griffe des archanges

Déchiqueter la peau des femmes

Je vois l’absence de soleil

Brûler les savanes urbaines

 

Je te vois toi et tout s’efface

 

Circonstances”

Poèmes de Jean-Noël Cuénod

accompagnés de vingt illustrations noir/blanc de Ben-Ami Koller

Un recueil de 128 pages au format 14×18 cm.tiré à 400 exemplaires sur les presses de l’imprimerie du Cachot, au Grand-Saconnex/Suisse

Prix de lancement: Fr. 30.- (23 .) jusqu’au 31 mai 2009

À retourner aux Editions Samizdat, Denise Mützenberg, 8, chemin François-Lehmann, 1218 Le Grand-Saconnex/Suisse

Tél. +4122 734 05 92 - samizmu@hotmail.com

BULLETIN DE SOUSCRIPTION

Veuillez me réserver:

exemplaire (s) du recueil « Circonstances »

au prix de Fr. 30.- (par la suite: Fr. 35.- ou 25 €)

Port en sus.

Nom : Prénom :

Rue :

No postal : Localité :

Date : Signature :

Renseignements : http://www.editionsamizdat.ch

 

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09/04/2009

Obama-Sarkozy: le chat et la souris

Devant les caméras complaisantes de TF1 dimanche 5 avril à 13 heures, Nicolas Sarkozy a ramé avec toute son inépuisable énergie pour célébrer la passion amicale qui le lie à Barack Obama. A l’en croire, les deux hommes ont, la main dans la main, sauvé la planète.

Ces pathétiques efforts n’ont fait que souligner les camouflets que le président américain ne cesse d’infliger à son confrère français. Depuis l’élection d’Obama, Sarkozy tente désespérément d’attirer son attention, sollicitant l’ambassade française à Washington et même Hillary Clinton. En vain. Pire: le mois dernier, le nouveau chef mondial a écrit une lettre à… Jacques Chirac, le prédécesseur de Sarkozy.

Et en quels termes: «Je suis certain que nous pourrons au cours des quatre ans à venir collaborer ensemble dans un esprit de paix et d’amitié afin de construire un monde plus sûr. » Un vrai message de chef d’Etat à l’un de ses égaux.

Calamiteuse invitation au ranch 

Si Bush junior en avait été l’auteur, on aurait pu mettre cette missive sur le compte d’une de ces nombreuses éclipses intellectuelles qui font le charme inquiétant du passé président. Avec Obama, une telle interprétation est impossible. Il a bel et bien voulu blesser Nicolas Sarkozy en lui rappelant que Chirac au moins s’est opposé à Dobelyou avant la campagne en Irak et n’a pas quémandé, lui, une invitation dans son ranch.

Barack Obama a enfoncé le clou encore plus cruellement, durant ce week-end consacré à l’OTAN. Tout d’abord, il a infligé à l’Omniprésident un sacré coup de vieux en recevant l’acclamation enthousiaste de 4000 lycéens strasbourgeois devant lesquels le numéro un planétaire a mené un show digne d’une rock- star.

Pierre radioactive dans le jardin à la Française

Ensuite, le président américain a plaidé pour le désarmement atomique global. Une pierre radioactive est ainsi lancée dans le jardin à la française. Sans sa dissuasion nucléaire nationale, le peu de puissance militaire et diplomatique qui reste à Paris approcherait du néant. Voilà une curieuse manière de remercier la France d’avoir réintégré le commandement militaire de l’OTAN! Et cela donne une idée précise de l’étroite marge de manœuvre qui sera dévolue à la République voisine dans l’Alliance atlantique. En son sein, Sarkozy rêvait d’une jolie plage de pouvoir. Il n’aura droit qu’à un lopin de la taille d’un string de volleyeuse brésilienne.

Enfin, Barack Obama a quasi ordonné aux Européens d’accepter l’entrée de la Turquie dans l’Union. Or, contrairement à Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy est opposé à cette adhésion. Lassé sans doute de recevoir cette série de gifles, le président français a d’ailleurs sèchement répliqué en rappelant qu’il appartenait aux Européens de prendre une telle décision.

