30/01/2009

L’évêque qui insulte le peuple du Christ

 

Williamson.jpgC’est bien connu, les convertis ont tendance à se placer dans la frange extrême de leur nouvelle appartenance. L’évêque intégriste Richard Williamson (photo) n’échappe pas à cette règle. Baptisé anglican, ce Britannique a choisi le catholicisme romain en 1971, été formé au séminaire d’Ecône et ordonné prêtre. Il fait partie des quatre évêques consacrés en 1988 par Mgr Lefebvre, le chef de la croisade contre Vatican II. Cette consécration non reconnue par le pape avait provoqué l’excommunication de Lefebvre et de son épiscopal quarteron intégriste.

Malice des médias ou hasard des programmes TV, au moment même où Benoît XVI annule l’excommunication de Mgr Williamson et de ses trois autres confrères, une chaîne suédoise diffuse les propos négationnistes du converti. Pour Richard Williamson, «il n’y a pas eu de chambres à gaz». A peine, «200 000 ou 300 000 Juifs» ont été tués — et non pas six millions comme l’Histoire l’a amplement démontré. Pour l’instant, le pape n’est pas revenu sur sa décision. Mgr Williamson peut donc se draper dans sa dignité et sa toge de violine épiscopale. Dieu merci, les conférences allemande, suisse et française des évêques se sont montrées  plutôt sévères.
Surtout, Richard W. devra rendre des comptes à la justice allemande qui le poursuit à Ratisbonne pour négationnisme. C’est dans cette ville bavaroise que les propos de l’évêque ont été enregistrés par la télévision suédoise en novembre dernier.

Pas de tempête dans les bénitiers

Ces affirmations ignobles auraient dû soulever des tempêtes d’indignation dans les bénitiers et non ces quelques vaguelettes de réprobation. Qu’un individu se prétendant homme de Dieu puisse ainsi insulter le peuple du Christ aurait dû lui valoir un rejet immédiat de la part de l’institution romaine. Et ce n’est pas la mise au point du pape qui va dissiper le malaise. Certes, une semaine après la prestation télévisuelle de l’évêque intégriste, Benoît XVI redit son rejet du négationnisme. Mais cela ressemble plutôt à un service minimum.
De plus, Richard Williamson n’en est pas à son coup d’essai, loin de là. Il avait émis de semblables déclarations au Canada, il y a plusieurs années.  L’évêque n’hésite d’ailleurs pas à se répandre dans la presse d’extrême-droite. Dès lors, le Vatican est mal venu de jouer la surprise chagrinée. Et sait à quoi il s’engage avec Williamson.

L’interview à « Minute »

Dans une interview accordée en mars 2006 à l’hebdomadaire «Minute», l’évêque avait illustré son rôle d’idéologue au sein du courant intégriste en glorifiant le «dogme de la foi» et en fustigeant la «liberté religieuse». Loin de vaticiner comme un excité isolé, Williamson y expliquait ce qui fait fond dans l’intégrisme, toutes tendances confondues, à savoir le mélange entre le dogme et la foi. Le dogme est un principe élevé au rang de certitude mais qui relève du magistère humain, faillible et changeant par nature. La foi, elle, est cette force mystérieuse qu’aucun discours humain ne saurait enfermer. Elle s’impose, elle se vit, elle a parfois valeur d’exemple mais elle ne se démontre pas comme un postulat.
La confusion entre ces deux termes est savamment entretenue pour arrimer la force de la foi dans un camp politico-religieux, pour la soumettre à des desseins qui doivent tout à l’ambition humaine et rien à Dieu.

Il n’est pire ennemi de l’Eternel que ses dévots les plus furieux.

