17/10/2008

Marina Petrella, Carla Bruni-Sarkozy ou le fait de la princesse

Un aimable lecteur-blogueur m'a demandé de pondre un texte sur la décision du président Nicolas Sarkozy de ne pas extrader Marina Petrella, sur les instances de son épouse et de sa belle-soeur. Je me suis donc exécuté. Si j'ose dire. Le papier ci-dessous est paru jeudi dernier en rubrique "Perspective" dans la Tribune de Genève et "Réflexion" dans 24 Heures.


 

 (A gauche, Carla Bruni Sarkozy, à droite sa soeur Valeria)

soeursBruni.jpg 

C’est par humanité que le président Nicolas Sarkozy a décidé de ne pas extrader l’ancienne terroriste italienne Marina Petrella. Alors même qu’il avait confirmé, le 8 juillet dernier, un décret ordonnant sa remise aux autorités transalpines, afin qu’elle purge sa condamnation à perpétuité pour sa complicité dans le meurtre en 1981 d’un commissaire de police romain.

L’état de santé de Marina Petrella s’étant dégradé notablement, le président français a donc décidé que la justice italienne ne devait pas passer. On appelle ça, le fait du prince. Ou plutôt de la princesse.

 

 

Pas de rupture avec la monarchie élective

 

 

En effet, les amis de Marina Petrella ont pu compter sur les efforts d’un groupe de pression peu nombreux mais très haut placé: Valeria Bruni-Tedeschi et sa sœur Carla Bruni-Sarkozy, Première Dame de France. Et pour que les choses soient bien claires, la femme du président s’est rendue en personne à l’hôpital Sainte-Anne de Paris pour annoncer la bonne nouvelle à Marina Petrella, quatre jours avant sa diffusion officielle. Décidément, la seule rupture que Sarkozy n’assume pas, c’est avec la monarchie élective à la Française!

 La décision de Sarkozy de renoncer à l’extradition est lourde de conséquences. Elle signifie qu’un chef d’Etat peut se substituer aux autorités légales d’un autre pays que le sien.

Certes, l’actuel gouvernement transalpin – par ses prises de position aux relents de racisme – n’est pas le plus présentable qui soit. Même Blocher serait considéré comme un modéré au sein de ce cabinet Berlusconi.

 

 

Et la cohérence européenne ?

 

 

Toutefois, les institutions italiennes demeurent incontestablement démocratiques. La séparation des pouvoirs y est d’ailleurs mieux assurée qu’en France, même si Berlusconi demande régulièrement à son parlement de changer les lois pénales susceptibles de le frapper.

De plus, Nicolas Sarkozy n’est pas que le président de la France, il l’est aussi de l’Union européenne jusqu’au 31 décembre 2008.

A ce titre, il est le garant de la cohérence européenne qui se révèle d’autant plus nécessaire en ces temps de récession tous azimuts. Bafouer la souveraineté d’un Etat cofondateur de l’UE n’est donc pas le meilleur moyen d’assurer cette unité.

Ou alors, si la décision de la justice italienne était à ce point contraire aux droits de l’homme, il fallait le signifier clairement en refusant de signer le décret d’extradition, il y a trois mois.

 

 Et les clandestins ?

 PetrellaInside.jpg

Cela dit, ce revirement de Nicolas Sarkozy a un côté sympathique. Il montre que le président n’est pas un monstre froid qui privilégie systématiquement la raison d’Etat sur les élans du cœur. On partage aussi le souci de Nicolas Sarkozy de ne prendre aucun risque avec la vie d’un être humain.

Mais alors que dire à ces milliers de travailleurs clandestins qui font vivre la restauration et le bâtiment dans les villes françaises?

Ils supportent la pauvreté et l’angoisse quotidienne d’être renvoyés dans leurs pays d’origine où les attendent la misère, la faim et la guerre. Eux aussi risquent leur vie s’ils sont réexpédiés dans l’enfer qu’ils ont quitté. Et pourtant, ils n’ont commis aucun crime et veulent juste survivre.

Pourront-ils compter sur la «Prima Donna» de France pour voler à leur secours?

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Commentaires

Après Micheline Calmy-Rey qui veut discuter avec Osama Ben Laden, voila le Sarkozy nouveau ... le temps des vendanges surement ...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 18/10/2008

"Cela dit, ce revirement de Nicolas Sarkozy a un côté sympathique"...

Vous passez opportunément sou silence qu'il y a quelque chose de bien moins "sympathique", le traitement réservé par les autorités françaises aux ex-terroristes d'Action directe.

Sur quatre personnes emprisonnées à l'isolement et avec de la lumière 24 heures sur 24, deux sont mortes, une troisième a perdu la raison et le quatrième, Jean-Marc Rouillan, vient d'être remis en prison après avoir purgé 20 ans... Il est vrai qu'il n'a sans doute pas d'amis ou d'amies dans le show business.

