24/01/2009

Du danger des bergers allemands dans un opéra russe

bergersallemands.jpg
« Lady Macbeth de Mzensk » fait partie de ces œuvres rares qui dépassent leur discipline particulière pour devenir un élément essentiel de l’art en général. L’opéra de Dmitri Chostakovitch franchit donc les frontières de la musique. Il a même carrément emporté par son souffle les bornes du réalisme socialiste. Ce qui lui a valu la disgrâce initiée par le fameux article de la « Pravda » de février 1936 « Du galimatias sonore à la place de musique » inspiré par Staline. Le dictateur était sorti furieux de cet opéra qui connaissait alors un immense succès public depuis deux ans (il avait été créé le 22 janvier 1934 au Théâtre Maly de Leningrad). Chostakovitch a senti soudain le vent du goulag sibérien givrer son échine. Depuis lors et jusqu’au dégel khroutchévien des années 50, le compositeur conservait toujours à portée de main une valise garnie de vêtements chauds, au cas où, à l’heure du laitier, de sombres manteaux de cuir frapperaient à sa porte.

Mais le Petit Père des Peuples préférait jouer au chat et à la souris avec ce musicien dont il voulait utiliser le génie à ses propres fins. Un jour, je te donne le Prix Staline. Un jour je te convoque à la Loubianka. Chostakovitch, pendant un quart de siècle, a donc vécu dans cet état d’angoisse absolu.

Le Grand Théâtre de Genève avait donné « Lady Macbeth de Mzensk » à l’automne 2001, notre Armin Jordan dans une forme éblouissante dirigeant alors l’Orchestre de la Suisse Romande. Actuellement, cette œuvre élevée au rang de mythe est jouée à l’Opéra-Bastille, l’Allemand Harmut Haenchen conduisant magnifiquement l’Orchestre de l’Opéra national de Paris. Quant aux chanteurs, à part une Sonietka (incarnée par la soprano Lani Poulson) peu convaincante par son manque de souffle, ils approchent la perfection dans cette diabolique partition. La performance de la soprano néerlandaise Eva-Maria Westbroek   qui reste sur scène pendant près de trois heures est impressionnante.

Et que dire des deux bergers allemands ?

Des bergers allemands ? Oui, des vrais, tout en poils, en panache, en regard brillant, en museau long et fumé.

Et que font des bergers allemands sur la scène de l’Opéra-Bastille ?

Ils apparaissent aux premier et dernier tableaux. Le metteur en scène Martin Kusej a voulu souligner ainsi que Katerina, l’héroïne, est enfermée dans son mariage comme elle le sera au bagne. Et comment réagit-on à cette présence animale ? Voilà le monologue intérieur du Plouc pendant le premier tableau.

- Tiens, le metteur eu scène a mis des bergers allemands en peluche… Mais elles bougent les peluches !

Autour du Plouc, ce qu’est que chuchotis : « tu as vu, y a des chiens. Des vrais chiens. Quoi ? oui.. regarde… Incroyable ». Le Plouc veut se reprendre :

- Bon. Oublions les bergers allemands. Concentrons-nous sur le livret. Restons fixés sur Katerina qui entame un duo avec Boris Timofeevitch, son ignoble beau-père. Ah, ce maudit regard qui fuit vers les deux bergers allemands ! Allez, Le Plouc, colle à l’histoire. Fais abstraction des chiens.

Une minute s’écoule :

- Ah, un chien bouge. Il a l’air nerveux. Pourvu qu’il n’aboie pas. Katerina entame un chant déchirant où elle clame son ennui. Un hurlement canin ça la foutrait mal à ce moment-là ! Pourquoi, ce clebs tire-t-il sur sa laisse ? Bon, Le Plouc, reviens donc à l’opéra.

Une autre minute s’écoule.

- Le berger allemand se gratte l’oreille. Qu’est-ce qu’il est sage quand même ! Katerina / Eva-Maria Westbroeck (photo) atteint des sommets Lady-Macbeth-de-Mzensk.jpgdans les décibels et ni lui, ni son congénère ne bronchent. Des perles, ces deux clébards ! Mais où en suis-je ? J’ai à nouveau perdu le fil du livret. Qui c’est ce type sur la scène maintenant ? Voyons… Plongeons-nous dans le programme. Voilà, c’est Zinovy Borisovitch, le mari de Katerina. Merci le programme !

Le premier tableau est terminé. Et Le Plouc l’a raté, à cause de ces incessants allers-retours entre les chiens et le livret. Funeste choix du metteur en scène Martin Kusej.
Même s’il est bien éduqué, on ne peut jamais garantir qu’un berger allemand ne va pas se mettre à aboyer ou à gémir, voire à se prendre une belle panique sur scène. Donc, chaque spectateur va scruter ce moment où l’incontrôlable surgit dans la discipline la plus maîtrisée qui soit : l’opéra. Ce qui le distrait forcément.

