09/02/2009

Silence radio en France sur le « oui » suisse

 La votation sur la libre circulation des Roumains et des Bulgares avait une portée européenne évidente. De plus, à l’heure où les Roms subissent des actes racistes dans de nombreux pays du continent, il aurait été intéressant de mesurer ce sentiment dans un état situé au centre géographique de l’Europe et d’analyser la portée de la propagande démagogique qui atteint tous les pays, peu ou prou.

Or, les médias français ont fait silence radio sur cette importante consultation. France-info n’a annoncé le résultat que dans une seule brève, vite oubliée. France-Culture, avant  l'issue du scrutin, a diffusé l’interview d’un avocat suisse. Et c’est tout. Quant aux chaînes télévisées, mieux vaut ne point en parler, ce serait déprimant. Il est vrai qu’elles paraissent plus promptes à pondre un « 5 minutes » sur la Foire aux célibataires de La Canourgue (Lozère) qu’à gloser sur un sujet international.

Et la presse quotidienne nationale ? C’est pareil. « Libération » consacre 6 lignes à l’événement, « Le Figaro », 8 lignes, « Le Monde », 8 lignes et Le Parisien… 0 ligne. Les journaux économiques se révèlent meilleurs, ce qui ne constitue pas une surprise : « Les Echos », 28 lignes et la « Tribune » (non pas celle-ci, l’autre) 4 lignes mais elle a réservé une pleine page au procureur genevois Bernard Bertossa sur son livre !
En revanche, la campagne – ignoble, certes – des blochériens et assimilés avait été, elle, amplement commentée chez nos voisins. Il aurait donc été intéressant d’apprendre que cette propagande n’avait pas porté en Suisse.

Faut-il rappeler aux médias d’outre-Jura que la Suisse partage avec la France une frontière terrestre de 573 kilomètres, que la culture française en est l’une des composantes, que 104.700 frontaliers français travaillent en Suisse et que 200 000 Français y résident ? Oui, sans doute, tant la méconnaissance de la Confédération est abyssale, notamment dans la capitale. Dès lors, si l’on est incapable d’analyser un pays aussi voisin, comment peut-on espérer parler intelligemment de l’Australie ou de la Nouvelle-Zélande ?

Mais il y a plus grave. Prenons le scénario catastrophe : le « non » l’emporte. Alors là, on imagine le déferlement médiatique ! D’ailleurs, une excellente consœur parisienne me l’a confirmé : les médias français auraient largement ouvert ondes et colonnes à la votation suisse en cas de réponse négative. Avec des commentaires du genre : « Le racisme flambe en Suisse », « triomphe de la xénophobie chez les Helvètes », « regain de flamme du populisme alpin ». L’image  d’une Suisse totalement repliée sur elle-même, sorte de nain de jardin crispé sur sa cassette, est très largement répandue. Et les médias voisins en sont les premiers responsables.

Un excellent correspondant, dans un"post" à ce texte, nous informe que France-Inter a diffusé une bonne analyse sur cette votation. A elle, bravo! Un autre indique que des sites ont abordé le sujet de façon moins brève. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. Même en février. 

 

 

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

Bah, la Savoie a en fait la même image que la Suisse, à cet égard. Quand la Haute-Savoie fut le seul département non urbain à voter "oui" à la Constitution européenne, on minimisa le fait, car on aime trop dire que les Savoyards participent du "populisme alpin", et on assura que c'était parce que la droite, en Haute-Savoie, était très unie. Mais quand la Haute-Savoie votait pour Jean-Marie Le Pen, alors, c'était la manifestation du populisme alpin. Dès Louis XI, on lui disait de se méfier de sa femme, parce qu'elle était savoyarde, c'est à dire "bourguignonne", dans le langage du temps - allusion à l'ancien royaume de Bourgogne. Quand on est francophone sans être totalement derrière Paris, et en revendiquant sa spécificité, on est forcément un peu "populiste" !

Écrit par : Rémi Mogenet | 09/02/2009

Un NON aurait été une rupture. Le OUI c'est la continuité des accords signés et déjà confirmés. Le NON aurait été une nouvelle. De la même manière, le NON Irlandais au traité de Lisbonne a été beaucoup plus couvert que les OUI des 26 autres Etats membres. Les votations Suisses ne peuvent pas faire la une des journaux des 27 pays à chaque fois que l'UDC fait des poussées de vapeurs anti-européennes.

