22/02/2009

Le secret bancaire, une immoralité largement partagée


On peut retourner ce thème dans tous les sens pour se dorer la pilule. Mais sous quelque angle qu’on le scrute, le secret bancaire est immoral. En effet, protéger les fraudeurs fiscaux d’un pays tiers, c’est empêcher ledit Etat à financer ses investissements collectifs. Le secret fiscal est donc bien, en ce sens, un acte hostile et déshonnête. Et il faut toute la talentueuse mauvaise foi des banquiers et avocats fiscalistes pour dire le contraire.

Toutefois, cette immoralité est largement partagée. Tous les grands pays recourent aux services des paradis fiscaux. Et les Etats-Unis qui, aujourd’hui, mènent la charge contre la Suisse par UBS interposée – ont utilisé en abondance le secret bancaire helvétique pour leurs basses œuvres, notamment au Nicaragua lors de la présidence Reagan. Il est donc permis de rigoler devant les leçons de morale américaine. Mais de rigoler doucement. Car, sous Obama la puissance américaine se révèle tout aussi hégémonique que sous l’ère Bush. A cette différence près : la crise mondiale a changé les objectifs de la présidence.

"Est-ce une crise? Non, sire, c'est une une révolution"

D’ailleurs, le mot « crise » paraît bien faible pour qualifier les événements que nous vivons. Celui de révolution semble mieux approprié. S’agirait-il de la première révolution mondialisée de l’Histoire ? Une révolution qui, comme tous les bouleversements de cet ordre, commence par l’économie. Une révolution qui prend acte du dépérissement des Etats-Nations de puissances moyennes – créés dans le sillage de la Révolution française – au profit d’entités supranationales aux contours encore flous pour la plupart ou d'Etats-Nations qui ont le gabarit de sous-continents. Dans cette nouvelle Révolution mondialisée, les Etats-Unis paraissent mieux armés dans la mesure où ils possèdent la taille d’une entité supranationale tout en disposant des instruments politiques d’un Etat-Nation d'imposante dimension.

Les bouleversements économiques mettant en danger les équilibres sociaux de la puissance américaine, celle-ci réagit avec toute la force de son poids. Le secret bancaire n’arrange plus les Etats-Unis ? Feu sur les paradis fiscaux ! Tous les paradis fiscaux ? Il serait intéressant de voir si les établissements des Bahamas et autres îles sont aussi attaqués que les banques helvétiques.
Si tel n’est pas le cas, les banquiers suisses seraient légitimés à se plaindre d’une décision de Washington visant à protéger ses propres banques dans le contexte d’une guerre économique.
Mais si les autres paradis fiscaux subissent de façon égale les foudres de la Maison-Blanche, alors le secret bancaire rendra ses ultimes soupirs. Et un nouvel ordre mondial s’imposera.

Par absence d’autorité mondialisée créée par consensus général, cet ordre se trouve dans les mains des Etats-Unis. Aujourd’hui, la Suisse s’y pliera. Et demain ?



Jean-Noël Cuénod

18:55 | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook | | |

Commentaires

"Mais sous quelque angle qu’on le scrute, le secret bancaire est immoral... Et il faut toute la talentueuse mauvaise foi des banquiers et avocats fiscalistes pour dire le contraire."

Permettez-moi, sans être banquier ou avocat, de faire étalage de toute ma mauvaise foi. Apparemment, vous n'avez absolument pas scruté le secret bancaire sous tous ses angles, et probablement sous aucun d'ailleurs, si vous vous satisfaisez de ces imprécations qu'on entend plutôt dans la bouche de Montebourg. Il est vrai qu'en ces temps de transparence généralisée, le concept de secret n'a rien de très sexy. En revanche, il est parfaitement moral, s'appuye sur des bases complètement démocratiques et se justifie même du point de vue philosophique, et du point de vue historique. Moral surtout, parce qu'il s'agit de la vie privée. On peut décider, démocratiquement, que la sphère financière ne fait plus partie de la vie privée des individus, mais alors il faudra en souffrir les très, très graves conséquences. Mais considérer que tout un chacun peut disposer de ses biens comme il l'entend et avec la seule connaissance de sa banque n'a absolument rien de choquant. Démocratique, parce que le secret est inscrit à l'art 47 de la loi bancaire et que celle-ci est tout à fait discutable, ce qu'elle n'a jamais été depuis 1934. Philosophique, parce qu'on ne peut pas du tout accepter qu'un pays qui a des problèmes avec ses propres rentrées fiscales en fasse porter le chapeau à un pays tiers. Chaque pays développe sa politique fiscale propre, complexe et forcément impopulaire, mais rejeter l'impopularité de celle-ci sur la politique fiscale de pays voisin me semble, pour le coup, déshonnête. Enfin historique, parce que le secret bancaire fut institué dans un contexte de montée du fascisme en Europe pour offrir aux citoyens des pays concernés un espace de liberté. L'histoire a largement donné raison à ce système. Ainsi vos qualificatifs et votre absence de connaissance sur ce sujet tombent plutôt mal dans le contexte actuel.

