27/03/2009

L’identité suisse liée à vie au secret bancaire ?

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L’identité suisse serait-elle indissolublement liée au secret bancaire? La chancelière allemande Angela Merkel en est persuadée, comme elle l’a déclaré le 29 avril 2008, lors de sa visite officielle à Berne: «J’ai constaté que la Suisse était naturellement fière de son secret bancaire. Cela fait également partie de l’identité suisse. »

Cette affirmation, malgré le mépris qu’elle laisse diplomatiquement entrevoir, a été confirmée et développée par de nombreux officiels, politiciens, financiers et autres thuriféraires de l’idéologie «banquiste» helvétique. Chaque coup de poignard infligé au secret bancaire blesserait donc l’âme de l’être collectif suisse. Qui risque fort d’être saignée à blanc.

Les pleureuses zurichoises

A en croire cette logique, si l’on enlève à la Suisse son secret bancaire, non seulement le pays s’effondre économiquement mais aussi dans ce qui le constitue au sens moral. «Pas d’argent, pas de Suisses», clamaient nos lointains ancêtres à la face du roi de France François Ier lors de la bataille de Pavie. «Plus de secret bancaire, plus de Suisse», se lamente le chœur des pleureuses de la finance zurichoise.

Séchons donc ces larmes dont certaines sont versées par une cohorte de crocodiles. Nous l’avons écrit dans ces colonnes à maintes reprises, rien n’est éternel en ce bas monde. Pas même le secret bancaire.

Un secret impermanent

Il est né au XIXe siècle avec la circulation des fonds créée par les profits que générait la révolution industrielle. Il s’est renforcé après la crise de 1929 lorsqu’il fallait protéger la place financière suisse. Il s’est trouvé largement entamé dans les années 90 dans le contexte de la lutte contre la criminalité organisée. Il disparaîtra bientôt lorsque les pays les plus puissants auront décidé, une fois pour toutes, que leurs contribuables les plus riches devaient payer leurs impôts chez eux.

Il appartiendra aux nouveaux dirigeants bancaires — ceux d’aujourd’hui ayant démontré l’ampleur de leur inefficacité grassement rémunérée — de se battre avec des armes différentes.

C’est alors que nous nous apercevrons — Hosanna! — qu’il y a une vie après le secret bancaire. Et même une vie suisse, voyez-vous cela!

L’omerta financière

Peut-être prendrons conscience que faire de cette omerta financière une vertu helvétique et un objet de fierté relevait du ridicule le plus achevé. Elle n’était qu’une manœuvre tactique dans le contexte de la concurrence entre places financières, manœuvre utilisée par chacune d’entre elles, en Suisse et ailleurs. En aucun cas, elle serait constitutive de l’identité helvétique, n’en déplaise à Madame la chancelière et aux pleureuses zurichoises.

Car s’il n’y a pas de quoi se montrer fier du secret bancaire, en revanche, les Helvètes peuvent l’être des véritables valeurs fondamentales de leur pays. Perçues par un regard suisse vivant à l’étranger, ces valeurs prennent d’autant plus de couleurs. La collégialité des décisions, l’exercice de la volonté populaire, la démocratie à tous les niveaux, l’intégration de trois cultures et de deux religions antagonistes, voilà qui est tout de même plus digne de considération qu’un secret désormais éventé.

(Ce texte a paru en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et "Réflexion" de 24 Heures, jeudi 26 mars 2009)

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

Francais, je suis d autant plus heureux d entendre cela, qu ayant travaille a l importation avec des societes suisses (Buchi, Kuhni, Premex...), j ai pu apprecier la qualite de leur travail. Il serait dommage de confiner les suisses a l image de ses banquiers et avocats d affaires,parfois peu regardants sur le morale et en fin de compte donnant une image peu reluisante du pays. Les suisses ont d autres atouts dans leurs manches, c est tout a leur honneur. Il est temps de faire le menage.

Écrit par : Brieg Lemoigne | 27/03/2009

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