29/11/2008

Sarkozy doit-il se réjouir d’un PS nul?

Sarkohilare.jpgLe pouvoir d’autodestruction du Parti socialiste français fascine les médias de la planète. Même la presse américaine y va de ses commentaires et de ses analyses parfois très fouillées, comme celles du New York Times.
  Partout, le président Nicolas Sarkozy est donné grand vainqueur du Congrès de Reims.
  A court terme, on peut même parler de triomphe du sarkozysme. Un triomphe qui doit plus aux autobuts de ses adversaires hallucinés et hallucinants qu’aux mérites du gouvernement.

La divine surprise sarkozyenne

  Le principal parti d’opposition a donc réussi ce miracle: redonner de la popularité à un président qui, naguère encore, devait affronter chaque sondage d’opinions comme autant de catastrophes à venir. En avril dernier, il obtenait le score de satisfaction le plus bas de tous les présidents de la Ve République, avec 32% d’avis favorables.
  Or, lundi, un sondage BVA – Orange- L’Express indique que les jugements positifs (48% des sondés) à l’endroit de Nicolas Sarkozy dépassent les opinions négatives (47%). Vive la crise en général. Et vive la crise au PS en particulier!
  Tout épastrouillés par cette divine surprise, les épigones communicants du président vibrionnent dans les médias d’outre-Jura en moquant les délires égotistes des dirigeants socialistes. Certains versent une larme sur ce pauvre PS.  Une larme pur crocodile, bien sûr.

Du champagne avant la gueule de bois

  Alors, la droite a-t-elle raison de faire sauter les bouchons de champagne après le Congrès de Reims?
  Elle serait bien inspirée de vider maintenant ses bouteilles, car la suite de l’histoire risque de se révéler moins capiteuse.
  Tout d’abord, les mêmes divisions qui déchirent le Parti socialiste existent en potentialité au sein de l’UMP.
  Cette formation est formée d’éléments disparates qui sont organisés d’une manière différente, certes, mais assez semblable aux féodalités qui divisent le PS en autant de baronnies haineuses. Pour l’instant, l’hyperactif Sarkozy est parvenu à épuiser toutes les ambitions qui, à droite, pourraient lui faire de l’ombre. Mais au moindre signe de faiblesse, les prédateurs se réveilleront.

L’ombre du procès Villepin

  De plus, Nicolas Sarkozy, phénomène rarissime dans l’histoire du gaullisme, ne peut plus compter sur une majorité totalement aux ordres.
  Ce qui était impensable hier et devenu réalité aujourd’hui: 55 députés de la majorité présidentielle attaquent dans les médias un projet qui est pourtant d’un sarkozysme achevé: le travail dominical. Et ce n’est pas fini. Le procès que Sarkozy mène contre Villepin dans la ténébreuse affaire Clearstream causera bien des dégâts au sein de l’UMP lors de son ouverture dans un an.

Entre Sarkozy et Besancenot, un désert peuplé de fantômes?

  Mais il y a socialement plus dangereux pour la majorité. La droite explique que désormais, entre elle et l’extrême gauche d’Olivier Besancenot, il n’y a plus rien.
  L’écrivain et ministre André Malraux disait la même chose à l'endroit des gaullistes et du Parti communiste. Un excellent commentateur de ce blogue me fait observer qu'en 1965, le futur socialiste Mitterrand avait réussi à mettre de Gaulle en ballotage lors des premières élections présidentielles de 1965, preuve qu'entre les gaullistes et les communistes, le désert était malgré tout assez peuplé. Certes. Et on peut ajouter que les partis de gauche avaient exercé une forte poussée en 1967 - avant d'être balayés par la "vague bleue" de juin 1968. Mais entre  le Parti communiste et les diverses factions formant à l'époque la Fédération de la gauche démocrate et socialiste, il n'y avait aucune entente qui aurait pu offrir au peuple une alternative crédible. Un désert fourmillant de fantomes, reste un désert.
 