Écrit par : david laufer | 22/02/2009

Jean-Noël l'analyse est brillante et quasi exacte. Le bémol, c'est que les paradis asiatiques dépendent objectivement davantage de la Chine que des Etats-Unis. Et que la Chine, principal créancier des Etats-Unis, est elle aussi un état nation de taille continentale...
C'est pourquoi il faut pousser très fort dans les structures existantes (G20, OCDE, OMC BRII etc...), celle où nous avons accès et celle où l'on nous tient à l'écart,pour obtenir des règles communes qui soient multilatérales. C'est là où nous verrons vraiment de quel bois est bâtie la baraque Obama.

Écrit par : Philippe Souaille | 22/02/2009

M. Laufer, les banquiers eux-mêmes reconnaissent que la loi sur le secret bancaire ne doit rien à la montée du nazisme ou du fascisme (même si elle a par la suite servi à lutter contre le Mccarthiysme par exemple) mais tout à la montée du front populaire en France...
Sur le fond, lorsqu'un pays subit une véritable hémorragie fiscale parce que des banquiers d'un pays tiers viennent chez lui démarcher les clients potentiels, dont la sphère privée, effectivement, est censée s'arrêter là où la loi a décidé qu'ils devaient payer un impôt décidé en vertu de règles démocratiques... On peut difficilement trouver cela moral...

Écrit par : Philippe Souaille | 22/02/2009

"Il serait intéressant de voir si les établissements des Bahamas et autres îles sont aussi attaqués que les banques helvétiques."

Il faudrait être naïf pour le croire. La Suisse sert très clairement de bouc émissaire. Il faut toujours un bouc émissaire en cas de crise. Andorre, Monaco, Jersey, Singapour, vous avez entendu parler de ces places financières récemment? Moi pas. Il s'agit d'éliminer un concurrent important. D'ailleurs les banques suisses n'y ont-elles pas des succursales?


"Par absence d’autorité mondialisée créée par consensus général, cet ordre se trouvera dans les mains des Etats-Unis."

Tiens, il y en a un qui découvre l'impérialisme US. Mieux vaut tard que jamais. Et comme si les USA laisseraient se créer une "autorité mondialisée"... où ils seraient minoritaires.

(Les USA sont un pays ruiné à qui il ne reste que la puissance militaire. Les Chinois les tiennent par les couilles et peuvent siffler la fin de la partie quand ça les arrangent.)


"Et un nouvel ordre mondial s’imposera."

Suite à la dépression, certainement, reste à savoir lequel. Suffit de se rappeler les conséquences de 1929.

Déjà l'UE est en train de craquer de toutes parts.

Écrit par : Johann | 22/02/2009

"La loi sur le secret bancaire ne doit rien à la montée du nazisme ou du fascisme ... mais tout à la montée du front populaire en France"

Depuis 1685, la Suisse sert systématiquement de refuge aux Français contre les violences religieuses, contre les violences politiques, contre les violences idéologiques, et d'une manière générale contre l'instabilité et le caractère arbitraire des gouvernements qui s'y sont succédés. Le Front Populaire n'était qu'un avatar de cette instabilité parmi d'autres, et si la Suisse sert parfois de refuge à de l'argent qui aurait dû revenir à Bercy, elle a aussi servi de refuge à Voltaire, à Paul Morand, et surtout aux Protestants qui fondèrent notre industrie bancaire et notre industrie horlogère. Une fois encore, que la France soit un magnifique foutoir, mais un foutoir, ne peut en aucun cas être mis sur le dos de ses voisins.

Je me désole de constater à quel point les rhétoriques totalement fallacieuses de Montebourg viennent trouver écho chez ses propres ennemis.

Écrit par : david laufer | 22/02/2009

Le contrôle judiciaire des actes de notre gouvernement ne s'explique ainsi pas par une emprise croissante de la justice dans la vie politique! L'essentiel à retenir en fait est le principe même de contrôle, forcément immoral, en place à Genève comme ailleurs... Si les services affectés à cette tâche sont pointés du doigt, c'est comme diminuer la pitance jetée aux vieux chiens de garde, uniques travailleurs dans le cercle des petits copains!

Les récompenser dans le seul but qu’ils demeurent rageurs et méchants autorisrait ensuite à les maîtriser de force et paraître ainsi dans son bon droit... De qui se moque-t-on?

Écrit par : Salomé | 22/02/2009

Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour M. Cuénod,

je crois que votre surnom de plouc vous sied à merveille en fait.

Plus je vous lis, ces derniers temps, plus je constate que votre surnom est plus un diagnostique qu'un gentille et amicale appellation.

En poursuivant le secret bancaire, de la Suisse notamment, on inverse la question et on occulte les responsabilités.

De fait, ce n'est pas la Suisse qui favorise l'évasion fiscale, mais le système fiscal et l'incapacité des pays d'où proviennent certains fonds d'assumer la lutte contre la fuite.

