27/05/2008

La mort d'un frère et grand journaliste

Le Plouc est en deuil. Il a perdu son frère d'arme et d'âme, Daniel Peressini, qui est décédé mardi 27 mai dans l'après-midi à Paris. Jour de pluie. Jour de larmes. Le ciel a une sale gueule, ce soir. Brigitte et Ugo, combien je pense à vous...

Voici, en quelques traits trop hâtifs, un modeste aperçu de ce grand journaliste, producteur et réalisateur de TV.

 Daniel Peressini avait soixante ans. Jusqu'au bout, il a combattu, tant contre le mal qui le rongeait que pour un métier qu'il savait fragile. Que ce soit comme créateur d'un magazine - « J'accuse », qui dès le début des années 80 anticipera le journalisme d'investigation - ou en tant que fondateur de Saint Louis Productions, Daniel Peressini a toujours défendu cette ligne: rendre compte d'une réalité sous tous ses aspects et briser les préjugés qui empêchent de voir la vie telle qu'elle est.

Dans un univers médiatique où les girouettes ne cessent de donner le tournis, Daniel demeurait fidèle à son credo: la télévision doit servir l'intelligence. Avec lui, nous étions aux antipodes de la TV qui sert à vendre à Coca-Cola « du temps de cerveau humain disponible » selon la formule de l'ancien manitou de TF1, Le Lay.

Ses sphères d'intérêts avaient la variété de l'existence: la justice, la littérature, l'histoire et la politique, mais aussi le sport en général et le judo en particulier. Il pouvait aussi bien disserter sur une passe d'Albaladejo – le célèbre rugbyman français des années 60 - que sur une biographie du général Pasquale Paoli, le héros de l'indépendance corse.

 

La Corse, sa passion

 

La Corse était d'ailleurs sa grande passion. Bien que né dans la région parisienne, Daniel Peressini était resté fidèle aux racines insulaires de sa famille. Avec lucidité, comme en atteste ses deux documentaires qui ont contribué à mieux faire connaître l'âme corse aux « continentaux »: « Lîle sur le Feu » et « J'ai été un militant clandestin » (« l'Ile d'Argent » en 2002 au Festival du film insulaire de Groix en Bretagne) .

Dans le premier, il explique les origines du clan et de la vendetta et les situe dans leur contexte économique, politique et social, sans jamais tomber dans le didactisme pesant. Il révèle voir ce dessous des cartes qui nous est si soigneusement caché dès qu'il s'agit de l'Ile de Beauté.

Dans le second, cinq militants historiques des mouvements indépendantistes corses expliquent pourquoi et comment ils ont basculé dans l'action clandestine. Ni complaisance, ni aucune condamnation n'entachent ce documentaire. Peressini donne à comprendre, il ne plaide ni ne requiert.

Il appartient désormais à sa femme et plus proche collaboratrice – Brigitte Thévenot – de poursuivre cette démarche. Elle a d'ailleurs prouvé tout son talent de journaliste dans une série sur l'enfance coproduite par Saint Louis Productions et FR3 avec le pédiatre Aldo Naouri. Elle en avait tiré un livre, « Questions d'enfants » paru chez Odile Jacob. Récemment, elle a écrit un documentaire, consacré à l'Ecole Nationale de la Magistrature française après l'affaire d'Outreau. Il est également diffusé sur les chaînes publiques. Ce pari, pour une télévision qui réfléchit sans ennuyer, que Daniel Perissini avait lancé n'est donc pas perdu.

 

Jean-Noël Cuénod / Paris

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Commentaires

Un bon papier avec du coeur, qui m'apprend des choses intéressantes. Salut! Philippe Dubath

Écrit par : philippe.dubath | 28/05/2008

Merci,

merci de vous inscrire dans la continuité de l'esprit de mon père

raphaël Antoine PERESSINI

Écrit par : Raphael | 30/05/2008

Merci de cet hommage à Daniel, avec qui j'avais noué une amitié définitive quand nous étions confrères à Miroir Sprint. Homme de convictions, de liberté, de parole, de fidélité, de projets, de talent. Savoir qu'il était là nous aidait à croire encore au journalisme. Merci Daniel.

Écrit par : Jean-Louis GAZIGNAIRE | 06/06/2008

Merci.
www.corsicapolar.eu

Écrit par : Ugo Pandolfi | 08/06/2008

Bonjour,

je suis un journaliste italien de Florence, amoureux de la Corse.
Je voudrais entrer en contact avec raphaël Antoine Peressini, merci de m'aider à ce propos

Très amicalement

Alessandro Michelucci

Écrit par : Alessandro Michelucci | 23/09/2009

J"ai été séduit par le fim passé à nouv eau cette année au festival de Groix. ( je suis à demi insulaire ...) Ayant visité la Corse cette année pour la première fois ( j'ai 76 ans, il était temps ) j'ai aussi été séduit par la Corse. ( il n'y a pas d'âge pour aimer ...) Je rédige un article sur la Corse et les Corses pour le bulletin de mon association d'anciens élèves. Je serais heureux de vous le soumetre.
Bien amicalement, jackie Germain Chartin, Lorient

Écrit par : chartin | 11/09/2010

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