26/10/2008

DSK et son aventure davosienne, une faute professionnelle

Cette version a été actualisée dimanche matin 26 octobre en fonction de la décision du Conseil d'administration du Fonds monétaire international. Le paragraphe modifié est rédigé en italique.


DSK1.jpg

«C’est une affaire privée». C’est ainsi que les responsables politiques français, de droite et de gauche – à l’exception notable de la madone rose Ségolène Royal – qualifie l’aventure que le patron du FMI Dominique Strauss-Kahn a entretenue lors du Forum de Davos en décembre 2007 avec l’une de ses subordonnées. Une enquête est en cours pour déterminer si la jeune femme est partie de son plein gré du FMI, si elle a bénéficié d’indemnités de départ normales ou anormalement inférieures ou supérieures à la pratique habituelle.

 


En d’autres termes, la classe politique d’outre-Jura clame: «Circulez, citoyens, il n’y a rien à voir. C’est encore une affaire gonflée par les Américains, ces indécrottables puritains coincés de la braguette.» Attitude sotte mais logique: les socialistes défendent l’un des leurs et la droite ne peut déjuger son président Sarkozy qui a fait nommer DSK à la tête du Fonds Monétaire International.

Certes, l’hystérie sexophobe qui sévit aux Etats-Unis à de quoi révulser les Européens. Toutefois, elle demeure un fait dont il faut bien tenir compte lorsqu’on vit dans ce pays. On peut vitupérer la pluie anglaise, mais cela n’empêche personne de prendre un parapluie avant de traverser la Manche.

Dominique Strauss-Kahn porte sur ses larges épaules de lourdes responsabilités. Avec la crise, le FMI pourrait tenir le rôle de régulateur de la finance internationale que veut lui confier Nicolas Sarkozy, président de la France et, pour deux mois encore, de l’Union Européenne. C’est une occasion unique pour les Européens de se replacer en bonne posture dans la redistribution des cartes géopolitiques que le tsunami financier va provoquer. Car l’arrogance de la monopuissance américaine n’est désormais plus mise.
De plus, DSK est l’unique leader présidentiable qui tienne la route au Parti socialiste. Le seul qui comprenne quelque chose à l’économie mondiale. Et l’un des rares à parler couramment anglais, allemand et espagnol.
 De telles responsabilités induisent celui qui a les capacités et la volonté de les remplir à adapter son comportement en conséquence

Dès lors, si nous n’avons aucune leçon d’éthique à donner à DSK sur son escapade amoureuse, en revanche, il est légitime de se montrer sévère quant à sa légèreté, compte tenu des espérances et des charges dont il est le porteur. Ce n’est pas une faute morale qu’il a commise, mais une faute professionnelle. Et, sous cet angle, son aventure nous regarde, car nous pouvons en subir les conséquences.

DSK est d’autant moins excusable qu’il fait preuve d’une intelligence exceptionnelle et d’un savoir inépuisable. Comment aurait-il pu ignorer la propension des Américains à balancer des peaux de banane à un Européen – Français et socialiste de surcroît – qui occupe une fonction telle que la sienne? D’autant plus, que le FMI siège à Washington, lieu où nichent les plus rapaces des espions américains. En se jetant dans les bras de la belle, il s’est plongé dans la gueule du loup.

 


 A la suite d’une enquête réalisée par un consultant extérieur, le cabinet juridique américain Morgan, Lewis & Bockius, le conseil d’administration du FMI a finalement innocenté Dominique Strauss-Kahn tout en stigmatisant des actes "regrettables et reflétant une sérieuse erreur de jugement". Mais il n’y a eu ni harcèlement, ni favoritisme, ni "éléments permettant d'établir un manquement incompatible avec les fonctions de M. Strauss-Kahn à la tête du FMI". En d'autres termes, DSK reçoit un carton jaune et non un carton rouge. Et le voilà donc blanchi mais fragilisé au pire moment.

FMI n’est pas que le sigle du Fonds Monétaire International. On doit aussi l’interpréter ainsi:
Fornication Manifeste Interdite.


Jean-Noël Cuénod

09:20 | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook | | |

Commentaires

Vu la propension des Polonais et autres ressortissants de l'Est à se prostituer pour les macs américains, cela sent le coup fourré de très loin. Ce n'est pas Victor D qui dira le contraire...

Écrit par : Géo | 24/10/2008

Le FMI n’a plus grand-chose à faire depuis que les États débiteurs ont remboursé la majeure partie de leur dette. Mais le FMI pourrait acquérir, avec la crise actuelle, une nouvelle importance liée à une nouvelle mission : celle de réguler le capitalisme mondial, régulation à laquelle, tout soudain, rêvent la plupart des états libéraux qui se sont fait piéger par les banques.

Or, si c’est dans cette direction que l’on va, le contrôle du FMI devient, pour les vingt ans à venir, un enjeu majeur, tant pour les États-Unis que pour l’Europe et même pour la Russie. L’affaire DSK tombe à point : tout le monde, dans le fond, se moque de la morale parce que tout le monde met des proches aux postes intéressants, depuis toujours ; mais s’abriter derrière ce paravent pour jouer sur la tête du FMI est intéressant à plus d’un titre.

