31/07/2008

Le Plouc en cure de foie gras au Périgord

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Le Plouc quitte Paris pendant un mois. Sur prescription de ses facultés, il va suivre une cure intense de foie gras, magret aux cèpes, cabécou et pomerol au paradis, c’est-à-dire au Périgord Vert (Saint-Emilion, priez pour nous!). Dès lors, son blogue se met au régime estival. Cela dit, le Plouc se sortira quelques fois de sa flemme pour faire son petit beuze sur la Toile.

A tous, bonnes vacances. Et merci de votre fidélité.

Jean-Noël Cuénod

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27/07/2008

La mémoire à l’envers du Tour de France

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Qui a donc gagné le Tour de France 2008? Attendez un peu, c’est un type qui porte un patronyme cosmoplanétaire… Sastre. Voiiiilà: Carlos Sastre. Et le vainqueur du Tour 2007? Euh… sais plus! Au secours Wikipédia! C’était Alberto Contador. Merci Wikipédia. Et le vainqueur 2006? Hum… Hum… Ouhou Wikipédia, viens par là… C’était Floyd Landis, l’Américain. Enfin, non. Quatorze mois après, il a été dépossédé de son titre pour de stupéfiants motifs. Et après? Pfff, j’ai la mémoire qui flanche. Tout se brouille dans la brume des années Lance Armstrong et Miguel Indurain.

Voyons, voyons, le gâtisme m’aurait-il mordu de ses dents jaunes? Allons, le vainqueur du Tour de France 1949? Alors là, point besoin de Wikipédia, ni de dictionnaire, ni de palmarès. La réponse fuse: Fausto Coppi. Et l’année suivante? Fastoche: notre Ferdi Kubler national, l’Aigle d’Adliswil. Et 1951? Laissez-moi rire: notre Hugo Koblet re-national, le Pédaleur de charme (photo à gauche). 1956? Roger Walkowiak. Ce sera sa seule victoire importante de toute sa carrière.

Allez plus difficile maintenant. 1960? Gastone Nencini. Sans sa terrible chute, Roger Rivière l’aurait emporté. 1957? Première victoire de Jacques Anquetil; les autres suivront: 1961, 1962, 1963,1964.
Plus loin dans le temps maintenant. Premier vainqueur du Tour? Maurice Garin en 1903. 1909? Première victoire d’un étranger; le Luxembourgeois François Faber (photo à droite). Six ans plus tard, il s’engage dans la Légion étrangère pour participer à la Première Guerre mondiale. Faber meurt atteint par une balle alors qu’il transportait un camarade blessé. Le matin même, l’ancien champion avait appris la naissance de sa fille.faber_03tdf.jpg

Le Tour de France produit de curieux effets sur la mémoire. On se rappelle bien le nom des anciens vainqueurs, mais on déchiffre plus difficilement l’identité des champions les plus récents. Pourquoi? A cause des affaires de dopage? Non. En 1965 déjà, Jacques Anquetil lançait publiquement: «Vous croyez qu’on peut enchaîner un Critérium du Dauphiné Libéré et un Bordeaux -Paris en buvant de l’eau claire?». Et Coppi lui-même avouait recourir à la pharmacie. Le dopage est aussi vieux que le Tour. Une différence peut-être. Jadis, les produits-miracles ne permettaient pas à un tocard de gagner. Aujourd’hui, avec les progrès de la biochimie, le doute s’installe. Toutefois, la pharmacopée n’est pas la piste à suivre pour comprendre les causes de cette mémoire à l’envers.

Hasardons cette hypothèse: et si le Tour souffrait d’une absence d’écrivains? Jadis Antoine Blondin, Albert Londres, Curzio Malaparte, Luis Nucera ont fait chanter l’asphalte dans le sillage des champions. Alfred Jarry osait même établir une comparaison entre la Passion du Christ et une course de côte! Aujourd’hui, alors que résonnent et déraisonnent les médias audiovisuels, c’est silence-radio du côté des auteurs littéraires. Pour faire sentir l’odeur de la sueur et de l’embrocation, le poids de l’effort dans le Tourmalet, la peur au ventre en dévalant l’Aubisque, il faut autre chose que des micros et des caméras. Seule l’écriture peut rendre au vélo sa noblesse perdue.