Dès lors, si les socialistes ne parviennent pas à se ressaisir aujourd'hui, les citoyens français risquent de revivre une situation semblable à celle de la fin des années soixante: privée de relais démocratique, l’opposition a éclaté dans la rue. Ce fut Mai 68. Un an après, le président de Gaulle démissionnait.
  Un précédent à méditer aussi par le camp Sarkozy.

(Texte paru jeudi 27 novembre 2008 en «Perspective» dans la Tribune de Genève et «Réflexion» dans 24-Heures)

Jean-Noël Cuénod

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25/11/2008

Martine, Ségolène et les autres dans le piège gaulliste

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Pourquoi cette chute sans fin et sans fond du PS français?

Tout d’abord, il subit le sort de toutes les social-démocraties d’Europe. Elles ne savent plus à quelle catégorie sociale se vouer. Obnubilé par les bouleversements technologiques, le socialisme démocratique a tablé sur la disparition de la classe ouvrière.

Certes, celle-ci a changé, même si, dans le milieu du bâtiment et des travaux publics, les prolétaires «classiques» figurent toujours dans le paysage social. Pour les autres secteurs, les damnés de la terre et des usines sont devenus les damnés du clavier et des bureaux.

 

Mais, en tant que classe productrice, elle n’a pas été effacée pour autant.


Les ouvriers existent toujours et votent à droite !

Résultat: en Europe, les ouvriers votent de moins en moins pour les partis sociaux-démocrates et de plus en plus pour la droite. Ainsi, outre-Jura, 52% des ouvriers avaient préféré Nicolas Sarkozy à Ségolène Royal lors des dernières élections présidentielles.

 


En plus de ce handicap, les socialistes français affrontent une particularité propre à leur pays, à savoir la Constitution créée par le général de Gaulle, qui personnifie à l’extrême le jeu politique. En même temps qu’il a délaissé la base ouvrière – partagée jadis avec les communistes –, le PS est tombé dans le piège gaulliste. Il a réservé la priorité à la personnalisation de son pouvoir interne afin de mettre en valeur son candidat pour la seule élection qui compte vraiment en France: la présidentielle. Dès lors, les courants d’idées sont devenus des clans de présidentiables. Le trop-plein d’ego a provoqué le manque de pensées.

 

MartinAubryGueule.jpg
S’il veut devenir une alternative digne de ce nom à la droite, le PS doit se réinvestir autant chez les ouvriers qu’auprès des intellectuels. La synergie des deux avait donné au Parti communiste français une place éminente dans les années 1930-1950. (Editorial paru dans "24-Heures" lundi 24 novembre 2008)

 

 

Jean-Noël Cuénod

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22/11/2008

Faits divers rue de Solférino : Jean Jaurès assassiné pour la deuxième fois

JeanJaures.jpg


Dans la nuit de vendredi à samedi, un assassinat a été commis au siège du Parti socialiste français, rue de Solférino à Paris. Le principal artisan de l’unité des socialistes en 1905, Jean Jaurès, a été tué pour la deuxième fois. La première est survenue le 31 juillet 1914, à la veille de la Grande Guerre. Un certain Raoul Villain l’a tué de deux coups de feu, permettant ainsi à l’ « union sacrée » de se former entre la gauche et la droite françaises et ouvrant au conflit à naître un sanglant boulevard.

Le deuxième assassinat vient d’être perpétré « en réunion », comme l’on dit en droit pénal français, par une bande d'étrangleurs à l’ambition aussi monstrueuse que la vacuité de sa pensée politique. Une bande formée de clans opposés et qui sont parvenus à déchirer le parti de Jaurès de façon sans doute irréparable.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, deux égéries de clan – Ségo-la-Catho et Martine-la-Méremptoire – se disputent la dépouille de leur victime pour devenir la Cheffe des chefs. Pour l’instant, Martine-la- Méremptoire paraît prendre l’avantage. Mais rien n’est encore définitif. Le futur ancien taulier François-le-Flamby va convoquer pour mardi soir les lascars qui s’étripent. Peut-être pour signer l’acte de décès du PS.