Le OUI constitue plus une nouvelle en Suisse ou la dramatisation -a posteriori excessive- des derniers jours à fait croire à beaucoup que le NON aurait été la norme.. et le OUI la nouvelle.

Par ailleurs, les résultats des votations suisses sur les questions européennes étaient beaucoup plus traités lorsque l'Europe ne comptait que 12 membres. Aujourd'hui l'intérêt continental d'un accord avec un Etat tiers est relativement moins important lorsqu'il y a déjà l'actualité des 27 états membres à couvrir.

L'Union a beaucoup de frontières avec la Suisse, mais pas le niveau de relations qu'imposeraient autant de frontières. Mais ce déficit est le résultat de la votation de 1992 par laquelle la Suisse a choisi une forme d'isolement bilatérales plutôt que d’adhésion. La conséquence de ce choix des électeurs suisses c’est que l’actualité politique Polonaise et Tchèque prend de plus en plus d’importance en France… malheureusement forcement en partie au détriment de l’actualité politique suisse.

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard | 09/02/2009

"L’image d’une Suisse totalement repliée sur elle-même, sorte de nain de jardin crispé sur sa cassette, est très largement répandue. Et les médias voisins en sont les premiers responsables."

On leur pardonne à hauteur du mépris qu'ils nous inspirent. Quand je pense que pour avoir une lecture de droite de l'actualité, je dois lire des quotidiens italiens, "Libero" tous les matins, et "Il Giornale" de la veille, tous les après-midi sur le web.

A propos du "Giornale", propriété de Paolo Berlusconi, frère du président du Conseil, je signale qu'il publie régulièrement des textes d'Alain de Benoist que le politiquement correct français snobe depuis que sa tribune du "Figaro-Magazine" a été supprimée. C'était il y a environ 25 ans !

Écrit par : Scipion | 09/02/2009

Vous avez ainsi la preuve que l'Europe n'a que faire de la Suisse et s'en fout complètement qu'elle ait ou pas continué sur la voie bilatérale. N'oublions-pas que c'est la Suisse qui a besoin de l'Europe et pas le contraire ! Cela a au moins l'avantage de clore le bec de ceux qui imaginent que l'Europe devrait soi-disant se plier au bon vouloir de la Suisse. Prochaine étape la fiscalité...là aussi la Suisse ne pourra RIEN IMPOSER !

Écrit par : Café | 09/02/2009

La votation a été largement et tres positivement commentée ce matin sur France-Inter, comme une decision importante et historique, qui rapproche grandement la Suisse de l'Union europeenne ! ..
Mais votre correspondant a sans doute écouté d'autres radios ! (Comment fait-il d'ailleurs pour ecouter toutes les antennes en meme temps ? Il vaudrait mieux eviter de tirer des conclusions aussi catégoriques !...)

Bref: un peu plus d'objectivité et moins de hargne, merci pour les lecteurs !

Écrit par : L'Herault | 09/02/2009

Il est bon de voir que le plouc commence à faire la connaissance de Paris et s'y forme, quitte à s'y froisser l'ego.

Comme chaque provincial égaré dans la capitale de la francophonie, il a d'abord le sentiment que le clocher de sa sous-préfecture devrait être le phare du monde, vers lequel les Parisiens doivent impérativement tourner leurs yeux ébahis, chaque fois qu'un non-évènement y survient.

Il découvre peu à peu que la province n'intéresse pas, sauf s'il s'y commet quelque sordide fait divers démontrant l'âme perverse de ses habitants.

Un peu de persévérance dans l'apprentissage conduira le plouc à relativiser tout cela et à devenir un bon correspondant de sa gazette locale, se faisant à l'obscurité de son bourg d'origine dans la ville-lumière.

Écrit par : Soli Pardo | 09/02/2009

Rahlala, c'est vexant, hein !?

:o)

Écrit par : Blondesen | 09/02/2009

Drôlissiiiiiiiime! Les Français ont compris qu'ils n'ont pas de problème avec la Suisse; par conséquent, ils ne ressentent pas le besoin de parler de cette votation, insipide, inodore, et somme toute, incolore.

Joli clin d'oeil à Louis XI de la part de Rémi Mogenet, l'homme (le roi) qui inventa le mot "patheliner" (= faire semblant d'être malade)! ;o)

Écrit par : Micheline Pace | 09/02/2009

"Vous avez ainsi la preuve que l'Europe n'a que faire de la Suisse..."

