10/02/2009

Silence radio, tintamarre médiatique et tyrannie de l’émotion


Après les multiples réactions – parfois pertinentes – suscitées par son dernier blogue, Le Plouc revient à la charge. Ce qui lui permet d’élargir le propos. Celui-ci se focalisait sur un objet particulier : le silence, relatif ou absolu, des médias français sur le « oui » suisse à l’extension de la libre circulation aux Bulgares et aux Roumains. Tous les confrères parisiens qui ont causé avec Le Plouc admettent ce constat : un « non » suisse aurait éveillé chez eux un intérêt bien plus vif que ce « oui » pourtant massif. Et ils en auraient fait leurs gros titres.

Soyons justes ou, du moins, tentons de l’être. Cette réaction est de plus en plus répandue dans les médias, non seulement en France mais partout, y compris en Suisse. Les pires étant les nombreux journaux britanniques qui distillent une haine de l’autre proprement stupéfiante. Leurs têtes de Turcs – si l’on ose dire – étant les… Français.

En fait, presse et moyens de diffusion électroniques obéissent aux lois de notre société médiamercantile. Qui est fondée, non plus sur la production mais sur la communication. La communication et non pas l’information ! Celle-ci doit être calibrée pour obéir aux exigences de celle-là, afin d’obtenir le maximum de rentabilité. Il faut que les consommateurs de médias réagissent. Pour ce faire, évitons tout ce qui fatigue la tête : la réflexion, l’analyse, le pour et le contre, le sens de nuance, la recherche de la bonne mesure. Et privilégions l’émotion et la poursuite effrénée d’un bouc émissaire. Tout ce qui peint l’autre sous des couleurs positives doit être écarté.
 
Pour la société médiamercantile, il n’y a plus de citoyens, mais des clients que les médias sont chargés d’exciter à la manière du chien de Pavlov. Toutefois, à force d’être actionné, ce réflexe automatique tend à s’émousser. Il convient alors d’augmenter les doses de vilenies comme le ferait un drogué avec son héroïne.

La presse papier vit des moments difficiles sur le plan économique. Et si, pour sauver sa peau, elle tentait de prendre à rebrousse-poil cette tendance mortifère ? Ne serait-ce pas une façon de se distinguer et d’attirer des lecteurs saturés de gloubiboulga fangeux ?

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

" ...saturés de gloubiboulga fangeux ?"

Cette onomatopée pour nous rappeler le boulgour, cette sorte de semoule dans laquelle on patine sans avancer, sans savoir vers quel but, mais toujours avec la ferme volonté d'y aller, à l'insu de notre plein gré ?...

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 10/02/2009

La presse flatte les bas instincts, vous voulez clairement dire ? Mais comme vous l'avez remarqué, ceux-ci sont ainsi révélés, et les Anglais aiment qu'on s'en prenne aux Français, comme les Français aiment s'en prendre aux Suisses plus volontiers qu'à d'autres. L'instinct n'est pas saisi dans une haine absolue et générale : cela n'existe pas, sauf chez le diable. Il reste quand même orienté, chez l'être humain.

Écrit par : Rémi Mogenet | 11/02/2009

Le silence du monde concernant une votation suisse ?
Et si tout simplement, à part quelques banques (quoique..) et institutions internationales, la Suisse n'existait pas aux yeux du monde ?
Il est temps de nous regarder comme il se doit ! Il y en a point comme nous ? Probable,mais à prendre pour notre réalité bien modeste plutôt qu'en bombant le torse !!

Écrit par : Philippe | 11/02/2009

Monsieur le journaliste,
Remarquable inflexion de votre chronique se voulant un peu moins politiquement correcte et donc un peu plus dans l'air du temps..
Hélas pour vous, cela fait des années que nous suivons vos éditoriaux en page 1 de la TdG. Par conséquent, nous ne nous faisons guère d'illusions. Tout ce qui porte un regard ne serait-ce qu'un petit peu crtitique sur la mondialisation et le dogme de l'Ouverture vers l'Autre vous est suspect. Aussitôt vous dénoncez les idées nauséabondes et passéistes, en faisant usage, au gré des circonstances, de parallèles abusifs avec les tragédies européennes du 20e siècle.
En effet nous ne sommes pas dupes de votre pensée intransigeante. Vous incarnez si bien la presse écrite en Suisse Romande. L'absence de pensée critique qui prévaut dans votre journal évoque, au mieux, la presse provinciale en France voisine (p.ex. le Dauphiné). Pour lire un quotidien francophone qui soit à peu prêt à la hauteur des enjeux actuels, le lecteur moyen Suisse Romand doit se tourner vers le Figaro. Ce que vous reprochez aux autre journaux Européens, vous en êtes le premier protagoniste, que ce soit à l'extérieur de vos frontières ou à l'intérieur, pour invectiver ceux qui ne partagent pas votre pensée de gauche. Ceci explique les vraies raisons de votre déroute. Vous êtes obligé de changer de ton et ça se voit. Le cartel Suisse Romand de la presse écrite est entrain de tomber. Bas les masques.