Frustrant retour sur le banc des remplaçants

Visiblement, Obama veut remettre le Français à sa place. Profitant de la calamiteuse fin de règne de Bush, Nicolas Sarkozy, alors président de l’Union européenne, a occupé le terrain de la diplomatie mondiale, à la manière de ces footballeurs remplaçants qui se démènent pour faire oublier la vedette blessée. Maintenant, un nouvel attaquant héroïque entre sur la pelouse. Au remplaçant de retourner sur le banc de touche. Et vite!

(Ce texte a paru mercredi 8 avril 2009 en "Réflexion" dans "24 Heures" et jeudi 9 avril en "Perspective" dans la "Tribune de Genève" )

Jean-Noël Cuénod

 

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03/04/2009

G20 : Nicolas Sarkozy sert la soupe aux Anglo-Saxons.

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Malgré ses postures à la Tartarin de Neuilly-sur-Seine, ses «retenez-moi ou je fais un mmmmalheur», Nicolas Sarkozy a bien servi la soupe aux Anglo-Saxons. A en croire ses coups de clairon médiatique, il a arraché à Barack Obama et Gordon Brown « la disparition des paradis fiscaux ».

Quelle blague ! Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne figurent sur la liste des blanches oies fiscales qui n’ont rien à se reprocher. Or, trois Etats américains au moins – le Delaware, le Wyoming et le Nevada – disposent de lois fiscales bien plus opaques et nettement plus intéressantes que les pays de la liste grise (les pays sous surveillance) comme la Suisse, la Belgique, l’Autriche, le Luxembourg notamment. De même, la City de Londres fait partie des plaques tournantes essentielles dans le blanchiment d’argent.

 


Installer la Grande-Bretagne parmi les nations vertueuses équivaut donc à placer une tenancière de bordel dans un jury de prix de vertu.

 Le président français n’a fait que nuire à ses voisins européens pour le plus grand bénéfice des Américano-britanniques et sans que cela profite à son pays. Comme l’a relevé Jacques Attali ce matin à France-Info, « l’argent ira ailleurs ». Au lieu de se placer à Genève – qui emploie de nombreux Français - , Zurich, Bruxelles, Luxembourg ou Vienne, les fonds de la fraude fiscale gonfleront les coffres de Londres, Wilmington ou Las Vegas. Que voilà de bien beaux cadeaux. Merci qui ?

Pour quelle soit crédible, la lutte contre la fraude fiscale doit concerner tout le monde ou personne. Dans le cas présent, cette lutte n’a servi que les intérêts anglo-américains au détriment des nôtres. Les Etats-Unis se trouvent à l’origine de la crise actuelle. Et ils vont en tirer un surcroît de puissance financière. La morale et la justice ne sont point de ce monde.  Il faudra que la Suisse et les autres petits pays industrialisés en tiennent compte.

A ce propos, on constate que leur appartenance à l’Union Européenne n’a pas empêché l’Autriche, la Belgique et le Luxembourg d’être placés sur la liste « grise » au même titre que la Suisse. Le couple franco-allemand, loin de les défendre, les a enfoncés.

Cela signifie-t-il qu’il ne faut surtout pas entrer dans cette Union ? Au contraire. La Confédération devrait y adhérer plus que jamais. En effet, il saute aux yeux que la Belgique, l’Autriche et la Suisse, a fortiori le Luxembourg, n’ont plus la taille critique pour affronter la société mondialo-américaine. Ils devront donc unir leurs efforts de plus en plus étroitement. Et cette entente aura plus de chance d’aboutir au sein de l’Union Européenne qu’à l’extérieur, quitte à se coordonner contre le couple franco-allemand si celui-ci mène une politique nuisible aux « petits », comme c’est le cas actuellement.
 C’est désormais au sein des grands ensembles que les rapports politiques et économiques se nouent. Les relations bilatérales ne peuvent aboutir qu’à l’écrasement de pays devenus des PME à l’échelle planétaire.

Pour la Suisse, poursuivre sur la « voie autiste » des blochériens relève du suicide collectif.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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