Vous rigolez ? Avec la Norvège, la Suisse est l'ultime contributeur net dont l'Union - qu'ils disent - européenne peut encore espérer l'adhésion ! A la différence des nouveaux adhérents, la Suisse arriverait avec un coffre plein plutôt qu'avec une sébille vide. Ca fait une sacrée différence.

Écrit par : Scipion | 09/02/2009

Bonjour,
Le Monde a plus que 8 lignes sur son site web http://tinyurl.com/coxgwx
l'Express a un article complet :
http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/la-suisse-re-dit-oui-la-libre-circulation-avec-l-ue_739522.html
Idem sur Ouest France : http://tinyurl.com/bd4xow
France 3 a présenté le sujet hier soir. Il a dû vous échapper.
Les blogs de Libé ont traité du sujet, par exemple : http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2009/02/la-suisse-un-peu-plus-europ%C3%A9enne.html

D'autre part, via Google News http://news.google.com/news?ned=fr_ch on accède très aisément à plus d'une centaine d'articles en français sur les votations d'hier. Des amis de Paris et de Bruxelles m'ont écrit hier dans l'après-midi pour me dire leur soulagement. Ils étaient parfaitement informés des résultats, notamment par la Tribune de Genève et le Temps, qu'ils lisent sur le web. Les choses changent, les canaux de communication se multiplient, l'information est accessible de partout ;-)

Écrit par : Tatage | 10/02/2009

@ Jean-Noël Cuénod :

Bon article et remarques très pertinentes ...

En France, il y a Paris et il y a "la province", terme un peu méprisant pour désigner tout ce qui se trouve hors d'Ile-de-France, voire au-delà du "Périph" ...

Toutes les têtes pensantes, les références, tout ce qui se fait et se défait, tout se décide à Paris ... Alors pensez ... la Suisse, cette sorte d'appendice, ce "trou noir de la finance", "nos amis Suisses", comment pourraient-ils intéresser les têtes pensantes et autres philosophes parisiens !

Pour Paris, donc pour la France, tout ce qui est petit est méprisable et ne saurait en conséquence intéresser les lecteurs des quotidiens, les auditeurs et téléspectateurs qui sont focalisés sur Paris ...

Que l'on se rappelle l'incident qui a émaillé l'interview de M. Jean-Claude Juncker, premier ministre Luxembourgeois, sur la chaîne de "France 2", il y a quelques mois. Immédiatement après l'incident, on pouvait lire dans la presse, et sur les blogs, les indignations presque unanimes de lecteurs outrés que la France, dans son immense grandeur, puisse s'abaisser à présenter des excuses au chef de gouvernement "de cet Etat confettis", de cet "Etat croupion", sans passé, sans histoire, "moins peuplé qu'une ville moyenne", annexe d'une province, bout de terre qu'il conviendrait d'annexer au plus vite ...

La méconnaissance des institutions politiques suisses dans les médias français est flagrante et le manque d'intérêt qu'on leur porte, abyssal. C'est un euphémisme ! Je me souviens d'un reportage publié dans "Le Figaro" juste avant les dernières élections fédérales, c'était n'importe quoi. Le journaliste, dont j'ai oublié le nom, qui visiblement ne s'était pas préparé et ne connaissait rien à la Suisse, s'était contenté de ressasser les clichés et autres lieux communs habituels, Christof Blocher y était cité en tant que "Conseiller d'Etat", les fonctions politiques et leurs titulaires y nageaient tels des poissons dans une bouillabaisse marseillaise.

Non, si la Suisse n'intéresse pas les médias français, ce n'est pas en raison de sa non-appartenance à l'Union Européenne, mais plutôt en raison de sa taille. Des pays membres de l'UE, seuls les "grands" méritent un peu d'attention, l'Allemagne parce qu'on la craint et la respecte, la Grande-Bretagne pour la rejeter à cause de son allégeance aux Etats-Unis. Quant aux autres ...

Pour parler de la Suisse dans les médias français, on sollicite Jean Ziegler, lui qui ne refuserait jamais de pouvoir déblatérer sur un plateau de TV. Si l'on fait appel au pourfendeur de l'oligarchie, ce n'est pas parce qu'il est représentatif de la Suisse, mais plutôt parce qu'il décrit une Suisse telle qu'on veut la voir en France, une Suisse profiteuse, une Suisse des banques et de la finance, des montres et du chocolat, celle du secret bancaire, des paradis fiscaux qui font tant fantasmer, celle de la richesse étalée avec ostentation ... mais par les exilés fiscaux français, etc.