Version actualisée d'une "Perspective" parue dans la Tribune de Genève jeudi 29 janvier 2008

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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24/01/2009

Du danger des bergers allemands dans un opéra russe

bergersallemands.jpg
« Lady Macbeth de Mzensk » fait partie de ces œuvres rares qui dépassent leur discipline particulière pour devenir un élément essentiel de l’art en général. L’opéra de Dmitri Chostakovitch franchit donc les frontières de la musique. Il a même carrément emporté par son souffle les bornes du réalisme socialiste. Ce qui lui a valu la disgrâce initiée par le fameux article de la « Pravda » de février 1936 « Du galimatias sonore à la place de musique » inspiré par Staline. Le dictateur était sorti furieux de cet opéra qui connaissait alors un immense succès public depuis deux ans (il avait été créé le 22 janvier 1934 au Théâtre Maly de Leningrad). Chostakovitch a senti soudain le vent du goulag sibérien givrer son échine. Depuis lors et jusqu’au dégel khroutchévien des années 50, le compositeur conservait toujours à portée de main une valise garnie de vêtements chauds, au cas où, à l’heure du laitier, de sombres manteaux de cuir frapperaient à sa porte.

Mais le Petit Père des Peuples préférait jouer au chat et à la souris avec ce musicien dont il voulait utiliser le génie à ses propres fins. Un jour, je te donne le Prix Staline. Un jour je te convoque à la Loubianka. Chostakovitch, pendant un quart de siècle, a donc vécu dans cet état d’angoisse absolu.

Le Grand Théâtre de Genève avait donné « Lady Macbeth de Mzensk » à l’automne 2001, notre Armin Jordan dans une forme éblouissante dirigeant alors l’Orchestre de la Suisse Romande. Actuellement, cette œuvre élevée au rang de mythe est jouée à l’Opéra-Bastille, l’Allemand Harmut Haenchen conduisant magnifiquement l’Orchestre de l’Opéra national de Paris. Quant aux chanteurs, à part une Sonietka (incarnée par la soprano Lani Poulson) peu convaincante par son manque de souffle, ils approchent la perfection dans cette diabolique partition. La performance de la soprano néerlandaise Eva-Maria Westbroek   qui reste sur scène pendant près de trois heures est impressionnante.

Et que dire des deux bergers allemands ?

Des bergers allemands ? Oui, des vrais, tout en poils, en panache, en regard brillant, en museau long et fumé.

Et que font des bergers allemands sur la scène de l’Opéra-Bastille ?

Ils apparaissent aux premier et dernier tableaux. Le metteur en scène Martin Kusej a voulu souligner ainsi que Katerina, l’héroïne, est enfermée dans son mariage comme elle le sera au bagne. Et comment réagit-on à cette présence animale ? Voilà le monologue intérieur du Plouc pendant le premier tableau.

- Tiens, le metteur eu scène a mis des bergers allemands en peluche… Mais elles bougent les peluches !

Autour du Plouc, ce qu’est que chuchotis : « tu as vu, y a des chiens. Des vrais chiens. Quoi ? oui.. regarde… Incroyable ». Le Plouc veut se reprendre :

- Bon. Oublions les bergers allemands. Concentrons-nous sur le livret. Restons fixés sur Katerina qui entame un duo avec Boris Timofeevitch, son ignoble beau-père. Ah, ce maudit regard qui fuit vers les deux bergers allemands ! Allez, Le Plouc, colle à l’histoire. Fais abstraction des chiens.

Une minute s’écoule :

- Ah, un chien bouge. Il a l’air nerveux. Pourvu qu’il n’aboie pas. Katerina entame un chant déchirant où elle clame son ennui. Un hurlement canin ça la foutrait mal à ce moment-là ! Pourquoi, ce clebs tire-t-il sur sa laisse ? Bon, Le Plouc, reviens donc à l’opéra.

Une autre minute s’écoule.

- Le berger allemand se gratte l’oreille. Qu’est-ce qu’il est sage quand même ! Katerina / Eva-Maria Westbroeck (photo) atteint des sommets Lady-Macbeth-de-Mzensk.jpgdans les décibels et ni lui, ni son congénère ne bronchent. Des perles, ces deux clébards ! Mais où en suis-je ? J’ai à nouveau perdu le fil du livret. Qui c’est ce type sur la scène maintenant ? Voyons… Plongeons-nous dans le programme. Voilà, c’est Zinovy Borisovitch, le mari de Katerina. Merci le programme !

