07/03/2009

Les prophètes ont déserté

moise_~k0078589.jpgLe tsunami économique ne faiblit pas. Les actifs toxiques qui empoisonnent les banques et, par là même, tous les circuits financiers apparaissent aujourd’hui encore plus virulents, encore plus nombreux que ne le craignaient les économistes les plus pessimistes

Un jour la Bourse monte. Mais c’est pour mieux redescendre le lendemain. Et chaque matin apporte son lot d’emplois détruits, de violences sociales, de désespérances individuelles. Voilà l’humanité cramponnée au bastingage du paquebot Monde en éprouvant un interminable mal de mer.

Les sources économiques de cette crise historique ont été longuement analysées. Il est évident qu’un phénomène d’une telle ampleur a pour origine un ensemble de causes diverses que les circonstances réunissent en faisceaux. Parmi les éléments déclencheurs, on ne saurait négliger le facteur éthique. A la base du processus qui a provoqué la crise du subprime, puis celle du crédit et enfin l’actuel tsunami qui submerge toutes les activités, on trouve deux actes d’une immoralité crasse nés aux Etats-Unis.

Cascade d’impayés et marée à la rue

Le premier: encourager des pauvres à devenir propriétaires en leur proposant des prêts immobiliers sur 40, voire 50 ans à des taux faibles pendant les deux premières années afin de les allécher, puis les assommer avec des intérêts de plus en plus élevés. A court terme, l’organisme prêteur est gagnant. Mais cette cupidité myope provoque une cascade d’impayés, puis une marée de familles à la rue et enfin l’effondrement du marché immobilier.

Le système devenu escroc

Le second: transformer ces créances pourries en titres boursiers et les mélanger avec d’autres produits financiers sains. En droit pénal, ce genre de pratique s’appelle escroquerie. Mais le droit pénal frappe des individus. Là, c’est tout le système qui est devenu escroc. Si l’une des causes de cet immense pétrin – c’est un autre mot qui est tombé tout d’abord sur notre clavier – est d’ordre moral, il est logique de penser que les solutions pour en sortir doivent aussi obéir à l’impératif moral.

Malheureusement, la morale ne se décrète pas comme une loi. Moins rigide et agissant plus que la loi à l’intérieur des individus, elle règle leur comportement au sein d’un groupe social afin que chacun puisse guider ses actes de façon à ne pas nuire à la collectivité mais pour, si possible, participer à son épanouissement.

On cherche transcendance

Jadis, lorsque le peuple de Dieu contrevenait à la morale, des prophètes inspirés par Sa parole se répandaient dans les foules pour les avertir des dangers que leur immoralité faisait courir au groupe. Mais les grands Livres divins ont clos le cycle de la prophétie. S’il existe encore des prophètes, ils doivent s’époumoner dans des déserts tellement reculés qu’aucune oreille ne les entend.
Autre difficulté majeure: toute morale efficace est traversée par une transcendance, quel que soit le nom qu’on lui donne (Dieu, Parti, Patrie etc.). Or, aujourd’hui, soit cette transcendance est niée, soit elle surabonde en une pluralité de masques communautaires et souvent antagonistes. Il n’existe pas cet accord minimal sur une transcendance qui pourrait donner du souffle à la morale. Alors, chacun attend un prophète. Pour l’instant, seuls pérorent les Diafoirus.

(Ce texte a été publié en rubrique « Perspective » dans la Tribune de Genève et en rubrique « Réflexion » dans « 24 Heures », mercredi 4 mars 2009)

 

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Commentaires

Chacune de nos actions porte en soi sa "récompense" au sens positif ou négatif du terme. Les gens qui dirigent l'humanité sont soit des crétins, soit des escrocs, ou plus probablement un mélange des deux.
Une étude un tant soit peu attentive de l'histoire humaine nous enseigne que la chute d'un régime ou d'un empire suit toujours le même schéma: Au début, un régime fondé sur un certain idéal, une société passablement ouverte, puis plus ou moins rapidement la concentration de la richesse sur quelques clans, ou familles, querelles intestines ou conflits internationaux, le bon peuple soumis à un bourrage de crâne, puis la dé-confiture finale. Et puis l'on prend les mêmes et l'on recommence.
Ainsi vu avec l'Empire romain, l'ancienne Confédération suisse, les empires coloniaux européens, et en proche perspective avec l'Empire américain.
Rien de nouveau sous le soleil, comme disait mon ami Salomon....

Écrit par : Johnny | 07/03/2009

"S’il existe encore des prophètes, ils doivent s’époumoner dans des déserts tellement reculés qu’aucune oreille ne les entend." Il y en a eu et certainement encore, des prophètes... Mais on leur a sciemment coupéle sifflet. Censure économique, oubli organisé (regardez le nombre de livres critiques "épuisé"). pour le reste d'a

Écrit par : Kurt Dreoy | 08/03/2009

Et si la crise était urile, même nécessaire? Comme un mécanisme régulateur? Si nous devions accepter de vivre avec l'idée de crise, comme c'est le cas pour le corps humain?