En guise d’épitaphe, les derniers vers de cette chanson de Jacques Brel :

Demandez-vous belle jeunesse
Le temps de l'ombre d'un souvenir
Le temps du souffle d'un soupir

Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?


Jean-Noël Cuénod

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Comment les socialistes voisins de la Suisse ont-ils voté ?

 

C’est toujours la bouteille à l’encre au Parti socialiste, à la recherche de sa première secrétaire nationale. Contre Ségolène Royal, Martine Aubry l’emporterait de 42 voix. Samedi soir, le cyberjournal Rue89 annonçait qu'à la suite d'une erreur humaine au PS de la Moselle, cet écart se serait encore réduit à 18 voix en faveur de Martine Aubry. Cette différence se révèle d’autant plus mince que sur 232 912 militants socialistes inscrits, 137 116 se sont exprimés (près de 59% de participation). Or, dans cette configuration, les accusations de fraude ne manquent pas de pleuvoir. Ainsi, les partisans de Ségolène Royal suspectent de tripatouillages deux fédérations « aubrystes » : le Nord et la Seine-Maritime. Mais le camp de Martine Aubry n’est pas avares de suspicions à l’endroit des fédérations « royalistes ».

Dès lors, pour l’instant aucun résultat n’est officiellement proclamé. Celui qui est encore premier secrétaire, François Hollande, a convoqué pour mardi soir le Conseil national qui est le « parlement » du PS afin de valider officiellement le vote. Dans cette instance, les « aubrystes » détiennent la majorité. Dès lors, les « royalistes » vont sans doute contester cette élection auprès des tribunaux.

Au PS, il n’y a plus de roses. Que des épines !

Comment les socialistes qui vivent dans les départements proches de la Suisse ont-ils voté ? La Haute-Savoie plébiscite Ségolène Royal. C’est également le choix des socialistes de Lyon (Rhône) et de Grenoble (Isère). Les autres préfèrent Martine Aubry, parfois de justesse, comme dans le Doubs ou la Savoie.

                                                Martine Aubry                                Ségolène Royal

Ain                                            54,92%                                          45,08%

Haute-Savoie                             32,84%                                           67,16%

Savoie                                       50,14%                                           49,86%

Jura                                           55,34%                                           33,03%

Doubs                                        50,43%                                           49,57%

Haut-Rhin (Alsace)                      61,14%                                            38,86%

Bas-Rhin (Alsace)                        51,64%                                            48,36%

Isère                                          43,76                                               56,36%

Rhône                                        43,64                                                56,36%

Jean-Noël Cuénod

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Martine Aubry ou Ségolène Royal : l’impossible résultat.

Martine Aubry sera-t-elle la nouvelle patronne du Parti socialiste français? En tout cas, la direction du PS annonce à 5 h. 40 samedi matin qu'elle a battu Ségolène Royal de... 42 voix au deuxième tour de l'élection au poste premier secrétaire du parti. Le camp Royal évoque des fraudes et ne reconnaît pas sa défaite. Pour le moment, c'est la confusion qui règne.

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15/11/2008

Ségolène contre Martine: la guerre des deux Roses tourne au cauchemar

 

 

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Dimanche soir

Il appartiendra aux quelque 200 000 militants du Parti socialiste français d'élire, jeudi, leur premier secrétaire national. Ségolène Royal, Martine Aubry et Benoît Hamon, le faucon de l'aile gauche, briguent leurs suffrages. A Reims, les militants de base et les délégués expriment leur colère devant les batailles d'ego qui ont déchiré le PS et s'apprêtent à le voir éclater. Au moment où la crise économique fera sentir ses effets durant des années, les dirigeants socialistes d'outre-Jura ont démontré que, désormais, leur parti ne peut plus être considéré comme une force d'opposition crédible. "Allumons les soleils!" s'est exclamée Ségolène Royal au Congrès de Reims. Pour les socialistes, la nuit est tombée.