Le premier tableau est terminé. Et Le Plouc l’a raté, à cause de ces incessants allers-retours entre les chiens et le livret. Funeste choix du metteur en scène Martin Kusej.
Même s’il est bien éduqué, on ne peut jamais garantir qu’un berger allemand ne va pas se mettre à aboyer ou à gémir, voire à se prendre une belle panique sur scène. Donc, chaque spectateur va scruter ce moment où l’incontrôlable surgit dans la discipline la plus maîtrisée qui soit : l’opéra. Ce qui le distrait forcément.

Kusej a donc desservi l’œuvre prodigieuse de Chostakovitch pour faire son malin, en montrant de vrais chiens en chair et en nonosse. C’est réussi, on parle de lui et de son audace à quatre pattes. Et c’est bien la seule chose que l’on cherche aujourd’hui. Non ?


Jean-Noël Cuénod
    

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20/01/2009

Le sacre mondial de Barack Hussein Obama

ObamaCheval.JPGIls sont des centaines d’Américains à converger vers le centre de Washington pour participer dans le froid et la liesse à l’investiture présidentielle de Barack H. Obama. Et des milliards de Terriens à y assister par le truchement des « étranges lucarnes ». Aucun chef d’Etat n’aura reçu de la planète une telle ferveur.
 Puisse le nouveau président ne pas trop décoller de notre globe sous l’effet de ce mouvement ascensionnel qui confine à l’idolâtrie. Puisse sa tête ne pas trop gonfler, elle nous est trop précieuse.

Nous vivons donc le premier sacre mondial. Un sacre dans une république ? Oui, un sacre et non une simple investiture. Certes, quant au contenu politique, le serment que prononce le 44ème président des Etats-Unis n’a guère de points communs avec celui que Louis XV daignait articuler qui concernait  notamment la protection offerte à l’Eglise romaine contre les « hérétiques ». Et la seule couronne d’Obama sera celle - virtuelle mais précieuse et puissante - conférée par son aura médiatique.

En revanche,  à Washington comme à Reims, on retrouve les mêmes ingrédients symboliques :

 

- La montée des marches.


A la cathédrale de Reims, le futur roi de France gravit les marches du jubé (cette tribune qui sépare le chœur de la nef) au centre duquel est installé son trône. Pourquoi les rois de France – à quelques exceptions près – ont-ils été couronnés à Reims ? C’est en cette ville que le premier roi chrétien des Francs, Clovis 1er, a reçu son baptême en 496.
 
Le futur président américain, monte l’escalier du Capitole, siège du Congrès et prête serment sur ses marches. Cette posture indique que le gouvernant quitte le monde des humains ordinaires, qu’il est appelé à les diriger. Mais, ce faisant, il est à la vue de chacun. Avec tous les dangers que cela suppose.

- La présence de la religion au moment du serment.


 C’est l’archevêque de Reims qui reçoit le serment du roi de France qui, ensuite, embrasse les Evangiles. C’est ce même archevêque qui procède au couronnement, assisté des cinq évêques placés sous sa juridiction. C'est Dieu qui est le premier agent de légitimité.

Aux Etats-Unis, les ecclésiastiques – généralement protestants puisque pour l’instant John Fitzgerald Kennedy est le seul président catholique de l’Histoire américaine - qui participent à la cérémonie sont choisis par le futur locataire de la Maison-Blanche. Afin de symboliser l’unité de la nation, Obama a désigné un pasteur blanc et conservateur – Rick Warren, évangéliste tendance bling-bling - pour prononcer l’invocation et un pasteur noir et progressiste  - Joseph Lowery, méthodiste héros de la lutte antiraciste – pour administrer la bénédiction. Le 44ème président prend pour garantie de son serment, la Bible. Et par n’importe laquelle : celle qui a servi à l’intronisation de Lincoln, l’antiesclavagiste.

 Dieu demeure un agent de légitimité, même si le vote populaire l'a détrôné de sa première place. La législation américaine ne prévoit pas dans ses textes que les nouveaux présidents soient obligés de prêter serment sur la Bible. Mais aucun d'entre eux n'a pris le risque d'oublier les Ecritures à la maison avant de se faire sacrer au Capitole. La tradition est tellement forte qu'elle n'a nul besoin d'être écrite. Lorsqu'on atteint un tel degré dans le pouvoir politique, il devient nécessaire de se recommander à une autorité supérieure à la sienne. Ne serait-ce que pour garder les pieds sur terre.ObamaSacre.png A cet égard, la référence à Dieu n'est toutefois pas une garantie absolue. Le lamentable exemple de Bush nous en a administré la preuve.

