04/02/2009

Bernard Kouchner doit-il être présumé innocent ?

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 Ainsi, le plus célèbre des porteurs de sacs de riz subit une salve d’accusations que lui réserve le journaliste d’investigation Pierre Péan dans son livre « Le Monde selon K. ». Avant même d’avoir pu lire le bouquin, les politiciens français de droite comme de gauche ont grand ouvert le robinet à déclarations.

Parmi les arguments avancés par les défenseurs du ministre multicartes, il en est un qui est agité sans cesse : la «présomption d’innocence» doit profiter à Bernard Kouchner.
 
Ainsi le député socialiste Henri Emmanuelli, de sa voix fleurant la Gauloise Bleue, s’exclame dès qu’un micro se tend : « Il faut respecter la présomption d’innocence. Bernard Kouchner y a droit comme tout le monde ».

Sur une autre case de l’échiquier politique, Jean-François Copé, le patron des députés UMP, se rappelle Mitterrand et son discours aux funérailles du premier ministre Pierre Bérégovoy : « On a jeté son honneur aux chiens ». Les canidés ayant donc déjà servi, Copé se rabat sur la pisciculture amazonienne pour se porter au secours de Kouchner : « On jette souvent les responsables publics aux piranhas ». Avant d’ajouter la ritournelle d’usage : « Respectons la présomption d’innocence ».

Retour à gauche, avec l’ancienne ministre de la Justice Elisabeth Guigou qui, à son tour, souligne les impératifs de cette «présomption d’innocence» mise à toutes les sauces.

Et nous pourrions ajouter d’autres exemples. La première leçon à tirer de ces plaidoiries : Bernard Kouchner s’est fait des amis à droite, sans pour autant se fâcher avec tous ses anciens camarades. Il est soutenu par les uns et ménagé par les autres. La seconde est relative à cette «présomption d’innocence » qui revient sur les ondes comme un disque rayé.

Or, le ministre n’a pas le droit à cette « présomption d’innocence », dans la mesure où elle ne s’applique pas à son cas. Il s’agit d’un principe lemondeselonk.jpgde justice pénale qui exige qu’un justiciable accusé d’un délit ou d’un crime soit considéré comme innocent jusqu’à ce que sa culpabilité soit reconnue par un tribunal régulier qui a fondé sa décision sur les preuves consignées dans un dossier et qui ont fait l’objet d’un débat contradictoire. La «présomption d’innocence», c’est cela et rien d’autre.

Phénomène révélateur de l’actuelle confusion des esprits : au moment où les médias et même de nombreux magistrats et policiers bafouent la «présomption d’innocence» dans les affaires judiciaires – l’exemple de Julien Dray est le plus récent – ce principe est brandi pour couper court à un débat légitime sur le comportement public d’un homme politique.


Jean-Noël Cuénod 

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Commentaires

Est-ce qu'un journaliste aurait la curiosité de demander à M. Kouchner de montrer la carte grise de son coupé porsche afin de lire le nom du propriétaire.
D'avance Merci
Catherine Emery
www.catherineemery.com

Écrit par : emery | 04/02/2009

Bonjour !
Peut-on parler de "présomption d'innocence" quand B.K. a lui-même avoué un mensonge criminel dans ses conséquences ?
(copié/collé du billet de Jean-Michel Olivier sur le même sujet):
"C'est pourquoi notre médecin y accole l'image d'un mirador d'Auschwitz. Son texte, qui accompagne l'image, y accuse les Serbes d'« exécutions de masse ». Ce média-mensonge n'est pas resté sans conséquence puisqu'il a fait basculer toute l'opinion publique vers le soutien aux bombardements."

Voir le texte intégral dans le billet cité de jmo.

Écrit par : Blondesen | 04/02/2009

Le frimeur-porteur de riz n'a toujours été membre que d'un seul parti : le parti des opportunistes, qui ne pensent qu'à assurer la promotion que de leur seule personne. Le m'as-tu vu dans toute sa splendeur. Péan a touché exactement là où ça fait mal: l'image et l'amour propre de l'égocentrique. Pour ceux (nombreux apparemment) qui n'avaient pas encore compris après le coup médiatique du sac de riz.