Dimanche matin 

Ségolène Royal a claqué la porte de la commission des motions, cette nuit au congrès de Reims. Puis l'un après l'autre, les autres leaders des motions concurrentes, Bertrand Delanoë, Martine Aubry et Benoît Hamon ont déclaré qu'aucun accorfd n'était possible pour dégager une motion majoritaire. Donc, même les tenants du "Tout Sauf Ségolène" ne sont pas parvenus à ce mettre d'accord entre eux. Le Congrès de Reims va se terminer sur un cuisant échec qui démontre définitivement que les idées n'ont plus de poids au Parti socialiste français. Seules comptes les ambitions personnelles.

 

Samedi soir 

Au congrès de Reims, samedi après-midi, le Parti socialiste français apparaît plus divisé que jamais. Désormais, la guerre des deux Roses est déclarée entre Ségolène Royal et Martine Aubry. Lors des discours respectifs de ces deux antagonistes, on a pu mesurer à quel point les « anti-Ségo » détestent les « pro-Ségo » et réciproquement. Applaudissements chaleureux alternant avec les huées haineuses.

 

Le but de Martine Aubry est d'élargir sa motion – profession de foi – à celles défendues par Bertrand Delanoë et par Benoît Hamon, le chef de file de l'aile gauche. Ensemble, ils peuvent atteindre la majorité et, s'ils s'entendent sur un nom – ce qui est loin d'être acquis – emporter la direction du PS. Il semble bien que Martine Aubry a renoncé à briguer pour elle-même le poste de premier secrétaire du PS et qu'elle cherche à lancer soit Benoît Hamon, soit un responsable du groupe Delanoë. 

Dès lors, Martine Aubry a prononcé, sans brio mais avec solidité, un discours classique bien charpenté à gauche et appelant les socialistes à reprendre le chemin des manifs. Ce qui changera leurs dirigeants plus enclins à fréquenter les restaurants de luxe à Reims qu'à battre le pavé dans les cités. On s'ancre à gauche. Et on rejette François Bayrou et son MoDem dans les flammes de l'enfer capitaliste.

 

Au contraire, Ségolène Royal développe un discours maternant, compassionnel, régressif, tout à fait adapté à l'air du temps qui veut câliner les gens plutôt que galvaniser les citoyens. Les mots « affection », « amour », et même « tendresse » demeurent ses fétiches. Elle aussi, comme tous les orateurs, célèbre l'ancrage à gauche. Mais sans renoncer à ratisser les « démocrates qui ne sont ni de gauche, ni de droite ». Comprenez: les électeurs de Bayrou. Sachant qu'un accord avec les centristes n'est pas encore au goût du jour au PS, Ségolène Royal botte en touche avec ses escarpins. Elle propose que la question des alliances soit posée directement aux militants, par référendum.

 

Deux logiques qui s'affrontent

 

Ce sont donc deux logiques qui s'affrontent. Celle de l'appareil politique puissant mais lourd, inadapté aux défis de l'heure, opaque aux yeux des médias et donc de l'opinion, c'est-à-dire de l'immense majorité des citoyens apolitiques. Le plus souvent, cette configuration est vouée à l'échec électoral. Et celle du populisme de gauche qui en appelle directement aux gens en jouant du charme personnel pour les guider « dans le bon sens ». Cette stratégie est mieux adaptée à notre société médiatique mais elle rassemble les électeurs sur une base floue qui peut entraîner les dérives les plus imprévisibles et qui n'est pas propice à engager de profondes réformes.

 

Bayrou vainqueur

 

En tout cas, il semble bien que le patron du MoDem François Bayrou ressorte vainqueur de ce congrès socialiste. Dans leur quasi-totalité, les orateurs ont dû, parfois longuement, se déterminer sur les relations entre le PS et les centristes.

 

La nuit des grandes bavettes

 

Samedi soir, la « nuit des grandes bavettes » a commencé. Jusqu'au petit matin, les différents courants vont discuter pour tenter de dégager une synthèse ou du moins de faire apparaître une motion majoritaire.

 

 

Jean-Noël Cuénod, à Reims

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Ségolène, Martine et les autres disparaissent dans le brouillard

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Or donc, Le Plouc séjourne à Reims pour cause de congrès socialiste. Et tente laborieusement (nous ne sommes pourtant pas au Labour Party) de distinguer un chemin, une issue dans cet ensemble de tribus plongé dans l’épais brouillard des ambitions personnelles. (Photo du congrès prise par La Plouquette, vendredi soir).


