10/11/2008

La haine de l’Occident en… Occident!

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«La haine de l’Occident», tel est le titre du livre que vient de faire paraître Jean Ziegler aux Editions Albin Michel et dont le propos a été largement présenté dans ces colonnes.

 


La haine de l’Occident, elle est aussi perceptible chaque jour en… Occident. Régulièrement, les dirigeants politiques d’outre-Jura s’offusquent, plus ou moins sincèrement, lorsque «La Marseillaise» est sifflée par une grande partie du public avant les matches disputés en France par les Bleus contre les équipes nationales du Maghreb (Photo: la chanteuse tunisienne Lâam chantant "La Marseillaise" huée avant France-Tunisie)


Or, la plupart de ces «siffleurs» d’origine algérienne, tunisienne ou marocaine possèdent la nationalité française. Au lieu de réclamer devant les caméras «des peines exemplaires» contre les perturbateurs, ces politiciens feraient bien de prendre conscience que ces sifflets insultent moins l’hymne français que leur calamiteuse politique d’intégration. Ils s’adressent aussi à la mémoire coloniale qu’il faudra bien solder un jour ou l’autre.

 


Le mur d’ombre du Périph’

 


Lorsqu’on vit à Paris aux confins des banlieues nord ou sud, il est frappant de constater la séparation de ces deux France. Le périphérique devient ainsi une frontière plus nette encore que celle qui distingue la République d’un autre pays.
D’un côté, une débauche de lumière, la nuit venue, ainsi qu’un urbanisme rationnel et le plus souvent empreint d’esthétique. De l’autre, un mur noir élevé par un éclairage hasardeux, ainsi que des cités construites sans pensées directrices et caractérisées par une absence humiliante de toute esthétique.
Cette ségrégation urbaine se révèle d’autant plus provocatrice que les décideurs politiques usent jusqu’à la corde du mot «égalité», l’élément central de la devise républicaine. Pour les habitants des cités, ce terme se voit ainsi vidé de sa substance et ne fait qu’alimenter leur mal-être et leur révolte.

 


A quand les émeutes ?

 


La crise financière a provoqué la mise aux oubliettes politico-médiatiques des banlieues. Mais point besoin d’être grand clerc pour prédire que dans un avenir proche, ces zones d’ombre de la République s’éclaireront des feux de l’émeute. D’autant plus qu’en France, le chômage a repris de la vigueur et que tous les jours, les médias annoncent des destructions d’emplois.
Comment expliquer aux citoyens des «quartiers réputés difficiles» que le gouvernement a trouvé les moyens de secourir des banques fautives mais que pour le plan d’aide aux banlieues, les ambitions ont été revues à la baisse? «On ne s’occupe de nous que lorsqu’on brûle des bagnoles et des écoles? Eh bien allons-y!» Voilà donc la réponse que risquent fort de donner ceux que les hasards de la vie ont fait naître de l’autre côté du «périph’».

 


La finance a-t-elle le monopole de l’urgence ?

 


Si rien de sérieux n’est entrepris pour pallier ces injustices criantes, les crispations identitaires ne manqueront pas de s’exacerber, l’intégrisme islamique trouvera de nouveaux arguments pour enflammer les cœurs et la violence suivra son cours. Or, que faisons-nous, sinon de réchauffer au sein même de nos pays, la haine de l’Occident?
Il serait temps de prendre conscience que le tsunami financier n’a pas le monopole de l’urgence.

Jean-Noël Cuénod

 

Ce texte a paru en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève, vendredi 7 novembre 2008 et en rubrique "Opinion" de "24 Heures" de jeudi 6 novembre.

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Commentaires

Encore une fois l'on tombe dans la victimisation. Ces pauvres jeunes sont des victimes de l'urbanisme, de la crise, du racisme, du colonialisme, de la France,....

Quand pourrons-nous dire que cette racaille est enviée par les jeunes vivant au Magrheb, qui ne pensent qu'aller en Europe pour être libre. Que les banlieues n'ont pas été crée spécialement pour des travailleurs étrangers. Mais que la plupart étaient, à l'origine, des complexes novateurs. Elles sont devenues ce qu'elles sont par négligence de l'Etat et d'une partie de ses habitants. La crise ne frappe pas que les jeunes de banlieue en France. De toute façons ces derniers ne l'ont pas attendue pour se mettre au trafic de drogue ou autre. En France l'on peut siffler la Marseillaise pour manifester son mécontentement d'être une victime. L'on peu aussi brûler des voitures, des écoles et bibliothèques. Il est part contre quasi interdit de remettre en question le droit du sol en matière de nationalité. L'on se fait vite traiter de facho!

Finalement tout cela me fait penser que M. Sarkozy s'est fait élire avec la phrase "La France tu l'aimes, sinon tu la quittes"! Alors que demande le peuple?