Le dopage existera toujours sous une forme ou une autre. Et notre société mondialisée qui met en avant la compétitivité à tout prix et l’efficacité par tous les moyens est bien mal placée pour donner des leçons aux cyclistes. C’est elle qui fabrique des dopés.


Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

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25/07/2008

Les vaines caresses à Kadhafi

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«On vous a donné le choix entre le déshonneur et la guerre; vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre». Toutes proportions gardées, cette admonestation de Churchill à Chamberlain - qui venait de signer les accords de Munich en septembre 1938 - demeure actuelle.
Les pays occidentaux, l’Amérique de Bush en tête, ont caressé le dictateur Mouammar Kadhafi dans le sens des frisettes: la Suisse lui a ouvert ses banques, ses cliniques et l’Italie vient de signer un important accord avec lui. Quant à la France, on se rappelle l’invraisemblable séjour du tyran à Paris, avec tente de bédouin incorporée et humiliation du président Sarkozy.
Résultat de toutes ces papouilles diplomatiques: le fils du potentat et sa femme maltraitent leurs deux serviteurs à Genève; notre justice intervient – c’est la moindre des choses; et la Libye suspend ses livraisons de pétrole à la Suisse, nous refait le coup des infirmières bulgares en prenant deux de nos compatriotes en otages dans ses geôles.

Pour illustrer la mentalité moyenâgeuse du clan Kadhafi, voici ce que relève le quotidien algérien «El Watan»: Hannibal Kadhafi et sa sœur Aïcha Kadhafi, avocate, reprochent à la justice helvétique de donner trop d’importance à des témoignages de plaignants qui sont d’une catégorie sociale inférieure. Pour le dictateur libyen, les esclaves doivent rester à leur place. Non mais! Qu’est-ce que c’est que ce pays où la parole d’un domestique vaut celle de Mon Fils?
On ne change pas les tyrans. Et si on les prend à les considérer comme des interlocuteurs normaux, voilà ce qui arrive. Il est parfois indispensable d’entamer un dialogue avec eux mais sans leur laisser trop de prises. A la table du diable, il faut manger avec une longue cuillère.


Désormais, la Suisse doit faire preuve de fermeté dans cette affaire. Nous avons besoin de la Libye, mais ce pays a encore plus besoin de nos technologies. La moindre marque de faiblesse, de lâcheté ne fera qu’encourager Kadhafi qui a montré, dans le passé, qu’il savait se tenir tranquille lorsqu’on haussait le ton.
Après les caresses, le temps du coup de pied au derrière est revenu. Après tout, c’est aussi un argument diplomatique.

 

Jean-Noël Cuénod

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17/07/2008

Le Red Bull monte à la tête de Roselyne Bachelot: exemple d’impuissance étatique

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Voulez-vous comprendre comment fonctionne la société mondialisée? L’épisode que vient de connaître le gouvernement français à propos du Red Bull vous édifiera.

 

 

Pour ceux qui n’ingurgitent pas ce genre de chose, signalons que le Red Bull est une boisson sans alcool mais avec taurine, un dérivé d’acide aminé. Et même animé, puisqu’associée à la caféine, elle redonnerait de l’énergie aux teufeurs surmenés. On disait, jadis, «fêtards épuisés».

Comme son nom ne l’indique pas forcément, le Red Bull est un produit autrichien vendu un peu partout dans le monde. Le groupe éponyme est devenu le numéro un des boissons énergisantes ; il a engrangé l’an passé un chiffre d’affaires de plus de trois milliards d’euros.

