29/03/2009

Prends l'oseille et tire-toi!

Allen.jpg"Les hauts dirigeants financiers et industriels sont devenus fous!" A les voir réclamer et recevoir des bonus et autres plantureuses pâtisseries financières au moment où les Brahmanes de la caste capitaliste sont aussi populaires que des pédomaniaques dans une assemblée de parents d'élèves, il est légitime de se poser quelques questions sur leur état mental.

Les dirigeants politiques - qui, naguère encore et Obama en tête - les caressaient dans le sens des billets pour qu'ils financent leurs coûteuses campagnes politiques, n'ont pas de mots assez durs pour dénoncer leur "folie".

C'est ainsi qu'on entend ces politiciens - libéraux ou blairistes - fustiger ces privilèges dont, naguère encore, ils se faisaient les hérauts. "Vous comprenez, il faut récompenser leur génie financier" On a vu dans quels précipices ces bergers inspirés ont conduit leurs troupeaux d'actionnaires. "Vous comprenez, il faut récompenser leurs prises de risques". Quelles prises de risques? Plus ils se plantent, plus ils récoltent!

En fait, les goinfres de la finance ne sont pas fous. Et ce n'est pas plus rassurant de le contraster, au contraire. S'ils décident de prendre aujourd'hui le maximum de fric, malgré la colère générale, c'est qu'il n'ont plus confiance dans la résurrection du système qu'ils ont mis en place. Ils mettent à profit la devise que Woody Allen exprimait en 1969 déjà: "Take the Money and run", soit "prends l'oseille et tire-toi". Il n'y a plus rien à espérer de ce système. Prenons tout ce nous pouvons et cachons-nous dans un coin.

Se cacher, voilà le gros problème qui se place sur le chemin de la fuite. A l'heure d'internet, il est impossible de trouver un lieu à l'abri des regards. Alors, les goinfres dorés risquent d'apprendre à leurs dépens qu'un matelas d'euros et de dollars ne peut pas servir d'efficace gilet pare- balles.

 

Jean-Noël Cuénod

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27/03/2009

L’identité suisse liée à vie au secret bancaire ?

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L’identité suisse serait-elle indissolublement liée au secret bancaire? La chancelière allemande Angela Merkel en est persuadée, comme elle l’a déclaré le 29 avril 2008, lors de sa visite officielle à Berne: «J’ai constaté que la Suisse était naturellement fière de son secret bancaire. Cela fait également partie de l’identité suisse. »

Cette affirmation, malgré le mépris qu’elle laisse diplomatiquement entrevoir, a été confirmée et développée par de nombreux officiels, politiciens, financiers et autres thuriféraires de l’idéologie «banquiste» helvétique. Chaque coup de poignard infligé au secret bancaire blesserait donc l’âme de l’être collectif suisse. Qui risque fort d’être saignée à blanc.

Les pleureuses zurichoises

A en croire cette logique, si l’on enlève à la Suisse son secret bancaire, non seulement le pays s’effondre économiquement mais aussi dans ce qui le constitue au sens moral. «Pas d’argent, pas de Suisses», clamaient nos lointains ancêtres à la face du roi de France François Ier lors de la bataille de Pavie. «Plus de secret bancaire, plus de Suisse», se lamente le chœur des pleureuses de la finance zurichoise.

Séchons donc ces larmes dont certaines sont versées par une cohorte de crocodiles. Nous l’avons écrit dans ces colonnes à maintes reprises, rien n’est éternel en ce bas monde. Pas même le secret bancaire.

Un secret impermanent

Il est né au XIXe siècle avec la circulation des fonds créée par les profits que générait la révolution industrielle. Il s’est renforcé après la crise de 1929 lorsqu’il fallait protéger la place financière suisse. Il s’est trouvé largement entamé dans les années 90 dans le contexte de la lutte contre la criminalité organisée. Il disparaîtra bientôt lorsque les pays les plus puissants auront décidé, une fois pour toutes, que leurs contribuables les plus riches devaient payer leurs impôts chez eux.

Il appartiendra aux nouveaux dirigeants bancaires — ceux d’aujourd’hui ayant démontré l’ampleur de leur inefficacité grassement rémunérée — de se battre avec des armes différentes.

C’est alors que nous nous apercevrons — Hosanna! — qu’il y a une vie après le secret bancaire. Et même une vie suisse, voyez-vous cela!