Écrit par : Riro | 11/11/2008

Maintenant je comprends mieux pourquoi les français viennent acheter ou vendre (c'est selon) leurs drogues dans la "cité" des Avanchets.

Proche de la frontière, illuminée, dépourvue de contrôle policier, proche de l'autoroute, pour vite retourner à Lyon ... que des avantages.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 11/11/2008

http://tunisie-harakati.mylivepage.com

Vu les positions de chacun, nous ne sommes pas sortie de l'auberge. On use du passé, du racisme, de la crise sociale, de l'injustice à la Sameh Harakati....mais la France comme la Tunisie n'ont-ils pas droit à plus de respect. Le temps n'était pas à la dénonciation mais au sport.

Écrit par : Docci | 12/11/2008

Je dois avouer, M. Cuénod, que je suis un peu sceptique. L'hymne savoyard est souvent sifflé, lui aussi, et pas forcément par des Orientaux. La politique d'intégration de la France me paraît simplement trop rigide et trop étatisée : elle ne repose pas assez sur l'humain. Le professeur ou le journaliste patenté arrive avec ses certitudes, et son quasi statut de fonctionnaire l'empêche en réalité d'avoir de la souplesse, et même de l'humilité, face à la population et à sa culture propre, fréquemment détachée de la culture officielle, appelée "commune", dans l'Education nationale. Mais le pire est que cette culture non officielle peut être traditionnelle ou orientale, mais qu'elle peut être aussi occidentale : car, par exemple, la science-fiction à l'américaine est souvent sifflée aussi, par les enseignants. Et tenez, M. Cuénod, en sifflant vous-même les poètes du dimanche, comme vous l'avez fait un jour, est-ce que vous ne vous exposez pas à être sifflés par eux ? Or, des intellectuels qui assimilent le slam et le rap à la poésie du dimanche, j'en connais bien.

Écrit par : R.Mogenet | 12/11/2008

Sifflé (erratum).

Écrit par : R.Mogenet | 12/11/2008

C'est cool le slam:) ou le rap. Décidement il y en a tjs qui croient que l'art doit sortir automatiquement des écoles académiques, alors qu'en fait, elles ne sont que des béquilles, utile mais qui sont d'un autres âges tout de même

En attendant, la haine de siffler un hymne est un reflexe identitaire, de jeunes en déroute, qui se cherchent dans une France qui outre le fait de n'avoir pas les infrastuctures pour les accueillir, a détruit par son économie les infrastuctures des autres pays-tiers. ce sont les "bienfaits de la colonisation"

Écrit par : yanrecit | 15/11/2008

@ Riro :"Quand pourrons-nous dire que cette racaille est enviée par les jeunes vivant au Magrheb, qui ne pensent qu'aller en Europe pour être libre."

Et alors? peut-on en vouloir à cette"racaille" comme vous dites, de s'être fait avoir par une économie faite "de poudre aux yeux ". Ils se sont fait berner par l'Europe capitaliste, comme les européens de l'est se sont fait berner par l'Ouest pour détruire leurs idéaux.
Les maghrébins ne sont pas des racailles, c'est l'Europe qui les a rendus "racaille " par manque d'infrastructures comme cités plus haut. Mais c'est vrai que les grands capitalistes ont pour habitude de ne pas assumer leur erreurs, plutôt de les déléguer au peuple, aux étrangers (via leurs multinationales ;) , c'est pour ça aussi que les libéraux ou l'UDC ne veulent pas voir disparaître l'Etat, il l'accuse de tous les maux, mais ne veulent pas le voir disparaître (ce qui serait logique dans leur idée), car comme le dit le vieil adage, il ne faut pas tuer la vache qui nous nourrit.
Maintenant il est peut-être trop tard, alors que font les penseurs de notre économie( que se soit la gauche bobo, la droite ou les verts, ils essaient de détourner l'attention des gens sur le réchauffements climatiques, du genre : éteingnez la lampe électrique, le catalogue des SIG en papier glacé nous dit d'acheter des livres en carton pour faire un geste en faveur de l'écologie, on diffuse la "vérité d'Al Gore" a l'école,... mais qui se préoccupe de film du genre "caracas-bruxelles" ou "fast food nation" qui est une perle, autant que la "vérité d'Al-Gore" Evidemment, là , la droite se bouge car le climat est l'affaire de tous... jusqu'à ce qu'on crée un climat artificiel comme dans "globalia" est qui sera réservé aux riches... en attendant ils se barricadent de plus en plus dans des quartiers grillagées et ont leur propre police... plus efficace, moins loyale. On ne devrait plus dire la "haine de l'occident", mais la "haine du capitalisme"... voir amour-haine, mais quand on imagine tous ce qu'on a perdu comme sensations en échange d'une machine à laver voire d'un ordinateur, ou d'un peu de cocaïne (qui se démccratise dit-on), et que notre esprit se disloque dans un corps de plus en plus avachi par trop de confort (et de graisse), et qu'il faut l'entretenir via des machines...
L'amour-haine du capitalisme pose des défis du futur, le monde se scinde de plus en plus en 2, la classe moyenne disparaît, La faute n'en est pas à la "racaille", mais à un système qui devient de plus en plus aiguiser et à droite. Alors si la gauche paraît trop laxiste c'est surtout qu'elle n'a pas les pleins pouvoir, car sinon, on "réinsererait" les gens à coup de lois équitable et de matraque (s'il le faut, d'ailleurs tout comme maintenant, simplement maintenant on envoie ces gens à la prison plutôt qu'à l'école...) et non plus à coup d'assistantes sociales débordées...et manquant cruellement de moyens.