Écrit par : Marc Grandjean | 13/02/2009

Je ne sais pas qui signe "Philippe", n'ayant pas l'exclusivité de mon prénom, mais je dois dire que je suis assez d'accord avec sa remarque. Fondamentalement, à Paris et dans les autres capitales européennes, à fortiori dans les villes de province, la Suisse, on s'en fiche un peu.
Ce qui ne m'empêche pas d'approuver entièrement ta chronique Jean-Noël. D'ailleurs, le Temps, qui s'éloigne un peu du gloubiboulga que tu dénonces à juste titre est je crois le seul quotidien romand qui augmente son lectorat !
Ce cher Roger de Weck avait donné une conférence, il y a deux ans, sur un thème très proche : la soupe populiste que servent de plus en plus les médias par appât du gain sert avant tout... le populisme et c'est dangereux.

Écrit par : Philippe Souaille | 13/02/2009

Monsieur Marc Grandjean,

Que vous lisiez (ou lisier?) le Figaro reste votre droit le plus strict, mais ne nous laisse rien d’autre que la «Marc » d’un « Gros-Jean (ou Grand-Jean ?) comme devant» !
Dire du FIGARO qu’il est «à peu prêt» et non pas, «à peu près» est «un à-peu-près» grammatical que n’aurait pas commis votre publication préférée. Pourtant, ce lapsus en dit long de la qualité que vous prêtez vous-même à ce canard: un journal «peu prêt» à … Euh oui! À quoi au fait ?... Perso, je pencherais plutôt pour «Prêt à tout», mais c’est à vous de voir !

Je corrige donc ! Mais, malgré la correction, dire que le seul journal francophone à la hauteur des enjeux actuels est le FIGARO qui n’est qu’une courroie de transmission du pouvoir en place, est une allégation vraiment cocasse pour ne pas dire une belle ineptie.
Ce qui précède ne dédouane en aucun cas les autres titres de cette presse francophone qui laisse aphone et même souvent sans voix. Une presse prête (ici, c'est correct) à tout pour garder ses lecteurs.
Avant d’avoir une ligne éditoriale claire, il ont un service de marketing, donc chacun des journaux francophones a son «public cible ». Un public qui n’est, malheureusement, ainsi que dans votre cas, presque uniquement composé de gens acquis aux diverses «causes» avant même de lire ! Vouloir comparer votre quotidien aux autres en déterminant une qualité au niveau de l’éthique journalistique, relève de la gageure ou du «couper les cheveux en quatre»!... Normal !... Me direz-vous… On parle d’un FIGARO!

Écrit par : Père Siffleur | 14/02/2009

@Père Siffleur. Mes excuses pour les fautes d'orthographe. J'aurais eu meilleur temps de relire mon texte, bien entendu sans aucune garantie. A vrai dire je ne me sens pas vraiment plus intelligent en ayant lu votre commentaire...Je serais presque enclin à prendre votre critique (très francophone) quant à la forme pour un compliment. En effet, sur le fond, je ne vois rien de gravissime que j'aurais (selon vous) perdu de vue ! Quant au prétendu parti pris, c'est facile de balancer ce style d'arguments. Je laisse les autres lecteurs de ce blog le loisir (ou l'ennui) de zapper.
Sur le fond: le jour où des personnes de votre chapelle oseront définir ce que c'est le populisme, auront l'honnêteté intellectuelle de reconnaître que celui-ci peut être de gauche comme de droite, on aura progressé.

Écrit par : Marc Grandjean | 14/02/2009

Monsieur MG,

Il est caractéristique de votre obédience de reprocher aux autres ce que vous êtes vous-même: des ayatollahs !.. Et il est connu que les ayatollahs n'ont aucun sens de l'humour.
Je comprends donc que mon pseudo ne vous ait pas mis la puce à l'oreille. Et pour vous "rassurer" je n'avais aucune prétention de vous rendre plus intelligent!... Quelqu'un qui se targue de lire le FIGARO... Je ne me le seais jamais permis! Puis, sujet des fautes d'orthographe, sachez que j'en fais mon content.

Pour le reste je persifle et signe / Père Siffleur

Écrit par : Père Siffleur | 14/02/2009

Vous avez parfaitement compris que ce qui plombe la presse de gauche (à l'exception notable du cartel Suisse Romand) est son incapacité à fonder son analyse sur l'observation, la réalité n'étant compatible avec ses idéaux qu'au prix de nombreuses contorsions qui abouttissent au mensonge. A la longue ceci finit par lasser le lectorat, fût-il de gauche ou de droite. Pour ma part, la preuve que je ne lit pas uniquement la presse qui flate mes instincts est que je me farcis la TdG depuis de nombreuses années, que je scrute le moindre argument qui me permettrait en effet de pouvoir percevoir une once de réalisme ou de bonne foi de la part du journaliste précité ! N'y aurait-il pas là une ébauche de preuve irréfutable ? En me traitant d'Ayatollah, ce dont je vous remercie, vous situez votre propos dans le vrai et le mien dans l'excès. En vain. En effet, les gens qui nous lisent comprennent fort aisément que, compte tenu de vos engagements, vous soyez condamné à perpétuer un discours de réprobation pour tout ce qui s'en prend à votre déni de réalité. C'est avec ce style de calomnies que l'UDC a finit par obtenir 29% des voix.

Écrit par : Marc Grandjean | 14/02/2009

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