25/06/2008

Entre Paris et Genève, comme un écran de fumée…

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Pendant quelques jours, Le Plouc replonge dans la République de Piogre, histoire de se refaire une petite santé. Parce que la Santé à Paris, c’est plutôt malsain, voyez-vous. Sauf pour se refaire une honnêteté comme le chante Brassens.
Et Piogre paraît embarquée dans l’une de ses polémiques fumeuses dont elle a le secret. Ainsi les ténors, barytons et piccolos du Barreau genevois sont montés au créneau pour défendre cette cause noble entre toutes: défendre le droit à la liberté d’enfumer son voisin, au libre accès à tous à la laryngite et aux cancers du poumon.

 


Le Plouc en bave des ronds de fumées: à Paris, l’interdiction de cloper dans les bistrots a été observée avec une discipline digne d’une compagnie de grenadiers bernois. Sans même exhaler ces râleries qui constituent pour le Parisien sa principale hygiène personnelle.
Il faut dire que les soucis genevois semblent bien menus en comparaison des préoccupations du Sarkoland: crise des banlieues, pouvoir d’achat morose… On n’imagine pas Robert Badinter prendre la défense de la clope opprimée ou un autre avocat d’importance comme Henri Leclerc, plaider en faveur du mégot écrasé. On a les polémiques qu’on peut n’est-ce pas?

D’ailleurs, la misère qui envahit les trottoirs parisiens paraît à Genève bien endiguée. Apparence… Une petite visite nocturne dans les parkings souterrains ou les recoins de Piogre démontre que notre ville sait habilement glisser sous ses beaux tapis, les cendres de sa pauvreté.


Jean-Noël Cuénod, correspondant provisoire à l’angle rues des Rois et Synagogue

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20/06/2008

Référendum: les nains ne manquent pas d’Eire

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«Malheur aux petits!». Cette devise revient à longueur de colonnes dans les éditoriaux signés par les grandes plumes des éminentes nations – la France principalement – de l’Union Européenne (UE). Cet extrait d’un papier de Jean Daniel, fondateur du «Nouvel Observateur», résume cette nanophobie qui échauffe les claviers d’ordinateur depuis que les Irlandais ont eu l’incommensurable culot de voter «non» au traité – plutôt maltraité et encore plus mal traité – de Lisbonne:

L’un des plus petits des Vingt-Sept (1% des 500 millions de citoyens de l’Union Européenne), celui qui a su le mieux profiter des avantages procurés par l’Europe, réussit à paralyser une institution qui n’a cessé, depuis qu’elle existe, de susciter l’admiration et la convoitise, de la part de ceux qui n’en font pas partie.

Passons sur «l’admiration» et sur la «convoitise» vis-à-vis de l’Union, deux sentiments qui ne paraissent pas faire vibrer les nains helvétiques. Et attardons-nous sur cette petitesse qui constitue une circonstance aggravante dans les attendus du verdict énoncé par ce vieil observateur.

En suivant cette logique, si ce «non» avait été infligé par un grand pays, il aurait été moins infamant, plus «normal», conforme à la célèbre réplique tricotée main par Michel Audiard dans "100 000 dollars au soleil": Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, ceux de 60 kilos les écoutent. Décidément, ces nains de Dublin ne manquent pas d’Eire!


Il y a donc une hiérarchie établie, non pas en vertu de la bonne gouvernance de chaque Etat – car, de ce point de vue, certains mammouths feraient plutôt musaraignes – mais en fonction de la taille de la population et la surface de son territoire. C’est, dans tout son éclat, le règne de la quantité, dénoncé dès les années 1920 par le philosophe René Guénon. A suivre cette logique, les sept millions d’Israéliens ne pèseraient donc rien face aux 120 millions d’Arabes qui forment leur voisinage!nain3.jpg