Écrit par : Jean Romain | 24/10/2008

Oui, enfin, les Américains, les Français et même tout le monde sont d'accord pour dire que les postes publics ne sont pas offerts par le contibuable pour le profit de ceux qui en sont titulaires. Les Français ont simplement le sentiment crédule que les chefs sont et doivent être de grands séducteurs, que cela prouve leur efficacité. Comme, en Amérique, on admire les gens qui gagnent de l'argent. Du coup, on n'excuse pas les mêmes choses ici ou là, mais les principes fondamentaux restent les mêmes. Le plus comique est qu'on entend des socialistes dire que Strauss-Kahn étant français, il n'avait pas à se soumettre au moeurs américaines. Imaginez qu'on dise cela d'un polygame africain vivant et travaillant en France.

Écrit par : R.Mogenet | 24/10/2008

... Et "Dominique nique,nique... " va-t-elle redevenir une chamson à la mode ? Même si elle ne devait pas redonner le Sourire à Sir DSK !

Écrit par : Père Siffleur | 24/10/2008

DSK est d'autant plus impardonnable, sur ce coup (!), que son prédécesseur Wolfowitz avait été destitué précisément pour avoir favorisé sa maîtresse et employée. Les Européens et la France ayant cette fois là aidé à savonner la planche, pour s'offrir le scalp d'un des principaux responsables de l'intervention US en Irak.
Si DSK savait contrôler davantage ses pulsions, il aurait pu se méfier...

Écrit par : Philippe Souaille | 24/10/2008

Quelque soit l’analyse, c’est vraiment, dans tous les sens du terme, une histoire de con. Mais ainsi va le monde et la morale. On n’a, depuis la nuit des temps, rien trouvé de plus coercitif. Mais sans les croyances des peuples, ces agissements ne prouveraient que la bonne santé physique et psychologique des transgresseurs. Donc généralement ces derniers méritent notre entière confiance. Amen.

Écrit par : Berney | 25/10/2008

Comment ne pas être choqué face à la légèreté et la frivolité de ce personnage aussi brillant soit il. D'autant que ses amis - et même Sarko - connaissant son addiction aux femmes l'avaient mis en garde. Archi friqué, vivant dans un luxe ostentatoire avec sa très riche épouse, ayant dû donner sa démission alors qu'il était ministre des finances du gouvernement Jospin, et pratiquant du harcèlement sexuel à répétition, DSK qui se prétend socialiste (quels rires) ne mérite pas d'être ni à la tête du FMI et encore moins président de la république française. Il n'est pas le seul à avoir des compétences en matière économique. D'ailleurs si c'était vraiment le cas, il ne serait pas à l'origine des 35 heures.

Écrit par : Sumi | 25/10/2008

Le principe de la séparation de la vie publique et de la sphère privée ne tient dans le cas de DSK (comme d'ailleurs d'autres cas d'hommes politiques).

C'est bien dans sa fonction de dirigeant qu'il a connu this affair! Il fait partie des gens qui croient que le pouvoir rend puissant, beau; il en a abusé grâce à sa fonction comme si sa libido avait droit à s'exprimer dans toute son ampleur "puisqu'il est le directeur général"

Même si l'enquête est en train d'être biaisée, en sa faveur, l'opinion publique doit avoir à l'esprit qu'il s'agit bien d'abus de pouvoir : profiter de sa position pour attirer l'autre, puis lui faire comprendre implicitement que si ça ne se passe pas, l'autre risque de perdre sa place, et enfin la balancer avec un codov pour qu'elle se taise... Voilà la vérité, qui ne sera jamais prouvée.

Avec si peu d'éthique, un tel homme devrait le payer de sa carrière car il ne s'agit en rien de sa vie personnelle. Dépassons ces sornettes!

Écrit par : Micheline Pace | 26/10/2008

Comment pourrait-il être désavoué par ses pairs qui pratiquent de la même manière. De qui se moque-t'on?

Écrit par : CHAUSSIVERT | 26/10/2008

Je partage pleinement l'analyse de Jean-Noël Cuénod concernant ce qu'il faut bien appeler la faute professionnelle de DSK.

En effet, je ne peux comprendre qu'un homme brillant et cultivé comme lui, n'ait pu anticiper les réactions prévisibles de son comportement. Il me paraît en effet indispensable que les personnes placées à des postes stratégiques d'organisations internationales telles que le FMI, puissent ressentir la culture des pays d'accueil et s'y adapter.

Etant donné le poste que DSK occupe au FMI, la gaffe qu'il a commise relève donc bien de la faute professionnelle, car sur le plan moral, nous n'avons pas à en juger.

" En se jetant dans les bras de la belle, il s’est plongé dans la gueule du loup. " Oui, mais malgré son appartenance au PS, DSK n'est pas non plus un Petit Chaperon Rouge revêtu d'un bonnet phrygien, ni l'Agneau de la fable de La Fontaine d'ailleurs ...

Bien à vous !

Écrit par : Jean d'Hotaux | 28/10/2008

Les commentaires sont fermés.