Écrit par : cndavid53 | 18/10/2008

Clientélisme, ingérence dans les affaires d'un autres pays, élististe, favoristisme, sélection... voilà les nouvelles valeurs de la nouvelle gouvernance à la française mai qui prévaut partout ailleurs.

Écrit par : sirène | 18/10/2008

Clientélisme, ingérence dans les affaires d'un autres pays, élitiste, favoritisme, sélection...

Ce sont des valeurs ancestrales des gouvernements français. Dans ce domaines elle n’a rien à envier aux pratiques de certains pays d’Amérique du Sud qui ont accueillit les dignitaires nazis après la chute du 3ème Reich.

Les divers gouvernements français motivent cette protection. Sauvegarder les intérêts supérieurs de la nation.

La France a et protège toutes sortes de personnes. Des persécutes honorables ou pas, des tyrans, des de criminels sanguinaires et autres terroristes.

Par exemple :
• Pendent des décennies la France a protégé les personnes impliquée dans des assassinats et attentats à la bombe en Espagne (cause Basque).
• Les terroristes italiens des années de plomb. François Mitterand, en 1985, a promis l’asile aux activistes italiens ayant renoncé à la violence. Selon des sources bien informées, entre 200 à 300 activistes auteurs de plusieurs dizaines d’assassinats ont obtenu cette protection.
• Deux des suspects de l'assassinat de l'opposant iranien Kazem Radjavi à Coppet
• Ayatollah Khomeiny
• Jean-Claude Duvalier, dit Baby Doc ou Bébé Doc

France est le pays qui protège les droits des bureaux, pas celui des victimes et des familles des victimes.

Écrit par : cali | 18/10/2008

Sincères remerciements pour avoir donné suite à ma demande. De plus, votre analyse me convient parfaitement. Bien à vous.

Écrit par : Paul Marbach | 18/10/2008

quand le roi de france Louis XIV qui venait de perdre sin jeune fils demanda à la convention 24H de suspension pour "faire son deuil"(ce qui dans un état alors aussi catholique que conventionnel avait un sens tres précis)cela le lui fut refusé...de la même maniére son dernier fils peut être considéré comme le premier enfant martyr d'état de la république! par ailleur c'est le pape qui en refusant un changement de statut pour le clergé français qui précipita finalement la fyute à varenne(qui arrangeait bien les extrémistes)Tout le monde était las de la monarchie autoritaire mais désargenté,et n'ayant pas lms mêmes régles poids et meusres pour tous,ce que le monarque ne compris pas.
Nous revoila sous la Ve aux plusieurs poids et diverses mesures différentes pour une même situation.A quand la "révélation" de la monarchie "à la française"?ou à quand la VE république?

Écrit par : guy pradet | 20/10/2008

Si le fait du Prince ou de la Princesse peut une fois servir pour un "acte humain", il n'y a pas de mal. N'est-ce pas? Pour une fois qu'on utilise le pouvoir pour faire autre chose que d'emmerder le monde ou tuer, il n'a quand même pas matière à s'en plaindre!

Je suis d'accord avec l'analyse qu'en fait M. Cuénod. Pourquoi toujours réagir sous l'emprise du ressentiment?

Sur le sujet des soeurs Bruni, je me suis exprimée la semaine passée:

http://civitas.blog.tdg.ch/archive/2008/10/14/bel-exemple-de-politique-participative-valeria-bruni-tedesch.html

Écrit par : Micheline Pace | 21/10/2008

Pour l'instant faisons quelque chose d'utile et de concret soutenons et signons l'initiative en faveur de Roberto SAVIANO auteur de "GOMORRA"

www.repubblica.it/speciale/2008/appelli/saviano/index.html


Merci à tous !

Écrit par : Café | 22/10/2008

L'affaire est urgentissime. Vous avez raison Café de faire circuler cette pétition. Le clan des Casalesi veut absolument tuer l'écrivain Saviano et ses gardes ... avant Noël! C'est un membre repenti, e-mafieux qui l'a annoncé, en plus de toutes les autres preuves cumulées depuis l'été 2006.

Le film tiré de son roman "GOMORRA" est choisi pour représenter l'Italie aux Oscars; espérons que cette goutte d'eau face déborder le vase dans le bon sens.

Écrit par : Micheline Pace | 22/10/2008

Je parlais de ce sujet à un ami hier, je vais lui envoyé cet article pour qu'il puisse lui aussi le lire.

Écrit par : rideaux pas cher | 20/04/2011

Merci de poster cette info. Je veux juste vous faire savoir que je viens de découvrir votre site et je trouve cela très intéressant et instructif. Je ne peux pas attendre de lire beaucoup de vos messages.

Écrit par : Payday Loans | 02/06/2011

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