- La présence du peuple.


Après son couronnement, le roi reçoit l’hommage des pairs du Royaume qui, ce faisant, acceptent la tutelle royale et scellent l’unité de la Nation. Mais cette unité ne saurait se passer du peuple. Sitôt terminée la cérémonie des hommages, les portes de la cathédrale de Reims sont ouvertes pour que la foule puisse acclamer celui qui est devenu un axe entre la Terre et le Ciel.
 Pour célébrer cette joie de l’Unité retrouvée et mise en péril par la mort du prédécesseur, il faut un déploiement de festins, de danses et de jongleries. La Nation a un roi. Elle peut donc poursuivre sa vie. Et cette poursuite du courant vital s’exprime par l’exaltation des corps après celle de l’âme. C’est l’unité à tous les niveaux. Unité des diverses provinces du royaume, unité des humains formant la Nation, unité de la Terre et du Ciel, unité de l’âme et du corps. Unité de la famille qui est symbolisée par celle du Roi (on oublie les maîtresses un bref instant).

A Washington, on festoie de même avec bals et flonflons et si les étoiles du « chaud-bize » remplacent les jongleurs, la symbolique est similaire. Le peuple est invité à voir – de très loin ! – son président défiler entre le Capitole et la Maison-Blanche afin de représenter l’unité entre gouvernant et gouvernés. Avec, par rapport au sacre français, une différence de taille. C’est désormais le monde qui assiste au couronnement symbolique de celui qui incarne la première puissance terrestre.

Dès lors,  dans la France de jadis comme aux Etats-Unis d’aujourd’hui, le sacre obéit toujours aux mêmes nécessités symboliques, à savoir assurer :

  •  L’incarnation de l’Etat
     
  • La continuité de l’Etat
  •  L’unité de l’Etat
  • La légitimité du Chef de l’Etat.


Jean-Noël Cuénod

 

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16/01/2009

Le bel appétit de Nicoléon Sarkonaparte

sarkozy-bonaparte.jpgNon. Nicolas Sarkozy ne se prend pas pour Napoléon. Ce sont les médias qui le prennent pour tel. L’hebdomadaire «Le Point» le présente en couverture sous les traits de l’Empereur (ce n'est pas la photo ci-contre qui provient d'un site anglais). Le journaliste Alain Duhamel lui consacre un livre, «La marche consulaire» (Plon), où il distingue des points communs entre l’Ogre et l’Omniprésident.

Au-delà des ressemblances caractérielles, si l’actuel chef de l’Etat est ainsi comparé au plus glorieux de ses lointains prédécesseurs, ce n’est pas sans raison. Trois réformes exigées par Nicolas Sarkozy démontrent qu’il glisse sur sa pente naturelle, vers l’autocratisme. Ce qui suscite bien des craintes, y compris dans son camp.

Celle de l’audiovisuel, par exemple. Retournant à bride abattue au temps de l’ORTF gaullâtre, il veut nommer lui-même le patron de la télévision publique. Ayant déjà dans sa poche TF1, la chaîne de son ami Bouygues, Sarkozy aurait ainsi la haute main sur les principales télés françaises.

Toutefois, il vient d’être trahi par sa propre majorité au Sénat qui a adopté un amendement stipulant que pour révoquer le patron de France Télévisions, le président de la République doit recevoir le feu vert des 3/5e des commissions culturelles du Sénat et de l’Assemblée nationale. Ce qui réduit à presque rien son pouvoir de révoquer. Mais l’Elysée n’a pas encore dit son dernier mot et veut faire annuler cet amendement qui empêcherait Sarkozy de virer son adversaire Patrick de Carolis, l’actuel responsable de France Télévisions.

Le président a lui-même annoncé la deuxième réforme, celle de la justice, qui vise à supprimer le poste de juge d’instruction. Désormais, l’enquête sur les crimes et délits sera conduite de A à Z par les Parquets.