L’omerta financière

Peut-être prendrons conscience que faire de cette omerta financière une vertu helvétique et un objet de fierté relevait du ridicule le plus achevé. Elle n’était qu’une manœuvre tactique dans le contexte de la concurrence entre places financières, manœuvre utilisée par chacune d’entre elles, en Suisse et ailleurs. En aucun cas, elle serait constitutive de l’identité helvétique, n’en déplaise à Madame la chancelière et aux pleureuses zurichoises.

Car s’il n’y a pas de quoi se montrer fier du secret bancaire, en revanche, les Helvètes peuvent l’être des véritables valeurs fondamentales de leur pays. Perçues par un regard suisse vivant à l’étranger, ces valeurs prennent d’autant plus de couleurs. La collégialité des décisions, l’exercice de la volonté populaire, la démocratie à tous les niveaux, l’intégration de trois cultures et de deux religions antagonistes, voilà qui est tout de même plus digne de considération qu’un secret désormais éventé.

(Ce texte a paru en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et "Réflexion" de 24 Heures, jeudi 26 mars 2009)

Jean-Noël Cuénod

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20/03/2009

Grèves et manifs: que faire de ce succès?

manif-paris.jpgQue vont-ils faire de leur succès, les syndicats français? Jeudi 19 mars, ils ont montré leur capacité à mobiliser deux millions de manifestants, au moins, pour la deuxième fois en un mois et demi. Mais pour n’obtenir qu’une fin de non-recevoir sèchement signifiée, via TF1, par le premier ministre François Fillon, le préposé aux mauvaises nouvelles (les bonnes étant de l’exclusif ressort de l’Omniprésident!)

Les huit grandes organisations syndicales se sont réunies ce vendredi matin pour décider de la suite à donner à leur action. Entre eux, les avis sont partagés. Les plus radicaux veulent engager une nouvelle journée de manifs rapidement afin de faire monter la pression contre le gouvernement. Les plus prudents désirent préserver la popularité du mouvement en évitant de lasser le public.

En attendant, tous les regards se braquent vers le 1er Mai. Et il est vraisemblable que les syndicats organiseront des opérations dans les régions les plus touchées par la destruction massive des emplois.

Protestation sociale et kermesse marchante

Pour bien comprendre le contexte actuel, il faut saisir toute l’importance de la culture protestataire dans la République. Les manifs à la française prennent souvent des allures de kermesses marchantes. Les baffles jouent à plein régime des vieux chants révolutionnaires version pogo ou reggae (nous avons entendu lors du cortège parisien de jeudi une «Bella Ciao» qui aurait décoiffé Gramsci!). Les grillades grésillent et enfument. On danse. On chante. On rit. Dans ce type de rassemblement, il ne faut donc pas négliger la dimension conviviale. «Il y a du bonheur à être tous ensemble. C’est aussi une fête», expliquait une jeune étudiante en informatique.

Mais un mouvement social ne peut se réduire à cette sympathique dimension. Il doit embrayer sur des conquêtes, même modestes, pour ne pas s’essouffler dans l’impuissance et la désespérance. Et c’est là que la chatte manifestante a mal au pied.

Haro sur le bouclier !

Que réclament les syndicats à l’Etat? Relancer l’économie par la hausse du salaire minimum (Smic) et des prestations sociales, renoncer aux suppressions de postes dans la fonction publique et supprimer le « bouclier fiscal » qui profite aux contribuables les plus aisés.

 Ce «bouclier pour riches» subit les crachats virtuels d’une impopularité galopante. Alors pourquoi le pouvoir ne le lâche-t-il pas sur les pieds des nantis? Tout d’abord, parce que les propriétaires de ces pieds-là font partie de l’électorat de Sarkozy. Ensuite, le gouvernement a remisé aux oubliettes maintes de ses réformes. Abandonner celle-là – qui fut la marque d’origine de l’Omniprésidence sarkozyenne – reviendrait à se déjuger et à perdre toute crédibilité à droite.

D’autant plus que le pouvoir avance un argument qui n’est pas sans fondement: le «bouclier fiscal» n’entraîne qu’un manque à gagner de 468 millions d’euros, ce qui ne suffirait pas à satisfaire les revendications syndicales et ce qui contribuerait à la fuite des capitaux hors de France… En Suisse, prenons cet exemple au hasard!

Paradis fiscaux sur le chemin de l’enfer

A cela, les syndicats peuvent répondre que les paradis fiscaux sont en passe de disparaître et que les nantis éprouveront désormais plus de difficultés à échapper aux impôts. Surtout, le «bouclier fiscal» devient un symbole insupportable à tous ceux qui travaillent beaucoup pour des picaillons.