Car il faut bien que ces fonds arrivent en Suisse d'une manière ou d'une autre.

Le scandale américain en est la plus belle preuve, un pays qui se veut le gendarme du monde, disposer du meilleur service de sécurité intérieure avec la NSA, incapable de prévenir la fuite des fonds... un mot : pitoyable.

Aujourd'hui le Ministre anglais, dans sa grande intelligente claivoyance, oublie de dire que la plus grande fortune d'Angleterre ne paie aucun impôt. La Reine ne paie pas.

Et on vient nous enquiquiner avec la fuite fiscale...

Décidément, vous êtes l'exemple même du journaliste d'aujourd'hui, se contentant d'aller dans le sens général sans creuser la moindre ses dossiers... un plouc.

Bien à vous,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | 22/02/2009

heureusement on a trouve la potiojn miracle.L'île de fraznce(qui n'est pas ine île)va venir noyer paris sous sa masse de banlieu,la langueb rabco provencale va reprendre cdu poil de la bête depuis le val d'aoste jusqu'en auvergnergne(lieus de nos ancétres les burgondes)on va recrérer la grande vourgogne loa bratagne va retrouver nantes et pour la punir la régente du poitoutrenteaura sa portion revisée,jugée trop royale,le duché de bourgogne retrouvera ses limites et la lorainnes ses frontieres,avec en plus un régiment allemand amical celui la!il faut ce quj'iol faut!Quand on pense que l'abbée gregoire voulait que tous les francais parlent le français(en plus des savoyards qui ne l'étaient pas)et des nobles diplomates(par profession)on aurait pu bcommencer par là,evitedr les guerres de vendées,le code napoléon et tout le reste en trouvant autre chose..mais on ne refait pas l'histoire!La question est:quand le roi(catholique)de france seraz à la fois républicain,de droit divin et suspicieux de la laicité! este geneve qui sera un îlot de francophonie irréductible,on veut croire,aprés que la vente du ballon des jzeux aura amenas des fonds culturels!

Écrit par : gpradet | 24/02/2009

heureusement on a trouve la potiojn miracle.L'île de fraznce(qui n'est pas ine île)va venir noyer paris sous sa masse de banlieu,la langueb rabco provencale va reprendre cdu poil de la bête depuis le val d'aoste jusqu'en auvergnergne(lieus de nos ancétres les burgondes)on va recrérer la grande vourgogne loa bratagne va retrouver nantes et pour la punir la régente du poitoutrenteaura sa portion revisée,jugée trop royale,le duché de bourgogne retrouvera ses limites et la lorainnes ses frontieres,avec en plus un régiment allemand amical celui la!il faut ce quj'iol faut!Quand on pense que l'abbée gregoire voulait que tous les francais parlent le français(en plus des savoyards qui ne l'étaient pas)et des nobles diplomates(par profession)on aurait pu bcommencer par là,evitedr les guerres de vendées,le code napoléon et tout le reste en trouvant autre chose..mais on ne refait pas l'histoire!La question est:quand le roi(catholique)de france seraz à la fois républicain,de droit divin et suspicieux de la laicité! este geneve qui sera un îlot de francophonie irréductible,on veut croire,aprés que la vente du ballon des jzeux aura amenas des fonds culturels!

Écrit par : gpradet | 24/02/2009

en fin de compte ce secret bancaire a-t-il été créé pour protéger la phère privée ou pour cacher des irrégularités ?

quand aux fameuses oasis fiscales les connait-on toutes et sont-elles toutes poursuivies pour ce genre de dérapage je ne pense pas que seule la Suisse aurait commis une telle imbécilité


quels sont les pays qui pratiquent le secret bancaire?? cela serait très intéressant de le savoir .

quelques pays de l'UE le font

Écrit par : schön | 24/02/2009

Un peu à côté de la plaque cette (ces) discussion sur le prétendu "secret bancaire". La question, bien sûr n'est pas là mais plutôt dans l'étrange jésuitisme helvétique qui "nous" permet de prétendre qu'il y a une différence quasi ontologique entre "fraude fiscale" et "évasion fiscale".
Inutile de pinailler plus avant c'est LE point qui fait débat car c'est une des raisons principales motivant l'ouverture d'un compte en Suisse par des non résidents.

Ors,selon Hans-Rudolf Merz, la remise en question de la distinction entre évasion et fraude fiscale n’est pas à l'ordre du jour!!!La preuve que c'est donc bien là que le bât blesse.

Écrit par : Azrael | 25/02/2009

La Suisse pratique le secret bancaire depuis des lustres. Il me semble que cela convient a ce pays en le rendanr attractif.
Les décisions qui régissent la confédération lui sont propres. Les décideurs politiques s'affolent , ils capitulent:
Mais surtout la Suisse est frappée par un terrible mal, trés a la mode aujourd'hui:
LA REPENTANCE et la CULPABILISATION.

Écrit par : alf007 | 16/03/2009

Les commentaires sont fermés.