13/12/2008

Jean Métellus, le poète des bons sens

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Si la poésie française survit encore, vaille que vaille, elle le doit en grande partie à l’Afrique, aux Antilles, aux Caraïbes. La flamme qui a embrasé Villon et Rimbaud vibre encore à Port-au-Prince ou à Dakar. Et c’est de là qu’elle repartira vers la Francophonie européenne, si un jour cette Franceurope flasque se lasse de son inculture consommatrice. Parmi les poètes qui ont suivi Aimé Césaire dans la jungle des mots, Jean Métellus (photo) se distingue parmi les plus chatoyantes figures. L’admirable et courageuse maison parisienne « Les Editions de Janus » publie ses recueils et notamment, ces deux pépites : « Eléments » et « Voyance et autres poèmes ». Voilà de beaux cadeaux à offrir entre deux cyberconneries.

La poésie, c’est l’art d’aller à l’essentiel. C’est-à-dire à ce qui fait essence dans l’être et ses univers. A la prose de dire les choses. A la poésie de les évoquer, de les invoquer, de les convoquer dans toutes leurs dimensions. Les humains qui ont perdu leur pouvoir d’extase devant les quatre éléments ne sont plus que des cadavres qui s’ignorent et - comme les chiens du poème « Barbara » de Prévert -  disparaissent au fil de l’eau et vont pourrir au loin.
Ces éléments, Jean Métellus se les réapproprie comme au premier jour du monde. Un premier jour qui ne cesserait de naître.

 

 

LA TERRE

Me revient le souvenir de la terre où je suis né
Terre que j’ai scrutée
Matrice de mes mots, oratoire de mon verbe
Moelle de mes chansons, sanctuaire de mon salut
J’ai prié pour elle
J’ai chanté avec elle
Sans jamais l’interroger
Sur l’histoire d’un peuple tout entier disparu
(…)

L’AIR

(…)
Quand le mutisme s’installe
Ou que le bruit dérange
L’air à lui seul tumulte et silence
Présent là où la discrétion s’impose
 Où la fureur flambe
 Dans la forêt magique
 Sur les champs de canne
 Dans le murmure d’un ruisseau
 Ou la course des taureaux
(…)

L’EAU

L’eau sonne sans une consonne
Jaillissante frémissante cascadante
Boisson naturelle des racines qui s’enivrent
Offrant à l’air conquérant des vies à caresser
(…)

LE FEU

La terre le crache, l’expulse de son sein
Des gerbes incandescentes montent à l’assaut du ciel
Illuminant la nature et l’imagination
Brûlant les souffrances lustrales
Le feu lèche l’atmosphère
Comme la fumée les parois de la cheminée
(…)

Les éléments ne sont pas perçus comme des entités séparées. C’est leur mouvement d’entrelacs que le poète restitue. Dans  « Eléments », Jean Métellus imprime ce même mouvement aux couleurs qui se répondent dans un éternel dialogue.

LE NOIR

(…)
Je suis l’ardeur inconnue
C’est pourquoi je me réveille toutes les nuits constellé d’or
(…)

LE JAUNE

(…)
Dans le feu comme dans l’eau
Dans les éclairs ou les abysses
Sur les doigts ou autour du cou
Tu exerces ta mission
Briller, séduire
Perdre ou brûler
(…)

LE ROUGE
¨
(…)
Il faut rugir avec le rouge
Ce feu universel qui stimule
C’est la véritable couleur de l’aube
Qui ne connaît ni fin ni commencement
(…)

LE VERT

(…)
Sur le gazon comme à l’horizon
C’est la caresse de la plénitude
(…)

LE VIOLET

(…)
Serais-tu le paradigme des couleurs
Celle qui jette un pont
Entre les mondes visibles et invisibles ?
Serais-tu le modèle à imiter ?

L’ORANGE

(…)
En tous lieux tu manifestes ta double ascendance
Jaune d’or et rouge sang
Minerai de feu et fluide essentiel
(…)

LE BLEU

(…)
Déjà, entre le ciel et la terre
Le bleu et le blanc affrontent le rouge et le vert
Jouant sur un théâtre sacré
(…)

L’INDIGO

(…)
Ma peau sombre me relie à tous les mystères, à tous les silences
(…)

LE BLANC

Sera-t-il un jour possible d’admirer sans réserve
Une blancheur silencieuse, somptueuse, généreuse ?

Il est en tout cas possible d’admirer sans réserve Jean Métellus. Qui est-il ? Né en 1937 à Jacmel en Haïti, il a quitté sa terre natale en 1959 pour fuir la dictature de Duvalier. Métellus a mené en parallèle une carrière littéraire – il est également l’auteur d’essais et de romans parus chez Gallimard – et une autre, médicale, en neurologie. Il est notamment l’un des spécialistes reconnus de la dyslexie et des troubles du langage. Autant de maux qu’un médecin-poète est en mesure d’appréhender mieux que d’autres.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

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Commentaires

Oui, de beaux poèmes. Sinon, plusieurs poètes travaillant à Genève pour les institutions internationales sont dans le cas que vous évoquez, tel l'Haïtien Michaud Michel, le Camerounais Jean-Martin Tchaptchet, et d'autres encore, dont le nom m'échappe pour le moment. Les fonctionnaires internationaux venus d'Afrique, des Antilles, des Caraïbes, aiment souvent la poésie, un peu comme autrefois les fonctionnaires chinois.

Cela dit, les fonctionnaires savoyards aussi, puisque les éditions Le Tour (Samoëns) ont édité un recueil de "Poésies végétales" (par une collectif de poètes) dans lequel les quatre éléments sont fréquemment mentionnés dans leurs rapports avec les plantes. Si je connaissais votre adresse, je vous en enverrais volontiers un exemplaire. (Si cette proposition vous intéresse, n'hésitez pas à laisser votre adresse à editionsletour@yahoo.fr ).

Cela dit, j'aimerais connaître le lien que vous établissez entre le rythme créé par les vers et l'essence des choses. Personnellement, je dirais qu'en adoptant le rythme présent dans la nature même, la poésie va davantage au coeur de la nature non seulement dans ce qu'elle est spatialement et matériellement, mais aussi temporellement : or, dans le temps, c'est plus la force, qui agit, que la matière. Plus le mouvement qui meut et forme l'objet que l'objet même, en quelque sorte. Plus le feu dans l'objet que l'objet chaud, si on peut dire. Mais le lot humain reste la fusion entre les deux, peut-être. La poésie s'oppose-t-elle si radicalement à la prose ?

Écrit par : R.Mogenet | 13/12/2008

MERCI de prendre le temps de la poésie.
C'est important, tout simplement.
Bien cordialement,
Gary.

Écrit par : Gary DREDAM | 13/12/2008

Jean Noel,
soyons sérieux :
Si ça, c'est de la poésie,
alors, barbelivien, c'est du Mallarmé...

Écrit par : csny | 19/12/2008

tres bien fait cette collection, je dois dire! Je n'ai lu jamais monseur Jean Métellus, mais vous m'avez intrigue et je veux tacher chercher quelque ses poemes sur l'Internet... J'espere je les trouverai, maerci pour la prevision

Écrit par : Aaron | 05/02/2009

Salut! C'est pour ceux qui ne savent pas Jean Métellus: il a son site personnel et voila son adresse www.jeanmetellus.com, ici vous puvez trouvez plus d'information! et ses poems certainement...

Écrit par : Noah | 16/02/2009

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