Dès lors, les syndicats – et la gauche – ne lâcheront pas ce «bouclier». De même, une autre revendication va sans doute persister au sein du public: la hausse du salaire minimum (le Smic) qui peut entraîner celle des autres rémunérations. Les organisations de salariés tiennent-là deux os à ronger pendant plusieurs mois.

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

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19/03/2009

Préservatifs: quand le pape capote !

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Paraphrasons le politicien franco-corse André Santini, perpétuel ministre chargé des petites phrases : « La preuve que le pape ne comprend rien au préservatif, c’est qu’il le met à l’index ». Un index que Benoît XVI se fourre résolument dans l’œil, comme le démontre son ahurissante sortie sur la capote qui « pourrait même aggraver le sida ».
Et le patron de l’Eglise romaine de célébrer sa Sainte Trinité sexuelle : mariage immaculé, fidélité absolue et famille traditionnelle.
Cette rigidité conceptuelle se refuse à séparer le temporel du spirituel, et c’est pour cela que les Eglises conservatrices – et pas seulement catholiques – foncent dans le mur de la modernité en klaxonnant.
Cette confusion pollue tout particulièrement le discours papal sur la morale. Il est toujours malaisé de définir ce qu’on entend par « morale ». Risquons cette définition qui peut fort bien être remplacée par une autre que le lecteur jugera plus idoine :

Le mot « morale » a pour origine le latin « moralis » signifiant « relatif aux moeurs » , ces dernières étant l’ensemble des règles qui dictent le comportement des membres d’un groupe humain donné en fonction, non pas du cadre rigide de la loi, mais de l’usage. La morale dicte donc le comportement des individus membres du groupe afin que chacun puisse guider ses actes de façon à ne pas nuire à la collectivité mais pour, si possible, participer à son épanouissement.

La morale change selon les lieux et les époques. Se promener à poils sur une plage de Saint-Trop’ ne dérange personne. Déambuler dans le même appareil place de la Concorde vous vaudra embarquement dans un panier à salade, direction l’hôpital psy. La loi qui interdit la nudité publique est la même à Saint-Tropez qu’à Paris. Mais en termes de morale, ce qui est acceptable là-bas, ne l’est plus ici.
De même, la morale qui avait cours au Moyen-Age n’est plus celle qui régnait durant les Lumières et encore moins en ce début de IIIe millénaire. La morale n’est donc pas destinée à la fixité. Elle suit l’évolution des hommes et ne la précède pas. On peut le regretter. On peut gémir. C’est ainsi.

Or, toutes les visions conservatrices – Benoît 13 et 3 n’en est qu’un exemple – des institutions religieuses diffusent une image de la morale figée dans un lieu et une époque donnée. C’est l’Arabie du temps de Mohammed, pour les uns. C’est l’Israël du temps de Jésus, pour les autres, voire l’ère de la Contre-réforme en Europe pour le catholicisme.
Comme une digue trop rigide, cette conception est destinée à voler en éclat sous les coups de boutoir de la vie.

Que les hommes (il n’y a pas beaucoup de femmes dans cette sphère !) de Dieu laissent notre sexe tranquille. Et qu’ils nous parlent plutôt de l’Esprit.

Jean-Noël Cuénod

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15/03/2009

Violences des banlieues. Inégalité gravée dans le béton

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Les nations demeurent fascinées par ce qui leur manque.  Gravé aux frontons des mairies, fleurissant sur les lèvres microphages des politiciens, le mot « Egalité » fait, en France, partie des obsessions rhétoriques. Or, l'inégalité s'invite partout, dans tous les pays, mais avec une constance toute particulière outre-Jura. Elle y est même inscrite dans le marbre ou plutôt le béton armé. Car c'est dans l'urbanisme qu'elle exerce ses effets d'une façon délétère. Effets qui se traduisent par la mise en zone de non-droit de nombreux quartiers de banlieue et le développement du communautarisme de bande, devenu le principal marqueur identitaire d'une grande partie de cette jeunesse déscolarisée qui multiplie les affrontements avec les policiers. Le guet-apens antipolicier de ce week-end aux Mureaux en est l'exemple le plus récent.

 

Le « cercle vicieux » du Périph’

 

La vision centralisatrice de la vie sociale se traduit par l'autocratisme de la métropole. Il est symbolisé par cette forme bien connue du « Périphérique » qui encercle Paris - lieu des beautés architecturales et de la raison urbanistique. Ce « Périph’ » est aujourd’hui le « cercle vicieux » de l’apartheid social et rejette dans l'ombre les banlieues pauvres formées de bric et de broc, sans principe directeur et où domine la laideur. Les grandes villes françaises, pour la plupart, sont construites sur ce schéma.

