15/11/2008

Ségolène, Martine et les autres disparaissent dans le brouillard

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Or donc, Le Plouc séjourne à Reims pour cause de congrès socialiste. Et tente laborieusement (nous ne sommes pourtant pas au Labour Party) de distinguer un chemin, une issue dans cet ensemble de tribus plongé dans l’épais brouillard des ambitions personnelles. (Photo du congrès prise par La Plouquette, vendredi soir).


En jeu, non plus la socialisation des moyens de production – ça, c’était il y a plusieurs lunes - mais une place comme opposant principal à Sarkozy, ou à un autre candidat de la droite, lors de la présidentielle française de 2012. Pour faire quelle politique ? Ben euh… On verra. Mais ça sera très bien, avec plein de choses très solidaires et vachement sociales.

Le Plouc doit donc se plonger dans les méandres des courants divers qui, sous des couleurs idéologiques, servent surtout à porter tel « éléphant », telle « éléphante » vers l’Océan du Pouvoir Elyséen.

Mais l’exercice donne le vertige. Pour vous le prouver, voici cet échange entre un journaliste et sa collègue, assis au côté du Plouc dans la salle du congrès pendant qu’un cortège d’orateurs se succédait pour livrer leurs incantations unitaires, sorte de danse de la pluie pour temps sec chez les Sioux :

Tu comprends, chez les delanoïstes, il y a des moscovicistes et des jospiniens qui vont s’allier avec des strauss-khaniens afin de former un front « toutsaufségoléniste ». Quitte à soutenir Aubry.
- Ils iraient jusque-là ?
- Oui mais attend, c’est pas fini. Chez les aubrystes. Il y a des gens qui ne peuvent pas sentir les strauss-khaniens et les delanoïstes.
- Et les hamonistes, qu’est-ce que tu en fais des hamonistes ?
- Ils vont rester en lice pour se compter, c’est clair, non ?
- Tu veux mon avis ? Il va y avoir des tas de scissions chez les « toutsaufségolénistes »
- C’est bien parti pour, en tout cas.

Lors de ce congrès, deux mots-clés sont rabâchés : « clarté » et « unité ». Le petit dialogue ci-dessus – garanti authentique – vous démontre à quel point ces deux notions ont été sacrées à Reims.

En 1881 déjà

Or, ces luttes intestines sont tous sauf nouvelles dans la sphère socialiste. Dans son discours d’ouverture au Parc des Expositions à Reims, le premier secrétaire de la Fédération de la Marne du PS, Jacques Meyer, rappelle que Reims avait accueilli un congrès socialiste en 1881 déjà. Il s’agissait de l’une des composantes multiples de la gauche qui ne fut fédérée qu’en avril 1905 sous l’impulsion, notamment, de Jean Jaurès, avec la création de la SFIO (Section française de l’Internationale Ouvrière) qui fut remplacée en 1971 par l’actuel PS, grâce à François Mitterrand.

Or en 1881, déjà les congressistes rémois se battaient entre multiples groupes : les partisans de Jules Guesde, le marxiste révolutionnaire, ceux de Paul Brousse,  le réformiste, les héritiers de Blanqui, recordman des arrestations sous le Second Empire. Entre « gesdistes », « broussistes » et « blanquistes », ce n’était pas la belle camaraderie prolétarienne qui régnait.

Mais à la différence d’aujourd’hui, les socialistes d’alors s’affrontaient pour des motifs qui allaient engager toute l’action révolutionnaire ou réformiste de la gauche en France et au-delà. Maintenant, il s’agit de choisir le jockey qui portera la casaque rose au Grand Prix de l’Arc-de-Triomphe sur la pelouse de l’Elysée.


Jean-Noël Cuénod, à Reims

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Commentaires

Au Parti socialiste, on a développé un certain culte de la Personnalité, depuis Mitterrand. Mais en fait, dans des systèmes socialistes, le culte de la personnalité, cela s'est souvent vu. Car au bout du compte, Joseph de Maistre de façon implicite l'a montré, les progrès sociaux qui apparaissent comme de vraies nouveautés au sein de l'Evolution, émanent psychologiquement d'une monade d'un ordre supérieur.

Mais pour rester à la surface, le manque de sens de la discipline des socialistes, alors que Royal est arrivée en tête, est plutôt inquiétant. Car l'Etat reste fondé sur une hiérarchie : Mitterand n'a pas supprimé les hauts fonctionnaires, pour égaliser tout le monde ! Pas du tout. Un agrégé gagne toujours plus qu'un certifié. Et aucun socialiste ne propose d'égaliser les fonctionnaires : c'est bien le comble.

Écrit par : R.Mogenet | 15/11/2008

(Cela vient peut-être de ce qu'en France, les concours restent préférés aux élections, pour déterminer des compétences, au sein de l'Etat !)

Écrit par : R.Mogenet | 15/11/2008

Que tout cela est bien dit. En tous cas, si ça continue comme ça, le petit Nicolas n'a rien à craindre pour la prochaine présidentielle, puis il changera la constitution pour faire un troisième quinquennat et laisser ensuite la succession à Jean le blondinet.

Écrit par : gamine | 15/11/2008

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