Écrit par : Johann | 05/02/2009

Personnellement, Kouchner je m'en fous. Ce qui sera intéressant, une fois de plus, c'est d'observer l'impact des révélations et des "révélations" sur la popularité d'une idole des foules.

Jean-Luc Delarue n'a toujours pas été lâché par son public, bien qu'il multiplie les dérapages en tous genres, Obama n'a même pas été égratigné pour le mensonge et la tricherie qui lui ont permis d'avoir une masse de manoeuvre double de celle de son adversaire, il sera donc intéressant de suivre l'évoluton de la cote de Kouchner dans les différents baromètres de la presse hebdomadaire française. Elle resterait inchangée que je n'en serais pas surpris...

Écrit par : Scipion | 05/02/2009

N'ayant pas lu le livre, je ne m'exprimerai pas sur sa qualité. Ce qui est relativement intéressant dans cette affaire, c'est justement la confusion des principes et des genres : la présomption d'innocence ressort du tribunal pénal; or, là, nous n'assistons qu'à des déclarations de part et d'autre alors que le débat n'a même pas encore (eu) lieu. Je me fous de K. mais relevons l'hypocrisie des politiques, la bassesse de certains de leur comportement : si les personnes citées dans le présent billet ne lui jettent pas la pierre (du reste, c'est normal!), ce sont les députés de droite qui ont applaudi K. après son intervention devant l'Assemblée nationale tandis que ses anciens camarades de gauche sont restés, eux, les bras ... croisés.

Imaginons que la polémique ait éclaté à l'époque où Kouchner était ministre de la Santé, sous Rocard, le tableau aurait été bien différent : un Montebourg, parmi les plus assidus pour demander que toute la vérité soit faite, aurait sans doute trouvé les mots justes pour dénoncer une odieuse campagne en calomnie et en diffamations pour "motifs politicards".

On connaît certes l'ingratitude du sérail politique. Mais ce n'est tout de même pas clean dans le milieu où l'on dit réaliser les valeurs nobles!

Attendons de voir ... pour juger!

Écrit par : Micheline Pace | 05/02/2009

Il y a pas mal de contradictions chez vous, Cuénod : d'une part, vous rappellez Cavanna pour bien souligner que le livre de Péan n'a pas été lu ; de l'autre, vous faites la fine bouche sur des notions juridiques alors qu'il est évident qu'on assiste à un de ces lynchages dont les medias modernes ont le secret. On pourrait parodier Cavanna : je n'y connais rien, je ne me suis jamais renseigné, mais il est dans le trend de lyncher Kouchner.
J'aurais eu dix mille horreurs à rapporter sur Kouchner, dont la pire a déjà été sortie par Blondesen : l'ignoble lâchage des Serbes par les Européens, à la botte des Américains qui ont osé l'impensable : bombarder Belgrade.
Mais ce lynchage-là est tout aussi ignoble que tous les autres lynchages. Kouchner a fait de la consultance dans le domaine de la santé en Afrique : ce ne serait pas éthique. Et quoi encore ? Qu'est-ce que c'est que ces précieux ridicules qui nous arrivent avec ce genre de connerie ?
Quand la plus grande ONG suisse fait un audit de son programme d'eau au N du Moz, elle fait venir des experts de toute la planète, y compris du Pérou (imaginez le coût du trajet pour ce seul consultant jusqu'au Moz..., pratiquement le budget annuel pour y creuser des puits) et leur tarif doit correspondre à ce qui a été dit pour les consultants liés à Kouchner...
S'il faut lyncher Kouchner, il y a beaucoup d'autres candidats avant lui. Robespierre n'est pas mort, les Français sont toujours aussi amateurs de la guillotine...

Écrit par : Géo | 05/02/2009

Bonne idée d’article

Écrit par : recherche numéro de téléphone | 21/04/2011

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