Or, en France, si le juge d’instruction est indépendant du pouvoir, les Parquets, eux, sont directement soumis au Ministère de la justice, et donc à Sarkozy qui ne laisse — maternité ou pas maternité — aucun espace à sa ministre Rachida Dati. Télécrate suprême, Nicolas Sarkozy deviendrait aussi Grand Juge.

La troisième réforme concerne le parlement. Les députés sont en train d’examiner la mise en place d’un système qui limiterait leur temps de parole et leurs dépôts d’amendements. Il faut dire qu’il est de tradition pour l’opposition — qu’elle soit de droite ou de gauche — de bloquer les débats en déposant une averse de modifications du texte (amendements).

Si notre mémoire ne défaille, le record a été atteint en 2006 lors de la privatisation des entreprises d’électricité (EDF) et de gaz (GDF): 130 000 amendements! Ce qui ne peut manquer d’irriter un Sarkozy pressé de mettre en place des gerbes de réformes en un claquement de fouet.

Voilà donc le président en cocher sublime cravachant ses chevaux législatifs.

Mais comme nous l’avons constaté à propos de nombreux projets de lois, Nicolas Sarkozy doit se battre contre une partie de ses troupes. D’où l’hypothèse qui court dans les rédactions parisiennes: le président serait en train de constituer son parti personnel ne comprenant que ses supporteurs, l’UMP restant trop encombrée de chiraquiens, villepinistes et autres grincheux anti-bling-bling.

Mais qui donc servira de coupe-faim à l’appétit de Nicoléon Sarkonaparte?

(Texte paru dans la rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève de jeudi 15 janvier)

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

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10/01/2009

Israël a perdu la bataille médiatique

La bataille de Gaza est encore loin d’être terminée. Néanmoins, Israël apparaît comme perdant sur le plan médiatique, du moins pour l’instant. Il le doit en premier lieu à l’incompétence de certains de ses officiers – tirer sur un convoi du CICR est vraiment d’une rare stupidité. Mais il faut s’être rendu dans l’invraisemblable enchevêtrement urbain que constitue la Bande de Gaza pour se convaincre qu’il est impossible pour une force armée d’éviter la multiplication des bavures sanglantes.

L’arme de la victimisation

 Le terme, contestable en soi, de frappes chirurgicales relève ici de la sinistre plaisanterie. D’autant plus que l’armée du Hamas déclenche une grande partie de ses tirs à partir de zones résidentielles. La victimisation est devenue une arme de guerre et les dirigeants qui ne l’ont pas intégré dans leurs facteurs de réflexion risquent fort de se retrouver dans le camp des perdants politiques.

Dès lors, les images d’enfants massacrés, de femmes au désespoir, d’hommes en sang et en larmes font le tour du monde, enflamment les peuples arabes qui se retournent maintenant contre leurs dirigeants. Les intégristes musulmans sortent ainsi renforcés dans tous les pays du Proche-Orient. Quant aux islamofascistes du Hamas, ils apparaissent comme d’innocentes victimes, alors qu’ils n’ont cessé de chercher cet affrontement.

L’exemple français et américain

Rendus fébriles par le triomphe électoral du chef de l’extrême-droite Netanyahou qui se dessinait, les gouvernants actuels d’Israël ont donc adopté une réponse massivement guerrière aux provocations du Hamas. Ce faisant, ils se sont laissés enfermés dans un piège qui, jadis, a coûté cher à la France et aux Etats-Unis.

 En Algérie, l’armée française l’avait emporté sur le plan militaire. Ce succès n’a servi à rien dans la mesure où le rapport de force politique était défavorable à Paris, la colonisation devenant obsolète. Au Vietnam, la puissance de feu des G.I.’s n’a pas pu empêcher la victoire des troupes communistes, les images de la guerre ayant mobilisé le peuple américain contre l’intervention de son gouvernement.

 Fortes de cette expérience, les autorités israéliennes ont essayé d’empêcher ce « bombardement médiatique » lors de la présente bataille de Gaza. Mais elles sont en retard d’une guerre. Avec les moyens technologiques d’aujourd’hui, il n’est plus possible de rendre une partie du monde totalement invisible. Même les Coréens du Nord n’y parviennent pas, c’est dire !