Pour conclure je dirais restons entre "ploucs" et vive la France quand même !

Bonne journée !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 10/02/2009

Le Problème de l'Europe c'est qu'elle veut aller trop vite.

Elle veut tiré la charrue avant les bœufs,(ou autres), car elle n’as même pas le temps de résoudre des problèmes politique est structure Interne entre les 12 ou 26 membres qu’elle ce rajoute des pays en plus… sans régler leur problème interne et d’avoir une stabilité.

Pour éviter des NON de certain pays Européen, Bruxelles et la France mette des muselières au habitants Européen car ils savent très bien qu’il y aurais des grande chance d’avoir des NON comme les Pays Bas etc.

Regarder la dernière votations Européen avant celle de la Suisse il y as eux en NON et maintenant Bruxelles fait pression au prêt du pays concernée pour qu’il re face cette votation sans respecté les citoyens de ce pays.

Petit rappel il faut pas oublier une chose la Suisse payent des subventions pour relevez les pays Européen et des millions comme tous pays Européen riche (Allemagne etc..), donc nous sommes des vaches à traire pour Bruxelles également.

Mais vue que nous sommes pas dans l’Europe la Suisse est avantageuse pour la migrations des Pays Européen, car en grand nombre de Français quitte leur travail pour venir en Suisse, car les avantages financières (salaire) sont avantageuse, et malgré pour certain qui ont en Bac + 5 et qui ont en diplôme d’infirmière doivent quand même faire 4 ans pour avoir l’équivalant, valable aussi pour les autres pays Européen.

Comment cela ce fait qu’une infirmière de Marseille qui sont travail pour venir en Suisse !!!!
ben simplement elle est mal payée à Marseille et elle à raison de profité du salaire Suisse qui est meilleurs.

Après l’Europe de Bruxelles rouspète après la Suisse car beaucoup d’entreprise ferme ou vienne en Suisse comme la grand laiterie Allemande etc.

Donc l’Europe avant de recevoir des nouveau membre vous ne croyez pas qu’il faut augmenté les salaires de vos habitants Européen et de faire une stabilité avant de faire rentré d’autre pays, et de baisser vos impôts pour les entreprises au lieu de les taxé à 80%, et ce problème d’impôts date d’avant la crise.

Franchement de faire l’Europe aurait été mieux de la faire de suite après la deuxième guerre mondiale.

Désolée de mon Français, moi je fait l’effort de l’écrire pas comme certain Suisse Romand qui n’écrive pas en Allemand ou qu’il font pas d’effort.

Vive la vie il faut la croquer .....

ABE

Écrit par : Patricia | 10/02/2009

En plus, Jean-Noël, vous parlez des kilomètres de frontière commune entre la Suisse et le France ; mais à Paris, cette frontière de l'Est n'intéresse pas. Mitterrand, en 1988, a déjà dit que la Savoie, qui avait voté contre lui, n'était pas vraiment la France. Peut-être parce qu'elle n'est pas assez à gauche ; mais aussi à cause de Louis XI. Quant à la Franche-Comté, qui est aussi assez à droite, Mélenchon a récemment rappelé que le Tibet, selon lui, était chinois depuis plus longtemps que la Franche-Comté (conquise par Louis XIV) n'était française. C'est vous dire l'intérêt que portent les penseurs diplômés de la capitale à cette frontière commune avec la Suisse. La frontière belge intéresse bien davantage. Un inspecteur d'Académie m'a à moi-même dit que la littérature du duché de Savoie n'appartenait pas au panthéon national. Et quand je cite Hugo qui disait qu'en République, la Franche-Comté et la Corse sont aussi françaises que la Touraine et l'Île-de-France je laisse la plupart des intellectuels français profondément sceptiques. Je ne peux vous énumérer le nombre de fois où j'ai lu des intellectuels parisiens affirmer que les Alpes n'entraient pas réellement dans l'histoire nationale : il est trop grand. Donc, cette frontière commune, à Paris, on s'en fiche pas mal, en général. D'après ce que j'ai lu aux Archives diplomatiques, à Paris, on estime même que la Suisse tend à freiner le développement de l'attachement à la France séculaire en Franche-Comté et en Savoie. Le populisme alpin, c'est aussi cela : une récrimination indirecte, qui ne veut pas s'exprimer clairement, une sorte de manoeuvre, ou de petite vengeance. Comme si le populisme des bords de Loire était réellement d'une nature différente de celui des Alpes !

Écrit par : Rémi Mogenet | 11/02/2009

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