En jeu, non plus la socialisation des moyens de production – ça, c’était il y a plusieurs lunes - mais une place comme opposant principal à Sarkozy, ou à un autre candidat de la droite, lors de la présidentielle française de 2012. Pour faire quelle politique ? Ben euh… On verra. Mais ça sera très bien, avec plein de choses très solidaires et vachement sociales.

Le Plouc doit donc se plonger dans les méandres des courants divers qui, sous des couleurs idéologiques, servent surtout à porter tel « éléphant », telle « éléphante » vers l’Océan du Pouvoir Elyséen.

Mais l’exercice donne le vertige. Pour vous le prouver, voici cet échange entre un journaliste et sa collègue, assis au côté du Plouc dans la salle du congrès pendant qu’un cortège d’orateurs se succédait pour livrer leurs incantations unitaires, sorte de danse de la pluie pour temps sec chez les Sioux :

Tu comprends, chez les delanoïstes, il y a des moscovicistes et des jospiniens qui vont s’allier avec des strauss-khaniens afin de former un front « toutsaufségoléniste ». Quitte à soutenir Aubry.
- Ils iraient jusque-là ?
- Oui mais attend, c’est pas fini. Chez les aubrystes. Il y a des gens qui ne peuvent pas sentir les strauss-khaniens et les delanoïstes.
- Et les hamonistes, qu’est-ce que tu en fais des hamonistes ?
- Ils vont rester en lice pour se compter, c’est clair, non ?
- Tu veux mon avis ? Il va y avoir des tas de scissions chez les « toutsaufségolénistes »
- C’est bien parti pour, en tout cas.

Lors de ce congrès, deux mots-clés sont rabâchés : « clarté » et « unité ». Le petit dialogue ci-dessus – garanti authentique – vous démontre à quel point ces deux notions ont été sacrées à Reims.

En 1881 déjà

Or, ces luttes intestines sont tous sauf nouvelles dans la sphère socialiste. Dans son discours d’ouverture au Parc des Expositions à Reims, le premier secrétaire de la Fédération de la Marne du PS, Jacques Meyer, rappelle que Reims avait accueilli un congrès socialiste en 1881 déjà. Il s’agissait de l’une des composantes multiples de la gauche qui ne fut fédérée qu’en avril 1905 sous l’impulsion, notamment, de Jean Jaurès, avec la création de la SFIO (Section française de l’Internationale Ouvrière) qui fut remplacée en 1971 par l’actuel PS, grâce à François Mitterrand.

Or en 1881, déjà les congressistes rémois se battaient entre multiples groupes : les partisans de Jules Guesde, le marxiste révolutionnaire, ceux de Paul Brousse,  le réformiste, les héritiers de Blanqui, recordman des arrestations sous le Second Empire. Entre « gesdistes », « broussistes » et « blanquistes », ce n’était pas la belle camaraderie prolétarienne qui régnait.

Mais à la différence d’aujourd’hui, les socialistes d’alors s’affrontaient pour des motifs qui allaient engager toute l’action révolutionnaire ou réformiste de la gauche en France et au-delà. Maintenant, il s’agit de choisir le jockey qui portera la casaque rose au Grand Prix de l’Arc-de-Triomphe sur la pelouse de l’Elysée.


Jean-Noël Cuénod, à Reims

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14/11/2008

Obama en vedette américaine du congrès de Reims !