 Pour la moins pire des solutions

La situation paraît, dès lors, inextricable. Si Jérusalem décrète maintenant le cessez-le-feu, alors que la puissance de feu du Hamas persiste, cela sera pris comme une victoire des pires ennemis d’Israël  et comme une nouvelle reculade de son armée après celle du Liban. Ce qui donnera des forces renouvelées à l’intégrisme musulman ainsi qu’à Téhéran qui téléguide le Hezbollah au Liban et le Hamas à Gaza.

Par conséquent, le gouvernement israélien semble condamné à poursuivre son assaut militaire jusqu’à ce que l’appareil guerrier du Hamas soit mis à mal de façon sérieuse. Mais alors, le cortège d’atrocités continuera à galoper d’écran en écran autour de la Terre, rendant encore plus difficile la position politique d’Israël.

 Dans ces conditions, ce n’est pas la meilleure solution que l’on peut choisir pour sortir de ce guêpier, mais la moins pire !

Jean-Noël Cuénod

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06/01/2009

Crimes sauce genevoise: Le Plouc cause à Europe 1



http://www.europe1.fr/Radio/Emissions/Cafe-crimes-Jacques...#

Si vous utilisez ce lien Internet, vous ouïrez Le Plouc que Jacques Pradel a fort aimablement invité à causer dans le poste lors de son émission "Café Crime" qui est diffusée par Europe 1. Elle fut consacrée aux grands faits-divers suisses et s'est déroulée le 1er janvier entre 14 h. et 15 h.

On y parlait du bouquin que Le Plouc a publié aux Editions Tribune de Genève, intitulé "De l'assassinat de Sissi à l'acquittement de Mikhaïlov - un siècle de grands procès internationaux à Genève". L'excellent Jacques Pradel a choisi deux chapitres: celui consacré à l'affaire Jaccoud et un autre, réservé au procès Maria Popesco.

Si le 1er janvier vous étiez trop occupé à faire fondre un tube d'Alka-Selzer dans un reste de Champagne pour écouter l'émission, Le Plouc vous offre cette session de rattrapage.

Que 2009 vous rende tout 9.

 

Jean-Noël Cuénod

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04/01/2009

Le Hamas, maître de Gaza, et sa charte éloquente

L’armée israélienne a donc investi la Bande de Gaza. Un nouveau cycle de violence commence avec son cortège d’horreurs. Dans de nombreuses villes en Europe, on manifeste contre « l’agression sioniste ».
Tout d’abord, constatons que tant le Hamas qui règne à Gaza qu’Israël voulaient cette confrontation. Le premier en ne cessant de tirer des missiles sur des villes israéliennes et le second espérant que le Hamas lui donnerait l’occasion de réaliser une opération couronnée de succès et faire ainsi oublier – à quelques semaines des élections - la calamiteuse campagne libanaise.

Dès lors, n’ayant cessé de donner au gouvernement israélien des verges pour faire fouetter son peuple, le Hamas est bien mal placé pour crier à l’injustice.

D’ailleurs qui est donc ce Hamas que nombre de militants d’extrême-gauche ovationnent dans les rues européennes ? La lecture de sa charte – traduite par le chercheur français Jean-François Legrain – est édifiante. Le Hamas ne se cache nullement de former un mouvement rétrograde, à l’intégrisme borné qui reprend les vieux thèmes de l’extrême-droite pour les enrober d’une sauce islamiste particulièrement pimentée. On peut lire intégralement cette charte sur le site : http://www.gremmo.mom.fr/legrain/voix15.htm.

Nous présentons ci-dessous un florilège de ce salmigondis mômier et nazifiant dans lequel le Mouvement de la Résistance Islamique (Hamas, acronyme qui renvoie en arabe aux notions « vigueur » et de «  courage ») se définit.

Une aile des Frères Musulmans

Au chapitre premier, le Hamas se définit ainsi :

 Le Mouvement de la Résistance Islamique est l'une des ailes des Frères musulmans en Palestine. Le Mouvement des Frères musulmans est un organisme mondial, le plus important des mouvements islamiques de l'époque moderne; il se distingue par la profondeur de son mode compréhension, la précision de son mode de représentation et l'universalisme parfait des concepts islamiques qui s'appliquent à l'ensemble des domaines de la vie, aux représentations et aux croyances, à la politique et à l'économie, à l'éducation et à la vie sociale, au judiciaire et à l'exécutif, à la mission et à l'enseignement, à l'art et à l'information, à ce qui est caché comme à ce qui est manifeste et à tous les autres domaines de la vie.