 

Dès lors, les projets qui dessinent le futur Grand Paris – et qui devrait inspirer les métropoles régionales - prennent une importance cruciale pour désamorcer la violence sociale. Car tous, peu ou prou, donnent des pistes intéressantes pour faire voler en éclats le mur des banlieues.

 

A quand l’ « union sacrée » pour les banlieues ?

 

Hélas, ces projets – s'ils voient le jour – prendront du temps. Et la France se trouve en situation d'urgence. Les divers « plans banlieues » n'ont donné aucun résultat. Seul un investissement massif appuyé une « union sacrée » des principaux acteurs politiques apporterait à ce problème ardent un début de solution.

 Pour l’instant, la droite qui gère le pays et la gauche qui règne sur les régions se tirent dans les pattes. Et c’est la France qui boite.

 

Jean-Noël Cuénod

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07/03/2009

Les prophètes ont déserté

moise_~k0078589.jpgLe tsunami économique ne faiblit pas. Les actifs toxiques qui empoisonnent les banques et, par là même, tous les circuits financiers apparaissent aujourd’hui encore plus virulents, encore plus nombreux que ne le craignaient les économistes les plus pessimistes

Un jour la Bourse monte. Mais c’est pour mieux redescendre le lendemain. Et chaque matin apporte son lot d’emplois détruits, de violences sociales, de désespérances individuelles. Voilà l’humanité cramponnée au bastingage du paquebot Monde en éprouvant un interminable mal de mer.

Les sources économiques de cette crise historique ont été longuement analysées. Il est évident qu’un phénomène d’une telle ampleur a pour origine un ensemble de causes diverses que les circonstances réunissent en faisceaux. Parmi les éléments déclencheurs, on ne saurait négliger le facteur éthique. A la base du processus qui a provoqué la crise du subprime, puis celle du crédit et enfin l’actuel tsunami qui submerge toutes les activités, on trouve deux actes d’une immoralité crasse nés aux Etats-Unis.

Cascade d’impayés et marée à la rue

Le premier: encourager des pauvres à devenir propriétaires en leur proposant des prêts immobiliers sur 40, voire 50 ans à des taux faibles pendant les deux premières années afin de les allécher, puis les assommer avec des intérêts de plus en plus élevés. A court terme, l’organisme prêteur est gagnant. Mais cette cupidité myope provoque une cascade d’impayés, puis une marée de familles à la rue et enfin l’effondrement du marché immobilier.

Le système devenu escroc

Le second: transformer ces créances pourries en titres boursiers et les mélanger avec d’autres produits financiers sains. En droit pénal, ce genre de pratique s’appelle escroquerie. Mais le droit pénal frappe des individus. Là, c’est tout le système qui est devenu escroc. Si l’une des causes de cet immense pétrin – c’est un autre mot qui est tombé tout d’abord sur notre clavier – est d’ordre moral, il est logique de penser que les solutions pour en sortir doivent aussi obéir à l’impératif moral.

Malheureusement, la morale ne se décrète pas comme une loi. Moins rigide et agissant plus que la loi à l’intérieur des individus, elle règle leur comportement au sein d’un groupe social afin que chacun puisse guider ses actes de façon à ne pas nuire à la collectivité mais pour, si possible, participer à son épanouissement.

On cherche transcendance

Jadis, lorsque le peuple de Dieu contrevenait à la morale, des prophètes inspirés par Sa parole se répandaient dans les foules pour les avertir des dangers que leur immoralité faisait courir au groupe. Mais les grands Livres divins ont clos le cycle de la prophétie. S’il existe encore des prophètes, ils doivent s’époumoner dans des déserts tellement reculés qu’aucune oreille ne les entend.
Autre difficulté majeure: toute morale efficace est traversée par une transcendance, quel que soit le nom qu’on lui donne (Dieu, Parti, Patrie etc.). Or, aujourd’hui, soit cette transcendance est niée, soit elle surabonde en une pluralité de masques communautaires et souvent antagonistes. Il n’existe pas cet accord minimal sur une transcendance qui pourrait donner du souffle à la morale. Alors, chacun attend un prophète. Pour l’instant, seuls pérorent les Diafoirus.

(Ce texte a été publié en rubrique « Perspective » dans la Tribune de Genève et en rubrique « Réflexion » dans « 24 Heures », mercredi 4 mars 2009)

 

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