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« J’ai senti le souffle de l’élection d’Obama ! » Les rares cheveux de François Hollande s’en sont trouvés tout décoiffés. Barack casse la baraque au congrès du Parti socialiste français qui s’est ouvert vendredi à Reims. Et le futur ex-patron du PS veut utiliser la victoire du démocrate comme un tremplin vers les élections présidentielles de 2012. A la condition, bien sûr, le Parti de la Rose ne soit pas fané d’ici là en raison des orages fourbis par ses dirigeants plus soucieux d’offrir le bon profil aux caméras que de ravaler la façade du Parti.
 Vendredi, d’autres orateurs au congrès de Reims ont sombré dans l’Obamania la plus  échevelée. Malek Boutih, ancien président de SOS-Racisme, par exemple:

 « Le vent nouveau apporté par cette élection soulève une espérance gigantesque qui doit pousser la gauche à conquérir le pouvoir. Des milliards d’êtres humains méprisés, relégués, déclassés ont retrouvé la dignité grâce à Barack Obama. »

L’ancienne ministre de la justice Elisabeth Guigou place juste un bémol dans ce concert de louanges en évoquant la future politique américaine vis-à-vis de l’Europe, dans le contexte de la crise :
 « Obama ne sera pas exactement sur nos positions »

De même, en prenant place dans sa délégation de la Seine-Maritime, l’ancien « plus jeune premier ministre de la France » Laurent Fabius confie à un journaliste :

« N’est pas Obama qui veut… »

A contempler les dirigeants socialistes qui sortent tous du même moule pâle de l’ENA et des cabinets ministériels, on se dit que le PS français n’a pas encore découvert les richesses de la couleur.

 

Jean-Noël Cuénod

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10/11/2008

La haine de l’Occident en… Occident!

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«La haine de l’Occident», tel est le titre du livre que vient de faire paraître Jean Ziegler aux Editions Albin Michel et dont le propos a été largement présenté dans ces colonnes.

 


La haine de l’Occident, elle est aussi perceptible chaque jour en… Occident. Régulièrement, les dirigeants politiques d’outre-Jura s’offusquent, plus ou moins sincèrement, lorsque «La Marseillaise» est sifflée par une grande partie du public avant les matches disputés en France par les Bleus contre les équipes nationales du Maghreb (Photo: la chanteuse tunisienne Lâam chantant "La Marseillaise" huée avant France-Tunisie)


Or, la plupart de ces «siffleurs» d’origine algérienne, tunisienne ou marocaine possèdent la nationalité française. Au lieu de réclamer devant les caméras «des peines exemplaires» contre les perturbateurs, ces politiciens feraient bien de prendre conscience que ces sifflets insultent moins l’hymne français que leur calamiteuse politique d’intégration. Ils s’adressent aussi à la mémoire coloniale qu’il faudra bien solder un jour ou l’autre.

 


Le mur d’ombre du Périph’

 


Lorsqu’on vit à Paris aux confins des banlieues nord ou sud, il est frappant de constater la séparation de ces deux France. Le périphérique devient ainsi une frontière plus nette encore que celle qui distingue la République d’un autre pays.
D’un côté, une débauche de lumière, la nuit venue, ainsi qu’un urbanisme rationnel et le plus souvent empreint d’esthétique. De l’autre, un mur noir élevé par un éclairage hasardeux, ainsi que des cités construites sans pensées directrices et caractérisées par une absence humiliante de toute esthétique.
Cette ségrégation urbaine se révèle d’autant plus provocatrice que les décideurs politiques usent jusqu’à la corde du mot «égalité», l’élément central de la devise républicaine. Pour les habitants des cités, ce terme se voit ainsi vidé de sa substance et ne fait qu’alimenter leur mal-être et leur révolte.

 


A quand les émeutes ?

 


La crise financière a provoqué la mise aux oubliettes politico-médiatiques des banlieues. Mais point besoin d’être grand clerc pour prédire que dans un avenir proche, ces zones d’ombre de la République s’éclaireront des feux de l’émeute. D’autant plus qu’en France, le chômage a repris de la vigueur et que tous les jours, les médias annoncent des destructions d’emplois.
Comment expliquer aux citoyens des «quartiers réputés difficiles» que le gouvernement a trouvé les moyens de secourir des banques fautives mais que pour le plan d’aide aux banlieues, les ambitions ont été revues à la baisse? «On ne s’occupe de nous que lorsqu’on brûle des bagnoles et des écoles? Eh bien allons-y!» Voilà donc la réponse que risquent fort de donner ceux que les hasards de la vie ont fait naître de l’autre côté du «périph’».