Écrit par : yan | 15/11/2008

La haine de l'Occident ne nous doit pas nous faire tomber dans la haine de l'Orient! C'est le seul danger réel dans cette affaire de sifflements.

Écrit par : Micheline | 15/11/2008

@Yan

Alors selon vous, c'est la faute du système (tiens je l'avais oublié dans mon premier post). Il a bon dos le système. Changeons de système et tout ira mieux! Nous serons tous heureux, riches et bonne santé...

Écrit par : Riro | 16/11/2008

@rico

Parlons-en de ces cités-dortoirs (30'000hab) du genre clichy-sous-bois ou il n'y a pas un commerce à la ronde, pas de travail possible, et quasiment aucun réseau de bus ou de train en direction de la capitale, puisse améliorer un tant soi peu leur intégration. Donc infrastructures manquantes, négligence, répressions policières comme solution comme je l'ai précisé dans mon post...
il ne fallait donc pas les accepter ces jeunes, mais l'etat francais avait besoin de ces "petites mains" comme il avait besoin des richesses premières de l'Afrique.

votre phrase: "La France tu l'aimes, sinon tu la quittes"!, vous irez la répétez aux colons britanniques en Australie, au Congo, en Afrique du Sud, en Iraq, en Colombie, en Bolivie etc. Ziegler a bien sûr raison. Ce que je veux dire, c'est que si on accepte la colonisation, il faut l'accepter dans les 2 sens... l'assumer. La France comme bien d'autres pays ne l'assument pas et par conséquent ne respecte pas les droits de l'homme. Sinon c'est la loi martiale, le bras armé de l'économie capitaliste. Donc selon vous, continuons à appliquer la loi martiale et "Nous serons tous heureux, riches et bonne santé..."

Écrit par : yanick douet | 16/11/2008

@Yanick douet

Merci de bien écrire mon pseudo Riro et non pas Rico.

C'est vrai qu'il manque des infrastructures dans les cités. Mais lorsque des braves jeunes s'amusent à y mettre le feu, ça décourage. Les petites mains dont vous parlez sont les parents ou grands parents de ces jeunes. Ils en ont bavés, certes. Mais l'Etat français leur a donner un logement, des écoles gratuites, la sécu et autres. Beaucoup ont pu faire construire un petite résidence secondaire en Afrique. Les jeunes ne souhaite pas bosser et préfère les petits trafics, le deal, etc....

Au fait la phrase : "La France tu l'aime ou tu l'as quittes" est de M. Sarkozy. Il s'est fait élire sur ce quasi slogan.

Et il ne faudrait pas oublier les gens qui en banlieue bosse pour le SMIC. Et qui du jour au landemain, se retrouve sans bagnole, sans école, sans bus, car des jeunes ont tout brûlés.

Écrit par : Riro | 17/11/2008

http://tunisie-harakati.mylivepage.com

Je suis choqué, on ne cesse de parler de haine de l'Occident mais ils ont tous oubliés la propagande anti islamisation. Je suis français et de surcroît chrétien et quand je vois comment le monde évolue dans la haine, je me dis que le terrorisme n'a pas fini de se développer. Il faut avouer qu'il y a du radicalisme dans chaque camp mais si on apprennait à se connaître et à se comprendre plutôt que de nourrir cette haine gratuite. Je me suis mis à soutenir des causes pour aider mon prochain. Je soutiens par exemple la libération de la jeune Sameh HARAKATI, une femme en prison en Tunisie malgré son innocence. Venez tous me rejoindre, j'ai et elle a besoins de vous.

Écrit par : Pierro | 15/04/2009

Je voulais juste vous le signaler

Écrit par : comment devenir riche | 20/04/2011

Me voici venu sur ce blog par le plus grand des hasard et cet article est vraiment bien .

Écrit par : comment maigrir | 27/05/2011

Je raffole votre type d’écriture. Je suppose que mon commentaire sera posté, puisque je n’ai vraiment pas du tout l'usage de commenter sur les sites webs!

Écrit par : comment perdre du ventre | 21/07/2011

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