En lisant de tels propos méprisants à l’endroit des Irlandais, les Suisses – même ceux qui sont partisans d’une Europe unie - ne peuvent que se féliciter de n’avoir pas adhéré à l’Union. Ils en sortent convaincus que L’UE est utilisée par les anciennes puissances du continent pour tenter de faire revivre leur grandeur passée. Alors, dans un tel contexte, les «petits» Etats doivent suivre et la boucler, comme à l’époque du Premier Empire.
Songes creux: c’est Nicolas Sarkozy qui règne à Paris et non pas Napoléon Bonaparte. Et comparées à la Chine et à l’Inde, les deux impératrices du monde globalisé, l’Allemagne et la France sont aussi menues que la Suisse et les Pays-Bas.

 


Jean-Noël Cuénod

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15/06/2008

Le Plouc et les genoux de Ségolène Royal

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Pardon, Monsieur, ce sac sur le fauteuil, c’est le vôtre? La place est libre?
- Euh, bien sûr Madame, excusez-moi… Je vous prie faites donc…

Charmante la dame qui demande si gentiment au Plouc une place libre pour son assistante, ravissante elle aussi, au Palais des Congrès de La Villette à Paris où se tient la Convention du Parti socialiste. Elle lui serre même la main avec une cordialité étonnante. Tiens, la demanderesse ressemble à Ségolène Royal… Mais, mais, mais… c’est bien Ségolène Royal en chair et en soie! Impossible de se tromper: une nuée de porteurs de caméras se rue sur les genoux et les pieds du Plouc pour voler une image de l’ancienne (future?) candidate à la présidentielle, avec l’air frénétique et halluciné des pêcheurs amorçant une truite de belle mesure. Heureusement, comme une nuée de mouches inopportunes, ils sont chassés par les gros bras du PS: «J’avais dit pas de photos et laissez-moi tranquille!» lance, glaciale, la Royal camarade.

Mais que fait-elle dans cette travée réservée aux journalistes? A l’évidence, la gazelle du Poitou cherche à éviter le premier rang où sont parqués les «éléphants» socialistes dont le centre est occupé par son ancien compagnon François Hollande. A ses côtés, outre ma voisine directe, Jean-Louis Bianco tente de gérer ses longues jambes dans l’inconfortable fauteuil. Celui qui fut le secrétaire général de l’Elysée sous Mitterrand est manifestement le bras droit de la Madone rose. Ce qui n’est pas sans mérite de la part d’un homme de gauche.

Quelle chance pour Le Plouc! Vite, dénicher une question percutante à poser à cette star de la politique française. Et tout d’abord, de la tenue, Le Plouc. Décolle ton regard des jolis genoux de Ségolène. Il faut dire que sa jupe courte (parme avec impressions de grandes fleurs blanches) ne fait rien pour l’aider. Bon, alors cette question, ça vient? Oui? Alors vas-y, Le Plouc! Ah non, pas maintenant. Elle cause dans le creux de l’oreille de Jean-Louis Bianco qui prépare son intervention à la tribune. Et cause longtemps. Bianco a l’air de plus en plus absorbé. Et ces genoux… Ah, ces genoux… Le Plouc, ça suffit! Pose ta question. Ou trouves-en une autre, celle-ci est tarte. Jean-Louis Bianco déplie ses pattes de héron, tombe sur Le Plouc en butant sur un pied, s’excuse dans un grand sourire et file vers la tribune, commenter la Déclaration de principe du PS. Et la question? Ah la voilà… Impossible de la poser! Ségolène Royal prend des notes. La contribution de Jean-Louis Bianco est terminée, il regagne sa place, avec plus d’aisance qu’à l’aller. Soulagé, peut-être d’avoir achevé une corvée. 913095356.2.JPG

 

Tiens, ça remue du côté des «éléphants». Bertrand Delanoë entre en confidence avec François Hollande. Julien Dray se précipite vers eux pour ne pas en perdre une miette. En foot, on appelle ça: «marquage à la culotte». Bon, c’est vraiment le moment de lancer la question. Le Plouc se tourne vers la vedette. Enfer et damnation: Ségolène Royal s’est éclipsée avec toute sa smala. Le Plouc est un gros nul. Et ça, ce n’est pas un scoop.