Dès lors, les Frères Musulmans et sa « section » palestinienne défendent un système clos et totalisant qui impose à leurs adeptes une explication sur tous les aspects de l’existence, à la manière d’un marxisme-léninisme bondieusard.

Impérialisme islamiste


Article onzième de cette charte:
 

Le Mouvement de la Résistance Islamique considère que la terre de Palestine est une terre islamique waqf [de mainmorte] pour toutes les générations de musulmans jusqu'au jour de la résurrection. Il est illicite d'y renoncer en tout ou en partie, de s'en séparer en tout ou en partie: aucun Etat arabe n'en a le droit, ni même tous les Etats arabes réunis; aucun roi ni président n'en ont le droit, ni même tous les rois et présidents réunis; aucune organisation n'en a le droit, ni même toutes les organisations réunies, qu'elles soient palestiniennes ou arabes. La Palestine, en effet, est une terre islamique waqf pour toutes les générations de musulmans jusqu'au jour de la résurrection et qui donc pourrait prétendre jouir de la pleine délégation de pouvoir de toutes les générations islamiques jusqu'au jour de la résurrection ?

Dès lors, pour les Juifs, mais aussi pour les Palestiniens chrétiens, il n’y aura qu’une seule voie : se soumettre à l’islam avant d’être complètement absorbé par lui.


Pas de paix possible

De cet impérialisme islamiste, il découle logiquement cet article treizième qui interdit toutes conférences de paix :
   

Les initiatives, les prétendues solutions de paix et les conférences internationales préconisées pour régler la question palestinienne vont à l'encontre de la profession de foi du Mouvement de la Résistance Islamique. Renoncer à quelque partie de la Palestine que ce soit, c'est renoncer à une partie de la religion. Ainsi, le patriotisme du Mouvement de la Résistance Islamique fait-il partie de sa religion. C'est sur cette base que ses membres ont été éduqués et c'est pour déployer l'étendard de Dieu sur leur patrie qu'ils mènent le jihad, "Dieu est souverain en son commandement mais la plupart des hommes ne savent rien" [Coran, 12, 21].

Comment, dès lors, le Hamas pourra-t-il négocier avec cet interdit ? Eh bien, il n’entrera en discussion que pour des trêves, destinées à se refaire des forces en cas de besoin ! Ainsi le risque est grand - en cas d’accord pour l’instant improbable avec Israël - que l'Europe comprenne « accord de paix » ce qui ne sera qu’  « un accord de trêve » pour le Hamas.

Destruction programmée des Juifs

Dans l’exorde de sa charte, le Hamas cite le Coran en affirmant: Israël existe et continuera à exister jusqu'à ce que l'islam l'abroge comme il a abrogé ce qui l'a précédé. Voilà qui a au moins le mérite de la clarté. A relever qu'en l'occurrence, on ne se situe pas dans le domaine religieux - l’islam comme ultime prophétie abrogeant le judaïsme et le christianisme - mais sur celui de la géopolitique à prétexte religieux : il faut abroger la nation qui a pour nom Israël. Et sur ce point un « vrai musulman » ne saurait transiger.

Au chapitre premier, l’intention de détruire les Juifs est clairement établie: L'Apôtre de Dieu - que Dieu lui donne bénédiction et paix - a dit : "L'Heure ne viendra pas avant que les musulmans n'aient combattu les Juifs (c’est-à-dire que les musulmans ne les aient tués).

La haine des Juifs est encore soulignée à la fin du chapitre 28 en des termes qui rappellent « Mein Kampf » revisité par le Coran:
Israël, par sa judéité et ses Juifs, constitue un défi pour l'islam et les musulmans : "que les lâches jamais ne ferment l'œil".