Je propose une réflexion dans ce sens ici:

http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2009/03/08/vive-la-crise-analogie-avec-le-corps-humain.html

Écrit par : hommelibre | 08/03/2009

"Or, aujourd’hui, soit cette transcendance est niée, soit elle surabonde en une pluralité de masques communautaires et souvent antagonistes. Il n’existe pas cet accord minimal sur une transcendance qui pourrait donner du souffle à la morale."

Si ma mémoire est bonne, ce sont les Lumières qui ont propagé l'idée que pour atteindre au paradis terrestre, l'homme devait se libérer de Dieu et se soumettre à la Raison... On peut pas dire que ce soit un brillant succès... Parole d'agnostique !

Écrit par : Scipion | 08/03/2009

"se soumettre à la Raison..."

Dommage que le conseil n'ait jamais été suivi.

Écrit par : Johann | 08/03/2009

Pardonne-moi, Jean-Noël, une fraction de seconde, j'ai lu ton en-tête "Un Plouc chez les Bonobos..." Qui comme aime à le raconter Langaney, aplanissent les conflits en s'occupant mutuellement de leurs zigounettes respectives. Ce qui n'a rien à voir avec ton sujet, mais ouvre des perspectives réjouissantes à l'idée du reportage ultime, en immersion chez les grands singes...
Cela étant, les transcendances du temps jadis ont coexisté, toutes sans exception, avec d'autres idées ou croyances répandues chez des peuplades qu'elles ont conquises, côtoyées ou ignorées. Toutes ces transcendances ont commencé par rassembler des groupes épars, fût-ce au sein d'un même village, puis d'une tribu, d'une ethnie, etc... Aucune de ces transcendances n'étant véritablement d'essence divine, elles ne sont pas parvenues à se répandre par miracle d'un coup à toute l'humanité, ni même au groupe, pas plus qu'elles n'ont su naître simultanément en plusieurs endroits.
Toutes ont commencé par un bonhomme prophète tout seul dans son coin - très rarement une femme - qui a su profiter des circonstances et de son charisme ou de celui de ses héritiers, pour conquérir les coeurs et/ou les esprits...
Les prophètes de l'a-transcendance sont sans doute déjà nés, et le boulot est tellement énorme, pour rassembler la planète entière, qu'il faudra qu'ils soient plusieurs et que cela prendra du temps. L'un des challenges sera justement de parvenir à fusionner des pensées d'origine diverses en conservant leur génie propre.

Écrit par : Philippe Souaille | 08/03/2009

d'accord pour les prophétes mais en général ils finissent mal et n'ont bonne réputation que post mortem.A noter que même le cheval Garibaldi-de la garde républicaine-s'est sauvé tout seul piur revenir a sa mangeoir?une réazlité vaut mieux qu'une promesse!en son temps Garibaldi qui était nicois(et annexé)fut député francais avant d'opter pour l'italie afin de créer une république avec un roi..se disant que c'était un début!Aprés le roi ce fut mussolini et la république avec berlusconi!il est vraiment difficile d'êtrec prophéte en son pays(et dans le monde)à toute époque..la différence c'est qu'avec les médias "le prophéte" contemporain peut fairfe parler de lui tous les jours..du moment qu'on en parle il "garde la main" .A quel régime fut mis le cheval(sans cavalier)Garibaldi?outrage à la république ou en avance sur son temps?

Écrit par : gpradet | 11/03/2009

horreur!a Plombieres pour commemorer la cession par plébiscite(à 99% de oui)du rattachement à la frabce ebntre napoléon III et le roi sarde ou évoque "bénito" cavour qui se nommait en réalité camillo-benson,comte de cavour,e la famille de Thorens et de francaois(saint francois)de Sales!De meme que genéve n'est pas une préfecture française(voir une sous préfecture)C'est mussolini qui ne nommait bénito!Meme berlusconi sait ça!peut être faudrait il à donner à Paris des cours d'histoire des alpes!On comprend qe garibaldi(le cheval)l'ayant su se soit sauvé!

Écrit par : gpradet | 13/03/2009

horreur!a Plombieres pour commemorer la cession par plébiscite(à 99% de oui)du rattachement à la frabce ebntre napoléon III et le roi sarde ou évoque "bénito" cavour qui se nommait en réalité camillo-benson,comte de cavour,e la famille de Thorens et de francaois(saint francois)de Sales!De meme que genéve n'est pas une préfecture française(voir une sous préfecture)C'est mussolini qui ne nommait bénito!Meme berlusconi sait ça!peut être faudrait il à donner à Paris des cours d'histoire des alpes!On comprend qe garibaldi(le cheval)l'ayant su se soit sauvé!

Écrit par : gpradet | 13/03/2009

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