Jean-Noël Cuénod

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13/06/2008

La grande œuvre comme toile de fond à mon petit Moi

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Pour se déplouquifier un tantinet, rien ne vaut une bonne cure de Louvre. Le Plouc a donc choisi une journée en semaine pour s’y consacrer, les samedimanches étant exclus. Trop de monde, trop de bruit, trop d’emmerdeurs.
Cela dit, du monde il y en avait ce jour-là. Et le reste aussi. Mais en quantité moindre. Il était quand même possible d’apercevoir « La Joconde » en se glissant dans la foule qui, traditionnellement, y est massée. Déception. Depuis qu’elle a subi quelques attentats au cours de sa longue histoire, l’œuvre est placée à distance très respectable du public. De plus, elle est protégée par une paroi de verre sur laquelle se reflètent les flashs. Car, Le Plouc était le seul – oui le seul, l’unique – à ne pas brandir son appareil photo et à fusiller la pauvre Mona Lisa sur son mur d’exécution. On se demande bien ce que donneront ces clichés d’une paroi de verre flashée. Pas très flashant, le résultat. Surtout avec un portable téléphonique qui fait tout, mais mal.

Désormais, on ne contemple plus un tableau. On le prend en photo, vite. Et on passe à un autre. Pas le temps de regarder. Juste celui de presser sur le bouton. Mais ça, ce n’est encore rien. Ces touristes ne profitent pas de l’œuvre mais au moins s’y intéressent-ils un bref moment. Il y a pire. Alors que Le Plouc rêvait devant «Le Calvaire» de Fra Angelico, une touriste japonaise lui demande de se pousser. Et pourquoi elle veut que je me pousse la petite dame? C’est pour qu’elle puisse poser au milieu du tableau pendant que son mari lui tire le portrait. Refus plouc du Plouc. Non mais!

Elle n’est pas la seule. Devant les toiles de grandes dimensions, c’est systématique. Le touriste – peu importe la provenance, le Touriste est une entité en soi – tourne le dos à l’œuvre (!) afin qu’un congénère, mâle ou femelle, le photographie. Puis le congénère photographieur prend sa place et se fait flasher à son tour. Le Plouc est resté longuement devant «Les Noces de Cana» de Véronèse, un tableau de six mètres sur dix environ, idéal pour servir de toile de fond. A chaque fois, les touristes procé33140383.jpgdaient ainsi, sans prêter attention à Véronèse. Ils ont donc parcouru 10 000 kilomètres pour contempler ce chef-d’œuvre de dos!

Décidément, Le Plouc ne comprend rien à l’époque: l’important n’est pas d’être enrichi par ces manifestations du génie humain, voyons! L’essentiel est de prouver aux copines et copains de là-bas qu’on est allé au Louvre et qu’on s’y est mis en scène (Le Plouc les mettrait bien en Seine, mais c’est assez mal vu par les policiers). Son petit Moi, voilà ce qui compte. Un petit Moi plein de frime et de creux. Un petit Moi qui efface la grande œuvre. Comme sur la photo.


Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

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08/06/2008

Economie d’énergie: la preuve par la boîte à œufs

938737189.jpgLes prix des carburants s’envolent, les Français se désolent, les commerçants s’affolent et Sarkozy babolle. Mais toute médaille terne à son revers brillant: cette averse inflationniste fait croître de nouveaux comportements. En voici la preuve par le truchement le plus quotidien qui soit: une boîte à œufs.