 


La finance a-t-elle le monopole de l’urgence ?

 


Si rien de sérieux n’est entrepris pour pallier ces injustices criantes, les crispations identitaires ne manqueront pas de s’exacerber, l’intégrisme islamique trouvera de nouveaux arguments pour enflammer les cœurs et la violence suivra son cours. Or, que faisons-nous, sinon de réchauffer au sein même de nos pays, la haine de l’Occident?
Il serait temps de prendre conscience que le tsunami financier n’a pas le monopole de l’urgence.

Jean-Noël Cuénod

 

Ce texte a paru en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève, vendredi 7 novembre 2008 et en rubrique "Opinion" de "24 Heures" de jeudi 6 novembre.

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06/11/2008

L’Obamania est-elle une maladie dangereuse ?

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La Terre est parcourue par un joyeux frisson : l’Obamania. Même Kennedy n’avait pas soulevé un tel enthousiasme. D’aucuns y dénoncent un danger : le culte de la personnalité. Réaction légitime : dès qu’un humain est ainsi hissé au rang de star, le pire peut survenir. Mais qu’on se rassure à ce propos : il faut compter sur les médias américains pour brûler demain celui qu’ils adorent aujourd’hui. Dès lors, Barack Obama redescendra assez rapidement sur le plancher des vaches. D’autant plus qu’il devra prendre une série de mesures sévères – et donc impopulaires auprès de certaines catégories sociales qui l’ont soutenu – sur le plan économique.

Pour que cet atterrissage ne soit pas trop douloureux et afin, surtout, d’éviter que des généraux se prennent pour des tyrans, les Romains de l’Antiquité avaient mis au point un rituel. Chaque fois que la cérémonie du triomphe était attribuée à un général particulièrement valeureux, ce héros était conduit sur un char et, derrière lui, un esclave tenait au-dessus de sa tête la couronne de laurier tout en  lui murmurant à l’oreille : « Memento mori » (souviens-toi que tu es mortel). Sage précaution. Nos puissants du XXIe siècle feraient bien de s’en inspirer.

En France, l’Obamania a pris une ampleur impressionnante, notamment dans les banlieues. Nombre de jeunes – singulièrement ceux qui fréquentent les Eglises évangéliques en plein développement dans les cités – s’identifient à ce Métis, fils d’un père Kenyan.
Cette identification est riche de contresens. Tout d’abord, l’Histoire de la présence africaine aux Etats-Unis n’a guère de points communs avec les rapports coloniaux que la France avait tissés avec l’Afrique. Ensuite, Obama fait partie – surtout grâce à son mariage - de la classe moyenne noire ; or cette catégorie n’existe pas en France.

Cela dit, les phénomènes d’identification collective se rient de ces malentendus. Ce n’est pas l’humain Obama qui est ainsi « travaillé » par les enfants de l’immigration en France, c’est la figure qu’il représente, celle d’un homme qui ressemble à un jeune oncle particulièrement brillant.
Alors, c’est vrai, ces phénomènes ne sont souvent que des feux de paille. Mais le modèle offert par Obama se révèle positif, constructif. Il rappelle que les montagnes les plus inaccessibles peuvent un  jour être franchies.
 
Enfin, il est tout de même préférable que le portrait de Barack Obama circule dans les banlieues plutôt que celui d’Oussama ben Laden.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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05/11/2008

God bless you, president Obama !

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Enfin, nous pouvons aimer les Etats-Unis ! Les huit ans du règne immonde de Deubeulyou Bush sont donc achevés. Et pour la première fois, un fils de l’Afrique va présider la puissance numéro un de la planète. Etonnante Amérique. On la savait capable du pire – Abou Ghraib, Guantánamo, la torture officialisée, le Patriot Act. Barack Obama nous rappelle qu’elle l’est aussi du meilleur. Alors, laissons éclater notre joie devant cette victoire historique d’un métis démocrate sur une vieille culotte de peau républicaine flanquée d’une Calamity Palin qui vient du froid et qui ferait bien d’y retourner pour ne plus le quitter.