 

 

Mais un pays résiste encore et toujours à son écoulement dans les gosiers: la France. La taurine fait voir rouge à la ministre de la Santé, la pétulante Roselyne Bachelot qui n’a nul besoin de boissons énergisantes pour monter au filet. Elle a donc interdit le Red Bull avec taurine en s’appuyant sur l’avis de médecins. Pour la France, le groupe autrichien a concocté un ersatz avec de l’arginine. Mais il paraît que tout le charme torride du breuvage réside dans cette taurine vachement super.

Le groupe attaque donc l’Etat français devant le Tribunal administratif de Paris pour annuler cette interdiction et lui réclame 300 millions d’euros au titre des indemnités. En ces temps de restrictions budgétaires, la somme est loin d’être négligeable. Dès lors, à la grande fureur de sa collègue Bachelot, la ministre de l’Economie Christine Lagarde décide d’autoriser la mise sur le marché du «Red Bull» avec sa taurine d’origine. Finalement, la ministre de la Santé baisse pavillon tout en invitant publiquement les parents à boycotter l’énervante boisson. Aussitôt, le groupe autrichien retire sa procédure devant le tribunal.

 

 

Conclusion: même dans un domaine aussi limité que la distribution alimentaire, les Etats ont perdu leur souveraineté. Pour l’instant, la classe politique, tous pays confondus, préfère continuer à exercer un pouvoir de plus en plus illusoire, sans se poser cette question désormais fondamentale: quelles structures adopter pour protéger le consommateur et le salarié dans un monde sans frontière?

 

 

 

 

 

 

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

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12/07/2008

De la bourka en France et des effets pervers

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Marocaine et établie en France depuis 2000, Faïza parle notre langue à la perfection. Son mari, musulman, dispose du précieux passeport de la République et de l’Union Européenne, de même que leurs trois enfants nés dans l’Hexagone. Elle a donc demandé sa naturalisation française. En vain. La plus haute juridiction administrative du voisin de l’Ouest, le Conseil d’Etat – l’équivalent de notre Tribunal Fédéral Administratif - vient de confirmer ce refus, annonce Le Monde du 11 juillet. Pourquoi?

Pour la première fois, les juges du Conseil d’Etat justifié ce rejet par l’intensité de la pratique religieuse du candidat à la naturalisation. Parmi leurs arguments, Faïza porte la bourka, du moins ce vêtement qui fait ressembler les femmes à des sacs de patates – une offense au Créateur de la beauté féminine! – avec un foulard qui emprisonne la tête et un voile qui masque tout le visage, ne laissant qu’une mince fente pour les yeux. Sans contredire les magistrats du Conseil d’Etat, il ne s’agit pas, en l’occurrence, de la bourka afghane qui incarcère la femme, ne laissant qu’un fin grillage au niveau des yeux. Enfin, n’épiloguons pas, notre compétence en matière de mode islamique étant fort limitée. Il s’agit de toute façon d’un vêtement destiné à soumettre la femme à son tyran domestique.

Ce choix vestimentaire de Faïza, par qui a-t-il été imposé? Aux autorités de naturalisation, la jeune femme a expliqué qu’au Maroc, elle ne sortait pas voilée. A son arrivée en France, son mari lui a demandé de mettre sa prison textile sans qu’elle cherche à discuter. Note du Commissaire du gouvernement – qui, très grosso modo, sert de procureur au Conseil d’Etat: «D’après ses propres déclarations, elle mène une vie presque recluse et retranchée de la société française. Elle n’a aucune idée sur la laïcité ou le droit de vote. Elle vit dans la soumission totale aux hommes de sa famille et semble trouver cela normal. L’idée même de contester cette soumission ne l’effleure pas.»

Conclusion: Faïza n’adhérant pas aux valeurs d’égalité et de liberté de la République, sa naturalisation lui est refusée.

