20/03/2009

Grèves et manifs: que faire de ce succès?

manif-paris.jpgQue vont-ils faire de leur succès, les syndicats français? Jeudi 19 mars, ils ont montré leur capacité à mobiliser deux millions de manifestants, au moins, pour la deuxième fois en un mois et demi. Mais pour n’obtenir qu’une fin de non-recevoir sèchement signifiée, via TF1, par le premier ministre François Fillon, le préposé aux mauvaises nouvelles (les bonnes étant de l’exclusif ressort de l’Omniprésident!)

Les huit grandes organisations syndicales se sont réunies ce vendredi matin pour décider de la suite à donner à leur action. Entre eux, les avis sont partagés. Les plus radicaux veulent engager une nouvelle journée de manifs rapidement afin de faire monter la pression contre le gouvernement. Les plus prudents désirent préserver la popularité du mouvement en évitant de lasser le public.

En attendant, tous les regards se braquent vers le 1er Mai. Et il est vraisemblable que les syndicats organiseront des opérations dans les régions les plus touchées par la destruction massive des emplois.

Protestation sociale et kermesse marchante

Pour bien comprendre le contexte actuel, il faut saisir toute l’importance de la culture protestataire dans la République. Les manifs à la française prennent souvent des allures de kermesses marchantes. Les baffles jouent à plein régime des vieux chants révolutionnaires version pogo ou reggae (nous avons entendu lors du cortège parisien de jeudi une «Bella Ciao» qui aurait décoiffé Gramsci!). Les grillades grésillent et enfument. On danse. On chante. On rit. Dans ce type de rassemblement, il ne faut donc pas négliger la dimension conviviale. «Il y a du bonheur à être tous ensemble. C’est aussi une fête», expliquait une jeune étudiante en informatique.

Mais un mouvement social ne peut se réduire à cette sympathique dimension. Il doit embrayer sur des conquêtes, même modestes, pour ne pas s’essouffler dans l’impuissance et la désespérance. Et c’est là que la chatte manifestante a mal au pied.

Haro sur le bouclier !

Que réclament les syndicats à l’Etat? Relancer l’économie par la hausse du salaire minimum (Smic) et des prestations sociales, renoncer aux suppressions de postes dans la fonction publique et supprimer le « bouclier fiscal » qui profite aux contribuables les plus aisés.

 Ce «bouclier pour riches» subit les crachats virtuels d’une impopularité galopante. Alors pourquoi le pouvoir ne le lâche-t-il pas sur les pieds des nantis? Tout d’abord, parce que les propriétaires de ces pieds-là font partie de l’électorat de Sarkozy. Ensuite, le gouvernement a remisé aux oubliettes maintes de ses réformes. Abandonner celle-là – qui fut la marque d’origine de l’Omniprésidence sarkozyenne – reviendrait à se déjuger et à perdre toute crédibilité à droite.

D’autant plus que le pouvoir avance un argument qui n’est pas sans fondement: le «bouclier fiscal» n’entraîne qu’un manque à gagner de 468 millions d’euros, ce qui ne suffirait pas à satisfaire les revendications syndicales et ce qui contribuerait à la fuite des capitaux hors de France… En Suisse, prenons cet exemple au hasard!

Paradis fiscaux sur le chemin de l’enfer

A cela, les syndicats peuvent répondre que les paradis fiscaux sont en passe de disparaître et que les nantis éprouveront désormais plus de difficultés à échapper aux impôts. Surtout, le «bouclier fiscal» devient un symbole insupportable à tous ceux qui travaillent beaucoup pour des picaillons.

Dès lors, les syndicats – et la gauche – ne lâcheront pas ce «bouclier». De même, une autre revendication va sans doute persister au sein du public: la hausse du salaire minimum (le Smic) qui peut entraîner celle des autres rémunérations. Les organisations de salariés tiennent-là deux os à ronger pendant plusieurs mois.

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

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Commentaires

"Grèves et manifs: que faire de ce succès?"

Hé Ben! comme toujours,pour que rien ne change.

D.J

Écrit par : D.J | 21/03/2009

Jean-Noel...c'était une belle répétition générale...bientôt le grand soir de première...et hop...dehors le sarko...vilaine bestiole...!

Écrit par : mur | 22/03/2009

Quelque chose de grèves en France se produisent souvent. J'ai récemment travailleurs des transports sont en grève. Bon dans ce ne vois pas rien.

Écrit par : Mark @ international phone cards | 12/10/2009

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