En quelques années de vie politique, Obama a démontré qu’il alliait une maîtrise impeccable des dossiers et une force de travail impressionnante à un charisme qui a annihilé les réflexes racistes et des dons oratoires adaptés aux sphères de la communication tous azimuts.

Les quadratures du cercle


Toutes ces qualités seront mises à rude épreuve d’emblée. Le nouveau président est porteur de tant d’espoirs aux Etats-Unis et dans le monde qu’il ne peut que décevoir.

Barack Obama devra, en effet, résoudre de multiples quadratures du cercle :

- poser les bases de nouveaux rapports entre l’économie et la finance, en évitant de surcharger d’impôts les classes moyennes qui l’ont élu, mais tout en dotant les Etatsuniens défavorisés – et ils sont fort nombreux – d’une assurance-maladie digne de ce nom ;
- d’une manière plus générale, lutter contre la pauvreté alors que les Etats-Unis traversent l’une de leurs pires crises économiques ;
- prévoir un plan de départ de l’Irak qui satisfasse à la fois le désir des familles de revoir leurs « boys » et l’obligation de ne pas laisser un important pays producteur de pétrole sombrer dans la guerre civile, ni tomber dans les mains de l’Iran ;
- se désembourber de l’Afghanistan sans l’offrir aux Talibans et autres fous de Dieu.

La galaxie de la connivence entre le sabre et le coffre-fort

Le nouveau président devra également compter sur un adversaire de taille et qui guettera le moindre de ses faux pas pour le réduire à sa merci : l’ensemble de réseaux le plus puissant des Etats-Unis que l’on nomme « complexe militaro-industriel ». Cette vaste galaxie de la connivence associe les plus hauts cadres des forces armées avec les dirigeants des industries de guerre. A l’époque du clan Bush-Cheney, le complexe militaro-industriel a vécu les plus belles heures de son histoire. Le budget militaire étatsunien atteint pour l’année fiscale 2009, 612 milliards de dollars, soit presque le montant du plan Paulson d’aide exceptionnelle aux banques sinistrées ! Depuis le scouatte de la Maison-Blanche en 2001 par le clan Bush-Cheney, ce budget a augmenté de 74%.

Nul doute que les industriels de la guerre et les Etats-Majors vont tout mettre en œuvre pour que la fête continue. Et peu importe la crise financière ! Et peu importe la récession économique ! Et peu importe les miséreux ! Ces gens-là ont le Christ dans la bouche à chaque discours et le crucifient à chaque contrat. Face à Obama, ils défendront donc leurs intérêts sans l’ombre d’un scrupule. Tous les coups tordus seront permis

Discours prémonitoire.

Cette galaxie de la connivence entre le sabre et le coffre-fort a été dénoncée par l’ancien commandant en chef des forces alliées et 34e président des Etats-Unis, le général Dwight Eisenhower. Il est temps de se rappeler son discours prononcé le 17 janvier 1961 - alors qu’il allait céder la Maison-Blanche à Kennedy - pour mesurer l’exactitude de sa vision :

Nous devons nous prémunir contre l’influence illégitime que le complexe militaro-industriel tente d’acquérir, ouvertement ou de manière cachée. La possibilité existe, et elle persistera, que cette influence connaisse un accroissement injustifié, dans des proportions désastreuses et échappant au contrôle des citoyens. Nous ne devons jamais permettre au poids de cette conjonction d’intérêts de mettre en danger nos libertés ou nos méthodes démocratiques.

Aujourd’hui, le complexe militaro-industriel n’a fait que croître en influence et en puissance comme le redoutait Eisenhower. God bless you, ObamaMèreHawaii.jpgpresident Obama. Vous en aurez bien besoin…

 

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(Le petit Barack tenu par sa mère à Hawaï)

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02/11/2008

Ce sexe qui fait perdre la tête aux religieux

A la demande téléphonique d'un ami lecteur français, Le Plouc publie sur son blogue cette chronique parue jeudi 30 octobre en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et en rubrique "Réflexions" de 24-Heures. 

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