Le Hamas ressort le complot judéo-maçonnique

En Allemagne, en Italie, en Espagne, en France sous Pétain mais aussi - avec moins de succès Grand Architecte de l’Univers merci ! – en Suisse, le nazisme et le fascisme ont inventé comme moyen de propagande, « le complot judéo-maçonnique »: les Juifs et les Francs-Maçons s’alliant pour dominer le monde. Un concept délirant, certes, mais qui a servi à orchestrer la concentration de millions d’êtres humains dans les camps d’extermination.

Après la Deuxième Guerre mondiale, on aurait pu espérer définitivement morte cette vieille lune. C’était sans compter sur le Hamas qui nous la ressert en plat réchauffé dans plusieurs parties de sa charte, démontrant ainsi qu’il est l’héritier du mufti de Jérusalem Amin el-Husseini, agent de l’Allemagne nazie et grand admirateur d’Hitler qui comptait sur sa victoire pour « liquider » le foyer juif en Palestine (Photo : le mufti passant revue « ses » SS, généralement des musulmans originaires de Bosnie) .

Voici donc les deux passages de la charte du Hamas relatif au « complot judéo-maçonnique ».Husseini.jpg

Article vingt-deuxième :
            Depuis longtemps déjà, considérant les causes agissantes sur le cours des choses, les ennemis ont dressé des plans et les ont adoptés pour parvenir là où ils sont arrivés actuellement. Ils ont travaillé à rassembler des fortunes matérielles considérables et dont l'influence est grande qu'ils ont affecté à la réalisation de leur rêve. Grâce à l'argent, ils règnent sur les médias mondiaux, les agences d'informations, la presse, les maisons d'édition, les radios, etc. Grâce à l'argent, ils ont fait éclater des révolutions dans différentes régions du monde pour réaliser leurs intérêts et les faire fructifier. Ce sont eux qui étaient derrière la révolution française, la révolution communiste et la plupart des révolutions dont nous avons entendu et entendons parler de-ci de-là. Grâce à l'argent, ils ont créé des organisations secrètes qui étendent leur présence dans toutes les parties du monde pour détruire les sociétés et réaliser les intérêts du sionisme, comme la franc-maçonnerie, les clubs Rotary et Lyons, le B'nai B'rith [Abnâ' al-'Ahd], etc. Ce sont toutes des organisations qui se livrent à l'espionnage et au sabotage. Grâce à l'argent, ils sont parvenus à prendre le contrôle des Etats colonialistes et ce sont eux qui les ont poussés à coloniser de nombreuses régions pour en exploiter les richesses et y répandre leur corruption.

Article vingt-huitième :
            L'invasion sioniste est une invasion cruelle qui ne recule devant aucun procédé mais utilise tous les moyens vils et corrompus pour réaliser ses aspirations. Pour ses opérations de subversion et d'espionnage, elle s'appuie fortement sur les organisations secrètes qu'elle a engendrées comme la franc-maçonnerie, les clubs Rotary et Lyons et autres organisations d'espionnage. Toutes ces organisations secrètes ou publiques opèrent au service des intérêts du sionisme et sous ses orientations. Elles visent à miner les sociétés, à détruire les valeurs, à annihiler les consciences, à pourrir la morale et à anéantir l'islam. Ce sont elles qui sont derrière le commerce de la drogue et de l'alcool sous toutes leurs formes pour faciliter au sionisme puissance et expansion. 

Une drôle de paix sous la trique islamiste

Le Hamas ne manque pas d’humour noir en proclamant dans son article 31 :

A l'ombre de l'islam, les disciples des trois religions, islamique, chrétienne et juive, peuvent coexister dans la sécurité et la confiance. Ce n'est qu'à l'ombre de l'islam que la sécurité et la confiance peuvent se trouver, l'histoire récente et ancienne en constituant un bon témoin.

Comme témoins de la « sécurité » assurée aux deux autres religions abrahamiques en terre d’Islam, on peut citer les Juifs irakiens pendus à Bagdad en 1969, les Coptes d’Egypte régulièrement persécutés ainsi que les centaines de milliers d’Arabes chrétiens qui doivent quitter leur sol natal pour se réfugier dans les pays occidentaux.

Dès lors, avant de devenir des supporteurs de la cause du Hamas, lisons d’abord sa charte.

 

Jean-Noël Cuénod

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