05/11/2008

God bless you, president Obama !

ObaMcCain.jpg


Enfin, nous pouvons aimer les Etats-Unis ! Les huit ans du règne immonde de Deubeulyou Bush sont donc achevés. Et pour la première fois, un fils de l’Afrique va présider la puissance numéro un de la planète. Etonnante Amérique. On la savait capable du pire – Abou Ghraib, Guantánamo, la torture officialisée, le Patriot Act. Barack Obama nous rappelle qu’elle l’est aussi du meilleur. Alors, laissons éclater notre joie devant cette victoire historique d’un métis démocrate sur une vieille culotte de peau républicaine flanquée d’une Calamity Palin qui vient du froid et qui ferait bien d’y retourner pour ne plus le quitter.

En quelques années de vie politique, Obama a démontré qu’il alliait une maîtrise impeccable des dossiers et une force de travail impressionnante à un charisme qui a annihilé les réflexes racistes et des dons oratoires adaptés aux sphères de la communication tous azimuts.

Les quadratures du cercle


Toutes ces qualités seront mises à rude épreuve d’emblée. Le nouveau président est porteur de tant d’espoirs aux Etats-Unis et dans le monde qu’il ne peut que décevoir.

Barack Obama devra, en effet, résoudre de multiples quadratures du cercle :

- poser les bases de nouveaux rapports entre l’économie et la finance, en évitant de surcharger d’impôts les classes moyennes qui l’ont élu, mais tout en dotant les Etatsuniens défavorisés – et ils sont fort nombreux – d’une assurance-maladie digne de ce nom ;
- d’une manière plus générale, lutter contre la pauvreté alors que les Etats-Unis traversent l’une de leurs pires crises économiques ;
- prévoir un plan de départ de l’Irak qui satisfasse à la fois le désir des familles de revoir leurs « boys » et l’obligation de ne pas laisser un important pays producteur de pétrole sombrer dans la guerre civile, ni tomber dans les mains de l’Iran ;
- se désembourber de l’Afghanistan sans l’offrir aux Talibans et autres fous de Dieu.

La galaxie de la connivence entre le sabre et le coffre-fort

Le nouveau président devra également compter sur un adversaire de taille et qui guettera le moindre de ses faux pas pour le réduire à sa merci : l’ensemble de réseaux le plus puissant des Etats-Unis que l’on nomme « complexe militaro-industriel ». Cette vaste galaxie de la connivence associe les plus hauts cadres des forces armées avec les dirigeants des industries de guerre. A l’époque du clan Bush-Cheney, le complexe militaro-industriel a vécu les plus belles heures de son histoire. Le budget militaire étatsunien atteint pour l’année fiscale 2009, 612 milliards de dollars, soit presque le montant du plan Paulson d’aide exceptionnelle aux banques sinistrées ! Depuis le scouatte de la Maison-Blanche en 2001 par le clan Bush-Cheney, ce budget a augmenté de 74%.

Nul doute que les industriels de la guerre et les Etats-Majors vont tout mettre en œuvre pour que la fête continue. Et peu importe la crise financière ! Et peu importe la récession économique ! Et peu importe les miséreux ! Ces gens-là ont le Christ dans la bouche à chaque discours et le crucifient à chaque contrat. Face à Obama, ils défendront donc leurs intérêts sans l’ombre d’un scrupule. Tous les coups tordus seront permis

Discours prémonitoire.

Cette galaxie de la connivence entre le sabre et le coffre-fort a été dénoncée par l’ancien commandant en chef des forces alliées et 34e président des Etats-Unis, le général Dwight Eisenhower. Il est temps de se rappeler son discours prononcé le 17 janvier 1961 - alors qu’il allait céder la Maison-Blanche à Kennedy - pour mesurer l’exactitude de sa vision :

Nous devons nous prémunir contre l’influence illégitime que le complexe militaro-industriel tente d’acquérir, ouvertement ou de manière cachée. La possibilité existe, et elle persistera, que cette influence connaisse un accroissement injustifié, dans des proportions désastreuses et échappant au contrôle des citoyens. Nous ne devons jamais permettre au poids de cette conjonction d’intérêts de mettre en danger nos libertés ou nos méthodes démocratiques.

Aujourd’hui, le complexe militaro-industriel n’a fait que croître en influence et en puissance comme le redoutait Eisenhower. God bless you, ObamaMèreHawaii.jpgpresident Obama. Vous en aurez bien besoin…

 

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(Le petit Barack tenu par sa mère à Hawaï)

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Commentaires

Obama aux USA, Rochat aux Genevois!

Écrit par : Lumen | 05/11/2008

"Enfin, nous pouvons aimer les Etats-Unis !"

Avant de pavoiser à 100 %, il faudrait être bien sûr que l'élu remplissait toutes les conditions prévues par la loi.

Au point où on en est, il peut encore s'avérer que le néo-Messie est un tricheur, un falsificateur, un menteur, un escroc (à hauteur de 600 millions de dollars, excusez du peu), un inconscient et un c... ("Les c..., ça osent tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît" - Michel Audiard).

Écrit par : Scipion | 05/11/2008

"On la savait capable du pire – Abou Ghraib, Guantánamo, la torture officialisée, le Patriot Act."

C'est à l'ouvrage qu'on juge l'ouvrier.
J'attendrai donc pour voir :
1) en Irak, US go home;
2) la fermeture de Guantanamo;
3) la fin des transports de prisonniers incognito à travers l'Europe;
4) la révocation du Patriot Act.

Et le retrait d'Afghanistan... car leur présence là-bas ce n'est pas aussi le pire peut-être?
Comment Obama veut retirer les troupes d'Irak pour les envoyer en Afghanistan. Plus ça change, plus c'est la même chose.

Écrit par : Johann | 05/11/2008

Votre analyse synthétique me permet d'espérer qu'il y ait un avenir au journalisme. God bless You, vous en avez besoin, tout comme moi.

Écrit par : civitas | 05/11/2008

"Votre analyse synthétique me permet d'espérer qu'il y ait un avenir au journalisme."

Vous savez, civitas, il y a une époque où j'étais comme vous.

Pour moi, comme pour vous, un bon journaliste était celui qui pensait ce que je pensais et qui publiait ce que j'aurais publié...

Quand j'ai pris conscience de ça, j'en suis revenu... :o)

Écrit par : Scipion | 05/11/2008

quand le président Obama aura remplacer l'icône fabriqué par les européens,se sera la soupe à la grimace.

D.J

Écrit par : D.J | 05/11/2008

"quand le président Obama aura remplacer l'icône fabriqué par les européens,se sera la soupe à la grimace."

Surtout s'il se met en tête de prouver au monde qu'il n'est pas la chose molle qu'on croit, en allant taquiner les Iraniens :o)

Écrit par : Scipion | 05/11/2008

>Votre analyse synthétique me permet d'espérer qu'il y ait un avenir au
>journalisme. God bless You, vous en avez besoin, tout comme moi.

Ah bon?

Il dresse une liste des "quadratures du cercle" qu'il aura à affronter et pas un mot sur la crise écologique dramatique qui dévore notre planète et dont les USA sont (par leur mode de vie, leur économie prédatrice et l'exportation de leur modèle insoutenable) LARGEMENT les plus responsables!?

Aucun doute, Jean-Noël Cuénod est un très bon journaliste... du XXème siècle!

Écrit par : Sandro Minimo | 06/11/2008

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