Kusej a donc desservi l’œuvre prodigieuse de Chostakovitch pour faire son malin, en montrant de vrais chiens en chair et en nonosse. C’est réussi, on parle de lui et de son audace à quatre pattes. Et c’est bien la seule chose que l’on cherche aujourd’hui. Non ?


Jean-Noël Cuénod
    

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Commentaires

La photographie de la Dame en robe rouge, est-elle là parce que vous trouvez qu'elle a du chien?
Ou encore: est-ce parce que la fente de sa robe et son décolleté vous ont également "distrait"?
Pensez-vous réellement que c'est la seule chose qu'elle recherchait dans son costume de scène, cette coquine de bergère neerlandaise qui chante des si belles... arias?

Écrit par : Père Siffleur | 25/01/2009

Et pourquoi des bergers allemands, alors que 2 lévriers Barzoï auraient été plus proche de l'âme (et de la nationalité) du compositeur ?
de plus. ce sont très souventz des chiens potiches sur canapés, paraît-il, mais peut-être perçus comme de la chien...lit ?

Merci tout de même pour ces impressions mâtin...ées de commentaires distraits par la gent canine, et comme nous étions à Paris, patrie du Bouledogue cher à Colette, (et à nous aussi) pourquoi ne pas les utiliser en guise de figurants à poils...
Merci de nous tenir au courant de ce qui se passe aussi en dehors de la toujours
existence de tous les "roquets" de la politique

Écrit par : WilfredAgnes | 25/01/2009

dans la fermme dezs animaux ORWELL évioque la dictature stalinienne a&vec des cochons démocrates floués,des moutons "moutonniers" et 9 molosses au service de la dictature et de la propagande.
On notera aussi que si Staline réussit-par accord avec le japon-à retiter les troupes mongoles stationnées aux frontiéres chinoisesd,ce qui permit de donner un second souffle à la résistance russe,bénéficiant d'armes Us livrés par le pôle nord,il fut aussi un tyran assasin.

Avant de déporter sa femme,il eu un fils qui en I938 lui donna une petite fille galina dougachvilii,qu'il envoya se perfectionner dans une université US.celle ci decouvrant la trouble personalité de son pére-qui fit déporter un professeur dont elle étaéit amoureuse-fini par s'exiler.elle epousa un intellectuiel algerien et eu un enfant handicapé qu'elle éleva avec courage.
Elle décéda à 69 ans à Moscou aprés avoir consacré une partie de sa vie à traduire la langue francaise.
Plutôt que de redonner le "prestige" de Staline chef de guerre,ou Staline ingénieur,auprtés d'une jeunesse russe décue par l'occident,on pourrait créer une oeuvre musicale avec les oeuvres des musiciens célébres qui déplurent à staline et dire que le pire criminel peut parfois avoir des sentiments humains,aimer sa femme et sa fille-au moins un temps-et que le reste reléve de la psychiatrie
Les puissances occidentales qui restérent sourdes et muettes avec les victimes allemandes d'hitler,et soviétiques ou "allogénes" de Staline, au nom du "réalisme des affraires",ont aussi quelque responsabilité,même si leurs "molosses médiatiques" montent la garde pour leur mâitre.
La liberté à un prix et on peut relever le courage de la fille même si on à des motifs de condamner le pére! Il y a de quoi en faire une "piece chantée"? ceci pour l'instruction des jeunes generations et des politiciens actuels qui ont perdu la mémoire des" erreurs de jugement" sur staline,de leurs partis au XXe siecle! faut il se lever de bon "matin" pour le dire,vu que Platon décrétait le chien "imbécile" et que souvent,chez nos "bobos cheris" "une vie de chien" est parfois plus aisé qu'une vie d'homme marginalisé ou oublié des médias du jour! Le chien est le meilleur ami de l'homme mais qui est le meilleur ami du chien? ce n'est pas le momosse qui est dangereux,c'est son maâitre éducateur qui est responsable!

Écrit par : guypradet | 30/01/2009

Merci d'avoir pris le temps de rédiger cet article .

Écrit par : régime rapide | 24/03/2011

Merci de vous êtes donné de la peine pour écrire ce site internet de superbe qualité. C'était mon deuxième commentaires sur ce site . comment maigrir

Écrit par : comment perdre du poids | 29/06/2011

Votre blog est complétement délassant à dévorer. Je présume que mon commentaire sera posté, puisque je n’ai vraiment pas l’habitude de poster sur les sites.

Écrit par : internet wiki | 20/07/2011

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