19/12/2008

Un peintre majeur n’est plus: Ben-Ami Koller

 

 Pour tous ceux – et ils sont nombreux – qui l’aiment et l'admirent, la triste nouvelle ne parvient pas à se frayer son chemin vers leur conscience: Ben-Ami Koller est décédé lundi à son domicile de Montreuil, près de Paris. Il n’avait que 60 ans.

 

 

 

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© DR | Illustration tirée du site de l'artiste.

 


Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris | 18.12.2008 | 13:02

 

Ce chêne qui était la vie même est donc tombé. «Il ne terminera jamais la toile qui l’attendait sur le grand chevalet de l’atelier» annonce son épouse  Annick Dollo-Koller sur le site de l’artiste (http://www.benamikoller.com).

 

Désormais, il poursuivra sa vie dans le cœur des humains grâce à ses toiles bouleversantes de force et de fragilité. Car l’œuvre de Ben-Ami est faite pour durer et même pour se développer vers de nouveaux cercles d’amateurs. Pourquoi? Parce que Ben-Ami est un artiste qui n’a jamais cédé à la facilité, qui n’a jamais fait de concessions aux modes, qui n’a jamais transigé avec sa conception de l’art. Il a tracé son sillon en écoutant son âme, rien que son âme. Chaque fois qu’il sentait le danger de tomber dans la répétition d’une méthode «qui marche», Ben-Ami prenait le risque de tout remettre en question, quitte à désorienter certains amateurs qui le suivaient depuis de nombreuses années.

 

Ainsi, ce dessinateur reconnu internationalement a brusquement changé de direction en laissant la représentation figurative pour se diriger vers l’abstraction lyrique qu’il a portée aux plus hauts sommets. Puis,  la figuration est revenue mais comme élément d’une synthèse avec sa période abstraite.

 

Enfin, Ben-Ami Koller avec sa dernière série «Auschwitz» a atteint ce qu’il cherchait sans doute depuis le début de sa carrière. Voilà ce que nous écrivions à son propos en février dernier lorsqu’il a présenté «Auschwitz» à la Galerie Pierre Marie Vitoux à Paris:

 

Né en 1948 à Oradea (Roumanie), Ben-Ami Koller n’a donc pas pu vivre avec ses grands-parents déportés vers Auschwitz par le système antisémite des nazis. Mais il porte leur présence. Une présence qu’il a suffisamment mûrie en lui pour qu’elle puisse prendre forme sur la toile. Dès lors, Ben-Ami Koller n’illustre pas la souffrance des martyrs de la Shoah, il ne la re-présente pas, il est cette souffrance. C’est elle qui s’inscrit dans le tableau comme une inaliénable partie de son être. Cette distance - source de malaise pour celui ou celle qui regarde les scènes de la Douleur majuscule – se voit ainsi abolie. La femme et l’homme qui contemplent l’un des tableaux de la série «Auschwitz» se trouvent placés en position de témoin et non pas de voyeur.

 

La démarche de Ben-Ami Koller se situe à l’opposé de celle choisie par l’écrivain Jonathan Little et de ses «Bienveillante». Pour ce dernier, la complaisance qu’on lui reproche souvent n’est pas une faute puisqu’elle fait partie de son propos. Il lui fallait étaler l’ignominie froide de son antihéros et le spectacle de l’horreur pour aller jusqu’au bout de ce qu’il voulait dire.

 

Si Ben-Ami Koller avait pris ce parti, il serait allé à fin contraire de ce témoignage qu’il nous fait vivre. En évitant toute complaisance, il donne à ses œuvres une vérité qui puise sa force dans la pudeur. Le peintre restitue le cri silencieux des martyrs, sans concession mais sans la moindre once de spectacle. En ce sens, Koller fait un acte de vie qui va bien au-delà d’un réquisitoire.

 

Cet été, Ben-Ami Koller m’avait confié à quel point ces dernières œuvres jaillissaient de lui, comme des geysers, comme s’il était mû par une force extérieure: «Je ne peux rien faire d’autres que de peindre, de peindre, de peindre…»

 

Ben-Ami – qui fut aussi un bien bel ami – avait intitulé cette exposition «A tous les miens que je n’ai pas connus». Puisse-t-il aujourd’hui les connaître.

 

A sa femme Annick, son indispensable soutien, et à ses merveilleux enfants Lysiane et Raphaël nous adressons toute notre sympathie.

Jean-Noël Cuénod

 

 

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Commentaires

C'est un très bel hommage que vous rendez à Ben-Ami Koller, peintre que je ne connaissais pas et que je découvre par le biais de votre billet. En consultant et en parcourant son site, j'ai eu un peu honte de mon ignorance ...
A la découverte de ses portraits de corps, probablement issus de la série «Auschwitz» (?), je n'ai pu m'empêcher de penser à l'oeuvre d'Egon Schiele, dont certains des portraits portent aussi la même empreinte tourmentée ...

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 20/12/2008

Merci à vous pour cet hommage à Ben-Ami Koller
je parlais de lui sur mon blog il y une semaine apprenant sa disparition grâce à une amie qui travaille à la galerie du parc à Lyon ou j'exposais mon travail juste après lui

Nous sommes en effet présents sur le même livre qui vient de paraître "nude art today" et je suis d'autant plus touché parce que nous défendions la même conception d'un art authentique, art ou l'intuition trace une voie qui relève de l'évidence..

Écrit par : Gegout | 24/12/2008

Merci à vous pour cet hommage à Ben-Ami Koller
je parlais de lui sur mon blog il y une semaine apprenant sa disparition grâce à une amie qui travaille à la galerie du parc à Lyon ou j'exposais mon travail juste après lui

Nous sommes en effet présents sur le même livre qui vient de paraître "nude art today" et je suis d'autant plus touché parce que nous défendions la même conception d'un art authentique, art ou l'intuition trace une voie qui relève de l'évidence..

Écrit par : Gegout | 24/12/2008

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