Ployant sous le faix des habitudes helvétiques, Le Plouc ne jetait jamais ses boîtes à œufs vides. Il les conservait jalousement à l’intention d’un couple merveilleux: Marie-Alice et notre Bonaventure cantonal, créateurs et animateurs de la Ferme Foraine qui éblouit les écoliers genevois depuis de longues et belles années. Une ferme dont Le Plouc a renoncé à dénombrer les ânes, les lamas, les moutons, les chèvres. Et les poules de toutes couleurs. Des poules qui pondent comme toutes poules qui se respectent. Pour assurer aux œufs de leurs gallinacées une bonne assise, Marie-Alice et Bonaventure avaient donc grand besoin de boîtes à œufs.

Installé à Paris, Le Plouc ne pouvait plus leur envoyer ces écrins avicoles, les échanges postaux entre la France et la Suisse relevant de la haute fantaisie. Il les a donc proposés à son crémier habituel. Qui a regardé ces choses cartonnées avec l’air stupéfait d’une poule contemplant une clé à mollette: «Et vous voulez qu’j’en fasse quoi de vos trucs?» C’est tout juste si ledit crémier ne l’a pas accusé de le prendre pour une poubelle. Le Plouc est alors reparti, chargé de boîtes à œufs et de récriminations crémiérophobes.

Trois mois plus tard, changement de crémier et de décors: «Euh, Monsieur, lorsque vous reviendrez prendre des œufs, s’il vous plaît, pensez 1954603887.jpgdonc à me remettre votre boîte vide». Et le crémier de confirmer sa volonté récupératrice: «On doit faire attention à tout, maintenant. Economiser les déplacements en camionnette. Epargner tout ce que l’on peut. Les boîtes à œufs, ça coûte vachement cher, vous savez.»

Lorsque la ministre de l’Economie Christine Lagarde avait enjoint les Français à remplacer leur auto par un vélo, l’Hexagone s’était gondolé. Ce qui est un exercice périlleux pour un Hexagone. Elle aurait dû penser à l’argument de la boîte avicole… Avec tous ces énarques «têtes d’œufs» qui l’entourent.


Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

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04/06/2008

Arrivée de Daniel Peressini dans la Corse éternelle

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Le temps, ce mardi après-midi 3 juin 2008, a fait preuve de tact. Il fut exécrable comme un souvenir de février survenu dans un cauchemar. L’éclat du soleil et la douceur de l’ombre sous les frondaisons du Père-Lachaise n’avaient pas leur place en ce jour endeuillé, à l’image de ces nouveaux riches qui mettent mal à l’aise une assemblée car ils en font toujours trop. Le ciel avait choisi d’accompagner Daniel Peressini, dans son départ vers l’autre rive, en se mettant à l’unisson de nos larmes.

 

 

 

 

 

A Paris, sans doute sommes-nous nombreux à posséder un village et une forêt en nous. Un village pour les premiers émois. Une forêt pour les premiers mystères. Ce village et cette forêt nous le disent chaque jour : « Tu peux bien t’agiter à la surface du globe. Aller ici. Courir là. Nous ne te lâcherons jamais. Tu nous portes. Nous te portons. Nous sommes tes parents. Nous sommes tes enfants. Un jour, tu reviendras. Tu nous reviendras. Et la vie recommencera sa musique. Sa musique qui ne s’arrête jamais.»

 

 

 

 

Pour Daniel, ce village et cette forêt vibraient en Corse. Il n’y était pas né. Mais ses racines familiales irriguaient de corsitude son corps de chêne. Les racines entravent-elles la marche de qui veut progresser dans son être ? Oh non ! Elles n’étouffent que les cœurs faibles qui se réfugient dans leurs origines comme sous les jupes de leur mère. Pour Daniel, ses racines lui ont ouvert le ciel et balisé le chemin vers les autres. C’est toute la différence entre le patriote et le nationaliste. L’un aime son pays. L’autre déteste ses voisins. Daniel aimait son pays et faisait la fête avec ses voisins. Il ne fallait toucher ni à l’un, ni aux autres. Sacré bonhomme, va !

Aujourd’hui, Daniel a retrouvé sa Corse Eternelle. Il y fait meilleur ciel. 1493892531.jpg

 

 

 

 

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

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