Décision logique. Pour demander la nationalité d’un pays, il faut au moins en partager les valeurs les plus consensuelles. Un malaise pourtant. Son mari est un salafiste convaincu, c’est-à-dire un musulman intégriste qui veut revenir aux relations sociales du temps des compagnons de Mohammed. Or, lui est Français. La décision du Conseil d’Etat ne dit pas s’il a obtenu cette nationalité du fait de sa naissance dans l’Hexagone ou par naturalisation. Mais on peut se poser cette question: si Faïza s’était appelée, mettons, Rachid et qu’à la place de sa voyante bourka, elle arborait un discret collier de barbe, aurait-elle essuyé un tel refus?burka1.jpg

Par rapport à une musulmane de sa secte, un salafiste masculin est à même de mieux feindre l’intégration auprès des autorités de naturalisation. Lui au moins, n’est pas cloîtré dans son logis et peut vaquer comme bon lui semble dans la société de son pays d’adoption dont il connaît forcément mieux qu’elle les codes. Lorsqu’il s’adresse aux autorités, il sait ce qu’il faut dire et ce qu’il faut taire.

Dès lors, par sa décision tout à fait légitime, compréhensible et même salutaire par maints côtés, le Conseil d’Etat renforce encore plus l’inégalité entre les sexes. Mais toute autre sentence aurait été néfaste pour l’ensemble de la société, puisqu’elle aurait mis à néant les valeurs laïques de la République.

Morale: juger est l’art le plus malaisé qui soit. Et toute décision – comme tout refus de décider – entraîne des effets pervers. Reste à déterminer qui l’emporte des effets pervers ou des effets bénéfiques.

 

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

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06/07/2008

Ingrid Betancourt, première victime de l’hystérie médiatique


Aujourd’hui, vous ne verrez aucune image illustrant ce texte. Car, des photos, des portraits numérisés, des vidéos, des séquences télévisées répétitives d’Ingrid Betancourt embrassant ses enfants, vous en êtes gavés. «Il y a des matins où il faut commencer par tuer son cynisme au petit-déjeuner», déclare le chroniqueur Guy Birenbaum après la libération de l’ex-otage franco-colombienne. Dans le cas présent, il convient de remplacer le mot «cynisme» par celui de «raison». En d’autres termes, si l’on suit jusqu’à ses conséquences la phrase de Birenbaum, il convient de déposer son esprit critique pour se laisser emporter par les eaux douces et tièdes de l’émotivité collective.

Il faudrait être un monstre d’insensibilité pour ne pas être ému jusqu’à la moelle de son être par le bonheur d’une femme qui a vécu un calvaire de six longues années et retrouve l’inestimable félicité de serrer dans ses bras sa fille et son fils. Mais le passage en boucle de ces scènes familiales  - à laquelle la planète est conviée comme à un immense cinéma permanent -  donne la nausée.
Pourquoi cette hystérie médiatique? Et, soyons cyniques contrairement à l’injonction de Birenbaum, que cherche-t-on à nous vendre? Car lorsqu’on fait vibrer avec une telle intensité la corde sensible des foules sentimentales, c’est qu’on veut la guider vers telle ou telle voie, sans qu’elle en prenne conscience.
Le Plouc ne fait pas le malin. Il ignore les causes de cette averse sirupeuse. Peut-être ces chaînes qui nous enchaînent en nous enchantant ne cherchent-elles qu’à séduire l’audimat, gros pourvoyeur d’écrans publicitaires. Peut-être sont-elles manipulées pour des raisons encore inconnues.

En tout cas, elles font une victime: Ingrid Betancourt. Elle ne cesse de proclamer qu’il faut désormais s’intéresser aux autres otages. Mais son discours se noie dans l’inondation lacrymale.


Jean-Noël Cuénod

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01/07/2008

Nicolas Sarkozy et l’antimilitarisme de droite

Décidément, Nicolas Sarkozy n’aime pas l’armée. Après avoir amputé les forces françaises de 54 000 militaires, il n’a pas eu de mots assez durs sur la «Grande Muette» après la fusillade accidentelle survenue lors d’une journée porte ouverte à Carcassonne. Dix-sept personnes ont été blessées dimanche, dont quatre grièvement, par un sergent qui a tiré par erreur à balles réelles sur une foule de spectateurs. Voici un florilège des déclarations présidentielles:

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